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Le petit chapardeur [Samuel Kobalt]

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MessageSujet: Le petit chapardeur [Samuel Kobalt] Ven 3 Fév 2017 - 22:43
Dans la rue marchande du quatrième niveau, les passants se croisent parfois sans se voir. A cette heure, l'agitation bat son plein. Et parmi ce beau monde aux vêtements riches et soignés, un petit chapardeur attend son heure dissimulé derrière un grand arbuste qui fait presque deux fois sa taille. Son regard vif cherche la proie idéale, celle qui sera suffisamment distraite pour ne pas remarquer la  main qui le délestera. La patience n'est pas une vertu commune chez les enfants. Seulement lorsque l'on a comme lui grandi dans la rue, on sait qu'il vaut mieux ne pas se faire attraper. Cela encourage à prendre son temps. Enfin le minot se décide à agir. Il saisit la chaînette dorée qui ressort de la poche d'un noble et subtilise la montre à gousset alors que ce dernier passe près de sa cachette. L'homme n'a rien remarqué et poursuit son chemin. Le voleur range son larcin dans son vêtement lorsque son regard croise celui d'un spectateur qui a remarqué son manège. Aussitôt le chapardeur détale à travers les rues qu'il connaît bien. Avec sa petite taille il a l'avantage de pouvoir se faufiler au milieu des badauds et de la végétation. Il court aussi vite qu'il le peut en espérant regagner son refuge sans être attrapé.

Loin de cette agitation, Malicia est confortablement assise dans la grande bibliothèque qui fait également office de petit salon. Un recueil de poèmes à la main, elle parcourt des yeux les alexandrins. Cela doit bien faire trois fois qu'elle relit celui-ci. En général la lecture l'apaise mais cette fois son esprit peine à se concentrer. Elle repense à l'incident survenu plusieurs jours plus tôt et qui la préoccupe. Quelqu'un a pénétré dans sa demeure et forcé son bureau, qui était auparavant celui de son époux. Plus grave encore, l'individu a trouvé le passage secret qui donne accès à la pièce où elle entrepose ses poisons. Elle a trouvé l'armoire métallique fracturée et après inventaire une seule fiole manquait. La situation est fâcheuse, d'autant qu'elle ne peut pas bien sûr alerter les autorités. La personne qui a accompli ce méfait n'était en tous cas pas intéressée par l'argent ou les bijoux. Il n'a pris que cet objet. Quelle malchance tout de même puisqu'il contenait un venin rare et puissant, celui d'un serpent dénommé taïpan. L'institutrice l'a fait venir du royaume d'Eskr. Cela a été compliqué puisqu'elle voulait s'assurer qu'on ne puisse pas faire le lien entre elle et l'envoi. Cela la contrarie au plus haut point, d'une part parce que cela signifie que quelqu'un connaît son petit secret. D'autre part, celui qui a l'objet en sa possession risque de s'en servir à des fins plus que dangereuses. Au moins personne n'a été blessé pendant l'effraction, c'est une petite consolation. Si seulement elle trouvait un moyen de remonter jusqu'à elle. Malicia a interrogé ses protégés et son personnel de maison sans obtenir la moindre information.

Un mouvement par la fenêtre la sort de ces sombres pensées. La brune tourne la tête et aperçoit Aodren, le dernier pensionnaire qu'elle a recueilli. Il sort de son champ de vision et juste après elle entend ses pas dans le couloir. Il a dû se faufiler par la fenêtre du grand salon voisin car elle n'a pas entendu le bruit de la porte d'entrée. Il a l'air de courir. Intriguée, la jeune femme ferme le livre qu'elle tenait et le pose sur ses genoux en tendant l'oreille. Le petit a vraisemblablement filé par l'escalier. Elle décide de lui laisser quelques instants avant d'aller le trouver pour savoir ce qui lui arrive. Et à peine quelques minutes plus tard avant même qu'elle ne se soit levée, le heurtoir métallique résonne contre le bois de la porte. Un domestique se charge d'ouvrir au visiteur et l'invite à entrer dans le vaste hall richement décoré de tableaux et sculptures. Cet endroit dessert les différentes pièces du rez-de chaussée et se termine par l'imposant escalier menant à l'étage. Le majordome conduit l'arrivant vers la maîtresse des lieux.


« Madame, le commandant Kobalt souhaiterait s'entretenir avec vous.
- Merci Gowan, veuillez nous servir le thé s'il vous plaît.
-Bien madame.


Si la veuve n'a pas sourcillé à l'énonciation de la fonction de son visiteur, sa présence l'alarme quelque peu. Elle n'en laisse rien paraître, arborant un air parfaitement souriant et détaché. Elle se lève, posant le recueil de poèmes sur la table disposée entre les différents fauteuils.

- Bonjour Commandant, que me vaut le plaisir de votre visite ?

Autour d'eux quelques portraits semblent les contempler, des visages qui ne lui sont plus tout à fait inconnus même s'ils appartiennent à la famille Angeliez et sont morts pour la plupart avant même sa naissance. Une gigantesque bibliothèque occupe les autres pans du mur et la présence de plantes rend le tout moins austère.
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Samuel Kobalt
Commandant général de la gendarmerie
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Nationalité : Ambrosienne
Messages : 50
Date d'inscription : 29/01/2017
MessageSujet: Re: Le petit chapardeur [Samuel Kobalt] Lun 20 Fév 2017 - 17:45
Certains gendarmes se figuraient qu'il y avait une hiérarchie dans le crime – dont ils étaient naturellement les seuls juges – et que certains criminels pouvaient par ailleurs avoir des circonstances atténuantes. Ce genre de raisonnements amenaient ces mêmes policiers à négliger le traitement de certains délits, alors jugés mineurs. Mais si un homme commençait par voler des petits objets, en toute impunité, fallait-il compter sur sa conscience pour se montrer raisonnable, et ne pas chercher à étendre l'ampleur de ses vols ? Par la même, quoi d'autre que la loi pouvait empêcher le voleur de se muer en agresseur, puis en assassin ? Ce n'était pas tout. Le gentilhomme s'estimerait-il plus heureux s'il savait que son porte-feuilles, ou sa montre, avaient été subtilisés par un enfant, et non par un adulte ? Kobalt avait la réputation d'être un homme sévère et intraitable, mais ses principes étaient faits ainsi, et il n'avait pas encore rencontré la personne capable de le faire changer d'avis, ou du moins, d'adoucir sa vision des choses.

Un tel raisonnement était certes surprenant, surtout lorsqu'on connaissait le passé du commandant, qui avait lui-même flirté avec les limites de la loi, pour survivre, dans sa jeunesse. Au reste, il avait, à plusieurs reprises, préféré la faim au larcin. Il s'était montré irréprochable dès lors qu'il avait trouvé le moyen de survivre, légalement. Or, cette situation ne lui était pas devenue accessible, par hasard. Il avait décidé quel chemin il souhaitait emprunter et avait créé sa propre chance. C'est pourquoi la misère des voleurs ne l'apitoyait pas, bien au contraire. Il y avait, d'après lui, toujours une autre solution, et cela était d'autant plus probant, chez certains individus qui commençaient à voler, alors qu'ils n'y étaient même pas forcés pour se nourrir.

Il n'était pas très habituel, pour le gendarme, d'entrer dans des raisonnements intérieurs aussi fouillés, mais le chapardeur qui avait croisé son chemin, puis son regard, l'y avait amené. Endurci, tant par les épreuves de l'existence, que par un caractère naturel, le gendarme, loin de s'identifier au garçon, ou de se montrer nostalgique, avait crispé le poing, et s'était mis à le poursuivre. Le jeune garçon avait après tout subtilisé la montre d'un gentil-homme, et n'en était vraisemblablement pas à son coup d'essai.

Samuel le poursuivait, plus ou moins discrètement, puis constata, avec surprise, que le petit voleur se faufilait dans une propriété, par l'intermédiaire d'une fenêtre. Le gendarme s'arrêta sur le seuil de la maison, vers laquelle il leva les yeux. Le voleur ne l'avait-il pas aperçu et comptait-il faire une nouvelle victime, ou justement, se savait-il suivi et avait-il pris la décision de se cacher, au premier endroit venu ? L'idée qu'il put retrouver son domicile, lequel ne semblait guère miséreux, ne lui effleura pas tout de suite l'esprit. Incapable de passer outre une injustice dont il avait été le témoin, Samuel Kobalt frappa à la porte, pour signaler sa présence.

Celle-ci fut ouverte par un domestique, auprès duquel il se présenta, avant de patienter. Machinalement, il porta son regard sur le reflet offert par une vitre voisine. Il n'accordait pas plus d'importance que cela à son apparence, mais tenait, du moins, à sembler respectable. Le reflet renvoyait l'image d'un homme dont on aurait pu plaindre l'amertume apparente, s'il n'avait pas semblé aussi sec et imperméable aux autres. Sa tenue, aux nuances noires et sombres, n'était pas pourvue d'un faux pli. Il prit son mal en patience, difficilement, ignorant ce qu'était en train de fabriquer le garçon, et se demandant s'il n'avait pas pu fuir par une autre issue.

Kobalt finit par être reçu et ne tarda pas à se retrouver en présence de la propriétaire des lieux, aux atours aussi élégants qu'on pouvait l'imaginer, et entourée d'un décor respectable, qui lui seyait grandement. Si ça ne tenait qu'à lui, Samuel aurait malgré tout déjà commencé à fouiller la maison, plutôt que de se justifier auprès de cette dame, dans cette vaste bibliothèque. Il était cependant trop attaché à l'étiquette.

▬ Bonjour, Madame ? dit-il, soucieux d'apprendre son identité. Je crains qu'il ne s'agisse pas d'une visite de courtoisie. J'aurais besoin d'inspecter cette maison, ajouta-t-il, peu diplomate.

Il marqua une pause, sans se douter que cela pourrait engendrer un quiproquo, et un certain malaise auprès de Malicia, qui avait d'autres choses à craindre qu'un simple larcin de montre. Pour autant, il donna des précisions, relativement vite. Convaincu qu'une femme d'apparence aussi respectable ne pouvait connaître, de près ou de loin, ce voleur ; il ne doutait pas qu'il pouvait lui expliquer la situation et obtenir sa complicité.

▬ Un jeune garçon, un pillard, s'est infiltré chez vous. Il faut que je le retrouve, d'abord, pour votre sécurité, ensuite, parce que nous avons quelques comptes à régler.


"Il était stoïque, sérieux, austère ; rêveur triste ; humble et hautain comme les fanatiques. Son regard était une vrille. Cela était froid et cela perçait. Toute sa vie tenait dans ces deux mots : veiller et surveiller. Il avait introduit la ligne droite dans ce qu'il y a de plus tortueux au monde ; il avait la conscience de son utilité, la religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre. Malheur à qui tombait sous sa main !"

Le petit chapardeur [Samuel Kobalt]

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