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 :: Prologue final :: La salle des archives

[CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni]

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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Lun 6 Mar 2017 - 17:06
« Vous vous souvenez peut-être, lors de mon enterrement de vie de garçon, de nous avoir souvent entendus boire ‘à la liberté’. Ce n’était pas innocent. J’ai passé les années qui ont suivi à veiller sur cette liberté, de mon côté comme du sien. Au point que nous sommes restés deux étrangers. »

Ross ne cherchait pas à se faire plaindre ou pardonner ; ce n’avait pas été la meilleure façon de préparer la fondation d’une famille, et il le savait. Il n’avait simplement jamais envisagé de procéder autrement. Question de traditions, de caractère, d’emploi du temps chargé, d’autres responsabilités ici et là… Il connaissait infiniment mieux leur impératrice elle-même que sa propre femme. C’est justement pourquoi il veillerait, quant à lui, à encourager de véritables sentiments d’amitié entre l’enfant à venir et la fratrie parmi laquelle il comptait lui trouver promis ou promise. Ce serait déjà un bon point pour le futur : de l’amitié, c’était toujours mieux que rien.

« Si vous estimez que cette confrontation pourrait avoir un tel effet, alors il est vrai que je devrais peut-être faire une tentative. Jusqu’ici, son instinct maternel porte exclusivement sur ses perruches et notre jeune pupille. Eh bien ! Fions-nous aux dieux pour que cela tourne bien. »

Tout en devisant aimablement, il avait déjà fait un sort à son plat et n’attendait que de passer au dessert. Sa consommation de boissons était sur le même plan ; il mangeait et buvait comme s’il se préparait à engager une expédition polaires sans emporter de vivres. Comme à l’ordinaire, boire ne lui faisait guère d’effet, et il prenait un malin plaisir à commander les cocktails les plus extravagants chaque fois que le serveur passait près d’eux, dans son ballet au milieu des tables.

Il offrit plusieurs fois à Sarah de goûter ces étranges breuvages, malicieusement amusé de la voir changer d’expression lorsqu’il s’agissait de cocktails vraiment inattendus, parfois pimentés, parfois indéfinissables. En tout cas, en grand amateur de couleurs vives, il ne pouvait qu’apprécier le jeu artistique qui en faisaient de véritables œuvres d’art, des arc-en-ciels en étages. Il se prit à songer que, si un jour il décidait de tourner le dos à son ancienne vie, il adorerait travailler dans un tel établissement.

Cependant, les réponses de Sarah l’avaient rendu curieux. Il se risqua à une question un peu plus personnelle, lassé de parler de lui-même depuis le début de la soirée : « Mais dites-moi… n’avez-vous jamais eu envie de cela ? Partager votre vie toujours avec la même personne, vous réveiller à ses côtés tous les matins, fonder une famille… Même sans que ce soit forcément le parfait amour. »
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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Lun 6 Mar 2017 - 19:49
- - Oui en effet je m’en souviens parfaitement, ce soir-là comme ci c’était hier. Je n’ai pas prêté attention, je n’écoute pas vraiment les conversations dés de mes convives mais oui j’ai entendu en effet. Je comprends donc le pourquoi de cette impression que vous êtes presque des inconnues l’un comme l’autre, je pense que cet enfant vous rapprochera inévitablement.

Tout s’explique, je pense en plus d’un mariage forcé que chacun fait ce que bon lui semble, tant que l’héritier arrive. J’espère que Monsieur et Madame Brisendan veilleront à faire attention à cet enfant pour ne pas qu’il ne connaisse pas cette solitude, cet éloignement dans le couple bien que cet enfant doit grandir et ce sont leurs règles, leurs moeurs.

- Des perruches ce ne sont pas des enfants pas pareilles, on aime nos animaux mais quand même, il est bien que vous vous occupiez du jeune pupille, il doit être heureux en votre compagnie, vous êtes des personnes bien. Je pense oui que Madame soit en compagnie des enfants, cela lui changerait et comprendrait ce qui l’attend pour le futur.

J’espérais ne pas trop juger ne connaissant pas du tout Madame, mais il fallait celons-moi qu’elle sorte de son environnement et peut-être affronté un peu la réalité, l’impression qu’elle était confinée un peu chez elle et entourée des bonnes manières des Dames qu’elle devait fréquenter.

Le repas se déroula sans soucis, je rigole de plus en plus avec les breuvages plus ou moins étranges que Ross me faisait gouter, la tête me tournait un peu n’ayant pas l’habitude boire autant, généralement je ne pouvais pas je dois garder un œil sur mes filles, mais là c’était une soirée bien spéciale et j’avais envie de me laisser tenter, sans débordement.

- Ross,je … un peu gênée par la question – J’y pense souvent mais mon métier fait que je peux avoir des hommes mais l’un d’entre eux ou un parfait inconnu qui pourrait me séduire, seraient ils capable d’accepter ce que je fais et qui je suis ? Je ne désespère pas mais je ne me fais pas de grandes illusions, qu’il travaille avec moi ou pas ce n’est pas grave, tant que l’amour est présent.

Je suis devenu songeuse à la question de Ross, il est vrai que je n’avais personne dans ma vie, j’y pensais parfois fortement, mais je n’espérais pas vraiment, qui accepterais une femme comme moi peut être un amant mais là aussi il ne fallait pas rêver, dans le fond parfois cela m’attristait mais c’était ainsi.

- Fonder une famille avec mon métier pas facile, je ne désire pas que mon enfant subisse ce que j’ai subit, peut être reprendre plus tard les affaires cela me parait bien difficile.

Avoir un enfant dans les conditions dans laquelle j’étais, juste pas possible, à moins de vivre ailleurs que mon actuelle chambrée, cela pourrait devenir vite compliqué ou peut être pas, l’avenir me le dira surement.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Lun 6 Mar 2017 - 21:22
Bien que ce ne soit pas le sujet principal de leur conversation, Ross eut un petit sourire lorsque son invitée aborda le sujet de leur pupille et de son accueil dans leur maisonnée. Il n'était pas sûr d'être le plus apte à jouer un tel rôle, mais du moins était-il fier de faire de son mieux ; l'expérience correspondait exactement à ce qu'il avait espéré en réclamant de participer au programme, dès qu'il en avait eu l'âge. C'était même mieux ; il ne s'attendait pas à tant d'humour et de subtilité chez un voyageur aussi jeune, et aussi loin de son contexte habituel.

La suite le rendit un peu triste pour Sarah. Il regrettait parfois de n'être pas plus intéressé par les femmes. Il aurait été capable de lui proposer une relation juste pour la consoler. C'était bien le pire de ses quelques défauts : il avait un coeur d'artichaut qui ne pouvait que s'émouvoir, le plus sincèrement du monde, à une fréquence déraisonnable.

Il se sentait un peu dans la situation inverse de celle présentée par Sarah. Là où celle-ci, du fait de sa profession, pouvait être fréquentée un temps sans que l'on fasse attention à elle autrement qu'à une sorte de meuble assez trivial, avant que l'on s'aperçoive un jour qu'elle valait davantage que pas mal de femmes de la bonne société. Lui, de son côté, brillant causeur et mondain, avait charmé sans même s'en apercevoir quelques dames trompées par son vernis de respectabilité ; il avait ensuite fallu les décevoir, ce qui n'avait pas toujours été facile.

"Je vous félicite en tout cas pour votre flegme," sourit-il, se voulant consolateur. "Votre caractère vous aide visiblement à supporter votre situation telle qu'elle est, c'est là une grande force."

Certains de sa connaissance auraient bien voulu en dire autant. Mais le dessert arriva, comme pour les distraire de leur conversation devenue un peu trop sérieuse. Ross en était à songer à quel point, parfois, une personne entre guillemets normale avait du mal à se mettre à leur place, à eux, bourreaux de travail et victimes de leur carrière – et à réaliser ce qui les guettait pour peu qu'ils s'en détournent. Tomber amoureux revenait, il est vrai, à un sacré détournement. La prise en charge inconditionnelle d'un jeune être innocent se situait un peu plus bas sur l'échelle, lui semblait-il ; mais que dirait Mélusine Duval, par exemple, grande protectrice des orphelins auxquels il songeait, si lui-même ou cette chère Sarah envisageait d'en prendre un sous son aile ? Il était permis d'en douter.

Il retrouva sa sérénité en admirant le gâteau pour deux qu'il avait commandé, curieux d'en voir les dimensions. C'était un gâteau à étage, représentant Ambrosia et ses niveaux, une réalisation digne d'un concours de cuisine. C'était fascinant à observer et non moins amusant à manger, car les deux convives devaient prendre garde à ne pas déséquilibrer l'édifice, de peur de le faire tomber. Il leur fallait donc prendre garde à manger des quantités semblables, en même temps. Les airs de danse les environnaient, et les tablées voisines commençaient à se lever pour danser au centre de la salle.

"Je vous promets deux choses, Sarah : je vais m'efforcer de créer avec Miranda un certain terrain d'entente, avant que nous devions nous associer en tant qu'éducateurs. Et je ne me gênerai pas pour enseigner à cet enfant qu'il vous doit beaucoup. Jamais il ne devra laisser dire du mal de vous en sa présence."
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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Mar 7 Mar 2017 - 8:44
Je ne savais pas ce que c’était de m’occuper d’un pupille mais je suppose que c’était comme pour mes filles, de veiller sur eux et leurs bien être, de veiller à ce qu’il ne manque de rien, que tout va bien en somme.

On passait du rire à la tristesse au cours du repas mais c’était les aléas de la vie, du malheur, du bonheur, des hauts et des bas c’était ainsi mais peu importe j’étais en bonne compagnie et ce qui comptait à ce moment précis, de passer du bon temps.

  - J’essaye mon bon ami, j’essaye peut être aussi tout ce que j’ai vécue qui fais que j’arrive à rester calme. Je pris la main de Ross pour le remercier de son soutient. – Je tire ma force de ce que j’ai vécu, il faut bien se forger une carapace pour survivre.

Je continuais à sourire pour ne pas gâcher le repas, de ce petit aparté sur les sentiments amoureux et les enfants. Je suis encore jeune peut-être qu’un jour j’aurais un prince charmant, un où des enfants pourquoi pas mais tout cela me paraît bien difficile.

Le dessert me sortit de mes pensées, il était magnifique, une splendeur, je n’osais pas l’attaquer, cela serait un sacrilège que d’en prendre une cuillère. On aurait dit un repas d’amoureux qui finissaient par manger dans la même cuillère pour ne pas déséquilibrer le gâteau, ce qui me fit rigoler.

Le repas quasiment fini, certains se mirent à danser, la musique enivrait la salle, on entendait les pas cadencés sur le plancher, ce qui donnait l’envie d’y aller j’avais presque envie d’inviter Ross, d’ailleurs je l’aurais bien fait mais cela ne se faisait, je me contentais d’être une Dame ce soir.

  -Je vous en remercie Ross, de vos intentions, je ne sais pas quoi vous dire, juste merci. J’espère vraiment que vous allez pouvoir vous trouver avec Miranda, votre enfant et le jeune pupille. Dites moi que fait Miranda durant les longues journées en votre absence ? Je pense qu'elle ne reste pas cloîtrée dans votre demeure.

Le gâteau quasiment finie, je pris mon porte cigarette, fumée me détendais et surtout ce besoin après le repas.  - J’espère que cela ne vous dérange pas Ross ? Puis je vous en proposer une ? demandais-je avant de l’allumer.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Mar 7 Mar 2017 - 13:20

Ross estimait le sujet conjugal écarté, mais la question concernant Miranda le prit de court. Il ignorait ce qu’elle pouvait bien faire exactement de ses journées. Cela ne le regardait pas, il aurait presque paru inconvenant de le lui demander. Il pouvait sans peine se le représenter, au besoin ; sa vie était réglée comme du papier à musique, il la connaissait assez pour savoir cela : comme la vie d’une vieille dame irréprochable.

« Merci, j’ai mes propres cigares, » sourit-il en tirant l’étui de sa poche. Cela ne lui ferait pas de mal, en effet. Une connaisseuse en plantes telle que Sarah Vialanni ne manquerait pas de reconnaître cet arôme exotique de fleurs séchées. Ce n’est pas sans fierté qu’il lui fit sentir le bâton enrubanné d’or, aux subtils parfums ludiquement médicinaux, comme il le disait en plaisantant.

« C’est à peine si je sais ce qu’elle fait, vraiment… à peine si je lui ai parlé, avant de sortir, de ce qu’elle ferait pour fêter l’heureuse nouvelle. D’abord parce qu’elle fait toujours la même chose, ensuite parce qu’elle préfère le faire sans moi. Elle ne le sait pas vraiment, mais c’est ainsi. Comment vous expliquer... »

Il se représentait sans difficulté les nobles dames réunies dans le petit salon, tels leurs voisins à leurs tables, mais infiniment plus sages, plus paisibles, plus compassées, comme un rassemblement de statues ou de momies d’un ancien temps. Il imaginait jusqu’aux places qu’elles occupaient, en fonction de leur rang.

« ...si j’avais paru intéressé, l’étiquette l’aurait forcée à m’inviter, et ma présence l’aurait empêchée de se détendre avec ses amies. »

C’était ainsi à chaque repas ; et sans y songer, il se mit soudain à faire de même envers Sarah : l’éviter du regard, comme un prédateur fatigué et une proie trop pugnace s’évitent aux abords d’un point d’eau. Ils n’avaient pas besoin de se regarder. Ils surveillaient leurs auras respectives avec les yeux de l’âme. Nul époux n’était plus attentif que Ross Brisendan, malgré les apparences : attentif à ne pas brusquer, à ne pas envahir, à ne pas s’imposer, comme s’il avait un crime à se faire pardonner, peut-être ces nuits forcées qu’ils partageaient ; le premier soir, il l’avait vue pleurer et lui avait promis, en lui touchant la main, que cela ne saurait durer longtemps, que bientôt elle serait enceinte et qu’il la laisserait en paix. Elle avait retiré sa main comme si elle avait été mordue par un serpent. Il y avait maintenant des années que cela devait cesser bientôt.

Maintenant, il faudrait bien que cela change, sans quoi ce serait l’enfant, cet innocent être à venir, qui en porterait la croix.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Jeu 9 Mar 2017 - 11:02
Je me douterais bien que Ross aimerait plus les cigares que mes cigarettes mais ma foi, c’était par galanterie que de proposer. Il me fit sentir cet arôme que je peux que reconnaître, il donnait bien envie, il avait bien gout en matière, entre le repas et le cigare.

- Il m’a l’est très plaisant à fumer ce cigare.

En allumant ma cigarette, j’écoutais Ross qui m’expliquait qu’en gros sa femme pour faire ce qu’elle voulait cela lui passait derrière la tête, ma foi chacun sa vie, juste dommage que le couple soit ainsi mais après ce qu’ils ont vécu et de ce que j’en sais je ne suis guère étonnée.

- Peut être la forcer à changer de ces habitudes, peut être pas si simple que ça, je raconte certainement des bêtises mais bon peut être aura-t-elle une autre attitude avec la grossesse parfois les hormones jouent des tours.

Peut être que Madame préférait la compagnie des Dames de la cour que celle de son mari ou des amis, tout cela m’allait bien compliquer, perplexe en tirant quelque bouffé sur ma cigarette et me dépasse totalement, loin de tous ce petit monde des hauts rangs, finalement, j’étais très bien à ma place je ne me compliquais pas la vie et je menais ma vie comme je le désirais.

- Quand même bien curieux qu’elle serait gênée par votre présence à moins qu’elles aient des choses à cacher des petits secrets de femme un petit clin d’œil en passant – A moins qu’elle soit vraiment mal à l’aise.

J’ai vu Ross pour la première fois depuis le temps que nous nous connaissons à m’éviter du regard, comme ci que quelque chose le gênait, était ce moi ? trop curieuse, je n’aurais peut être pas dû, peut être des mauvais souvenirs avec Madame qui remonte à la surface, bien triste tout cela, je suis touchée par le couple si fragile car oui il me paraît bien fragile et loin de là d’être facile, quelle vie pourrie parfois.

- Ross ne craint pas à me regarder tu sais que je ne ferais jamais de mal et loin de moi à te rendre triste.
Je me suis senti d’un coup très proche de lui, que j’en ai oublié la bonne manière mais après tout pour une fois, adieu les bonnes manières je voyais bien que quelque chose louchait, la fin du repas ne tournait pas comme il devrait tourner.

- Si après notre petit pause de tabac nous allions danser.
Oui j’ai invité Ross au-delà des mœurs, je voulais vraiment qu’il retrouve le sourire avant de repartir chacun chez soi, car il commençait à se faire tard mine de rien.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Dîner chez Pygmalion [Sarah Vialanni] Jeu 9 Mar 2017 - 12:02
En effet, le cigare était plaisant à fumer – il le détendait, en tout cas, une sensation bienvenue dans une vie de stress – mais il y avait aussi quelque chose de légèrement mélancolique à respirer cette odeur, venue de pays lointains et merveilleux.

Ross avait cette sorte de mémoire que les sens tels le goûts ou l'olfaction réveillent du fond de son inconscient. S'il avait un toast à la bouche, par exemple, au moment d'apprendre telle nouvelle de Cour lors d'un buffet mondain, cette nouvelle restait associée dans son esprit à ce goût particulier, et s'il le retrouvait par hasard, la nouvelle lui remontait à l'esprit ; ou du moins, les sentiments qui l'agitaient au moment d'apprendre cette nouvelle. Et comme il faisait généralement appel à de tels cigares pour calmer son âme lors de moments charnières de son existence, il ressentait en les allumant la gravité qui les accompagnait toujours en filigrane.

"Je ferai de mon mieux... Nul ne peut faire davantage que son mieux, n'est-ce pas ? Et il est certain que le statut de mère va la transfigurer. Vous l'auriez vue lorsqu'elle m'a fait cette annonce... Elle était plus rayonnante qu'une comédienne sous les applaudissements. Cela faisait plaisir à voir."

Bien sûr, une comédienne jouait la comédie – mais lors du grand final, elle était un peu elle-même, n'est-ce pas ? Il préférait ne pas trancher sur cette question. Comme ils venaient de le statuer, Miranda avait ses secrets, il les lui laissait, et la compréhension qui en résultait ne pouvait être que minimale. Et puis, même si elle forçait un peu le trait, cela ne faisait que lui rappeler à quel point lui aussi avait le devoir d'arborer bonne humeur et confiance en l'avenir, ne serait-ce que pour porter bonheur à son épouse.

Les airs de danse les enveloppaient comme la fumée du cigare, volutes magiques qui les soulevaient loin de cette table de conférences intimes, les emportaient vers la joyeuse compagnie des artistes qui formaient la plupart des autres tablées. Tout le monde s'amusait, échangeait des remarques courtoises, échangeait même ses cavaliers pour un instant et se livrait sans complexes au plaisir sensuel et innocent à la fois d'une danse aux accords romantiques. Il vit deux amoureux qui s'embrassaient tout en virevoltant, et son coeur battit d'un étrange accès d'espoir, qu'il réprima avec prudence. Il se leva de table en tendant la main à sa convive, reprenant son rôle de gentilhomme qui accompagne une dame en soirée.

"Dansons, Sarah," acquiesça-t-il, à la fois touché de l'affection que lui portait cette commerçante pragmatique, et amusé de la voir endosser le rôle traditionnellement dévolu à l'homme du couple, en lui faisant la première cette proposition. Il fallait bien que quelqu'un se lance. Lilith avait de ces élans directifs dans leur jeunesse – il est vrai que hiérarchiquement, elle en avait le droit et le devoir ; mais il trouvait cet arrangement personnellement confortable. Toujours est-il qu'à la fréquenter, il avait appris à danser comme jamais il ne l'aurait fait s'il avait dû attendre que sa mère lui paye un professeur de danse – au lieu de cela, elle avait engagé un maître d'armes, et une femme qui plus est – ou s'il avait dû attendre qu'on l'autorise à s'entraîner avec les jeunes gens de son âge.

"Et dites-moi lorsque vous serez fatiguée, car quand je danse, je ne vois plus passer l'heure."

Ils se séparèrent après plusieurs tours de piste, alors que le restaurant commençait à se vider de sa clientèle, et que les braves gens du quartier promenaient au-dehors des lanternes pour telle ou telle occasion - il ne leur en fallait généralement pas beaucoup. Ross prit congé avec mille remerciements ; cette conversation lui avait fait du bien, et la danse de même. Il avait abusé des boissons les plus fortes, mais tout au plus se sentait-il léger, un rien confus, très libre de ses propos et de ses mouvements. Tout cela n'avait rien de désagréable, au contraire. Il hésita, après avoir salué la silhouette élégante de sa convive qui s'éloignait dans l'obscurité ; et finalement, laissa ses pieds le porter où bon leur semblerait.
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