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Ce sont les échos qui font croire à la fatalité. | Samuel

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Naomi Sunder
Employée de l'IMPERIAL
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Nationalité : Raclusienne (originaire d'Hishkar)
Messages : 119
Date d'inscription : 16/02/2017
MessageSujet: Ce sont les échos qui font croire à la fatalité. | Samuel Dim 19 Fév 2017 - 19:16
Eh bien, les choses déraillaient de nouveau.
Ça n’aurait pas dû être une surprise. Ce n’était pas la première fois qu’un accident se produisait en étant lié à l’Impérial. Auparavant, cela lui semblait anodin, une fois de temps en temps, pour tout dire, exceptionnel ; rien de plus. Et depuis quatre ans, elle avait la désagréable impression de remarquer, de plus en plus, des incidents, mineurs ou majeurs, qui arrivaient, pour une raison ou une autre. On disait qu’on ne remarquait jamais aussi bien quelque chose, qu’après qu’on y avait été mêlé, ou quand on en avait fait l’expérience personnelle.

Les aiguilles de sa montre à gousset, frappée de l’emblème de sa Cité-Etat natale Hishkar, indiquaient qu’il était plus de sept heures du soir. 19h24 : l’heure précise d’arrivée de l’avant-dernier zeppelin en provenance du Zoo de La Verne, transportant passagers et marchandises éventuelles. Au vu de l’attrait exercé par les animaux du zoo, inutile de dire que le zeppelin transportait surtout des personnes. Il était désormais 19h53, et dix minutes plus tôt, Naomi Sunder, ainsi que d’autres membres du personnel de l’Impérial, venaient de finir de maîtriser un début d’incendie à bord du zeppelin de 19h24.

Fort heureusement, la grande majorité des passagers étaient descendus avant que le revêtement du zeppelin ne prenne feu. Elle ne pouvait en être certaine, mais elle était persuadée que le nouvel métal recouvrant la surface du moyen de transport était à l’origine de ce début d’incendie. Un frottement dû à la trop grosse proximité d’un pylône d’attache. Il suffisait de bien peu pour qu’un zeppelin ne commence à brûler, et plutôt vite. Mais Hyram avait visiblement bien fait les choses, puisque sur le personnel présent, un certain nombre d’entre eux étaient assez compétents et expérimentés, et avaient vite fait le nécessaire pour éteindre les flammes. Les seules blessures revenaient au chef d’équipage, des brûlures, somme toute superficielles, et Naomi elle-même ne comptait que pour seules plaies, son uniforme officiel de l’Impérial roussi par endroits, des yeux encore irrités par la fumée et la chaleur vive, et la saleté dans sa chevelure blonde mi-longue.

La plate-forme d’atterrissage avait été évacuée par les quelques gendarmes qui patrouillaient toujours dans les environs de l’aérodrome. Compte tenu des incidents techniques qui pouvaient se profiler ici, mais surtout des nombreuses allées et venues de personnes et de marchandises, la sécurité n’était jamais de trop, même si elle était intervenue un peu tard pour le début d’incendie. L’Impérial attirait peut-être les ennuis, mais la compagnie savait en régler une partie, elle-même.
Et où cela va-t-il nous mener ? songeait Naomi, alors qu’elle contemplait les débris de métal fondu et tordu, les toiles rigides du zeppelin dévorées par le feu. La zone avait été soigneusement fermée aux curieux, faisant un blocage dans lequel se trouvaient uniquement le personnel, les passagers, et la gendarmerie. Cela fait trop de fois que des accidents arrivent. Il n’y a pas que moi qui commence à être soupçonneuse.

Ou peut-être prenait-elle ses désirs pour ses réalités, et cela n’était qu’un simple contrôle de sécurité, non une vérification d’une autre tentative de sabotage, pour la gendarmerie. En attendant, personnels comme passagers, ils étaient condamnés à attendre, comme au purgatoire, dans un espace délimité par les gendarmes, que les choses se calment vraiment et que les dernières vérifications de sécurité techniques soient faites. Son regard suivait les gendarmes qui allaient et venaient entre les diverses personnes, ou dérivait vers ceux qui examinaient la partie brûlée du zeppelin. La chaleur dégagée par les flammes, la fumée encore présente par endroits, ne lui donnaient que davantage l’impression que la plate-forme de métal sur laquelle elle marchait, faisant les cent pas, chauffait encore de l’incendie maîtrisé à temps. Même si l’aérodrome était un espace dégagé et ouvert, l’odeur de métal fondu et brûlé ne partait pas si facilement.

Et surtout, surtout, les mêmes pensées qui lui revenaient à l’esprit, alors qu’elle échangeait des mots machinaux avec un de ses collègues, percevoir que c’était encore un accident de plus et que cela faisait trop. Cela ne ramenait trop qu’à l’écho de quatre ans en arrière, bien que la situation ne soit guère similaire. Elle tirait, mi-sèche, mi-nerveuse, sur le tissu de ses vêtements – une sorte de mélange mixte entre un tailleur et un uniforme. Son regard, d’un bleu presque limpide, était imprégné d’une méfiance amère. Naomi recomposa un visage plus avenant, et plus neutre, quand un des gendarmes s’avança vers elle pour lui poser quelques questions – sans doute les mêmes qu’à tous les membres de l’équipage.

C’était bien absurde, après tout, ce n’était pas un sabotage, seulement un accident… Elle répéta donc seulement les informations qu’on lui demandait. Ils faisaient tout un foin d’un banal incident technique, mais pour certaines autres affaires, c’était toujours traité à deux vitesses. Mais peu importait ; même si la majorité de ses émotions pouvait très facilement se lire sur son visage, elle ne laissa pas voir de chagrin lié à une ancienne nostalgie et perte, demeurant professionnelle et attentive.

— Le zeppelin est arrivé à l’heure. 19h24. L’incendie ne s’est déclaré que quelques minutes après l’atterrissage. L’appareil a été rénové récemment, et il est possible que ce soit le nouveau revêtement, qui ne soit pas aussi résistant aux frottements, qu’on le pensait. D’ailleurs, c’est la première fois que cela arrive avec ce nouveau matériel, il y a eu plusieurs autres voyages sans encombres...


A qui cela n'est-il arrivé, d'être libre en apparence, et de se sentir les ailes empêtrées ?
       
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MessageSujet: Re: Ce sont les échos qui font croire à la fatalité. | Samuel Sam 4 Mar 2017 - 18:02
Les lieux où venait de survenir un accident avaient toujours une ambiance particulière. On trouvait, ici et là, les débris et traces de ce qui avait mal tourné. Les gens qui avaient été témoins de l'accident ne demandaient généralement qu'à partir, mais les autorités les gardaient quelques temps sous bonne garde, pour les interroger, ou simplement s'assurer qu'ils allaient bien. Paradoxalement, les passants qui n'avaient rien à voir avec les faits se montraient souvent curieux, et il fallait les contenir. C'était pour toutes ces raisons, entre autres choses, que la gendarmerie se présentait rapidement, dans ce genre de cas. Or, ils avaient beaucoup à gérer en ce moment, du côté des crimes et diverses intrigues, pour ne pas souhaiter avoir à s'occuper d'un nombre d'accidents croissant.

Cela n'était-il qu'un malheureux hasard, y avait-il un défaut de conception, trop de personnes qui étaient montées à bord ? En somme, les progrès technologiques commençaient-ils à être dépassés par une population croissante et des constructeurs arrivistes ? Ne pouvait-on même plus parler d'accident, mais d'attentat ? Jusqu'à présent, rien ne le prouvait, et ils ne comptaient certes pas lancer de mouvement de panique générale.

Comme à son habitude, le commandant Kobalt s'évertuait à chapeauter l'opération. Son regard brun et ferme naviguait d'un endroit à un autre du quai, alors qu'il se rendait ici et là, pour telle ou telle intervention. Sa tenue vestimentaire n'était pas moins sombre et précise, dans la mesure où il portait une redingote noire où il aurait été difficile de constater un faux pli.

A un moment, il entendit parler d'un nouveau revêtement pour le zeppelin, et se demanda si l'engin, expérimental, n'avait pas été mis trop tôt sur le marché... Agacé par cette idée, il se tourna vers la femme qui venait de parler au policier qui l'interrogeait. Même s'il demeura neutre, son visage se crispa légèrement. Naomi Sunder ne lui évoquait pas que de bons souvenirs, bien au contraire. Même si la dame avait des circonstances atténuantes, (elle avait perdu son mari), cela ne la rendait pas moins insistante et invasive, pour ne pas dire obsessionnelle et hystérique. Ce n'était là que le point de vue de Samuel, bien sûr, mais il avait horreur des personnes qui s'immisçaient dans ses affaires et croyaient mieux faire son job, que lui. Depuis qu'il avait été confronté à cette femme, il avait mis un point d'honneur à l'éviter, dans la mesure du possible. Aujourd'hui, leurs chemins se croisaient de nouveau. Or, même s'il restait plus ou moins neutre, son regard s'était trop lourdement attardé sur elle, pour qu'elle ne le remarquât pas.

▬ Dis aux témoins qui ont été interrogés et qui ont déjà été recensés, qu'ils peuvent disposer, dit-il à l'un de ses hommes, sans chercher à se montrer particulièrement discret.
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: Ce sont les échos qui font croire à la fatalité. | Samuel Mar 14 Mar 2017 - 20:09
Les curieux continuaient à faire ce qu’ils avaient toujours fait, sur les lieux d’un accident : c’est à dire à se comporter comme des charognards qui attendaient la bonne information, le détail intrigant, dans un mélange de fascination et de morbidité. Naomi n’avait qu’à se réjouir que l’incident ne se soit déclaré qu’après que la descente des passagers. Elle exécrait ceux qui se nourrissaient du malheur des autres, ne serait-ce que parce qu’elle s’était retrouvée dans ce genre de situation, dans le rôle de l'espionnée, des années auparavant ; mais aussi par éthique et conviction. Elle n’était pas une femme mauvaise, ni ne se complaisait dans l’écoute de ragots ou de racontars de mauvaise foi. Les souffrances passées avaient cet effet de guérison, sur certaines mauvaises habitudes données par les autres, et particulièrement par un empire de vapeur où la moindre rumeur n’avait besoin que d’une étincelle pour éclater.

Et il n’était point question, pour l’instant, que le bruit de rénovations défectueuses n’entrave de nouveau la réputation de l’Impérial : c’était pourquoi elle restait entièrement professionnelle. On aurait pu s’étonner de cette attitude, quand on savait que dans son âme couvaient quelques braises de vengeance et de rancoeur, qu’elle songeait éteintes ; et qui pourtant ne demandaient qu’à se rallumer. Mais l’être humain était fait de paradoxes, et Naomi ne remettait encore cela nullement en question. Et puis, qui disait qu’elle ne restait pas dans cette compagnie pour tirer, un jour, une hypothétique revanche ? Mais dans la mesure où personne n’avait accès à ses pensées, cela restait une énigme, et tout juste une éventualité possible.

Elle détourna les yeux du gendarme auquel elle faisait son rapport mécanique, en sentant un autre regard peser sur elle. Une impression de déjà-vu lui traversa l’esprit, comme un pan vacillant de mémoire qui revenait à un moment inopportun. Mais ses sens ne la trompaient pas : elle reconnaissait bel et bien Samuel Kobalt, le commandant général qui avait, quatre années auparavant, enquêté sur la mort de son mari, avant de clore l’affaire – comme tout le monde.

Un bref sourire flotta sur les lèvres de l’employée de l’Impérial. Kobalt faisait partie de ces hommes qui ne cherchaient pas à se dissimuler, ni à se faire discrets, même face à une situation embarrassante. Qu’il l’ait remarquée, mais ne puisse tourner les talons aisément, en espérant qu’elle ne soit pas aussi collante qu’autrefois, avait presque de quoi faire rire. Avec le recul, elle comprenait qu’elle avait sans doute été trop insistante auprès de cet homme ; elle ne savait pas seulement à quel point. Mais ce temps de chagrin et de deuil l’avait laissée tellement bouleversée, qu’elle aurait été chercher la justice n’importe où. La mort, même celle voulue par Mirai, avait pour toujours un aspect incompréhensible qui n’éveillait qu’un sentiment d’injustice et de désespoir.

Voyant que le gendarme en face d’elle notait son témoignage sans intention de lui poser d’autres questions, elle se détourna de lui pour s’avancer jusqu’au commandant général, le fixant sans être intimidée. Cela n’excluait pas le respect qu’elle avait toujours montré face aux autorités d’Ambrosia.

— Commandant Kobalt, il semblerait que vous soyez abonné aux affaires des accidents de l’Impérial, constata-t-elle simplement, avec une légèreté qui n’était pas feinte, sans être offensante.

Il était difficile, pour elle, de dire une telle parole sans songer au passé : mais elle s’était assurée que sa voix ne tremblait pas. Elle ne dévoilait pas ses faiblesses en public aussi aisément, et puis Naomi était dans un cadre officiel.

— Il ne s’agissait que d’un accident, ici. Un problème technique, et il n’y a eu que des légers blessés. Je serais ravie de vous donner toutes les informations dont vous auriez besoin, ceci dit.

Un silence de quelques secondes glissa dans l’air ; cela se voyait sur les traits de cette veuve, qu’elle hésitait visiblement à dire quelque chose, ignorant si cela était approprié, ou non. Mais cela avait un léger poids sur son cœur, qu’elle ne pouvait ignorer. Après tout, son âme était assez troublée à un certain endroit précis, pour que Naomi  ressente le besoin d’alléger ce qui pouvait l’être. Tant pis si cela revenait à faire amende honorable avec un retard de quelques années. Et puis, cet homme avait suffisamment fait le fuyant pour qu’elle ne puisse dire ces mots, auparavant.

— Navrée d’avoir été… bien trop intrusive et pesante, lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois, finit-elle donc par dire, plantant son regard clair dans le sien.

Elle n’était pas du genre de femme à détourner les yeux, et encore moins à les baisser.


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MessageSujet: Re: Ce sont les échos qui font croire à la fatalité. | Samuel Lun 3 Avr 2017 - 20:46
Les passants se disputaient la moindre information où la moindre vision plus approfondie de ce qu'il se passait. Naturellement, Kobalt ne cautionnait pas cette fascination de l'homme, pour tout ce qui était funeste, voire catastrophique. Cela n'améliorait guère sa piètre opinion de certains partis pris de la société actuelle. Pour autant, il ne s'en préoccupait pas plus que cela ; ne cherchant ni à les comprendre, ni à réagir d'une façon ou d'une autre, à condition que personne ne vînt l'importuner ou gâcher les scènes de crime. Vous l'aurez compris, Samuel avait beau avoir un regard implacable, aussi insondable qu'observateur, quand il agissait dans le cadre de l'exercice de ses fonctions ; il n'avait aucun talent – ni aucun intérêt – pour ce qui était de sonder l'âme humaine, à des fins plus métaphysiques. D'aucuns avaient beau lui reprocher d'être terre-à-terre, voire, il fallait le reconnaître, psychorigide, il n'en avait cure. Il ne se remettrait pas en question pour des gens qui, le plus souvent, étaient plus névrosés que irréprochables. D'ailleurs, il ne comptait le faire pour personne.

En parlant de névrosés... Samuel Kobalt s'était aperçu que Naomi Sunder était ici, et, suite à leur passé commun, il n'avait guère envie de la saluer ou de... s'embourber dans une discussion avec elle. Le commandant était peu habitué à offrir des secondes chances, après tout. Il aurait pu chercher à lui tourner le dos, où à tenter une fuite quelconque, mais ce n'était guère dans ses habitudes non plus. Il ne redoutait pas cette dame, et si une des deux personnes présentes était de trop, c'était bien elle.

Mais voilà qu'elle venait à sa rencontre, comme si certaines personnes étaient attirées par le fruit défendu. Kobalt était profondément exaspéré mais il était trop correct, pour le montrer. Aussi conserva-t-il une expression neutre, au risque d'être encore soupçonné d'être pourvu de quelque faciès paralysé. Il est inutile de préciser que l'entrée en matière de Naomi l'irrita déjà. Cet homme-là avait quelques qualités, mais le sens de l'humour n'en faisait point parti. Il n'avait rien à répondre à cela.

« Il ne s’agissait que d’un accident, ici. Un problème technique, et il n’y a eu que des légers blessés. Je serais ravie de vous donner toutes les informations dont vous auriez besoin, ceci dit. »

▬ Il me semble que vous venez déjà de le faire auprès de mon collègue, ici présent, se contenta-t-il de répondre, hochant la tête pour s'épargner de dire qu'il savait tout cela.

Qu'on se le dise, il ne faisait aucun effort pour avoir l'air ouvert, avenant, ou ne serait-ce qu'un peu abordable. Mais visiblement, il en fallait davantage pour faire reculer Naomi.

« Navrée d’avoir été… bien trop intrusive et pesante, lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois. » dit-elle alors.

Une légère lueur de surprise traversa les prunelles brunes du commandant, qui ne s'était pas attendu à ce qu'elle admît ses torts, ou présentât ses excuses. La façon qu'elle avait de le regarder, représentait une certaine sincérité. Il se perdit un instant dans ce regard pâle et azur, qui lui semblait avoir mûri. Il songea que chaque journée ambrosienne révélait son lot de surprises, qu'elles fussent mauvaises, ou positives...

▬ Eh bien, merci, dit-il.

Il marqua une pause, comme s'il avait été prêt à dire davantage, mais quelqu'un l'interpella et – comme le devoir passait avant tout -, il s'excusa auprès de Naomi, avant d'aller voir de quoi il retournait. Samuel Kobalt avait un certain nombre de choses à régler, avant de pouvoir quitter cet endroit.

Il s'écoula quelques temps, avant que l'espace ne se vide. Il ne restait plus grand monde : les personnes impliquées avaient pu rentrer chez elle, les serviteurs de l'ordre étaient pressés d'en faire autant, et les curieux eux-mêmes n'avaient plus rien à se mettre sous la dent. Il ne restait plus que quelques âmes en peine, prêtes à errer parmi les quais brumeux. Samuel en faisait parti. Et Naomi aussi... Lorsqu'il croisa son regard de nouveau, il ne recula pas.
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MessageSujet: Re: Ce sont les échos qui font croire à la fatalité. | Samuel Sam 8 Avr 2017 - 17:19
Naomi avait un double regard sur la société d’Ambrosia. D’un côté, elle lui reconnaissait de multiples possibilités et un multiculturalisme qui lui plaisait, qui l’avait accueillie. Et elle ne savait jamais si les personnes qu’elle croisait allaient se révéler profondément ennuyeuses, ou bien intrigantes, à l’image de Giuliana di Bresci, qu’elle rencontrerait plus tard. De l’autre, elle était parfois dans des humeurs très lasses, épuisées, qui la menaient à voir le monde aux alentours sans surprise, sans attente positive : désabusée. Cela dépendait principalement de son humeur, qui n’était pas toujours la plus changeante. Ce jour-là, elle était malgré tout dans l’attitude la plus positive dont son caractère pouvait faire preuve, puisqu’elle s’était même amusée à lancer une plaisanterie. Si ses pensées n’étaient toujours dites, elle portait toutefois un regard attentif sur le monde extérieur, et portait plus d’attention aux autres, qu’à la politique qu’elle avait toujours considérée comme nécessaire, mais barbante, et ce même si son âge aurait pu laisser penser qu’elle s’y connaissait au moins un peu.

Elle n’était pas attirée par cela et ne le serait jamais. Pour cet aspect en particulier, elle était bien contente de ne pas être une Dignitaire ou une Grande.

Quant à Samuel Kobalt, si autrefois elle avait pu être énervée, exaspérée contre lui, cette impatience avait disparu depuis un moment déjà. Le temps avait fait son œuvre, même si on parlait plus d’oublier, que de pardonner. Son état de détresse, dû à la mort de son mari, s’était stabilisé, apaisé. Certes, elle était probablement toujours névrosée, mais le brillant de l’apparence suffisait à le faire oublier, du moins pour l’instant. Aujourd’hui, elle voyait l’homme avec un mélange de reconnaissance – il l’avait après tout aidée par l’enquête, avant de voir qu’elle mettait trop son nez dans ses affaires – et de curiosité, car elle avait rarement croisé personne plus impassible et plus rigide. Mais comme disait l’autre, il y avait toujours un cœur, ou au moins un métronome qui battait sous sa carapace, aussi bien enfoui soit-il.

D’ailleurs, s’il ne goûta pas sa plaisanterie, il parvint tout de même à sortir un « merci », que l’éclat étonné de ses yeux ne rendait point anodin. Naomi le considéra en silence, sans ciller, quand il la fixa quelques secondes. Il ne paraissait pas ouvert et encore moins enclin à la conversation, mais il était surpris de ses excuses. Un peu reconnaissant, espérait-elle, même si cela arrivait avec des années de retard. Si elle avait un peu changé le quotidien rigide et immuable de cet homme, par un songe positif, un étonnement qui vous faisait un peu voir le monde différemment, elle ne demandait pas davantage.

Elle aurait pu répondre qu’elle avait toujours espéré pouvoir le lui dire, le recul lui ayant fait prendre conscience qu’elle n’avait pas été la meilleure personne du monde. Mais entre-temps, il s’était toujours tenu hors de sa portée, ou dans des événements publics qui ne se prêtaient pas à cela. Certes, c’était des simples mots, mais pour certaines personnes et la façon dont ils étaient dit, ils pouvaient se révéler intimes. Au lieu de cela, il sembla vouloir prendre la parole, ajouter quelque chose, avant d’être interrompu par quelqu’un d’autre. Désappointée, mais peu rancunière, elle hocha simplement la tête, retournant à son propre travail. L’accident avait considérablement tout retardé et il y avait encore des choses conséquentes à faire : contrôler la sécurité de l’appareil une nouvelle fois, vérifier la réserve de gaz, et d’autres tâches rébarbatives, mais nécessaires pour assurer un prochain décollage. Du moins, si la gendarmerie les laissait repartir avec, après l’accident…

Quand elle revint sur le quai, elle constata qu’il restait encore quelques personnes, y compris Kobalt, toujours occupé. Patiemment, elle attendit, essuyant les traces accumulées sur son uniforme de l’Impérial, jusqu’à ce qu’il ne paraisse plus occupé, et croise même son regard… Eh bien, lui aussi a évolué : il est moins farouche qu’avant, remarqua-t-elle intérieurement, avant de s’avancer vers lui.

Ça y est ? demanda-t-elle, s’arrêtant à la respectable distance que mettaient entre eux, deux personnes qui n’étaient pas plus familières que ça. Vous en avez terminé ?

La nuit tombait, pour elle, il ne restait plus qu’à rentrer chez elle, ou errer dans Ambrosia, si le cœur lui en disait. Son emploi du temps n’était guère guidé par autre chose que le travail, même s’il n’était pas pour autant sa vie. Elle n’avait nul loisir ou activité particulière, si l’on omettait son enquête sur les enfants enlevés, ou les moments où elle s’asseyait à une table, pour griffonner des nouvelles qui n’avaient jamais de fin. Elles lui laissaient un curieux goût d’inachevé sans qu’elle puisse jamais véritablement les oublier. De toute manière, elle n’en ferait probablement jamais rien.

Elle hésita un instant. Elle ne savait pas exactement ce qu’elle avait envie de faire, de ce qu’elle était sur le point de faire, mais elle ne se sentait pas de laisser ainsi repartir Kobalt sans rien ajouter. Après tout, depuis le temps qu’elle aurait voulu présenter des excuses, il avait fallu attendre un bon moment avant de le trouver dans un contexte qui s’y prêtait. Et il ne semblait pas déterminé à fuir – comme si elle était effrayante, de toute façon.

— Puis-je vous proposer d’aller manger un morceau quelque part ? Vous offrir un verre ? A charge de revanche pour...eh bien, autrefois. Cela compte pour moi,
rajouta-t-elle, parce qu’elle était quasiment certaine que le gendarme y opposerait un refus, au vu de son caractère.

Pourtant, c’était bien mince, comme affaire, suggérer un repas, comme un remerciement tardif. Et c’était mieux que simplement partir sans rien dire.


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