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 :: Prologue final :: La salle des archives

I'm not hungry. Let's have dinner. | Astan

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Naomi Sunder
Employée de l'IMPERIAL
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MessageSujet: I'm not hungry. Let's have dinner. | Astan Mar 28 Fév 2017 - 23:15
Parfois il y avait de ces moments où l’instinct se faisait si pressant, si fort, qu’on ne parvenait plus à savoir si l’avertissement qu’on entendait dans sa tête était réel, ou alimenté par des pensées circulant sur la même inquiétude. L’Empire de Vapeur était pourtant une cité sûre, avec les gendarmes qui patrouillaient un peu partout ; enfin, pouvait-on vraiment parler de sûr, quand on se rendait compte que des enfants étaient enlevés ? C’était cette remarque qui faisait que son intuition, de simple avertissement, se faisait alarmante. Peut-être parce que cela faisait quelques jours que Naomi posait des questions, par-ci par-là, à ses collègues ou des connaissances des quartiers fréquentés, au sujet de ces disparitions mystérieuses. Une telle curiosité ne pouvait pas attirer que les esprits bienveillants, car il y avait bien des gens pour les enlever, ou les faire disparaître, ces gosses…

De l’aérodrome, elle avait fait son chemin jusqu’au marché de bouche, refusant de regarder en arrière. Après tout, quel est le pire, entre démontrer qu’on sait être suivi, ou voir cette crainte se concrétiser ? songeait-elle. Elle espérait au moins perdre la personne qui la suivait, parmi la foule qui se trouverait au marché. Elle pourrait tourner au détour d’un étalage et disparaître, simplement… et ne plus sentir ce regard insistant peser sur sa nuque, inlassable. Ne fais pas comprendre que tu sais que tu es suivie.

Malheureusement, le soir approchait, et la fermeture du marché, aussi. Ce n’était pas imminent, mais ce n’était pas assez lointain pour qu’elle se débarrasse de celui qui la suivait, comme elle le pensait. De plus, au vu de cette heure – un regard rapide à sa montre à gousset lui indiquait cela – il y avait de moins en moins de monde. Une foule plus clairsemée que dense. Voilà qui n’arrangeait pas ses plans, alors qu’elle passait devant un pêcheur qui remballait sa marchandise.

Respirant profondément, elle continua à marcher. Elle pouvait au moins remercier Hyram le fait de ne pas avoir mis de robe qui l’aurait ralentie : ce n’était pas un jour de travail et elle avait préféré mettre un de ces pantalons resserrés surmontés d’un gilet au col haut, tous gris. Cela lui rappelait l’uniforme porté lors de son service militaire : ce qui n’était pas le souvenir le plus désagréable de sa vie. La paranoïa la rendait de plus en plus oppressée à chaque minute. Naomi arrivait vers la partie du marché où des vendeurs proposaient des repas différents chaque jour, une halte pour se restaurer entre deux heures de marché. Quelques petites tables hautes permettaient de s’asseoir le temps de déguster la viande du jour avec des pommes de terre et d’autres légumes. Ce serait probablement l’endroit qui serait encore ouvert, après que tous les marchands soient partis. Naomi reprit une nouvelle inspiration, sans que cela permette à son cœur de battre moins vivement dans sa poitrine. Ses yeux bleu pâle glissèrent sur les différentes personnes sur le chemin, tandis que ses pas ne perdaient aucunement le rythme qu’elle s’imposait à maintenir depuis le début. Elle se redressa, alors qu’elle passait près d'un étalage de thons et de saumons pêchés du matin, et saisit par le bras un homme aux cheveux noirs, qui était en train d’admirer un des thons, l’entraînant de force dans sa marche.

— Désolée de vous entraîner là-dedans, souffla-t-elle. Quelqu’un me suit. Je n’ai pas faim, mais faisons semblant d’aller manger, jusqu’à ce qu’il se lasse.

Si elle avait parlé sans le regarder, en marchant jusqu’au stand de restauration, elle lui jeta un regard perçant, presque de côté, non pas implorant, mais déterminé et autoritaire, comme si elle le défiait de chercher à se désister de sa demande.

Et ne dites pas non, conclut-elle, avec un avertissement qui ne tolérait pas de protestation.

Son pas ne ralentit que lorsqu’ils se trouvèrent près du stand. Ce ne fut que là qu’elle s’autorisa à respirer de nouveau normalement...et qu’elle se rendit compte du regard railleur, voire méprisant, que posait le marchand sur celui qu’elle avait choisi comme compagnon salutaire. Ou était-ce plutôt d’infortune, finalement ? Ce ne fut qu’en portant une deuxième fois les yeux sur l’homme, qu’elle reconnut Astan Chesterfield, un homme de rang déchu depuis plusieurs années, dans une histoire qui avait fait scandale, un ancien ministre de la santé qui avait tenu en secret un bordel et qui avait été esclavagiste… Le feu lui monta aux joues, brièvement, mais elle ne pouvait s’arrêter dans la comédie qu’elle avait commencé. Cet homme avait été ridiculisé, rabaissé de toutes parts, plus personne ne le respectait : il avait fallu qu’elle tombe sur lui pour dissuader un éventuel kidnappeur ! La rumeur le disait même vierge ou homosexuel, ou elle ne savait quoi ; et voilà qu’elle le tenait par le bras… Et il y avait bien pire encore, mais elle stoppa ses pensées, préférant s’arrêter là pour l’instant, ni imaginer les bruits de couloir qui allaient naître si certains les voyaient, et bavardaient ensuite. Peut-être bien que l’homme qui la suivait était moins pire que celui à qui elle avait donné son bras. Enfin, ça dépendait si le voleur d'enfants, les emportait pour en faire des esclaves, comme Astan, ou pour les dévorer. Cet éclair de compréhension, passa dans ses yeux alors qu’elle le regardait, parfaitement lisible.

Elle aurait pu en rire, si elle ne s’était pas sentie aussi stressée.

— Deux assiettes de votre plat du jour. Et deux verres de vin, rajouta-t-elle sans hésiter et sans que son sourire ne se transforme à une seule seconde en faille, trop habituée qu’elle était à offrir une courtoisie exemplaire aux gens qu’elle croisait dans son métier.

Elle sortit trois roues d’argent de la bourse glissée dans sa poche, les tendant ensuite au marchand. Il se détourna enfin d’eux pour s’occuper de préparer deux assiettes, non sans un dernier regard ineffable pour l’homme aux cheveux noirs. Naomi expira lentement, dégageant enfin un peu de pression de son être, et entraîna Astan à la table haute la plus proche, sur laquelle il pouvait s’accouder, à moins de préférer une des chaises hautes libres. Ce ne fut que là, qu’elle s’autorisa enfin un bref regard circulaire autour d’elle, sans voir – pour l’instant – celui qui la faisait se sentir si mal à l’aise. Il ne s’écoula que quelques minutes avant que l’associée du marchand ne vienne leur donner leur assiette et leur verre de vin. Naomi lui adressa un cordial sourire de remerciement, qui ne lui fut pas retourné. Constatant cela, elle releva la tête vers Astan : elle aurait pu être amusée, si elle n’avait pas été si atterrée d’être tombée sur cet homme, au hasard.

Comme vous devez sentir le silence se faire et la température descendre, quand vous entrez dans une pièce, commenta-t-elle, sans méchanceté toutefois.

Son regard pâle ne l’avait encore, toutefois, point jugé.


A qui cela n'est-il arrivé, d'être libre en apparence, et de se sentir les ailes empêtrées ?
       
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MessageSujet: Re: I'm not hungry. Let's have dinner. | Astan Lun 13 Mar 2017 - 12:02
Paradoxalement, passer des sofas et fragrances raffinées de la cour, aux rues malfamées et nauséabondes de la ville, n'était pas ce qui avait perturbé le plus Astan Chesterfield, au cours de sa déchéance. Aussi élégant et raffiné avait-il semblé être, il était toujours resté le même, et une part de lui ne s'était jamais débarrassée de quelque pulsion primaire, qui l'incitait à sourire à la lune lorsqu'elle lui grimaçait, ou à dépouiller son prochain, dès que l'occasion se présentait. Malgré la liste impressionnante de défauts qu'il cumulait, Astan était un survivant, il fallait le lui reconnaître. Que lui importait de se muer en rat ou cafard, si cela pouvait lui permettre d'éviter la famine, ou d'autres fins ô combien respectables, qui frappaient les miséreux ainsi que d'honnêtes gens ? Une part de lui était vibrante de colère, de rage, et de soif de revanche, quand il pensait à ce qu'on lui avait fait subir. Une autre part de lui avait conscience que cette nouvelle condition lui correspondait peut-être plus, et n'était – par ailleurs – qu'un défi. Au final, résider au sommet et y demeurer, avait un je ne sais quoi d'ennuyeux, surtout pour un éternel ambitieux et insatisfait, qui envisageait l'existence comme un challenge, où duper son prochain ne faisait que parti du jeu, pour gravir les échelons, quels qu'ils fussent. Ces cheminements de pensée, au reste très faillibles à bien des égards, avaient le mérite de lui faire tenir le coup. Naturellement, cette existence de « paria » avait des désavantages certains, à commencer par la perte de l'abondance et du luxe, dont il ne s'était certes jamais plaint.

Errant dans les allées de moins en moins fréquentées du marché, Astan observait les différentes étables, avec une avidité certaine, même s'il s'évertuait à faire profil bas. Il avait accès à plusieurs repas par jour, au palais, mais on ne pouvait dire qu'il mangeait à sa faim, ou tout ce qu'il voulait. Son regard s'attardait sur certaines étables en particulier ; il était difficile de savoir jusqu'à quelle ombre allaient ses pensées.

Son esprit était quoiqu'il en soit égaré dans la contemplation de quelque poisson mort, et visiblement appétissant, lorsque quelqu'un le saisit par le bras. Lâche par nature, Astan lança un regard inquiet à la personne qui entraînait sa silhouette chétive vers une autre zone du marché.

Il ne recommença à respirer que lorsqu'il comprit que c'était une femme et que son visage ne lui était pas familier. Au moins n'était-ce pas une personne qui en avait spécialement après lui, ou qui s'apprêtait à lui foutre une raclée... Encore que, il n'était pas certain de s'en sortir avec les honneurs dans un combat face à une demoiselle, bien au contraire. Mais en ce cas, que lui voulait cette sauvageonne ? Si c'était d'intimidation ou de vol qu'il était question, elle n'aurait pas pu davantage mal choisir sa proie. Il était dépouillé.

« Désolée de vous entraîner là-dedans. Quelqu’un me suit. Je n’ai pas faim, mais faisons semblant d’aller manger, jusqu’à ce qu’il se lasse. » dit-elle alors.

Astan ne s'était pas attendu à cela. Outre le fait que le scénario était inattendu, il ne s'était jamais imaginé dans un quelconque rôle de sauveur, même malgré lui. En tout cas, cette dame avait parlé de nourriture et il n'en fallait guère plus pour le convaincre. Il adopta une démarche plus naturelle, s'efforçant de ne pas regarder derrière eux, de façon indiscrète. Il n'avait de toute façon d'autre choix que d'obéir à cette femme, qui semblait être dotée d'une autorité naturelle. Heureusement, Astan n'avait pas beaucoup d'amour propre.

Leur course s'arrêta enfin, dans un stand où ils pouvaient se désaltérer et manger, à leur guise, à condition d'avoir de l'argent... Astan ne manqua pas le regard que leur lança le commerçant, ni le changement d'expression – même infime – dans le visage de son interlocutrice. Pour toute réaction, il esquissa un sourire, terriblement dénué de joie, sans pour autant donner l'envie de le prendre en pitié. Voyez-vous, Astan était habitué à ce genre de réactions...

Pendant un instant, il crut que cette femme allait se raviser et préférer l'homme qui la suivait potentiellement, à ce paria. Et pourtant, elle commanda deux assiettes, et même du vin. Le regard d'Astan se fit un peu plus avide, même s'il demeurait extraordinairement sobre et neutre, pour le moment. Il ne semblait pas croire à sa chance, jusqu'à ce qu'il la vît payer. La perspective de goûter à un repas gratuit le convainquit de demeurer ici, malgré la méfiance que pouvait lui inspirer cette femme. Il pouvait après tout s'agir d'une tentative de manipulation quelconque...

Au demeurant, il la suivit lorsqu'elle l'entraîna à l'écart. S'il aurait pu être impressionné par la neutralité de cette femme, qui ne l'avait pas encore rejeté, ni même lancé de regard particulièrement dégoûté ; son entrée en matière le ramena quelque peu sur terre.

« Comme vous devez sentir le silence se faire et la température descendre, quand vous entrez dans une pièce, » déclara-t-elle.

▬ Il faut reconnaître un avantage, les gens me fuient et ne me pourchassent pas, répondit-il. En dehors de vous. A propos, vous devez vous être mise sacrément dans le pétrin, pour craindre à ce point un kidnapping, ou que sais-je encore, ajouta-t-il, en regardant de façon nonchalante, autour d'eux.

Il posa de nouveau son regard, assez pénétrant, sur son interlocutrice, visiblement désireux de savoir qui elle était, et pourquoi elle s'était mise dans un état pareil...
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm not hungry. Let's have dinner. | Astan Sam 18 Mar 2017 - 16:34
Que savait-elle de cet homme ? Beaucoup et peu de choses, il fallait sans doute le reconnaître, comme pour un peu près tous les gens qu’elle croisait. Qui pouvait se targuer de connaître entièrement l’être qui lui faisait face ? La question était encore plus absurde quand on considérait l’écart de rang, entre ces deux-là… même si concrètement Astan avait été déchu de ses privilèges et de ses noblesses. Il n’y avait plus entre eux la même distance, ou le même fossé : celui-ci avait été comblé lorsque l’Impératrice avait choisi de déchoir Chesterfield. Cependant, Naomi gardait en esprit que cet homme n’appartenait pas totalement à son monde, pas autant au rang du peuple, qu’il n’y paraissait. Croiser donc quelqu’un dans le marché populaire ne signifiait rien. Et comme l’avait si bien démontré le marchand, voir ici quelqu’un qui avait autrefois eu un rang plus élevé, devenait signe de moquerie et de mépris.

Pour sa part, elle n’enviait aucunement la richesse, ni même la grandeur. Les hautes sphères ne l’avaient jamais intéressée plus que cela, même si elle les considérait avec respect. A choisir, Naomi aurait sans doute même préféré la religion et les nombreux dieux, à la noblesse. De plus, sa situation actuelle n’était pas des moins enviables ; certes, elle n’était pas riche, mais elle était moins pauvre que certains, ayant gagné sa place dans la hiérarchie de l’Impérial, sans compter ce qu’on lui avait donné en « dédommagement » suite au décès de son mari, une somme qui s'amenuisait lentement. Cette pensée n’était pas forcément agréable, avec le relent d’hypocrisie qui en suintait. Ainsi, elle avait choisi Astan, au hasard, mais certainement pas pour l’ancien passé glorieux, puis nettement moins glorieux, qu’il portait comme un boulet au bout de sa chaîne.

Tout ce qu’elle espérait, c’était qu’elle ne soit pas tombée sur un lâche qui aurait envie de se débiner. Malheureusement pour Naomi, la première partie était vraie. Il restait à voir la réaction du jeune homme sur la suite des événements. C’était sans doute pourquoi elle offrait le repas et le surveillait du coin de l’oeil, pour qu’il ne s’enfuie pas : personne n’allait cracher sur quelque chose de gratuit, du moment que ça ne mettait pas trop en danger. Si le sourire sans joie d’Astan, la mit un peu sur ses gardes, elle persistait dans le fait qu’elle ne le jugerait point avant d’avoir pu lui parler de façon plus approfondie. Non pas qu’elle doutait de ses méfaits, mais elle n’était pas le genre de femmes à ne juger que sur les rumeurs ou les actes passés, sans pour autant se montrer imprudente.

Par ailleurs, la chance était toute relative, puisque si ses soupçons étaient vrais, elle venait d’entraîner cet homme dans un pétrin qui n’était à l’origine destiné qu’à elle. Sinon, peut-être qu’elle s’en engouffrait dans un autre, en se montrant aux côtés de cet homme et en lui témoignant une certaine attention. Tant pis. Naomi n’était pas le genre de femme à craindre les autres, ou l’univers en général. Ce fut pourquoi elle regarda directement Astan en face, en lui parlant, sans ciller ni montrer de signe de dégoût, voire de mépris. Tout au plus sa remarque était-elle ironique et amusée.

La réponse de cet homme fluet, au teint pâle et aux cheveux noirs, lui inspira un demi-sourire.

— Il faut toujours une exception qui confirme la règle, et vous avez été choisi au hasard. Pohn s’est montré un peu trop entreprenant en vous mettant sur ma route.


Certainement pas pour la noirceur de ses cheveux qui virait presque au gras, en tout cas. Elle releva la tête, lorsqu’il lui demanda implicitement la raison de cette poursuite, ses lèvres se pinçant très légèrement. Sa fourchette tritura un morceau de viande dans son assiette, alors qu’elle se décidait à prendre la parole.

— Eh bien, je ne suis sûre de rien. Mais j’enquête sur les enfants disparus dans les bas-fonds – chose dont vous devez bien peu vous soucier – et je crois que j’ai un peu trop attiré l’attention.


Elle n’aurait pas plus répondre plus sincèrement, soutenant sans peine le regard pénétrant de son interlocuteur. Naomi se redressa, son coude reposant toujours sur le revêtement métallique de la table choisie. Elle n’avait évidemment pas faim, mais elle prit une première gorgée de son vin.

— Et vous ? Qu’est-ce que vous faites ici ? Je vous aurais facilement cru répudié de la plupart des lieux publics d’Ambrosia. Vous ne craigniez pas de vous faire trancher la gorge au détour d’une rue ?

Naomi ne laissa qu’une seconde s’écouler, avant de baisser la voix, ses yeux clairs sondant ceux d’Astan, avec une expression qui n’était plus aussi détendue, ni désinvolte, mais seulement inquiète. De la façon dont ils étaient positionnés, c’était lui qui était le plus à même de voir ce qui se passait autour d’eux, et qui avait la vue la plus dégagée sur les différentes étables.

— Est-ce que vous voyez quelqu’un ?


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MessageSujet: Re: I'm not hungry. Let's have dinner. | Astan Dim 21 Mai 2017 - 11:35
Ne rechercher si gloire, ni grandeur, était tout à l'honneur de Naomi, cependant, ce caractère humble était influencé par un passé qui l'était tout autant. Astan avait connu un certain rang social, ainsi que la richesse. On lui avait arraché tout cela. Dire qu'une colère sourde, avide de revanche, grondait en lui, était un euphémisme. L'envie, renforcée par la nostalgie, le rendait trop âcre pour se montrer reconnaissant envers une impératrice qui aurait pu le châtier davantage pour ses crimes. D'une certaine façon, cette colère, qui l'inciterait à manger le monde, lui épargnait tout désespoir, ou presque, face aux moqueries intemporelles et universelles. Plus on le rabaissait, plus il imaginait quel délice il éprouverait lorsqu'il tirerait de nouveau son épingle du jeu, et briserait certains petits cous. Astan était dangereux, ou alors, il n'était qu'un utopiste monstrueux. Quoiqu'il en soit, il n'exposait jamais réellement jusqu'à quelle ombre allaient ses pensées. Malgré ses défauts, il fallait admettre qu'il était fin comédien.

Il était difficile de savoir ce qu'il pensait de la situation, ou des réactions de Naomi. Il posait simplement son regard dans le sien. Il n'y avait aucune animosité dans cet échange, et pourtant, cela faisait l'effet d'une pierre turquoise qui s'entrechoquait avec du métal de cobalt. Naturellement, les années précédentes l'avaient rendu paranoïaque, aussi Noami se sentit-elle obligée de lui assurer qu'il avait été élu par hasard. La destinée se jouait-elle une fois de plus de lui, ou était-ce une nouvelle opportunité ? Il ne répondit rien, par ailleurs occupé par les mets qui se trouvaient dans son assiette. Bien qu'il parût rachitique, il avait de l'appétit : en tout cas plus qu'il n'avait de facilité à manger de façon digne et propre. Pour sa défense, il ne mangeait pas toujours ce qu'il souhaitait, ou à sa faim, et ce malgré les mets qu'il lui arrivait de dérober au palais.

Madame confia alors qu'elle enquêtait sur la disparition des enfants, en ville, et que visiblement, cela lui attirait des ennemis... Astan s'arrêta de mâcher et l'observa. Se souciait-il des enfants ? Non. Mais les intrigues politiques attiraient généralement son attention, comme un trou noir, ou comme un morceau de fromage ameutait les rats affamés.

▬ C'est vraiment une sinistre affaire, répondit-il, compatissant. Il est tout à votre honneur d'essayer de réagir. Trop peu de gens s'en donnent la peine. Avez-vous des pistes ? Avez-vous une idée de l'identité de ceux qui sont à vos trousses ?

« Et vous ? Qu’est-ce que vous faites ici ? Je vous aurais facilement cru répudié de la plupart des lieux publics d’Ambrosia. Vous ne craigniez pas de vous faire trancher la gorge au détour d’une rue ? » dit-elle alors, avec une franchise inattendue.

Astan émit un rire nerveux, dont on taira la signification.

▬ Oh bien sûr, plus d'une personne aimerait me trancher la gorge, mais je gage qu'ils aiment trop m'humilier pour cela. On a beau détester un pantin, il n'est plus d'aucune utilité lorsqu'il est cassé.

Il avait répondu ainsi, avec une légèreté difficile à comprendre. Malgré une lâcheté compliquée à nier, il n'avait peut-être pas aussi peur des menaces environnantes qu'on pouvait l'imaginer.

Mais la discussion se glaça, lorsque son interlocutrice lui demanda s'il voyait toujours quelqu'un. Astan balaya les environs, du regard. L'obscurité était gênante, mais il ne voyait aucune silhouette se distinguer d'une autre. S'il y avait vraiment eu un traqueur, il semblait avoir renoncé... Néanmoins, le regard d'Astan se figea, sur la foule, derrière Naomi.

▬ Il y a une silhouette, qui reste figée, derrière vous. Surtout, ne vous retournez pas ! Je ne vois pas son visage. Je peux rester, tant qu'il ne s'en va pas, dit-il, avec détermination, espérant que la discussion – et le dîner – se prolongeassent.
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm not hungry. Let's have dinner. | Astan Mer 31 Mai 2017 - 20:55
Les deux mondes personnels de ces deux êtres étaient bel et bien opposés. Pourtant, ils se croisaient désormais, s’effleuraient, parce que Naomi l’avait décidé, bien que ce soit Pohn qui ait mis Astan sur son chemin. Mais on pouvait difficilement dire ce qui tenait du hasard, et du fil dressé par les dieux, tout en faisant croire au libre-arbitre. De plus, si elle avait su quelles pensées et sentiments animaient cet homme, elle aurait sûrement choisi quelqu’un d’autre pour son échappée. Peut-être que sa seule chance serait bel et bien de ne pas être de ceux qui oppressaient et se moquaient d’Astan à cœur joie. Mais enfin, ils n’étaient que dans les premiers temps de cette rencontre. Il était impossible de savoir comment cela allait tourner. Et impossible de savoir comment Naomi aurait considéré la vérité tragique sur cet homme-là. Elle avait beau être observatrice, elle ne l’était pas au point de deviner le fin jeu de ce noble déchu.

Elle ressentait en revanche un certain soulagement au fait qu’il ne soit pas effarouché quand elle le regardait directement. Trop d’hommes, ou de femmes, avaient cette fâcheuse habitude, alors qu’elle n’avait pas le plus inquisiteur des regards. Elle ne l’interprétait pas toujours comme un signe de lâcheté, mais elle avait toujours un peu jaugé les gens, selon cela, au moins pour une première impression. Certes, cet échange oculaire avait quelque chose d’étrange et de froid, car aucune amitié, ni animosité, seulement la distance entre deux inconnus, se présentait. Cet équilibre nécessitait d’être prudent, comme marcher sur un filin d’acier, car rien n’empêchait Astan de décider de partir et de laisser Naomi seule. Chose qu’elle ne souhaitait guère, à cet instant. Aussi le contempla-t-elle manger avec avidité, avec un air entre la fascination et l’étonnement. Il était fin, mais il ne manquait pas de se venger sur la nourriture, on pouvait le dire. Heureusement que celle-ci venait d’un des meilleurs vendeurs du marché. Malheureusement, cela voulait aussi dire qu’il pouvait ragoter ce qu’il voulait sur ses clients. Cette idée tordit ses lèvres en une grimace de dépit, songeant qu’il en fallait bien peu aux gens.

Elle préféra toutefois ne point exprimer cette pensée triviale, relevant la tête de son assiette lorsqu’Astan lui répondit avec compassion. Le fixant, elle but une nouvelle gorgée de son verre de vin, essayant de déterminer si oui ou non, cela l’intéressait vraiment. L’homme avait beau être déchu, elle supposait qu’il avait largement autre chose à faire que de se soucier d’orphelins du peuple. Naomi garda donc une distance prudente dans ses propos.

— Rien, je vois vous l’avouer. C’est pour cela que le fait d’être poursuivie par ce que je ne connais pas, me met sur les nerfs.

La légèreté avec laquelle il choisit ensuite de répondre la laissa perplexe, pour tout dire. On ne parlait guère de sa mort, ou de se faire humilier, avec trop d’insouciance, en général. Oh, même si elle ignorait tous les détails de l’histoire, par faute d’intérêt, elle ne pouvait nier le fait qu’il n’avait pas été déchu pour de mauvaises raisons. L’homme en face d’elle n’était pas blanc, et pas aussi fragile que son air le laissait penser. Mais elle trouvait ses propos plutôt durs, et douloureux, tout simplement. Elle se redressa.

— On ne peut pas toujours repartir de zéro. Et il y a des gens qui ne nous aideront jamais. Mais au moins, vous êtes vivant. Il y a une chance.

Une chance pour quoi ? Elle n’en dit rien, le laissait libre d’interpréter cela comme il voulait. Il aurait été malvenu de sa part de faire l’innocente et de le croire par trop une victime. Mais elle devait faire avec ce que le destin avait choisi pour elle. Et l’homme n’était-il pas capable de rédemption ? Allez savoir si cette opportunité n’en était pas une.

Un frisson glacial saisit la veuve, quand il affirma que quelqu’un les observait, ou tout du moins, semblait attendre derrière eux. Elle ne bougea pas d’un pouce, mais elle aurait juré que la température venait de perdre un degré, à moins que ce ne soit sa pure imagination. Nerveusement, elle but la moitié de ce qui restait de son vin, tâchant de donner le change, comme si de rien n’était.

— Et à part le visage, de quoi il a l’air ? ne put-elle s’empêcher de demander. Merci...

Il lui fallait bien lutter contre son instinct, qui lui ordonnait de faire volte-face pour affronter le danger, plutôt que de lui tourner le dos, quitte à prendre des coups de poignards. Et puisqu’il fallait rester…

— D’ailleurs, vous n’avez pas vraiment répondu à ma question… Comme si un homme tel que lui allait révéler des secrets ou les pans d’une vie déjà trop bafouée et piétinée. Ce que vous faisiez dans les parages. Vous n’êtes pas le genre d’homme à aimer la foule, n’est-ce pas ?


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