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Ghost of a shark {Aslak]

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Marlyn S. Wordsmith
Machiniste itinérant
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MessageSujet: Ghost of a shark {Aslak] Jeu 9 Mar 2017 - 21:34
« Alonzo de Sahagun, dit le Vieux. »

Bof, ça ne lui disait rien du tout. Mais comme c’était un gentil garçon bien sage, et qu’il voulait qu’on lui fiche la paix, il oublia la gravure sur le manche du pistolet, et assura qu’il s’en débarrasserait. Ces hommes étaient des fréquentations de nuit ; et de jour, il ne voulait pas les voir traîner trop longtemps dans sa boutique. D’autant qu’ils n’achetaient jamais rien. Les quatre compères quittèrent les lieux sans trop insister. Ils voulaient juste qu’il les défasse d’une arme qui avait été utilisée au cours d’un crime ; vilaine arme avec un certain vécu, des encoches taillées dans la crosse, et un système à air comprimé qui projetait de petites capsules – elle avait été utilisée, lui assurait-on, pour envoyer des messages par-dessus les murs ; ceux des prisons par exemple, en prévision d’une évasion. D’ailleurs, pour blesser quelqu’un avec un tel appareil, il aurait fallu le lui coller directement à bout portant.

« Je ne veux pas savoir. »

Ils étaient partis en laissant un peu de monnaie sur le comptoir, belle monnaie, comme il leur en avait rarement vu manipuler ; on aurait dit que les roues avaient été nettoyées et polies. Si on pouvait appeler cela un comptoir : c’était la boîte de bois que l’artisan chargeait sur son dos pour partir en vadrouille, dès qu’il commençait à sentir le roussi. Il était sorti de prison six mois plus tôt, et il avait passé un mois ici, deux mois là – il y avait maintenant trois mois qu’il était à Ambrosia, dans ce petit garage loué pour une misère, où il dormait et travaillait. Il finirait par s’embarquer pour d’autres contrées. Pour l’instant, il n’avait simplement pas de quoi.

Il avait caché l’arme sous son établi, et poursuivi son travail ; un mécanisme d’horloge à réparer, un bracelet à redresser… Tous les petits boulots qu’un ancien forgeron, ancien machiniste, ancien brodeur d’acier comme il disait affectueusement, pouvait accomplir dans une grande ville. Il avait déjà recloué des semelles, parce qu’il prenait moins cher qu’un cordonnier, et ressoudé des branches de lunettes, parce qu’il prenait moins cher qu’un ...lunettier. Son travail était rustique et sans apprêts, solide, laid et durable. Quand il s’appliquait beaucoup, quand il travaillait lentement, il réalisait des chefs d’oeuvre ; il se le racontait, en tout cas. Pas vraiment eu l’occasion, depuis vingt ans et six mois.

Le masque n’était pas un chef d’oeuvre. Les gants non plus. C’étaient des assemblages trop rutilants, trop chaotiques, trop peu fonctionnels, de toute évidence mal finis, sacrifiés à l’agitation qui régnait sur son cerveau. Il avait abandonné, pour l’instant. Il s’y remettrait. En attendant, il les portait tels quels, alors qu’il les avait toujours destinés à un autre usage.

Le soir tombait. Il était fatigué. L’envie de se détendre prenait lentement le pas sur ses bonnes résolutions, rendant ses gestes plus distraits, moins précis ; la rumeur de la rue envahissait son atelier. Il ramassa le pistolet à air comprimé. Cet objet maudit devait disparaître de son environnement, tout de suite. Par une sorte de superstition, il reportait sur lui la responsabilité de sa paresse grandissante. Finalement, il jeta son marteau et son fer à souder, s’empara de l’arme, la fourra sous sa veste de cuir, et s’approcha de la porte.

Il allait juste jeter cette arme quelque part, et ensuite il reviendrait travailler.

Il s’arrêta sur le pas de la porte, considéra la nuit claire qui s’éveillait, baigna son visage fatigué dans la lueur de la lune. Une sorte de frisson parcourut tout son corps. Nigaud qu’il était, il oubliait quelque chose ! Dans un ricanement soudain, il rentra dans l’atelier, s’empara de son masque, le fixa solidement à l’arrière de sa tête par sa courroie de barbier, passa ses gants d’acier, et regagna la rue. Il respirait soudain plus librement, sa stature courbée dans l’effort se redressait dans une posture de défi, et en quelques secondes, emporté comme plume au vent par les mille visions étincelantes qui émaillaient la nuit, il eut oublié l’arme dans sa veste.

Il fixa son regard vers les fenêtres de son voisin. Un brave artisan comme lui, qui ne lui causait pas de problèmes – tout au plus lui volait-il quelques clients, mais c’était réciproque, et après tout Wordsmith était un nouveau venu dans ce quartier, dans ce royaume. Il balaya d’un rire ces scrupules et ces considérations, et marcha droit vers l’armurerie où la lumière brillait encore. Voyons, que ferait-il cette fois ? Pensif, il s’accouda contre la vitre. Elle venait d’être réparée. Ce ne serait vraiment pas gentil de la casser encore.

Oui, mais il avait déjà renversé la poubelle la nuit précédente, et celle d'avant, déjà pissé devant la porte ! Et s’il y avait une chose que M. Stingray Wordsmith détestait dans la vie, c’était bien de se répéter.

« Dessous le pont d’amianteuh, il y a un coq qui chanteuh !
Il y a un coq qui chanteuh le jour, viveuh la jeunesse et viveuh l’amour ! »


On ne pouvait pas décemment appeler cela une sérénade. Pour être franc, c’était plus proche d’une bacchanale. Wordsmith frappait la mesure avec la crosse du pistolet, et la porte de la boutique rendait un son caverneux qui l’enchantait au plus haut point. Il sautillait sur place comme un beau diable, et se tenait prêt à disparaître en courant dès que le propriétaire des lieux réagirait. Il faudrait bien qu’il réagisse, cette fois ! C’était tout de même un monde de dépenser tous ces trésors d’imagination, de bonne humeur et d’énergie, et ne jamais se faire casser la figure dans les règles de l’art ! Encore une minute ou deux, et comme d’ordinaire, Wordsmith s’ennuierait, mettrait le cap sur le quartier des bars, et s’efforcerait de retrouver ces mines patibulaires qui partageaient ses délires nocturnes.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Ven 10 Mar 2017 - 18:12
- Cela fera sept roues d'argent, je vous prie, monsieur.
- Cela fait cher pour ce que c'est, grimace le client.
- C'est une arme de collection et d'exception, elle vaut son prix.

L'individu opine du chef presque à contrecœur, te tendant la somme qu'il te doit. Quant à toi, tu réceptionnes les pièces avant de lui tendre l'objet de valeur. Pas de balles. Il n'en veut pas. Il veut seulement l'exposer. Montrer la merveille qu'il vient d'acquérir. C'est vrai qu'il s'agit-là d'une belle pièce. Pistolet à rouet datant d'avant l'âge du silex. Autant alors préciser qu'elle a de l'âge. Celle de l'invention de la platine à rouet. Cette découverte avait permit aux soldats et autres acquéreurs de se passer de mèche à allumer. Léger, maniable et pour tout les goûts. Celle de ton acheteur a un canon de trente centimètres cinq et un calibre de douze millimètres sept. Elle est également pourvue d'une boule en bout de crosse luxueusement décorée, caractérisation typique des susnommés dags. Elle sert notamment à retirer facilement le pistolet d'une poche ou d'un sac, mais aussi à assommer les assaillants. Bassinet, pyrite de fer, ressort du chien et baguette sont ses autres caractéristiques. Alors, oui, elle n'est pas donnée, mais il fait surtout comprendre qu'elle ancienne et qu'on en trouve plus beaucoup dans le marché des armes.

- ]Bonne soirée, monsieur.

Pas de réponse. Tu grinces des dents avant de ranger la monnaie clinquante. Décidément, tu as toujours autant de mal avec la haute qui veut se croire supérieurs au bas peuple de par leur éducation, leur argent, leur notoriété et leurs riches vêtements. N'est-ce pourtant pas eux qui viennent voir un "pouilleux" tel que toi pour acquérir des armes qui ferait frémir les hommes de jalousie, mais aussi d'admiration de la part de la gent féminine ? Si bien, et c'est bien cela qui leur fait pincer le nez à chaque fois qu'ils franchissent le pas de ta porte. Le plus amusant pour toi est lorsqu'ils notent enfin la présence du chien allongé dans un coin et qui les scrute silencieusement de son unique œil valide. Clébard des rues que tu as recueillies. Tu ne sais pas trop qui a adopté l'autre et tu t'en fiches tant qu'il t'écoute et n'attaque pas ta clientèle Un coup d'œil vers la pendule et tu notes qu'il est l'heure pour toi de fermer boutique jusqu'à demain matin. Tu t'avances donc vers la porte d'entrer afin de retourner ta pancarte, mettant le "CLOSE" bien en vue des quelques clients en retard. Tant pis pour eux. Qu'ils reviennent demain. Tu fermes le loquet à clé avant de prendre ta caisse sous ton bras gauche, montant à l'étage et rapidement suivi par le canidé.

Le calme canidé part dans la cuisine dans le but de se repaître de la gamelle d'eau et de son reste de repas qu'il n'a pas terminé ce midi tandis que tu vas te passer un coup d'eau sur tout le corps. C'est stupide. C'est coûteux. Tu sais très bien tout cela, mais depuis que tu as quitté ta terre natale et que tu t'es trouvé une assez bonne situation - selon toi - tu répugnes fortement à la simple idée d'être sale. Tu estimes avoir assez vécu dans la crasse. Alors ce sont les cheveux humide et seulement vêtu d'un bas léger maduro et d'une chemise crème que tu viens croquer dans un fruit que tu as acheté ce matin, au marché. Tu en soupires toujours de plaisir. Tous ces luxes que tu découvres ici ; tu ne parviendras jamais à t'en lasser. Un toit, de la propreté, de l'argent, de la nourriture, des vêtements propres et non usés jusqu'à la corde. Toutes ces chose qui te manquaient cruellement à Eskr. Mauvais souvenirs. Ce n'est pas la peine de ressasser tout ceci. De dans un placard, tu sors ta bouteille de lait et le verse dans une casserole après avoir créé un feu suffisant. Tu aimes boire du lait chaud avec fruit juste à côté. Tu n'as pas besoin de plus le soir. Trop habitué à te contenter de peu. Trop manger te donne de méchant ballonnement et tu dors très mal la nuit.

« Dessous le pont d’amianteuh, il y a un coq qui chanteuh !
Il y a un coq qui chanteuh le jour, viveuh la jeunesse et viveuh l’amour ! »


Cette voix. Bon, tu ne l'as connais absolument pas, mais ce n'est pas nécessaire. Tu sais exactement qui il s'agit. Tu pousses un profond soupir agacé et retire la casserole du feu, refusant que le lait ne se perde parce que tu as perdu trop temps avec cet espèce d'énergumène. Voilà plusieurs jours qu'il vient te taper sur les nerfs de façon diverses et variées et, surtout, sans que tu en saches la raison. Il t'a brisé une fenêtre, uriné devant ta porte - tu te souviens avoir poussé de nombreux jurons - fait tomber ta poubelle. Par Metil, qu'as-tu bien pu faire de mal pour qu'on te punisse ainsi. Certes, tu ne laisses pas forcément des offrandes et tu ne pries pas tout le temps, mais tu pars du fait que la foi ne se cultive pas ainsi. Elle est dans le cœur, pas dans le Verbe et dans les roues. D'un pas rapide, tu redescends donc, déverrouille la porte avant de grimacer en te souvenant que tu es pieds nus. Fichtre, te voilà bon pour les nettoyer à nouveau. L'animal est à tes talons.

Si tu es, initialement, venu pour l'engueuler comme il se doit pour qu'il te laisse tranquille en bonne et due forme, tu bloques totalement lorsque tu découvres l'inconnu. Il n'a pas de faciès marqué par d'immondes cicatrices et encore moins un physique à faire peur sans faire exprès. Non. Ce qui te marque autant, ce sont ses gants et son masque dissimulant la moitié de son visage. Ce n'est pas beau. Ce n'est pas travaillé. C'est particulier. Cela freine ta colère, ton agacement, et attise ta curiosité. Tu n'as pas envie de crier et encore moins de te battre. Alors, malgré tes bras croisés, tu emploies tout de même un ton que tu tentes aimable, bien que légèrement impatient. Qu'il le comprenne, tu n'aspires qu'au repos.

- Bonsoir, monsieur. Chantonnez-vous à ma fenêtre pour tenter de me séduire ou juste pour réclamer mes services de marchand d'armes ?

Précise, précise. On pourrait le comprendre de travers. Tu espères juste que cette petite note d'humour touchera l'énergumène et le calmera dans ses ardeurs de mauvais chanteur.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
La nuit l'entoure, le dérobe alors que ses bras s'élèvent, appellent. Aide-le, Invité, ou sinon...
Que sombre le jour.
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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Ven 10 Mar 2017 - 23:59
La porte s’ouvrit. Ah, quand même ! Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour être reconnu à sa juste valeur ! Gray était déjà prêt à filer à toutes jambes, galopant entre les quelques passants qui traînaient leurs carcasses au long des rues déjà sombres, mais à sa grande surprise, au lieu de lui sauter dessus avec un couteau ou un tournevis, son cher voisin resta planté sur place, des paroles presque malicieuses aux lèvres. Il en resta pantois. Ah, oui, le masque. Ce devait être le masque. C’était toujours le masque. Et puis ils s’y faisaient. Il gratta sa joue de métal avec un rire faux, sans trop savoir sur quel pied danser, l’espace d’une seconde. Pas bagarre ? Bien, pas bagarre, alors.

Un coup d’oeil de la tête aux pieds et retour, les cheveux mouillés, la tenue décontractée… Tiens donc.
“Oooh, pardon.”
La main plaquée sur les lèvres, les yeux écarquillés, la moue du mime qui joue la surprise, la confusion d’un petit malin pris sur le fait : “Je vous ai fait sortir du bain. Ça, ce n’est pas du bon voisinage.”

Il n’y avait bien sûr aucun remords dans l’esprit du malandrin ; mais il ne demandait qu’à rebondir sur les détails et jouer sur les mots. Son pied alla frapper dans le chambranle de la porte qui sonna d’un son creux, sourd : une bonne douleur, bien concrète, de quoi se mettre sous la dent. Il n’avait pas bu, rien encore de la soirée, c’était absolument certain ; on croyait souvent que sa mémoire lui jouait des tours, au contraire… le seul tour qu’elle lui jouait était d’être trop exacte.

“Eh bien, je vous laisse choisir, pour la peine. Quand on fait du porte à porte, il faut être conciliant. Qu’est-ce que tu préfères, l’ami ? Oh, mais… attends une seconde.”

Soudain presque sérieux, Wordsmith recula d’un pas, croisa les bras, ferma les yeux, et parut chercher dans ses pensées. Enfer et damnation. Cet accent, c’était l’accent de chez lui. Non, décidément sa mémoire n’avait pas pris une ride ! C’est bien ce qu’il pensait ! Cette validation lui jeta soudain une décharge d’adrénaline dans les veines, et il exécuta presque un pas de danse sur place, ou du moins, il éclata de rire dans un sautillement qui n’était pas du tout de son âge. Il était sain d’esprit, oui messieurs, oui mesdames ! Puisqu’il venait de reconnaître sans coup férir ce bon vieil accent Eskrois. On perdait son accent, au bagne. Il avait toujours trouvé cela horrifiant, ce phénomène d’assimilation qui évoquait une digestion monstrueuse.

“D’où tu viens ? Brez ? Bourg-le-Roy ? Lornel ? Raconte-moi tout, je te mangerai pas. Stingray. M. Stingray Wordsmith. Tu peux m’appeler Gray.”

La lune lui frappait agréablement sur l’arrière du crâne, comme une bonne vieille cuite. Il avait l’impression d’avoir trouvé une pièce entre les pavés. Comme il allait le traîner en ville, celui-là, dans tous les bouges de sa connaissance, et le présenter à tous ses copains infréquentables ! Son voisin, quelle coïncidence ! Avec un peu de chance, ils seraient du même patelin. Ça, alors, ce serait fendard.

Et puis, quand ils se connaîtraient mieux, peut-être qu'ils se battraient pour de bon. Il n'avait quand même pas abîmé tout ça pour rien !

C'est vrai qu'il avait cette arme stupide dans sa poche. Bonne mémoire, Gray, bonne mémoire... Il pourrait lui envoyer un pruneau avec ça, un vrai pruneau, et peut-être même qu'à bout portant ça lui trouerait la joue, ce serait franchement cocasse, non ? Le genre de scène que les journalistes mangeurs de détritus se feraient un plaisir de retranscrire avec moulte détails fleuris dans leur feuille de chou... une feuille de chou fleurie, ça valait la peine de se décarcasser l'imagination. Il ne lui manquait plus qu'un prétexte. Parce que, pour le moment, le voisin était beaucoup trop sympathique pour qu'on lui tire dessus. Et pas de pruneau sous la main. Diantre, le plan était pourtant parfait.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Mar 14 Mar 2017 - 12:18
Tu ne sais pas réellement sur quoi ton regard doit se porter. Le masque ou la partie faite de chair. Du coup, tu te retrouves à valser entre les deux, refusant de te rendre ridicule en te mettant à loucher malencontreusement. Tu es bien curieux de la raison de ce morceau de métal, sa création. Même les gants t'intrigue. Pourquoi. Quel est donc l'intérêt. Tu ne poseras pas toutes ces questions. Tu n'as pas à le faire et tu n'as pas envie de paraître trop impoli. Te demande-t-il pourquoi tu laisses donc pousser tes cheveux ? Non. Alors, fais pareil. Tu le vois gratter la partie métallique, comme si cela le démangeait. Comme si l'objet faisait partie intégrante de son corps. Tu l'entends faussement s'excuser lorsqu'il découvre ton accoutrements et tes pieds nus. Tu as envie de le renvoyer balader, lui faire comprendre que tu as eu une journée harassante et que tu ne réclames qu'un repos bien mérité. Donc, non, effectivement. Ce n'est définitivement pas du bon voisinage que de venir enquiquiner son voisin de maisonnée juste pour le plaisir. Mais tu ne lui dis pas tout ceci.  Tu ne veux pas créer d'ennui. Pas te battre.

Tu es marchand de mort qui n'apprécie pas la violence.

Tu arques un sourcil alors que tu le vois donner un coup de pied à cette malheureuse porte qui n'a jamais fait de mal à personne. Déçu de ton calme comportement ? De ne pas le jeter comme un malpropre ? De ne pas lui avoir balancé un seau rempli d'urine et d'excrément ? Hmm... la prochaine fois, tu y songeras. C'est promit. Si cela peut lui faire plaisir. Oh, tu sais qu'il se vengera en se nettoyant contre ta porte ou tes murs - tu commences à saisir de quoi ce bougre est capable -, mais juste pour la beauté du geste, tu es prêt à courir le risque.

- Eh bien, je vous laisse choisir, pour la peine. Quand on fait du porte à porte, il faut être conciliant. Qu’est-ce que tu préfères, l’ami ? Oh, mais… attends une seconde.

Ton sourcil se lève à nouveau vers les cieux éthérés de ton front tandis que tu l'entends passer du vouvoiement au tutoiement. Depuis quand êtes-vous devenu soudainement proche, tu te le demandes actuellement. D'autant plus qu'il vient de saisir le sous-entendu involontaire dans ta phrase. Tu retiens d'hausser les épaules dans un genre de fatalisme. Tu ne bouges pas alors que tu le vois soudainement sérieux, reculant d'un pas comme pour mieux t'étudier avant d'écarquiller les yeux et d'effectuer quelques pas de gigue. D'accord. Qu'a-t-il encore fait comme trouvaille pour s'agiter ainsi. Tu es bien curieux de le savoir, tout comme tu as ien envie qu'il te laisse tranquille.

- D’où tu viens ? Brez ? Bourg-le-Roy ? Lornel ? Raconte-moi tout, je te mangerai pas. Stingray. M. Stingray Wordsmith. Tu peux m’appeler Gray.

Tu ne caches pas ta surprise alors que tu viens de saisir qu'il a compris que tu n'es pas originaire de ce royaume, mais bien d'Eskr. Son tutoiement ne te dérange plus. Tu sais qu'il n'usera pas de cette politesse dont veut l'usage entre deux inconnus. Son excentricité doit y passer outre ; autant s'y faire immédiatement. Mais qu'on ne te demande pas d'en faire de même. Tu croises les bras prenant enfin le temps de le détailler comme il se doit. Du moins, pas comme un individu détaillant la marchandise qu'on lui propose, mais comme une personne cherchant à comprendre un fonctionnement quelque peu compliqué. Les rayons lunaires frappe l'arrière du crâne de l'importun, allant parfaitement avec la singularité du personnage en face de toi.

- J'ai bien vécu à Eskr, à quelques lieues du duché de Lornel. Et vous pouvez m'appeler Karlson.

Tu ne donnes pas ton prénom. Tu n'es pas idiot. Tu te doutes bien que sa familiarité le poussera, sans qu'il ne s'en rende compte, à l'utiliser sans vergogne. Tu sens un mouvement au niveau de tes jambes et tu devines que le chien s'assoit à tes côtés, patientant le moment de retrouver la chaleur de ton foyer. Tu te souviens alors de ton lait que tu étais en train de chauffer, du feu qui doit sûrement mourir. Tu te retiens de pester. A la place, tu passes ta main blessée dans tes cheveux, laissant apercevoir l'une de tes grandes oreilles.

- Monsieur Gray, commences-tu avec toute la politesse dont tu te sens capable. A moins que vous n'ayez aucun achat à faire dans ma boutique, je vous demanderai de me laisser en paix. Je n'ai aucun désir de devoir faire appel à la police. Comprenez-vous ?

Par tous les dieux, faites qu'il comprenne.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Mar 14 Mar 2017 - 16:28
Tout était très amusant... Leur échange dissonant, les voisins qui fermaient leurs volets en hâte... Les présentations... Pour sa plus grande tristesse, Gray ne se souvenait plus de son village d'origine. C'était un souvenir confus dans son esprit, il lui semblait parfois retrouver des syllabes, mais il ne se l'était pas assez répété au bagne, sans doute ; et l'argot local avait usé son accent. Et puis, ses parents avaient déménagé deux ou trois fois tandis qu'il habitait encore avec eux. C'était de leur faute. Peu importe ! Tout allait bien, et il s'amusait... Jusqu'à ce qu'un certain mot soit prononcé. Non, ça, ce n'était pas du jeu.

« La police ! »

Cette fois, il dut se faire violence pour rire. Ça se voyait un peu, à un côté crispé de ce rictus qui relevait les coins de ses lèvres, à la flamme qui montait dans son regard, et qui ne demandait qu’à déborder de ses mains. Il était fou de rage intérieurement, et si cette porte avait été moins solide, il l’aurait volontiers arrachée de ses gonds pour en coiffer son propriétaire. Mais ce n’était qu’une parole en l’air. Jamais son brave voisin ne ferait ça ! Balayant cet instant de crainte d’un revers conquérant de sa main gantée, il franchit le seuil comme un prince. Personne ne le remettrait en prison. Plutôt faire sauter cette baraque et lui dedans.

« Karl ? Ecoute, Karl. Mon frère. J’ai rien à acheter, j’avoue, personne à tuer en ce moment, faut dire que personne a encore appelé la police contre moi. »

Un petit clin d’oeil à la sauvette, une tape amicale sur l’épaule, ils s’étaient bien compris. Ils se comprenaient extraordinairement bien, c'était ce qu'il avait décidé, et comme un clown hystérique donne la réplique à un clown boudeur, ils mettaient en place une synergie tout à fait palpitante. Gray avait presque hâte de voir la suite du spectacle. Presque, parce qu’en fait, le spectacle s’écrivait dans sa tête ; il était rarement surpris par la fin.

« Par contre, j’ai quelque chose à vendre... Et si tu pouvais, toi, derrière, le vendre à nouveau, ça serait vraiment un coup à mériter ma reconnaissance. »

L’arme surgit de sa veste et il la pointa droit sur le front de son interlocuteur, avant de la faire tourner autour de son index dans un éclat de rire, et de la poser sur la table. C’était bien éclairé, ici ! Ça faisait plaisir ! Ça donnait presque envie de poser ses pieds sur la table, de fermer les yeux et… Oh, allez, pourquoi pas. Il y avait même un chien. Ça respire la stabilité conjugale, ça, un chien en bonne santé, calme et bien élevé. Gray coupa la poire en deux en se vautrant par terre, le dos contre le mur, pour appeler le chien en lui promettant mille papouilles. La pauvre bête ne se sentirait pas abandonnée pendant que son maître examinait la vilaine arme, non non. Gray adorait se rouler par terre avec les chiens. Il avait récolté quelques morsures de cette façon.

« Alors ? Beau spécimen, hein ? T’en tireras un prix. Je sais pas lequel, mais un prix en tout cas. Elle a servi à passer des messages par-dessus les murs des prisons, c’est une arme honnête, qui fait le bien de l’humanité. »

Pourvu qu’il continue à très bien comprendre ce que Gray lui disait, ce petit Eskrois trop calme… qu’il fasse un sort à ce tromblon, qu’il le démonte, peut-être ? Oh, Gray aurait bien voulu voir ça. Démonter et remonter. Démonter et remonter. Jusqu’à ce que ça devienne une boîte à musique, ou une horloge de grand-mère. Le cycle des réincarnations, quoi. Ou qu’il le vende à un voyageur de passage, qui emporterait ce truc dans son naufrage. Tant que Gray le possédait, ça lui brûlait très légèrement les doigts, pas au point qu’un panique, bien sûr, est-ce qu’il avait une tête à paniquer ? Mais ça restait quelque chose qui pouvait lui attirer des mots avec la maréchaussée.

Il le connaissait, ce Dentiste. Pas né de la dernière pluie. Pas du genre à perdre la boule parce qu’on le soupçonnait d’avoir envoyé des oranges à un copain en taule… peut-être avec une lime plantée dans une des oranges. Ce n’était pas ça, le problème. Cette arme avait servi à autre chose, quelque chose de sinistre, pas une mise à mort dans une bagarre improvisée, non plus. Il le savait sans le savoir, et sans vouloir le savoir, surtout. Il était innocent comme… comme ce chien, là, avec ses grands yeux paisibles et sa langue pendante. Il tira la langue pour l’imiter.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Ven 17 Mar 2017 - 16:56
- La police !

Ah. Cela semble réveiller ton interlocuteur et, surtout, le faire réagir. Visiblement, il ne désire pas avoir de démêler avec les forces de l'ordre et cela te satisfait presque lorsque tu remarques son rictus, comme s'il se retient de rire. Non. Il n'y a rien de drôle. Tu ne sais pas ce qui lui a donné de t'en faire voir des vertes et des pas mûres, mais il n'y a rien d'humoristique dans votre situation. Surtout depuis que les habitants dans la rue se sont mis a être persuadé qu'une bagarre arrivait à l'horizon. Peut-être que c'est ce que cherche cet énergumène, mais pas toi. Tu te sais déjà perdant alors ce n'est pas la peine d'essayer. Et puis, est-ce que tu ferais réellement appel à eux ? Tu ne sais pas. Sûrement pas. Pas tant que la situation sera totalement hors de contrôle pour toi. Quand tu n'auras plus le choix. Alors que tu te demandes la raison de son mouvement de sa main ganté, tu te crispes alors tu le voix s'avancer d'un pas conquérant, franchissant le seuil de ta boutique sans ton autorisation, te faisant froncer les sourcils. Tu le suis donc à l'intérieur, le chien te suivant toujours. Gardien et protecteur silencieux.

- Karl ? Écoute, Karl. Mon frère. J’ai rien à acheter, j’avoue, personne à tuer en ce moment, faut dire que personne a encore appelé la police contre moi.

Tu n'apprécies pas cet intimité... non, ce n'est pas le bon mot. Ce rapprochement ? Enfin bref. Tu n'aimes pas qu'il déforme ton nom de famille - à moins qu'il pense qu'il s'agit en fait de ton prénom - qu'il t'appelle "mon frère". C'est un inconnu qui se croit tout permis et qui n'a clairement pas envie -tout comme toi - que tu appelles les autorités. Alors, pourquoi. Pourquoi ce comportement. Pourquoi ce clin d'œil, cette tape faussement amicale sur ton épaule. Tu  retiens un profond soupir de tes lèvres, t'enjoignant au plus grand calme.

Respirer.
C'est la clé.

- Par contre, j’ai quelque chose à vendre... Et si tu pouvais, toi, derrière, le vendre à nouveau, ça serait vraiment un coup à mériter ma reconnaissance.

Ah. Là, l'homme attise ta curiosité. Découvrir de nouvelles armes, connaître leur histoire, leur valeur, leur trouver un bon propriétaire et en tirer profit derrière. Tu te places derrière ton comptoir, prêt à détailler la bête et à évaluer son prix en fonction de son époque, de son état et de sa marque. Les valeurs changent au fil du temps. Un cimeterre ayant coûté une fortune lors du tout premier achat peut très bien ne plus valoir grand chose à l'heure actuelle. Tu restes parfaitement immobile lorsque le masqué te braque soudainement avec l'arme. Pas de tremblement, pas de crainte dans le regard. Tu as bien suivi qu'il ne veut avoir la gendarmerie aux fesses. Te tuer n'entre certainement pas dans son intérêt. Puis, tout aussi naturellement, il fait tourner l'objet autour de son index avant de rire à gueule bec et de finalement le poser sur ton comptoir. Cette situation semble beaucoup l'amuser. Comme beaucoup d'autres. Du coin de l'œil, tu le vois se caler contre un mur vierge et s'installer sur les sol, se fichant éperdument de tes fauteuils et appelant le chien, lui faisant miroiter caresses et grattouilles.

L'animal s'approche avec calme et lenteur, regardant de son unique œil l'inconnu qui l'appelle. Il le renifle, découvre son odeur, laissant apparaître plus en détail toutes ses cicatrices. Les autres animaux des rues n'ont pas été ses seuls ennemis.

- Alors ? Beau spécimen, hein ? T’en tireras un prix. Je sais pas lequel, mais un prix en tout cas. Elle a servi à passer des messages par-dessus les murs des prisons, c’est une arme honnête, qui fait le bien de l’humanité.

Te rassurant sur le fait que le canidé n'a absolument rien à craindre, tu reportes donc ton attention sur l'arme que tu tiens de ta main droite. Colt frontier à double action. Ce n'est pas franchement un revolver de grande valeur - surtout pour maintenant - et son aspect usé et abîmé n'est pas pour l'arranger. M'enfin, tu constant que son pontet, son barillet à six chambres, son logement de la tige d'éjection ainsi que son canon de quatorze centimètres ne sont pas trop en mauvais état. Quant à la plaquette de nacre, elle est fissurée. Tu ne sais pas s'il est réutilisable. Il faudra que tu le démontres pour en avoir le cœur net. Mais pas ce soir. Pour l'instant, tu préfères lui laisser le bénéfice du doute.

- Cinq roues de bronze, annonces-tu.

Tu reposes le revolver, relevant le nez et note que le quadrupède semble apprécier l'énergumène. Tous deux tirent la langue et tu ne parviens pas à retenir ton sourire amuser. Okay. Pour cette fois, tu veux te fier à l'instinct de l'animal.

Juste pour cette fois.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Sam 18 Mar 2017 - 9:29
On pouvait toujours s’arranger, toujours. Il y avait des gars qui aimaient les bricoles et d’autres qui aimaient les coups, d’autres qui aimaient chanter, d’autres qui aimaient crier… Il y avait toujours un jeu à partager, même pour quelques secondes, tout le monde posait ses démons sur la table et on les regardait s’entrechoquer, c’était distrayant. Les femmes, c’était plus agaçant, elles le mettaient vite en rage, avec leurs façons et leurs angoisses, d’une seconde à l’autre il avait l’impression d’être un héros ou un monstre ; deux insultes qui le déstabilisaient pareillement. Mais parfois il y avait moyen de discuter. Il avait fait un bras de fer avec une grosse cuisinière de marine la nuit passée, ça c’était ce qu’il appelait une femme à sa mesure. Il en avait encore mal dans les articulations.

Karl s’amusait bien, apparemment : concentré sur l’appareil, les rouages en mouvement presque visibles à travers la peau de son crâne. Par moments, Gray avait de ces hallucinations, parce qu’il le voulait bien. C’était quand même beau de voir quelqu’un travailler. Il se demanda vaguement s’il avait aussi cet air calme, sérieux, « à sa place », quand il se mettait au boulot ; il en doutait. Ce n’était plus du beau boulot comme il en faisait autrefois. Ça, c’était du passé révolu. Il se demanda quel âge ce gars pouvait avoir, puis oublia sa question.

« Tu joues avec ? Tu veux pas le démonter ? Enfin, il marche, si c’est ça que tu te demandes. Il a servi y a quelques jours, si j’ai bien compris la version du type, et on ne s’est pas plaint du résultat. »

Tandis que sa voix parlait, ses réflexions suivaient leur cours ...ça c’est un beau chien. Un chien qui a le sourire. On voit qu’il est bien traité. Pas agressif pour un sou. Est-ce que ça peut coûter cinq roues de bronze, un chien ? Aucune idée… Il ne s’y connaissait pas plus en bêtes qu’en armes ; dans les deux cas il préférait les poings. La main de l’homme, c’était quand même l’invention la plus merveilleuse de toutes. S’il avait été d’un tempérament plus calme, il aurait pu rester en contemplation devant sa propre main pendant des heures. A quoi pensait-il déjà ? Ah oui.

« Le prix me va. Avec ça on peut se payer… à boire ! » Un sourire de victoire éclaira son visage. A le fréquenter, on lui reconnaissait divers sourires, tout un langage à travers lequel on pouvait s’amuser à deviner quelles inepties il allait sortir… si on n’avait vraiment que ça à faire. Sourire de colère, sourire d’ennui, sourire machiavélique, sourire émerveillé… par moments, le sourire de quelqu’un que rien n’amuse et qui se force à rester dans l’ambiance, en attendant que ça passe. « Un peu d’alcool me fera du bien. En tout cas, ça fera passer le temps. Viens, je t’invite ! On va balader le chien, qu’est-ce que t’en dis ? »

Il se redressa d’un bond, en tapotant sa jambe pour faire comprendre à la bête qu’elle venait avec eux, et s’approcha du marchand en tendant la main. Peu importait au fond qu’il y jette les pièces ou qu’il y fasse claquer la sienne, ça revenait au même puisqu’ils allaient boire à la même bouteille. Et ils parleraient de leur pays natal. Les choses avaient changé là-bas, il le savait dans un coin de son esprit – il y était passé en coup de vent, pour constater que ses vieux parents étaient bien morts, et s’était enfui comme un voleur – mais ce n’était jamais pareil quand on en discutait.

Au moins ce flingue avait trouvé preneur, c’était de toute façon une bonne journée. Il y en avait un qui serait bien content. Dans un coin de son esprit qui s’appelait Lyn, Gray était soulagé. Il n’avait pas l’habitude de trembler pour sa peau, mais quelque chose lui disait qu’en cas de trahison, si les autres lui mettaient la main dessus, il n’allait pas seulement crever ; ce serait plus long et plus désagréable que ça. Le Dentiste ne s’appelait pas le Dentiste pour rien. Et ce ne serait pas en sautant dans un bateau pour faire un petit tour ici ou là qu’ils se débarrasserait d’eux. Ils avaient la rancune tenace, y avait qu’à voir comme ils s’étaient tous investis dans cette affaire de vengeance qui ne les concernait même pas. Bon… il en devinait trop pour être à l’aise, et pas assez pour juger.

C'était peut-être aussi pour ça qu'il essayait de traîner ce pauvre vieux voisin trop calme dans son errance nocturne. Certains soirs, on se dit que c'est pas forcément le moment pour sortir seul. Les oiseaux de ville ont des instincts eux aussi.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Sam 18 Mar 2017 - 13:53
Tu ranges l'arme dans l'espèce de placard sous le comptoir, là où se trouves armes que tu n'as pas réussi à caser. Pas assez de place dans ta boutique. Ce n'est pas grave. Cela te fait comme une sorte de réserve et puis, si jamais les clients ne sont pas satisfait par ce qu'ils voient, tu peux toujours proposé ce qui leur est dissimulé. Ce revolver en fera partie. Ce n'est pas comme s'est d'une grande valeur bien qu'il puisse encore servir. Non. Tu le conseilleras pour une personne du peuple quelque peu coquet ou pour un dignitaire souhaitant semer la mort et s'en débarrasser. A part pour les plaquettes de nacre, on ne peut soupçonner une personne riche d'utiliser une arme démodée. Dépassée.

A moins d'être malin.

Tout ce que tu crains, c'est d'être mêlé à une affaire sordide et qu'on en vienne à te considérer comme complice. Non. Tu ne les pas. Un inconnu est venu dans ta boutique pour te vendre une arme et comme cela fait également partie de ton marché, tu as accepté et l'ai revendu à quelqu'un d'autre qui en était intéressé. Voilà. C'est la meilleure version de l'histoire que tu pourras fournir si jamais on vient te voir. Tu ne mens pas et tu ne déformes pas la réalité. Tu n'entre juste pas dans les grandes lignes et c'est tout aussi bien comme cela. Tu n'aimes pas t'attirer les ennuis. Tu préfères les fuis comme la peste.

- Tu joues avec ? Tu veux pas le démonter ? Enfin, il marche, si c’est ça que tu te demandes. Il a servi y a quelques jours, si j’ai bien compris la version du type, et on ne s’est pas plaint du résultat.
- Je le démonterai demain. Lorsque j'y verrais plus clair.

Tu ne veux pas entendre le passage de la version dudit type. Moins tu en sais, mieux c'est. Pour lui comme pour toi.

- Le prix me va. Avec ça on peut se payer… à boire !

Tu opines du chef avant de bloquer légèrement. Certes, il a accepté le prix que tu lui proposes, mais ta caisse se trouve à l'étage et tu n'as aucune monnaie sur toi. Tu as prévu de manger frugalement et d'aller dormir juste après. Ce n'est pas un programme folichon, tu veux bien l'admettre, mais il te convient parfaitement. Te reposer, tu n'attends que cela depuis que l'énergumène est venu brailler sous ta fenêtre. S'il n'était pas aussi envahissant, tu aurais quelques envie de le dessiner en secret. A l'abri de tous les regards.

- Un peu d’alcool me fera du bien. En tout cas, ça fera passer le temps. Viens, je t’invite ! On va balader le chien, qu’est-ce que t’en dis ?

Le fait de le voir se redresser rapidement et de te proposer de sortir te fait sortir de tes pensées pour songer à nouveau que tu n'as ni argent sur toi, ni les habits adéquats. Tu es même pieds nus, par Timan ! C'est pour ça que tu contournes le comptoir, cherchant les bons mots pour ne pas qu'il insiste, pour ne pas qu'il décide de tout briser dans ta boutique. Une fenêtre brisée te suffit largement.

- Je suis désolé, mais je n'ai pas le cœur à sortir et le chien s'est déjà promené. Bon, là tu es bon pour le contrarier. Il faut que tu te rattrapes. J'ai mis du lait à chauffer avant que vous n'arriviez et il doit me rester quelques alcools. Peut-être accepteriez-vous de monter et de boire ici. Dans le même temps, je pourrais vous donner votre argent, proposes-tu finalement.

L'idée d'ingurgitée une boisson alcoolisée sans rie débourser devrait être plutôt tentante.
Enfin, tu l'espères.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Dim 19 Mar 2017 - 22:10
Les concepts s’assemblent tout seuls, très vite, sous une forme ou sous une autre ; mais une fois formée, le vin est tiré, il faut le boire, impossible de revenir en arrière ou d’abandonner cette création si bancale soit-elle sans la tester aux yeux de tous. En ce moment, l’image qui se forme est celle d’un mélange de lait et d’alcool. Du lait entier, un peu de chocolat en poudre… ça, Gray en a, du chocolat, chez lui ! On le paye avec n'importe quoi parfois, mais tant mieux, tant mieux ! Quel que soit l’alcool, ça va être du tonnerre ! Et il y a des fruits par ici. Il les sent. Le chien les sent aussi, bien sûr, bon chien. Si seulement il savait encore travailler… Un chien mécanique, ça serait un tel rêve ! Pour retrouver les clés perdues ! Avec un aimant à la place du nez ! Du calme, du calme. Le cocktail. Le chocolat.

Gray hocha la tête, consulta quand même le chien avec qui il avait après tout une conversation silencieuse qu’il ne comptait pas interrompre, et annonça d’une voix péremptoire : « Je vais chercher du chocolat en poudre, et je reviens. » Il avait presque l’air calme. Le calme avait la tempête, aurait dit un marin – ses derniers contrats à bord de quoi que ce soit s’étaient vite terminés, dans le sang et les larmes, comme on dit. Il y avait assez de ces mutins du dimanche et autres agitateurs sans endurance que la promesse d’un grog chaud suffisait à faire rentrer leurs griffes ; on aurait pu en cet instant le prendre pour l’un d’entre eux. Et il est vrai que le spectre de l’alcoolisme clinique le talonnait de près dans ses errances nocturnes, s’approchant davantage de ses chevilles pour lui passer les chaînes à chaque halte festive qu’il faisait.

Courant à la maison, il se heurta à une sorte de jeune milicien tout harnaché, aux moustaches hérissées d’enthousiasme martial, qui prenait parfois sur lui de faire régner l’ordre dans le quartier… jusqu’à ce qu’une demoiselle ait la bonté de le remarquer pour cela. Il y avait de tels oiseaux de nuit dans les coins sombres des capitales ; il ne s’en étonnait même plus. Sa démarche bondissante esquiva presque la carrure engoncée de laine grise, mais leurs coudes se heurtèrent et ils jurèrent en choeur. Gray éclata de rire à cette douleur soudaine, tandis que le gamin mal rasé portait la main à la poignée de sa dague. L’artisan disparut dans son semblant d’échoppe, et la rue retomba dans un silence relatif, peuplé de gouttières qui fredonnaient dans des tonneaux d’eau de pluie, et de chats poursuivant des oiseaux sur la crête des toits. Puis la porte claqua de nouveau et Gray fila chez son voisin ; la milice improvisée l’avait attendu, à l’unanimité.

« Dis donc, Wordsmith !... »

Tiens ? Ils se connaissaient ! Le monde est petit ! Quel tour avait-il bien pu lui jouer ? Pas inoubliable, en tout cas. Et il n’avait pas de temps à lui consacrer pour le moment ; s’ils s’étaient croisés un peu plus tôt, ils auraient pu jouer ensemble, mais là, c’était trop tard, pas de regrets à avoir.

« Ah, ne commencez pas à m’insulter, mon brave, » rétorqua Gray avant de lui tirer une langue digne d’une créature des ténèbres. « Je n’ai encore rien dit sur votre mère, et puis je suis attendu avec impatience. »

Il sentit un choc en passant devant le malandrin, mais l’ignora royalement ; trébucher et se relever était un lot quotidien, métaphoriquement comme concrètement. Il se précipita chez son voisin – l’homme au chien – Karl, c’est ça ! - et sourit de toutes ses canines en constatant qu’il n’avait pas eu le temps, ou peut-être le cran, de barrer la porte. Levant devant lui un sachet pâle et mal refermé qui ne contenait plus grand-chose, il annonça d’une voix de stentor paraissant sur scène sous les acclamations de la foule : « Le meilleur chocolat de tout Ambrosia ! Probablement. » Et salua profondément, avant de pousser un cri à la faveur d'un faux mouvement, d’une voix beaucoup moins virile. Ah... C'était donc ça, le choc.

Lançant le paquet à Karl, il fit volte-face avec la légéreté d’un serpent, asséna un coup de pied à la porte pour la claquer d’un coup, et chercha autour de lui de quoi la barricader. Dans un éclair de lucidité assez rare, il réalisa dans le même temps que son comportement ne semblait peut-être pas totalement logique aux yeux du profane. Le chien comprenait sans doute, mais ce pauvre Karl, il n’était pas sûr. Cela dit, la plaie tachait de noir son côté gauche pouvait servir d’aide au déchiffrage ; mais comme il n’avait aucune envie de se faire distraire de son projet de cocktail par d’autres plaies semblable, il valait mieux prendre toutes les précautions pour que le risque soit compris.

« Je viens de croiser un ennemi. J’ai pas réalisé sur le moment. Verrouille ça, il osera pas l’enfoncer. C’est un petit lèche-bottes qui craint la maréchaussée. »

La notion de culpabilité, l’idée que peut-être Karl jugerait qu’il était tout à fait à sa place sous le maillet d’une légitime vengeance, ou l'éventuelle rancune qui ferait de cette vengeance un substitut pour le même Karl, ne lui traversèrent pas l’esprit. Quant à la blessure, ça n'était rien, ça piquait, un coup d'outil dans la main en travaillant aurait été pris plus au sérieux.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 20 Mar 2017 - 15:47
Tu attends sa réponse comme un condamné patientant pour sa sentence. Tu voudrais tellement qu'il reste calme, qu'il ne refuse pas et ne se vexe pas de ton refus ainsi que de ta nouvelle proposition. Pas d'esclandre, pas en une heure aussi tardive. Tu ne sais pas vraiment de ce que tu dois penser de cette nouvelle rencontre, ni de l'excentricité de ce singulier personnage, mais tu ne dissimules pas ton soulagement lorsqu'il opine du chef et t'annonce immédiatement qu'il s'en va chercher chez lui du chocolat en poudre. Sûrement pour accompagner le lait chaud. Tu ne bouges, ne réponds pas. A dire vrai, tu hésites. Tu souhaites plus que tout profiter de sa soudaine absence pour barricader la porte avant qu'il ne revienne et profiter d'une bonne nuit de sommeil, mais tu te ferais ainsi passer pour un mauvais vendeur, du fait que tu ne l'as toujours pas remboursé. De plus, tu sais de source sûre que, si tu fais cela, il trouvera le moyen et des idées pour se venger encore et encore. De toute manière, tu n'as pas vraiment le temps de creuser plus avant sa réflexion que le voilà qui revient.

- Le meilleur chocolat de tout Ambrosia ! Probablement.

Tu n'affirmeras pas le contraire. Tu avoues sans honte n'avoir jamais goûté ledit chocolat. Tu as tout juste le temps de rattraper son bien au vol que tu distingues ta porte se refermer dans un claquement sonore. Pauvre malheureuse porte qui n'a jamais fait de mal à personne. Mais tu finis bien vite bien vite par te moquer de son malheur lorsque tu comprends que le petit cri dont tu as abstraction est due à une douleur, un blessure toute récemment faite. Par Timan !

Ton plancher !

- Je viens de croiser un ennemi. J’ai pas réalisé sur le moment. Verrouille ça, il osera pas l’enfoncer. C’est un petit lèche-bottes qui craint la maréchaussée.

Ceci explique donc cela. Tu opines une nouvelle fois du chef et poe le précieux paquet sur un meuble avant de te diriger vers la porte d'entrée, tirant les clés de ta poche. Tes gestes sont quelques peu maladroit à cause de ta main, mais tu as trouvé la combine avec le temps. L'anneau reliant toutes les clés en elles pendue à ton index tandis que ta paluche droite cherche celle qui te permettra de verrouiller la serrure. Tu trouves rapidement et tu entends avec satisfaction le loquet se fermer. Tant mieux. Tu n'apprécies pas tellement qu'une espèce tête de fouine mette le bout de son nez devant le carreau de ta fenêtre. Pourvu qu'il ne revienne pas plus nombreux.

- Montons, voulez-vous. Je n'aime guère sa tête de fouineur, grognes-tu.

Le chien sur tes talons, tu invites ton hôte à gravir les marches d'escalier donnant directement lieu à un salon relativement propre pour un homme vivant seul, la porte à droite laisse place à une cuisine dans laquelle tu te diriges immédiatement avec, comme arrière-pensée, la certitude que l'énergumène ne va certainement pas attendre ton autorisation pour mieux visiter les lieux. C'est pourquoi tu t'attèles à la tâche de raviver le feu, remettant ta casserole de lait par-dessus. Une fois cela, tu sors deux verres ainsi que deux bols, les posant sur la table en bois. Tu y amènes également ton panier de fruit.

- Restez ici et installez-vous. Je vais chercher de quoi vous bander.

Sans attendre de réponse, tu es quand même chez toi, tu te diriges vers ta salle d'eau où tu trouves rapidement ta trousse de secours. Tu ne plaisantes pas avec les blessures. Surtout avec les plus bénignes car, tu sais très bien qu'elles sont les plus dangereuses. Tu reviens alors, outils de soin en main, demandant à ton invité de te montrer sa blessure pour que tu puisses soigner ça. Tu n'es pas médecin, mais peu importe. Tu es prêt à lui offrir la bouteille d'alcool s'il se montre coopératif. D'ailleurs, pour prouver ta bonne foi, tu sors une bouteille d'un bon whisky d'un placard poussiéreux. Tu en as d'autres, mais tu ne les sors qu'en de rares occasions, n'étant pas un gros buveur. Cela doit faire d'ailleurs deux ans que tu as cet alcool, à présent...


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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