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 :: L'histoire Ambrosienne :: 1er niveau de la Cité :: Quartier des sciences

Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard]

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MessageSujet: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Dim 5 Fév 2017 - 16:00
Le "club impérial des philosophes". Pour un lecteur comme vous, ce nom peut paraître étrange mais il ne faut pas oublier le contexte dans lequel nous nous trouvons : les clubs sont un concept relativement récent (moins de quelques siècles) et le fait de se réunir entre personnes "de qualité", autour de centres d'intérêt communs, était un loisir très apprécié de nombreuses couches de la société. Après, étant un narrateur objectif et sympathique, je vais être honnête avec vous : il s'agissait surtout des couches supérieures.

J'allais dire "des intellectuels" mais ce n'était pas nécessairement vrai. Il existait des clubs d'investisseurs, de dirigeants, qui n'avaient pas nécessairement un intellect bien plus élevé que la moyenne. Leur portefeuille en revanche, ahhh, ça... Giuliana avait souvent parlé de ce phénomène d'ailleurs : les liens pernicieux entre richesse et éducation. La thèse qu'elle défendait était que même si l'école était obligatoire pour tous, les enfants de familles aisées auraient toujours un avantage culturel immense en raison du support supplémentaire qui pouvait être fourni par ces familles.

Peut-être aurait-elle l'occasion de discuter de cela ? Car en effet, à peine quelques jours après son arrivée se tenait la réunion mensuelle du club impérial des philosophes. Celui-ci regroupait tous les types de philosophes d'ailleurs : il y avait des adeptes de la philosophie morale et naturelle, ainsi que des personnes s'intéressant aux deux, comme Giuliana. Elle avait obtenu une invitation, en grande partie grâce à ses écrits qui avaient fait pas mal de bruit dans certaines zones très industrialisées mais aussi grâce à son côté "touche-à-tout" scientifique.

Autant dire qu'elle accepta sans hésiter plus que ça. C'était une opportunité fantastique de rencontrer certains des plus grands scientifiques de l'Empire, des personnes qui pourraient avoir des clés de réflexion absolument uniques au sujet de cette petite obsession personnelle de la Vicenzienne... L'univers ! Car le ciel était maintenant conquis depuis quelques temps... Mais qu'en était-il de la suite ? C'était en grande partie afin de plaider en faveur de recherches dans ce domaine-là qu'elle avait accepté cette position d'ambassadrice, et non en raison de son goût (très limité) pour la diplomatie.

Elle arriva donc, à l'heure prévue, 21 heures... bon, oui, non. Elle arriva donc, avec quelques minutes de retard, vers 21h10, à l'hôtel du Bosset où se tenaient les réunions mensuelles. Après qu'une personne à l'entrée ait bien vérifié que son nom soit sur la liste, elle put entrer dans l'immense salle à manger, qui pour l'occasion était convertie en sorte de grand salon de discussion où coulaient à flots thé, café, et boissons alcoolisées en tous genres. Plusieurs tables avaient été installées, en général de taille moyenne, pouvant accueillir une dizaine de personnes au total, afin de servir de support aux discussions diverses qui pouvaient se produire. Enfin, sur les côtés avaient été installés des fauteuils, par groupes de deux à quatre, pour les discussions impliquant moins d'interlocuteurs.

Lorsqu'elle entra, comme toujours vêtue de son éternelle chemise blanche, gilet couleur basalt, veste queue-de-pie bleue et dorée, pantalon en cuir noir et bottines noires également, il devait y avoir... à peu près une soixantaine de personnes. Certaines étaient déjà attablées et lancées dans de grandes discussions (sur l'électricité ; certains semblaient persuadés de son avenir et d'autres de son absence totale d'intérêt), d'autres étaient en train de discuter tout en se faisant servir un thé ou un whisky. De son côté, Giu ne semblant pas très enthousiaste à l'idée de se pinter la tronche à une heure pareille, décida de se rapprocher de l'un des serveurs afin de demander un thé et de commencer à faire un peu le tour des lieux...
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Dim 5 Fév 2017 - 22:55
Depuis un certain temps déjà, je me rendais à intervalle régulier au club impérial de philosophie. Comprenez par là que j’en étais un membre actif dont la contribution était substantielle au travers de mes traités de philosophie et de théologie dont le plus fondamental était de la place des dieux dans le quotidien de l’homme. Sujet fort captivant mais dans lequel j’avais eu un parti pris que certains n’avaient pas apprécié du tout. La cotisation était, elle aussi particulièrement substantielle si on voulait y adhérer. Et elles permettaient de louer la salle et de payer la collation proposée. Beaucoup d’ailleurs ne venaient pas tant pour discuter que pour profiter de celle-ci. Mais bon. L’avantage de ce club était son côté très select. D’un autre côté, le problème était qu’on pouvait facilement acheter sa place en ces lieux, ce qui diminuait la valeur des conversations présentes. Fort heureusement, je gardais mes habitudes. Je savais très bien quels interlocuteurs étaient intéressants. Quitte à ce que ce soient des gens avec qui je ne partageais aucun point de vue. Mais n’était-ce pas cela qui rendait les choses si intéressantes ? La confrontation d’opinion…

Enfin bref, j’entrais dans la pièce. Demain matin, le Prince consort serait inhumé, ses obsèques auraient lieu… et cela promettait d’être une dure journée. Aussi, venir ce soir était un bon moyen de me détendre, et discuter me ferait beaucoup de bien ! Je déambulais donc dans les lieus, me demandant exactement ce que j’allais trouver dans le coin ce soir. Une soixantaine de personnes. Les bons jours nous étions une centaine… peut-être y verrais-je messieurs Bressans et Pole, ainsi que Mademoiselle Harkins… trois personnes avec qui les discussions étaient particulièrement enrichissantes… mais apparemment, je ne voyais que mademoiselle Harkins en pleine conversation avec l’un de ses prétendants, Sir Walterson… je n’allais pas les interrompre, aussi regardais-je alentour, tout en serrant certaines mains qui me lançaient des « condoléances comme on dit bon appétit…

C’est alors que je vis une tête à laquelle je n’étais pas habitué… une jeune femme qui devait être proche de la trentaine, une tenue correcte qui sans être chic était seyante… je ne l’avais jamais vue dans le coin, mais plus encore, je n’arrivais pas à mettre un nom sur son visage… voilà qui était étrange. Ne voyant personne avec elle en train e deviser, je m’approchais d’elle d’un pas mesuré, face à elle pour qu’elle puisse me voir venir.

« Serviteur, madame. »

Une légère courbette histoire de ne pas me sentir impoli, puis je lui souris poliment, sans vraiment sourire des yeux. Personne ne m’en voudrait étant données les circonstances… puis, je reprenais la parole d’un ton affable mais d’une voix basse. Non pour un secret, mais je réservais ma voix pour demain. Il y aurait des milliers d’ouailles et je devrais parler fort pendant plusieurs heures…

« Je suis ravi de voir de nouvelles têtes se joindre à notre modeste association de penseurs et scientifiques… permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue en ces murs… je suis Everard Zullheimer… »

Machinalement je tendis la main, non dans l’optique de la serrer mais pour qu’elle puisse baiser la chevalière comme il se devrait…


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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Dim 5 Fév 2017 - 23:28
> Serviteur, madame.

La salutation la surprit quelque peu. Elle ne l'avait encore jamais entendue et, comme le savent ceux qui ont voyagé, certains usages comme les manières de dire "merci" ou "bonjour" peuvent varier en fonction des régions. Néanmoins, voyant son attitude ainsi que la petite courbette, qui elle en revanche était un geste reconnu sur la majorité de la planète, elle comprit vite ce qu'il s'agissait d'une salutation. Hé oui, des années de réflexion intense pour faire une déduction de ce genre !

Bon, d'accord, je me moque un peu, ce qui déroge à mon rôle de narrateur. Reprenons donc !

> Je suis ravi de voir de nouvelles têtes se joindre à notre modeste association de penseurs et scientifiques… permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue en ces murs… je suis Everard Zullheimer… continua l'individu, dont le nom sembla évoquer quelque chose à la visiteuse.

Zullheimer, c'était effectivement un nom connu. Elle se doutait qu'elle rencontrerait des personnes dont elle avait lu les écrits, soyons clairs... Mais elle n'imaginait pas tomber directement sur une figure comme celle-ci. Ses écrits concernant la religion étaient plutôt connus. Giu n'avait pas vraiment adhéré à l'ensemble de ses théories mais elle avait fait sa propre interprétation de ces écrits, et les avait appréciés pour des raisons très différentes de celles pour laquelle Zullheimer avait écrit tout cela.

Elle lâcha donc, comme par réflexe, un de ces sourires en coin dont elle avait le secret. Ah, les petits sourires en coin de di Brescia... Cette fois-ci, il était à la fois surpris, amusé, mais son regard piquant montrait son intérêt et donnait au sourire une aura tout à fait particulière. Hochant légèrement la tête, elle répondit alors :

> Zullheimer, hein ? Voilà un nom qui m'est f-

Ce fut alors qu'elle remarqua la main tendue, s'interrompant sur le coup. Pendant l'espace d'une fraction de seconde, son regard sembla un peu vide et étonné. Vous voyez ? Ce bref instant pendant lequel vous ne savez pas trop ce que l'on veut de vous, suivi de la réalisation soudaine. D'un seul coup, vous réalisez que vous avez oublié de faire quelque chose de pourtant essentiel, au niveau social. Hé bien, c'était exactement le processus par lequel Giuliana venait de passer. Elle avait somme toute peu l'habitude de fréquenter des "grands" de ce monde, sans compter le fait que ce type d'étiquette avait été balayée par la révolution des flammes.

Mais à Ambrosia... Il fallait se plier aux us et coutumes, elle se plia donc légèrement afin de baiser délicatement la chevalière, relevant ensuite un regard légèrement provocateur sans se relever tout de suite... avant d'enfin se redresser après une petite seconde. Toujours créer l'ambiguïté, c'était un des nombreux traits de caractère chez elle qui avait tant hypnotisé les révolutionnaires et les scientifiques de chez elle. Restait à voir si cela fonctionnerait ou non à Ambrosia...

> Vos écrits sur la place des dieux furent des plus intéressants à étudier... Plus pour l'aspect culturel, dans mon cas, que l'aspect spirituel. J'ai notamment trouvé très intéressante l'analyse faite des variances que l'on peut trouver dans la pratique de certains cultes, selon les régions, tout en suivant un même dogme central. Aucune règle écrite, tout est tacite, mais tout est pourtant respecté, c'est un ordre social qui n'est pas nécessairement celui auquel j'aspire mais qui est tout simplement fasc-

Une nouvelle fois, il y eut ce bref instant où elle réalisa quelque chose : elle ne s'était pas présentée, ce qui pourrait être perçu comme une forme sévère d'impolitesse dans certains milieux. Elle avait pourtant étudié l'étiquette Ambrosienne avant de venir, ne serait-ce que pour éviter de donner une image trop rustre de la ligue et de son île d'origine, mais... après autant d'années à vivre dans les souterrains avec des rebelles, on perdait quelques réflexes. La grande proximité entre les combattants limitait beaucoup les processus sociaux superflus.

> -scinant... Au point où j'en oublie mes manières. Giuliana di Brescia, je représente la ligue Raclusienne. Le club des philosophes m'a fait l'honneur de m'inviter à la réunion de ce mois-ci afin que je puisse en avoir un aperçu.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Lun 6 Fév 2017 - 2:19
Elle avait u joli petit sourire en coin. Pas de quoi fantasmer ni être hypnotisé – l’impératrice avant un don bien plus important pour éveiller d’autres pensées et hypnotiser au fond du lit… mais il y avait quand même un je ne savais quoi de ‘intéressant dans ce sourire et dans son regard, un regard qui donnait l’impression de dire qu’elle avait toute son attention focalisée. Mais bon, ce qui m’ennuyais c’était la main tendue dans la vie qu’elle ne remarquait rien. Elle ne se baissait pas pour baiser la chevalière comme elle le devait… impiété ou juste méconnaissance ? Je me trouvais l’âme généreuse, je me contentais de pencher pour de la méconnaissance. Après tout, elle ne me connaissait sans doute pas, même si elle devait connaitre mon homologue… enfin bon, ne partons pas déjà dans de multiples spéculations ! Surtout qu’enfin, quand elle sembla me remettre elle fit ce qu’il fallait, bien que son regard en le faisant laissait entendre une moquerie que je ne pouvais pas forcément apprécier… pour moi c’était une forme de blasphème, mais nous n’étions pas chez moi. Donc je devais me retenir. Et je me contentais d’onc d’un regard sévère et d’un mouvement de tête appréciateur de la reconnaissance de mon statut.

Son laïus sur ma personne et surtout sur mes écrits me fit sourire, bien qu’elle ne comprenne pas l’essence du divin dans le quotidien elle comprenait l’autre idée que je mettais en avant… bien sûr que je savais qu’il était possible de le prendre comme ça. Mais cela montrait sans doute une piété bien insuffisante – selon les critères du protectorat. Mais je n’allais, encore une fois, pas commencer à partir dans le sujet et lancer du « brulez les impies » … à quoi bon ? Demain mon frère serait livré aux flammes après tout ! Et puis... et puis je restais curieux de savoir qui elle état… après tout, elle ne s’était pas encore présentée, n’est-ce pas ? Je me demandais vraiment qui elle était… elle m’avait rendu plus que curieux !

Ah, voilà, j’avais un nom à mettre sur son visage ! Di Brescia, la nouvelle venue en ville, la révolutionnaire. J’avais lu certains de ses ouvrages, et j’y avais trouvé du bon… et du moins bon. Par exemple, j’estimais que son premier ouvrage, []de la valeur de la naissance et de ses mérites[/i] ressemblait davantage à un brûlot qu’à un ouvrage philosophique… au final, je n’y avais vu qu’une manière de vouloir justifier scientifiquement un état de fait. Il était facile de vouloir saigner les élites quand on n’en avait jamais fait partie… de plus, qu’il s’agisse de nobles ou d’élu, une caste d’élites se définissait toujours Vous voulez un exemple ? Les élus du peuple de San Vincenzo, à ma connaissance il y avait peu de laboureurs ou peu de personnes de la plus basse extraction… en somme cette idée de pouvoir avoir une classe populaire élisant parmi elle ses dirigeants étaient une fumisterie d’anarchistes… une élite finissait toujours par se créer et une forme de dynastie aussi d’ailleurs. C’était ainsi, hélas, que fonctionnait la politique…

« Donc c’est vous… je suis heureux de vous rencontrer. J’ai lu deux de vos essais qui sont impressionnant, voir même pour certains passages, brillant, considérant où et quand vous les avez écrit … je suis davantage impatient de voir ce que vous pourrez faire avec un peu plus de recul sur la vie et d’expérience, car même si certaines idées, notamment celles sur l’éducation, sont très bien étayées, elles passent parfois comme utopistes, dans la mesure où les élites ont de fait les moyens d’accéder plus aisément à l’éducation, à cause des barrières financières. L’argent domine le monde, et ce, malgré toute possibilité de renversement des élites, aucun système ne reste parfaitement égalitaire. L’égalité parfaite est une foutaise dans la mesure où tout le monde est différent… il est normal que chaque individu estime sa propre valeur… je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal, je dis juste eu c’est une réalité immuable au même titre que les élites. »

Une idée pourtant simple qui n’arrivait pas à se faire un chemin convenable dans ses ouvrages marquant régulièrement à cause de cela un manque de maturité. Ses œuvres futures seraient bien plus intéressantes, à n’en pas douté.

« Votre jeunesse transparait dans vos théories, qu’elles soient démontrées ou pas, mais c’est une lacune que seul le temps comble. Vous allez écrire encore des choses passionnantes… mais du coup je pense que vous allez apprécier me système ambrosien et le système des grands, purement méritocratiques. Je vous encourage à vous y intéresser de très, très, près ! C’est peut-être dans la méritocratie que l’on trouve la plus aboutie forme d’égalité des chances… chacun peut se montrer à la hauteur et être reconnu pour cela en obtenant les plus hautes distinctions… »

Je lui donnais matière à réfléchir.


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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Lun 6 Fév 2017 - 11:18
"Donc c'est vous". AH BRAVO TIENS ! Quelle remarque folle ! C'est un peu comme ces gens, qui crient en bas de la fenêtre "Eh, c'est moi !" pour que vous ouvriez. Non ? C'est toi ? Sans blague ? Qui ça "toi" ? Enfin, je m'emballe un peu. Enfin, il affirma être heureux de la rencontrer avant de parler un peu de ses écrits, qu'il trouvait brillants mais... Il clamait être plus intéressé par ce qu'elle pourrait écrire, maintenant qu'elle était ici, avec "plus de recul". Cela lui fit hausser un sourcil avec un nouveau petite sourire, plutôt amusé cette fois-ci. Certes, elle savait bien que le fait qu'elle ait peu voyagé, en partie à cause des circonstances, limitait son champ de vision. Toutefois... Elle avait vécu tout autant sinon plus d'expériences que beaucoup de ses contemporains.

Elle hocha en tout cas la tête à la mention du fait que l'argent domine le monde. Ah, ça... Elle avait déjà posé quelques idées sur papier, au brouillon, à ce sujet. En fait, elle espérait pouvoir réfléchir à ce sujet lors de son séjour à Ambrosia, peut-être mieux comprendre l'histoire de l'argent, du commerce, de ses implications, et ses possibles futurs. Cette réalité était-elle immuable ? Pour elle, rien n'était vraiment immuable en fait. Mais... Juste entre nous, Everard avait raison sur un point : c'était une utopiste, et elle serait du genre à se lancer dans une cause perdue juste parce que cette cause est juste. La révolution des flammes aurait très bien pu mal finir... Et en fait, les chances qu'elle ne réussisse étaient plutôt faibles.

Le religieux affirma alors que sa jeunesse était très lisible dans ses écrits, même si elle avait maintenant passé la trentaine. Parlait-il de jeunesse physique ou mentale ? Car il avait raison sur un point : elle n'avait pas le profil d'une adulte responsable de 31 ans. A cet âge, la plupart des femmes avaient leur petit mari, deux gosses, et faisaient des choses responsables, ancrées en un point (la "maison familiale"). Ses propres parents l'avaient eue à 24 ans. Elle, en revanche... n'avait aucune intention de se lancer là-dedans. Elle comptait bien visiter les autres nations de l'Empire, une fois son mandat d'ambassadrice terminé. Elle avait l'intention de vivre toutes sortes d'aventures, de débats philosophiques, de découvertes scientifiques fabuleuses, ... En somme, elle ne correspondait absolument pas à l'image classique d'une "adulte".

Lorsqu'il affirma finalement que seule la méritocratie pouvait faire face à l'avenir, son regard se dirigea vers le côté, comme si elle était songeuse. Moui... Pour elle, c'était un peu plus compliqué que ça, et elle ne se priva pas de le signaler :

> Méritocratie... Savez-vous que c'était le terme utilisé par notre précédent gouvernement ? Avant qu'il ne prenne une fessée - littérale - et ne soit jeté dehors, cela va de soi. Tout le problème de la méritocratie est l'approche relative du mérite. Pour certains, surtout dans la noblesse, le mérite vient avec la naissance, le sang, c'est de cela que je parlais dans mon premier ouvrage d'ailleurs. Pour moi, ça sera avant tout le courage et l'intellect, la capacité à réfléchir "en dehors des cases". Pour vous, cela pourrait être - c'est un exemple, si je fais erreur vous me corrigerez - la piété, la sagesse acquise avec l'âge, les écrits, que sais-je.

Le serveur revint avec son thé, qu'elle prit après l'avoir remercié avec un large sourire. Elle sirota une gorgée avant de lâcher une grimace un peu ridicule à cause de la température, reprenant ensuite.

> Les Grands d'Ambrosia semblent nommés selon un système de mérite qui me semble convenable, mais semble-t-il convenable à, je ne sais pas... un couturier ? Un ouvrier ? Un noble, même ? A un Eskrois ? Et ici, tous les présents ont-ils un vrai mérite ? Ou... juste un large porte-monnaie ? finit-elle avec ce petit sourire provocateur.

Elle aimait provoquer et remettre les choses en cause. Pas nécessairement par plaisir de créer le désordre mais véritablement par envie de stimuler intellectuellement ses interlocuteurs, de les mettre face à leurs raisonnements et de voir s'ils les accepteraient ou non.

> Mais je dois l'admettre, le fait que j'aie peu voyagé jusqu'ici réduit mon champ de vision. C'est aussi pour cela que j'ai accepté la position d'ambassadrice, je suis certaine d'apprendre beaucoup de choses ici, notamment sur l'argent.

Cela lui fit penser à autre chose...

> Et en parlant d'apprendre, j'ai appris ce qu'il était arrivé à votre frère, lors de mon arrivée. J'en suis navrée... Même si j'ignore si vous étiez proches ou non. La mort, quand elle est aussi soudaine... les assassinats... on ne s'y fait jamais vraiment, même avec le temps, finit-elle avec un regard un peu perdu.

Ah, ça... des morts subites et inattendues, elle en avait vu plus d'une. En fait, elle avait failli faire partie du lot plus d'une fois. Et maintenant qu'elle y réfléchissait, elle se posait des questions. À qui profitait le crime, au juste ? Beaucoup de monde... Mais à qui profitait-il VRAIMENT ?
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Jeu 9 Fév 2017 - 23:05
Que la manière de s’appeler leur ancien gouvernement soit méritocratique ou pas, je devais bien avouer que je m’en foutais royalement ! Je lui souris néanmoins poliment alors qu’elle se contentait de jouer à l’innocente provocation. Si elle aimait insulter les autres, elle devait être bien idiote, ou naïve… je n’étais pas d’une grande rancune ni d’un énorme égo… onc je ne le prenais pas mal… mais bon, si elle comptait se faire un peu de relations ici, et si elle voulait faire long feu il allait falloir qu’elle fasse davantage attention à son langage ! Ce ne serait pas un mal, bien au contraire. Quant à sa manière de voir les choses… non, je ne l’approuvais pas… elle était insultante… car elle ne cherchait pas à savoir, à comprendre, à apprendre, mais à réduire chaque nouvelle chose à sa propre échelle de valeur, et elle ne remettait pas en cause ladite échelle de valeur… autrement dit, ses paroles étaient juste une grosse insulte à tout le système politique local.

« Je viens d’un endroit où protester contre le système en place est – à juste titre – un blasphème contre les dieux, et surtout contre Ameth… il ait certaines choses qu’il n’est pas bon de critiquer sans les connaitre, sans savoir… car a priori on parlerait de dictature… pourtant, personne ne semble vouloir que les choses changent. Tous travaillent dans un but commun : servir la Lignée d’Ameth sur terre... chacun se sacrifie à cette tâche avec le sourire… et ici, c’est encore un fonctionnement différent… alors vous m’excuserez, mais je vois mal en quoi une nouvelle arrivante peut pouvoir juger un système sans l’avoir observé de l’intérieur… ou alors ce n’est qu’un enfant immature… or vous ne me semblez pas être une sale gosse sans cervelle, mon enfant. »

Je souris et rajoutais alors pour le plaisir de provoquer à mon tour.

« Pour ma part, j’ai tendance à estimer qu’une révolution violente, un coup de force, n’est jamais un moyen sain de mettre en place une forme de gouvernement comme une autre ! Imposer sa vision à ceux qui la refuse serait-il dans les méthodes de San Vincenzo, aujourd’hui comme avant ? Je n’en sais rien, je n’y suis pas allé. Mais si je suis votre logique, alors je dirais que c’est ainsi que ça marche… nous en reparlerons quand ce ne sera plus un chef de la révolution, et donc une élite qui s’est imposée en temps de trouble, qui dirigera votre assemblée… qu’en pensez-vous ? »

Je souris, et pan, dans ta face… moi aussi je pouvais m’amuser à insulter les autres. Ici, je pensais, par mon rôle dans la société pouvoir en remontrer à tous. J’étais le chef suprême des ouailles d’Ameth au sein d’Ambrosia ! Je ne recevais d’ordres que de l’impératrice et encore, pas dans tous les domaines, loin s’en fallait ! Dans tous les cas, son rappel à la mort de mon frère, je le balayais de la min. Que les condoléances viennent de personnes qui les pensaient vraiment…

« Apprendre… C’est bien le mot. Au lieu de juger, apprenez. C’est… c’est dans le code de Taren je crois… ou est-ce dans celui de Neiman ? Vous pouvez sans doute me rafraichir la mémoire ? »

Comment ça une tentative pour vérifier si elle avait bel et bien fait ses classes et vérifier sa piété ? Parfaitement. J’avais autorité pour débusquer les impies, et la rumeur courait à son sujet…

« J’ose d’ailleurs que vos prières se joindrons à celle des autres dignitaires et ambassadeurs… d’ailleurs, je crois que vous devrez faire en sorte de faire attention à vos paroles, tout de même, vous êtes une petite futée, vous êtes capable de penser intelligemment ! Aussi vous vous doutez que si vous parlez comme ça à toute personne que vous croyez, vous ne ferez pas long feu ici… l’immunité diplomatique n’a pas cours en ce pays… »


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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Ven 10 Fév 2017 - 15:11
Protester : un blasphème. Pour Giu, il était clair que son interlocuteur n’était pas aussi objectif qu’il semblait le croire. Personne ne protestait et tout le monde travaillait avec le sourire, peut-être, mais étant donné que protester était un blasphème (pouvant avoir des conséquences assez peu enviables), il était également fort possible que personne n’ose protester. Il pouvait donc, pour elle, tout à fait s’agir d’une dictature. Néanmoins, elle décida de ne pas se lancer sur ce terrain, en grande partie parce qu’elle ne connaissait pas suffisamment le protectorat pour avoir suffisamment d’éléments. Peut-être qu’ils travaillaient VRAIMENT avec le sourire, au fond ? Mais si ce n’était pas le cas, elle devrait alors avoir des arguments solides à apporter – arguments impossibles à avoir sans informations concrètes.

Quand il parla ensuite du fait qu’une nouvelle arrivante ne pouvait pas juger un système sans l’avoir observé de l’intérieur, avant de la traiter de façon à peine déguisée de gamine immature, elle nagea un peu dans la confusion. Elle avait émis un doute sur le mérite réel de toutes les personnes présentes, étant donné que l’argent seul pouvait acheter une place dans ce club huppé. Elle avait également émis des réserves sur la méritocratie, étant donné toutes les manières dont il était possible de la plier selon une vision ou l’autre du mérite – vision relative, s’il en est. Mais émettre un jugement final sur l’ensemble du système Ambrosien, elle ne se souvenait pas l’avoir fait. En tout cas, pas encore. Encore moins sur celui du protectorat… Sa confusion était donc très visible.

La suite, en revanche, l’intéressait beaucoup plus. Les points qu’il soulevait lui semblaient tout à fait pertinents. Le fait d’imposer une vision par la violence pouvait causer des problèmes, c’était une vraie difficulté qu’elle avait longuement pondéré durant ses années d’emprisonnement et de vie dans les recoins sombres des villes Vicenziennes. Et en fait, elle ne voyait pas du tout ces critiques comme des insultes. Au contraire, elle appréciait les contre-arguments construits. Ceux-ci lui donnaient l’occasion de revoir ses propres positions et soit de pouvoir les confirmer, soit au contraire d’y déceler des difficultés et donc de les réviser ou améliorer.

> Hmmm effectivement, c’est juste. Pour être franche, je me suis moi-même posé la question à de nombreuses reprises. Sur l’instant, j’ai décidé de continuer la lutte étant donné que le système était imposé par une minorité à une majorité écrasante, mais… il est vrai que le système mis en place peut ne pas plaire à tous. Maintenant… Je ne clame pas que ce système éliminera le concept d’élites. Selon de nombreux auteurs, ce système fait partie de la nature humaine dans son ensemble. Cela étant dit, le président de l’assemblée ne pourra exercer qu’un an et deviendra ensuite inéligible à vie, justement afin d’éviter la mise en place d’un système totalitaire. Maintenant… Je dois l’admettre, rien ne me garantit que les choses ne redeviendront pas mauvaises dans 10 ans, 100 ans, 1000 ans. Nous ne pouvons qu’affecter le présent et espérer que ce présent que nous avons contribué à créer donnera un meilleur futur. Dans les étoiles, espérons-le, finit-elle avec une mine pensive, avec un petit sourire optimiste.

Elle était loin de penser que le système mis en place par les révolutionnaires soit parfait. À vrai dire, elle avait émis de nombreuses réserves et obtenu pas mal de changements, notamment l’inéligibilité de Davide Stufato à l’issue de la première année et l’impossibilité pour quiconque ayant fait partie du conseil révolutionnaire de transition d’occuper des places au gouvernement, une fois celui-ci organisé. Elle ne se faisait pas non plus d’illusions sur ses camarades : certains avaient combattu par soif de justice, d’autres par soif de vengeance, et quelques-uns par soif de pouvoir… Ils étaient d’ailleurs ceux qui avaient lutté de façon acerbe contre les mesures antitotalitaristes proposées par Giuliana.

Mais elle était pourtant optimiste, malgré son côté moqueur et joueur. Pour elle, plus le monde serait éduqué, plus l’humanité se rapprocherait des étoiles – c’était, au fond, ce qui l’intéressait le plus et la raison pour laquelle elle était vraiment là à l’origine. Mais sa réflexion à ce sujet fut interrompue, subitement, par une sorte d’interrogation surprise au sujet de Taren et Neiman. Ah, c’était un procédé un peu vicieux ! Il tentait de provoquer ce qu’on appelle une erreur fondamentale d’attribution, dans laquelle une personne posant une question (dont elle a déjà la réponse) aura toujours l’air plus intelligente que la personne cherchant la réponse, même si la réponse est impossible à obtenir ou même si la réponse donnée est juste. Enfin… l’erreur fondamentale d’attribution pouvait se retrouver dans pas mal de trucs différents, mais je vous passe les détails, je suis là pour raconter les affabulations philosophiques de Giuliana, pas pour faire un cours fondamental. Donc… Euh… Ah, oui voilà, la question à 12.000 rames d’or !

> Dans mes souvenirs, ce serait plutôt le Souverain mais je dois admettre que je ne suis pas aussi jeune que j’en ai l’air. Mon éducation remonte un peu.  

Elle enchaîna alors au sujet de sa tendance à parler un peu vite :

> Mais je tiens à vous rassurer, et vous avez raison à ce sujet, je ne parle pas de cette manière partout où je me rends. C’est simplement le lieu. Dans un club de philosophie, les dialogues sont généralement plus directs pour que la discussion et le débat puissent évoluer – je suis bien consciente du fait qu’un registre différent soit nécessaire dans d’autres situations. J’aime être franche, car mes interlocuteurs savent que je dis ce que j’ai à dire, sans intention cachée ou second sens manipulateur… Mais je sais aussi qu’il y a l’art et la manière de dire les choses, surtout selon l’endroit où l’on se trouve.

La brune rebondit par contre sur quelque chose :

> En tout cas je serai présente avec la délégation Raclusienne. Et sachez que mes condoléances sont bien sincères. J’ai… moi-même vécu la perte de nombre de mes compagnons d’armes, souvent des pertes soudaines, imprévisibles. Un matin vous discutez avec quelqu’un et l’après-midi, vous apprenez sa mort par un tiers. Vous n’avez pas eu le temps de vous préparer, de vous faire à l’idée, de discuter de choses importantes avec lui avant son décès. Rien de tout cela… et le flot de la vie vous emporte, vous ne pouvez faire votre deuil comme vous le souhaitez… ajouta-t-elle avec une mine un peu perdue, avant de reprendre : D’ailleurs… Même si je doute de pouvoir vous apporter grand-chose de plus que la Gendarmerie Ambrosienne, si je puis vous aider d’une quelconque manière à éclaircir ce qu’il s’est passé, n’hésitez pas.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Sam 11 Fév 2017 - 21:33
Elle me faisait rire avec ses idées un peu naïves… on avait pas besoin d’être élu pour garder le pouvoir, il suffisait de faire élire un fantoche… et nul doute que cela se passerait comme ça… à ma connaissance, la probité et l’intégrité des révolutionnaires en général était toujours sujette à caution :  n’avaient-ils pas déjà trahi pour obtenir le pouvoir ? Qu’est-ce qui les empêchait ? Qui les en empêcherait ? personne, car le peuple soutiendrait la montée en puissance de n’importe quel leader même s’il devenait un dictateur, alors les révolutions… oui, voilà, j’en pensais beaucoup de mal… qu’on ne me prenne pas pour un imbécile… aussi je ricanais en l’entendant parler d’inéligibilité… quelle naïve… la putain du chef de la révolution, voilà tout, elle croyait ce qu’il voulait bien lui faire gober, et en état ici, au lieu d’être à San Vincenzo, il était évident qu’il se débarrassait d’une opposante potentielle… et en plus de ça, il avait complètement les mains libres ! Cet homme était génial, ou pas loin de l’être ! Il faudrait que je prenne contact avec ce Stufatruc… sait-on jamais ! Je donnais moins de dix ans à San Vincenzo pour avoir un chef unique ou une oligarchie prenant les « bonnes décisions au nom du peuple », car c’était bien connu, le peuple ne savait pas exactement ce qui était bien pour lui n’est-ce pas ?

« Je donne moins de dix ans à votre île avant qu’une nouvelle élite loin des préoccupations populaires voie le jours… »

Je lui fis un sourire avant de finalement opiner du chef, avec un sourire indulgent, ah, ça aurait pu être le souverain, mais non, c’était à Taren qu’on devait cette maxime, plus qu’à Neiman… c’était lui le juge, après tout… je lui fis un petit sourire moqueur avant de compléter.

« Non, c’est Taren, mais je suppose que la prière n’avait pas lieu d’être en pleine révolution ? Il faudra que vous vérifiiez vos classiques, que vous vous remettiez un peu en tête les fondements du monde, peut-être ? Car ne pas croire, ou ne pas savoir certaines choses au sujet des dieux… c’est impardonnable, vous vous en doutez bien… je vous ferais parvenir de quoi ne pas commettre d’impair en société si vous le désirez… il y a tellement de manières de passer pour une impie… »

Une manière de lui faire comprendre que je ne la louperai pas ? Peut-être… nul n’était plus sensible à l’impiété qu’un prêtre d’Ameth partant en chasse. L’extrême majorité des bucher était due aux chasses des serviteurs d’Ameth... après tout lutter contre l’innommable sous toutes ses formes étaient dans notre attribution… et je n’étais pas différent des autres à ce sujet ! Pus encore je me targuais d’avoir des dossiers là-dessus sur toutes les personnes de la cour… des prières pas assez sincères ou des prières publiques pas assez fréquentes et vous pouviez être surs que je m’en mêlerais – d’abord de loin plus de plus en plus près !

« J’ai prêté serment de toujours dire la vérité… mais il y a une différence entre être franc et être aussi écervelé qu’un bœuf qui fonce sans penser, sans réfléchir ! Ici chaque parole que vous allez dire sera décortiquée, étudiée, pour en comprendre tous les sens possibles… et selon ça, vos alliés et vos ennemis changeront du tout au tout ! Ici, vexer quelqu’un peut s’avérer plus mortel que de le défier en duel… le moindre mot en trop peut devenir une tombe fraichement creusée… alors la vérité, oui, la franchise… disons qu’elle dépend des cas… si vous n’appréciez pas quelqu’un, vous ne lui mettez pas forcément votre poing au milieu du visage ? Pourtant vous pouvez quand même lui faire comprendre cela. Vous êtes une personne supposément respectable et la cour est véritable guêpier… même ici, c’en est une extension… aussi toujours marchez sur des œufs…

Et son discours sur la mort… quelle emmerdeuse… je me doutais qu’elle avait vu la mort mais qu’elle ne compare pas ses culbute d’un soir avant une mission avec la perte d’un frère aussi proche qu’un jumeau pouvait l’être…

« Ne comparez-pas la mort de mon frère avec la mort de vos révolutionnaires. Vos compagnons d’armes ont choisi de risquer la mort, ça faisait partie des risques acceptés par avance. Pas Elrich. Quant à me donner un coup de main, faites-le en n’entravant pas les gendarmes… s’ils ont éventuellement besoin de vous, ils vous le feront savoir. Je préfère avoir recours à des spécialistes hautement qualifiés, mais merci quand même… »


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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Mer 15 Fév 2017 - 14:43
Il donnait moins de dix ans à l’île. En soi, cette introduction plaisait à Giuliana : si son interlocuteur rebondissait sur des arguments construits, cela lui donnerait matière à réflexion, à discussion, peut-être des idées d’amélioration du système qui avait été mis en place, des idées pour éviter ce phénomène d’élitisation rapide de la société... Mais hélas, il n’en fut rien. Il rebondit simplement sur la question religieuse, affirmant qu’il était impardonnable de ne pas savoir certaines choses au sujet des dieux. Bon, étant donné le volume d’écrits concernant l’ensemble du panthéon, il faudrait une mémoire sacrément performante pour se souvenir de tout par cœur et une partie importante de la population serait considérée comme « impie ». C’était, pour Giu, un tort qu’avaient de nombreux spécialistes extrêmes. D’un côté, leur spécialisation leur donnait une connaissance extrêmement précieuse d’un domaine spécifique, que ce soit en sciences, en société, ou en religion. Hélas, dans l’expérience de la jeune ambassadrice, ces ultra-spécialistes avaient trop souvent tendance à partir du principe que leurs connaissances (pointues et n’étant pas à la portée de tous) sont « la base » et que « n’importe qui devrait le savoir ».

Elle s’était lourdement battue contre ce phénomène, chez elle, afin d’éviter qu’il n’y ait une séparation et un mépris mutuel qui ne s’installent entre le peuple et les chercheurs, étant donné que les deux pouvaient très bien travailler de concert. Elle avait eu quelques succès, mais pas sur tous les points, hélas. Entre nous, je pense que ses efforts à ce niveau sont vains, c’est la psyché humaine de base. Quelqu’un ne connaissant rien de rien à un domaine va se croire expert dans celui-ci, et quelqu’un étant expert dans un domaine va penser que tout est évident et simple alors que ça ne l’est pas… Comme souvent, Giu se battait contre les moulins à vent. Après, hein, c’est aussi pour ça qu’on l’aime bien non ?

Quand il continua sur son serment de dire la vérité et sur le fait qu’Ambrosia soit un vrai guêpier, la brune hocha doucement la tête en écoutant. Effectivement, elle savait comment fonctionnaient les choses, ici, mais elle n’avait pas encore l’habitude de les gérer. C’était un compromis qui était, pour elle, très difficile. Elle n’aimait pas les personnes jouant sur les mots et ne donnant que des demi-vérités car elle n’avait pas confiance en eux. En fait, elle avait contribué à RENVERSER des personnes comme celles-là ! Ainsi, Giu n’avait aucune intention de devenir comme eux et sa réputation d’idéalisme et d’honnêteté reposait en grande partie sur son discours très direct. Ses camarades de combat la suivaient, même quand les chances de réussite étaient faibles, parce qu’ils savaient qu’elle n’était pas en train de les manipuler ou de tricher avec eux.

Mais d’un autre côté, ce que lui disait Everard lui rappelait le fait que la triche et la manipulation étaient la norme, dans les milieux qu’elle allait fréquenter. Loin d’inspirer qui que ce soit, sa franchise risquait plutôt de lui poser de sérieux problèmes. Elle était prête à faire cet exercice : calculer chaque mot, attentivement, avant de dire quoi que ce soit, et quitte à ne pas vraiment tout dire… Mais elle n’aimait pas l’idée d’avoir à le faire. Soyons clairs, elle avait principalement choisi le rôle d’ambassadrice parce que celui-ci lui donnerait accès à des chercheurs de renom qu’elle admirait, pas parce qu’elle aimait ce genre de politique. Mais elle restait quelqu’un voulant faire son job… Elle devrait donc se réduire à adopter les us et coutumes de la haute, et être bien moins directe qu’à l’accoutumée.

> Je sais, vous avez raison à ce sujet. Je sais consciemment qu’il faut prendre garde et marcher sur des œufs comme vous le dites, mais je n’en ai pas pris l’habitude autant que je l’aurais dû… Ça sera un exercice complexe mais essentiel, merci de me l’avoir rappelé.

Sa réponse, concernant la mort de son frère, lui sembla… assez méprisante. Quand quelqu’un lui proposait de l’aide, même si elle n’en voulait pas, elle répondait juste « merci », elle ne l’envoyait pas se faire voir. En partie parce que ce serait manquer d’empathie mais aussi parce qu’au fond, elle avait découvert que l’aide de personnes inattendues pouvait se révéler très précieuse. Néanmoins… La perte récente d’un frère pouvait être éprouvante, surtout s’il n’avait pas l’habitude de perdre des proches par paquets de cinq, elle décida donc de ne pas partir là-dessus, répondant simplement :

> Bien entendu, je ne mettais en parallèle que la mort brutale et imprévisible et non les conditions ou la qualité des personnes impliquées. Je ne me serais pas permise. En tout cas, même si je doute que la gendarmerie ait besoin de mon aide ou de celle de mes gens, sachez que l’offre reste ouverte en toutes circonstances, pour cela ou autre chose.

On pouvait difficilement faire preuve de plus de bonne volonté. Après, y serait-il sensible ou non, c’était un autre problème. Maintenant, le fait était que Giu n’avait pas particulièrement l’impression que sa présence soit désirée ou désirable. Cela tombait assez bien : dans le coin de sa vision, elle put reconnaître Antoine Sokelle, un chercheur qui la fascinait. Il était… très impliqué dans son idée que la recherche devait être militarisée. Ce n’était pas du tout l’avis de Giuliana mais c’était aussi ce qui avait rendu leurs échanges épistolaires tout à fait passionnants. Il avait d’ailleurs réussi à faire changer d’avis la brune sur plusieurs sujets. Ainsi, avoir l’occasion de le saluer en personne était plus que bienvenue.

> Je vois que le professeur Sokelle est arrivé. Si vous me le permettez, je souhaiterais lui présenter mes respects.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Le club impérial des philosophes - automne 438 [Everard] Jeu 23 Fév 2017 - 1:26
Je me contentais de hocher de la tête avec gravité en l’entendant répondre à mon petit « rappel ». Si elle avait compris cette idée, alors elle n’était peut-être pas une véritable cause perdue… je lui souris, plus aimable qu’elle ne devait s’y attendre, avant de finalement l’écouter parler de ce qu’elle ne comprenait pas. Elle continuait à voir une similitude avec sa propre expérience… enfin, peut être jugeait-on tout simplement le reste à l’aune de sa propre expérience ? Aussi difficile que ça puisse paraitre, elle comprendrait sans doute que l’on ne pouvait pas comparer les deux… peut-être quand elle perdrait quelqu’un de cette manière… non pas que je le lui souhaite. Je doutais sincèrement de pouvoir souhaiter cela à personne… pas en étant un bon serviteur d’Ameth… ça irait à l’encontre de mes vœux que de rester sur cette pente glissante qu’était la violence, qu’elle soit pensée ou réalisée ne faisait qu’une nuance infime à mes yeux…

Finalement elle me confia qu’elle devait s’entretenir avec quelqu’un d’autre, et cela tombait bien, la conversation avait sans doute assez duré. Pour elle comme pour moi, j’avais d’autres chats à fouetter et d’autres personnes à éclairer des paroles divines, tout simplement. Je fis un signe de tête avant de finalement regarder ledit professeur… nous partagions certains points de vue, comme la militarisation nécessaire de la recherche ! Je lui souris d’un air condescendant en rajoutant alors.

« Vous avez ma permission, vous pouvez vous retirer, mon enfant. »

Puis, je lui fis un geste de la main avant d’incliner très légèrement la tête en signe d’adieux.

« Qu’Ameth vous ait en sa sainte protection, aujourd’hui et à jamais. »

Je lui touchais le front du bout des doigts en guise de bénédiction et je tournais les talons. Moi aussi j’avais d’autres personnes à voir...


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