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Ghost of a shark {Aslak]

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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 20 Mar 2017 - 16:41
Sitôt la porte sécurisée, Wordsmith oublia résolument son « ennemi » - lequel n’en revenait pas de trouver porte close, habitué à ce que l’essentiel de la population voisine se plaigne des écarts nocturnes du type masqué - et s’empara à nouveau de son paquet bien-aimé. Avec ça, voyons… trois ou quatre verres au maximum, cinq peut-être, s’il se montrait économe, et ça lui arracherait la gueule de se montrer économe avec cette poudre magique.

« Fouineur ? Un lâche, voilà ce que c’est. Aïe. »

Monter un escalier avec un trou dans la peau, c’était quand même un exercice amusant, par rapport à la moyenne dont faisait preuve Karl depuis tout à l’heure. Impressionné, Wordsmith cessa un temps de faire l’imbécile, tandis qu’il se consacrait à la réussite de ce glorieux projet. Une fois arrivé sur le palier, cependant, il ne lui fallut pas longtemps pour faire abstraction de la piqûre lancinante qui lui mordait le côté.

Il prit une immense inspiration, comme s’il s’apprêtait à plonger dans une rivière ; non, le poumon n’avait rien pris apparemment. Que du muscle ! Une semaine ou deux et ça serait de l’histoire ancienne ! C’était ce qu’il avait déjà dit pour la pierre qu’on lui avait jetée à la tête un mois plus tôt, et il lui arrivait encore de retrouver du sang sous ses doigts en se grattant les cheveux, mais pour cette fois il aurait de la chance. Après tout, c’était une nuit formidable, non ?

Mais pourquoi il lui demandait toujours d’être calme et immobile? C’était un fétichisme bizarre, ou quoi ? Wordsmith avait presque envie de gigoter juste pour protester, mais maintenant qu'il avait retiré son haut, il était incapable de focaliser son attention sur autre chose que sur la bouteille posée non loin de lui, dont la couleur était l’équivalent visuel du chant d’une sirène sur un rivage voisin. C'était un peu comme si le vêtement taché de sang était un tunnel qu'il venait de traverser pour tomber dans un nouvel état d'esprit.

Entre cette superbe bouteille, le chocolat à côté, le lait chaud, les fruits… Il avait déjà l’impression de sentir un breuvage digne du palais des dieux le consoler de ses petits tracas. A commencer par Karl. Non, Karl était gentil. Mais quand même, il n'était pas net ! Ces éternelles recommandations d'immobilité, ça avait quelque chose de malsain ! Il fallait égayer un peu cette ambiance de caveau, décidément. Parler de l'alcool, ça, ça l'inspirerait sûrement, à moins que Karl ne soit... suspense... un automate humain !

Si seulement, tiens. Ce serait bien rigolo. Potentiellement encore plus dangereux que le petit crétin qui reprenait sa balade au-dehors, sous le clair de la Lune, encore hébété de la conclusion inattendue qui venait de couper court à son début de bagarre.

« Au bagne... »
Arh ! Non ! Ne commence pas ta phrase comme ça ! Trop tard, c’est fait. Faudra assumer les conséquences. Bah, avec le nombre de conneries qu’il dit à la minute… Personne n’irait soupçonner que tout est vrai.
« ...j’avais un copain de chaîne qui était, euh, » comment dire ça poliment, les types qui embrassent d’autres types… « hérétique. Et il s’était bien trouvé par hasard avec un contremaître qui était hérétique comme lui, alors, de temps en temps, il lui faisait balayer son bureau, si tu vois ce que je veux dire… et en échange il lui filait ça. Mon pote en distribuait à tout le monde. C’était un gars bien. Pour un… hérétique. »

Le doigt pointé sur le sachet de poudre noire, Wordsmith paraissait complètement imperméable à ce qui pouvait bien se passer au niveau de sa plaie. Tant qu'il ne regardait pas, il ne sentait rien, enfin, il sentait que ça faisait mal mais il n'avait pas vraiment mal. Le reste des marques d'accidents et autres coups divers qui donnaient, disait-il, du cachet à son cuir, laissaient présager d'une certaine indifférence à la chose.

« Tout seul à priser, c'est pas terrible. Dans de l'eau non plus. Dans du lait, c'est génial. Mais si on mélange tout et on secoue à mort... » Il oubliait quelque chose. Quelque chose d'important. Ah oui ! « Merci pour le coup de main, à propos. »


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Mar 21 Mar 2017 - 19:48
- Fouineur ? Un lâche, voilà ce que c’est. Aïe.


Lors de la montée des marches, tu n'as pas répondu. Trop occupé à te souvenir où tu avais rangé ta trousse de secours. Un lâche. Tu ne te le caches pas. Ne le renie pas. Tu sais pertinemment que tu en es un également. Ta main et la présence de l'importun dans ta maison te le rappellent sans cesse. Tu n'as pas voulu combattre alors que tu t'étais engagé, espérant faire au moins quelque chose de bien dans ta vie. Au final, tu t'es couvert de honte. Quant à ce soir, tu aurais dut te montrer plus dur, plus inflexible. Plus intransigeant et ne pas céder aux nombreux délires de l'énergumène. Mais voilà, tu n'as jamais été homme à te battre et maintenant, te voilà à regarder fixement la blessure se présentant devant toi. Désinfectant et coton en main. Cela saigne et tu ne sais pas si c'est grave. Tu ne peux faire que le strict minimum, mais tu n'es pas du genre à laisser quelqu'un souffrir. Alors tu poses doucement l'amas de fibre, ne souhaitant guère faire mal, nettoyant précautionneusement la plaie.

- Au bagne...

Tu sors légèrement de ta concentration, arquant un sourcil et le regardant brièvement pour lui faire noter que tu l'écoutes et ne pipera mot. Le bagne. Tu n'y as jamais les pieds et tu ne souhaites pas y aller un jour, conscient qu'il s'agit là d'un sombre endroit. Est-ce là-bas que ce Gray a légèrement perdu la raison ? Tu ne le lui demanderas pas. Ce n'est pas une quesiton qui se pose. A la place, tu le laisses continuer. Pour une fois qu'il consent à rester calme, autant en profiter.

- ... j’avais un copain de chaîne qui était, euh, hérétique. Et il s’était bien trouvé par hasard avec un contremaitre qui était hérétique comme lui, alors, de temps en temps, il lui faisait balayer son bureau, si tu vois ce que je veux dire… et en échange il lui filait ça. Mon pote en distribuait à tout le monde. C’était un gars bien. Pour un… hérétique.

Un hérétique. Tu n'es pas complètement stupide et tu opines du chef en signe de compréhension. Oui. Deux déviants qui se sont trouvés et ont passé un accord. Du sexe contre du chocolat. Au final, tout le monde y trouvait son compte. Tu rosis, imaginant la scène malgré toi. Tu es un apostat, toi aussi. Tu n'as que peu d'intérêt pour la gent féminine, préférant les torses fermes, musclés et plats. Comme celui qui se trouve juste à plusieurs centimètres de ton grand nez. Mais tu ne dis rien, ne montre rien et tu ne tenteras absolument rien. Vous ne vous ne connaissez pas, tu n'es pas sûr de le revoir et donc, d'apprendre à mieu vous connaître, et ta lâcheté t'empêchera d'agir. Tout simplement. Ainsi donc, tu te contenteras de le croquer sur une feuille et dissimulera ton œuvre aux yeux de tour. Comme d'habitude.

- Tout seul à priser, c'est pas terrible. Dans de l'eau non plus. Dans du lait, c'est génial. Mais si on mélange tout et on secoue à mort...

Tu esquisses un sourire. Le premier de votre rencontre. Bien que tu n'ais jamais goûté à trésor noir, tu imagines bien la tête extatique de ton invité devant son bol de lait chocolaté. 'Faut d'ailleurs que tu retires cet or blanc avant qu'il ne se mette à bouillir...

- Merci pour le coup de main, à propos.
- Je vous en prie. Si cela peut m'éviter une autre sérénade, tentes-tu de plaisanter.

Tu sors finalement un carré de tissu ainsi qu'un scotch prévu à ce effet. Là, par contre, tu rencontre beaucoup plus de difficulté et il te faut utiliser ta main mutilée. Cette dernière maintient le petit bandage tandis que tu déchires le scotch à l'aide de tes dents avant de les plaquer à même la peau. Une fois cela, tu te relèves afin de t'occuper immédiatement du lait qui doit être enfin à la bonne température et éteint le feu. Tu en verses dans les deux bols avant de t'installer sur un siège situé à une distance plus sécuritaire et t'empares d'une pomme que croques à pleine dent. Le chiens, lui, s'est allongé sous la table, ronflant de temps en temps.

Il doit être en train de dormir.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
La nuit l'entoure, le dérobe alors que ses bras s'élèvent, appellent. Aide-le, Invité, ou sinon...
Que sombre le jour.
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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Mer 22 Mar 2017 - 14:11
Bon. Il y avait là quelque chose d’anormal. Sans être devin, Gray avait développé une réactivité presque instinctive aux signes : il y avait là quelques signes qui se promenaient devant sa figure, mais entre les mille distractions qu’offrait en général cette scène absurde, il s’y perdait un peu. Finalement, son regard se fixa sur la main bizarre : c’était sans doute ça. Le type était amoché. Pauvre Karl. Lui qui soignait si bien les gens. Dans l’esprit de Gray, être soigné, que ce soit adroitement ou non, c’était toujours être bien soigné ; sa compréhension du concept n’allait pas jusqu’à la prise en compte des conséquences à long terme.

Dans un mouvement de diva, rejetant ses cheveux mi-longs derrière son oreille avec panache, il déclama en roulant les R à la façon des chanteurs d’opéra : « Rien ne pourra m’empêcher de chanter ! » Mais il restait obséder par cette main. A peine ses mèches étaient-elles retombées en place qu’il la suivait à nouveau des yeux. Les mouvements de Karl, quotidiens et triviaux, ne semblaient pas trop gênés, mais c’était sans doute le fruit d’une rééducation. Bien que la vie ait amplement répété à Gray qu’on ne demande pas ce genre de chose, que ça ne fait jamais plaisir, il finit par donner libre cours à sa curiosité, en pointant du doigt comme un malappris :

« Accident de travail, hein ? »

Sans attendre de confidences – la plupart du temps, avec sa manière d’aborder les sujets, il aurait pu attendre longtemps – il enchaîna en laissant peu à peu son regard se perdre dans le vide, et dans la fumée qui montait de son bol :

« Ça doit faire mal. Surtout peur. Moi, perdre une de mes mains… Ou pas savoir si je vais la perdre, si je vais pouvoir continuer à travailler… Je me flanquerais en l’air avant d’être guéri. »

Le désespoir l’avait envahi comme une vague en pleine face, altérant peu à peu ses traits expressifs tandis qu’il parlait et qu’il imaginait se retrouver en pareille situation ; mais l’ironie de sa dernière pensée suffit à renverser la vapeur, et il éclata de rire. Allons, tout allait bien ! Karl était un vrai pote maintenant. C’était le moment de faire des cocktails. Et il avait une baraque inconnue à explorer.

Dehors, il y avait du bruit. Oh, il ne s’en inquiétait pas, il savait ce que c’était. Le milicien avait lancé l’alerte à l’auberge du coin : un fou s’était barricadé chez un honnête commerçant, l’avait probablement coupé en morceaux à l’heure qu’il était – tout ça parce que Gray avait effectivement coupé en morceaux un drapeau sacré que le petit con avait ramené de pélerinage, et mis à sécher au soleil dans son jardin… faut pas tenter les passants comme ça, monsieur ! - et il fallait intervenir en force, avec hymnes et flambeaux. Les buveurs, peu réceptifs, avaient ignoré ses glapissements dans un premier temps ; mais cette mouche du coche presque aussi entêtée que Gray avait fini par les ébranler de leurs sièges, et un petit attroupement maugréant et perplexe commençait à converger vers l’enseigne intitulée « Aux Arguments ».

Wordsmith savait qu’il s’agissait plus ou moins de ce type de harangues, et ne s’en inquiétait pas ; en fait, ça le flattait assez. On le surestimait beaucoup. Dès qu’on commençait à le soupçonner d’avoir l’étoffe d’un assassin, sa stature se redressait comme celle d’un vieux soldat auquel on prête des médailles, comme son statut se serait élevé s’il avait toujours été entouré de forçats. Dans la simple réalité des faits, il s’amusait simplement à piquer un fruit à la sauvette, comme s’il pouvait à force de furtivité se rendre un jour invisible.

« Tu veux que je m’en aille, hein Karl ? » lança-t-il soudain en trempant dans son lait chaud un quartier de pomme. « Tu regarderas à la fenêtre, quand je sortirai. Ce sera un beau spectacle. J’aurai un petit océan à traverser. Ça me ferait plaisir que tu voies ça. »

Mais ils avaient le temps. Avec des gestes de magicien, il entreprit de saupoudrer dans son breuvage  la fatidique poudre brune dont l’odeur volatile se répandit dans la pièce, amère à l’odorat et presque peu engageante, mais prenante comme celle d’un tabac parfumé. Il se contenta pour l’heure de son propre bol, et le tendit à son voisin pour lui faire goûter sa mixture, avant de réitérer le mélange avec cette fois un peu d’alcool ; mieux valait que Karl essaie d’abord avant de brouiller son propre lait de substances extérieures. Au cas où ça ne lui plairait pas. Gray ne pouvait pas savoir ; avec un type bizarre comme Karl, toutes les réactions ou plutôt toutes les absences de réaction étaient possibles ! C’était ça qui était génial chez lui ! N’empêche, quelqu’un qui ne sait pas s’amuser, qui n’aime pas les bonnes choses, c’était ce que Gray aurait inscrit au livre des hérésies, si on lui avait demandé son point de vue.

Le monde aurait vite été très différent de ce qu’il était, dans un pareil cas.

« Maintenant, trempe un bout de pomme et croque : tu vas voir, ça change la vie. Je te promets que c'est pas une blague. »


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Jeu 23 Mar 2017 - 19:45
- Rien ne pourra m’empêcher de chanter !

Ton sourire s'élargit un peu plus en entendant cette réponse précédée par une mimique exagérée de diva sûre de son talent ; le sien étant inexistant à tes oreilles. Cela fait du bien. Ce petit moment d'accalmie où tu consens à relâcher ta garde et te dire que l'excentrique en face de toi n'est, finalement, pas un si mauvais bougre que cela. Il semble juste avoir quelques cases en moins et lui donne un petit côté rafraîchissant après avoir passé le cap de la méfiance et être resté en sa compagnie plus de quelques minutes uniquement. Seulement croisé dans la rue, tu l'aurais sûrement ignoré, voire évité, peu désireux de te mêler à ce genre de personne un peu trop dans la lune. Les gens n'apprécient guère ce genre de frivolité. Malheureusement, il suffit d'une remarque pour que ton sourire s'efface et que ton air devienne plus sérieux. Il te demande vaguement si l'état pitoyable de ta main est dû à un accident de travail ; ce qui n'est pas totalement à bien y réfléchir. Cependant, ton invité ne te laisse, de toute façon, pas le temps de répondre qu'il enchaîne juste après.

- Ça doit faire mal. Surtout peur. Moi, perdre une de mes mains… Ou pas savoir si je vais la perdre, si je vais pouvoir continuer à travailler… Je me flanquerais en l’air avant d’être guéri.

Tu ricanes. C'est vrai. N'avoir plus qu'une seule main, à peu près, ce n'est pas quelque chose de très glorieux, d'autant plus qu'elle te rappelle sans cesse ta propre lâcheté. Preuve honteuse que tu as fui ton devoir. Quant à lui, il éclate soudainement de rire, comme reconnaissant la bêtise de ses propres propos, ramenant un peu de fraîcheur dans l'humeur globale. Tu notes mentalement que son visage est définitivement fait pour sourire. Tu finis par sortir de tes pensées entre deux morceaux de fruit et penche ta tête vers la fenêtre afin de comprendre quel est donc ce raffut. Du monde s'agglutine sur le trottoir et tu retiens difficilement un grognement agacé. Allons bon, qu'allaient-ils donc faire en une heure aussi tardive. Tu te souviens alors de l'espèce de fouineur et tu songes que ce petit phalocrate a sûrement ramené du monde pour mieux rouler des mécaniques.

Un autre problème à régler.

- Tu veux que je m’en aille, hein Karl ? Tu regarderas à la fenêtre, quand je sortirai. Ce sera un beau spectacle. J’aurai un petit océan à traverser. Ça me ferait plaisir que tu voies ça.

Tu ne réponds pas tout de suite, prenant le temps de réfléchir à ses paroles digne d'un fataliste optimiste. Est-ce que tu veux Gray s'en aille. au début, tu aurais répondu que oui, mais tu le sais presque inoffensif et tu ne veux pas qu'il s'attire plus de problème. D'un autre côté, tu ne veux pas t'en créer pas plus que tu veuilles faire face à cette foule. Tu es partagé, mitigé et tu acceptes le bol avant d'y tremper à peine tes lèvres afin de goûter la mixture. C'est un explosion de saveur et tu ne caches ta gourmandise en lui rendant le récipient. Depuis que tu as établi en ces lieux, tu as noté que tu as le bec sucré et il t'arrive parfois de t'acheter quelques petites douceurs pour le plus grand plaisir de tes papilles gustatives. C'était vraiment bon.

- Maintenant, trempe un bout de pomme et croque : tu vas voir, ça change la vie. Je te promets que c'est pas une blague.

Cette fois, tu es quelques peu hésitant, mais finis par accepter en trempant un morceau de pomme préalablement découpé dans la boisson désormais alcoolisé. C'est tout aussi délicieux, rajoutant plus de goût, de diversité et tes mirettes brillent. Sûr que tu en feras quelques achats dans les jours qui suivront. Peut-être même que ton hôte s'invitera pour un repas frugal, qui sait. Sauf s'il décide tout de même à fendre cette foule et que cela dégénère. Devinant son trait de caractère plutôt expansif et, surtout, excentrique, cela ne t'étonnerait guère. Tu prends finalement une grande respiration, tu n'es pas sûr d'avoir pris la bonne décision.

- Aslak. Mon nom est Aslak Karlson. Et ne vous occupez pas pour la foule, je m'en occuperais.

Au pire, ton canapé n'est pas inconfortable et tu dois avoir une couverture qui ne te sert à rien, rangé dans un placard. Tu prends donc plaisir à boire ton lait chaud tout en terminant ton fruit et, lorsque ton chien relève la tête et grogne légèrement, tu saisis qu'on cogne à ta porte. Peut-être que si tu ne descend, vont-ils croire que tu dors. Improbable. Les lumières au premier étage ne les tromperont pas. Un claquement de doigt fait comprendre au canidé de rester dans la pièce tandis que tu descends une nouvelles fois les escaliers, toujours en habits légers et pieds nus. Il faut que tu restes calme, concentré et que tu ne cèdes aucunement. Personne ne doit rentrer chez toi sous le moindre prétexte. Tu finis par ouvrir légèrement la porte, la tenant fermement de ta main droite, et ne manque pas de demander des explications. Le fouineur parle, sûr de lui, tandis que tu le fixes de tes yeux sombres et agacé. Peut-être que le chien aurait du venir avec toi, pour te donner plus de courage.

- Monsieur, nous sommes navré de vous dérangez en cette heure ainsi indu, mais nous nous demandions si vous aviez un hôte non désiré chez vous ?
- Non, vous n'êtes guère navré, monsieur, alors inutile d'être aussi sirupeux. D'autant plus que vous auriez pu venir me voir au matin. Quant à mon hôte, s'il n'était pas désiré, je ne l'aurais guère invité chez moi.

Ta voix claque, froide et grave et tu es content de noter qu'il n'y aucun trémolos qui sortent en même temps.

- Mais cette personne est folle, insiste-t-il, ne s'étant pas attendu à ce que tu te rebiffes et réfutes.
- Certes, c'est un excentrique, mais il n'est pas plus fou que vous et moi. Aussi, messieurs les passants, je vous remercie de vous être inquiété pour moi et je suis désolé pour le dérangement. Quant à vous, monsieur le milicien en herbe, je vous conseillerai de ne plus me déranger en une heure aussi tardive et avec une excuse aussi petite si vous ne désirez pas que je parle de vous à la vrais gendarmerie.

Aussitôt, tu refermes la porte à clé avant de disparaître à l'étage. Tu ne lui as pas laissé le temps de répondre et tu restes quelques instants dans les marches avant de te reprendre. Tu as failli céder, les laisser entrer. Tu ne vaux absolument rien. Tu finis, cependant par pousser un long soupir avant de retourner dans les escaliers et de regarder directement par la fenêtre, satisfait de constater que la foule s'éparpille et que le fouineur ne trouve plus aucun soutien. Besoin d'un remontant, tu te sors un verre dans lequel tu te sers une rasade d'alcool et en bois aussitôt quelques gorgées, grimaçant alors que le feu s'empare de ta gorge et de ton espoir. Enfin, tu finis par te rasseoir dans le but de terminer ton lait avant qu'il ne refroidisse.

- Ils sont partis, mais je vous conseillerai de dormir ici. La petite fouine va sûrement continué à rôder.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Ven 24 Mar 2017 - 0:16
Une calotte derrière la tête : c’est bien fait, c’est tout ce qu’il mérite, ce sale gamin. Gray ricane en voyant ladite tape joliment appliquée par un autre commerçant du quartier. Il a complètement oublié sa blessure, d’ailleurs ça ne fait pas si mal… quand il ne fait pas de gestes brusques. Beau travail, Karl. Karlson. Ça n’a aucun sens, c’est totalement absurde, mais ce vieux Karlson a dispersé l’océan, de main de maître ; le programme de la soirée est complètement bouleversé.

Les pas remontent l’escalier. Gray s’en veut de n’avoir pas plus fouillé dans les pièces voisines ; il y avait sûrement des objets passionnants à voler, à casser ou à utiliser. Mais ça ne lui fait pas tellement envie, finalement, il n’a plus envie que d’air frais et de solitude, de mettre de la distance entre lui et ce type réglo qui n’a pas du tout mérité de l’avoir dans les pattes pour ce soir. Et d’ailleurs, quand Karlson reparaît, ça devient évident : il va falloir le laisser tranquille, maintenant. Il a une façon de boire qui ne respire pas exactement l’assurance et la sérénité. Gray se rapproche en regardant le verre, pour se donner un air, mais c’est bien sur l’épaule du voisin qu’il place une main hésitante, peu accoutumée aux gestes apaisants. Pendant un petit paquet de secondes, trois peut-être, ou quatre, quantité interminable mais qui sur le moment semble nécessaire, il se tait. Mais ça ne saurait pas durer bien longtemps...

« Je ne dors pas. Presque pas. Je te dérangerais. Ecoute, je sais que ça va te paraître très bizarre, mais prends ça comme un remerciement... »

Dos à la fenêtre ouverte, Gray sourit largement puis disparaît d’un bond dans la nuit. Il n’a pas plongé vers la rue ; d’ailleurs, à cette hauteur, ce serait un suicide et ce n’est pas du tout son genre, quoi qu’on en pense ; non, puisqu’on lui conseille de prendre sa soirée à l’abri des individus agressifs et armés, il a juste la solution qu’il faut ! Là, pour le coup, ça fait mal. Il n’y avait pas pensé, mais escalader sur le toit avec cette vilaine plaie au côté n’est pas une mince affaire. Cela dit, quand c’est ça ou une chute de quelques bons mètres, on sort tout ce qu’on a. Il se débat, se tortille, jure entre ses dents comme un charretier des mines et finit par se hisser au sommet de la maison. La nuit n’est pas vilaine : il peut rester là.

Pour éviter que ce brave Karlson ne s’inquiète, il lui crie : « Promis, je reste là-haut. Tu pourras dormir, et moi je pourrai m’amuser. Sacrée vue que tu as, dis ! Ah, et garde le chocolat. »

Non, il ne faut pas qu’il s’inquiète, c’est un aimable garçon qui sait se faire obéir des connards, et qui a pris sa défense sans aucune raison valable. C’est surtout ça qui est impressionnant : il ne s’est pas démonté face à la force, au nombre, à la raison et à la logique. Un agent du chaos, ça force l’estime. Il l’a bien entendu, depuis la croisée, en buvant son chocolat arrangé comme un bourgeois dans sa loge d’opéra : Karlson a déclaré devant tout le monde – tous des victimes de ses frasques, depuis le temps qu’il habite là – qu’il n’était pas fou. Gray ne se considère pas comme fou, pas exactement, mais c’est toujours agréable de l’entendre dire à quelqu’un d’autre… comme ce serait agréable de voir passer un oiseau très rare et très coloré, par exemple.

Sa plaie s’est remise à pincer. Simple provocation, s’il n’en tient pas compte elle trouvera autre chose pour se distraire. Il ferait quand même un bon père, avec de telles méthodes. Vautré sur le dos, les mains croisées sous la nuque, à côté d’une petite trappe qui donne peut-être sur le grenier – il irait bien fouiner là-dedans, tout à l’heure, quand il commencera à y avoir de la rosée, mais elle est sans doute fermée de l’intérieur – il regarde la lune, en se posant diverses questions. Il a encore le goût du cocktail sur les lèvres, le goût inimitable du chocolat et de l’alcool entremêlés, et son estomac est encore tout chaud d’avoir bu cet élixir de bonne humeur.

Quel genre de chien serait-il, s’il était un chien ? Voilà ce qu’il se demande. La lune se moque de lui, n’ayant pas l’habitude de telles questions. Sans doute un genre de chien de ferme, qui passe la nuit dehors et qui fait le fou avec les bêtes sorties de la forêt. Il n’est pas fait pour dormir dans un panier, au coin de la cheminée, franchement pas, et d’ailleurs, quelqu’un qui ne dort pas du tout… Il espère que Karlson a fermé sa fenêtre maintenant ; parce que s’il se met à pleuvoir, ça va le chatouiller, ça va le faire rire… et il a un rire assez bruyant. Même son rire veut qu’il reste dehors, c’est quand même bien une conspiration du destin...

C’est fini. Plus de tapage à la porte du voisin. « Pas plus fou que vous et moi » : ces sept syllabes restent dressées entre eux comme un rempart sacré. Comme quoi, s’étonne Gray, il y a quand même des choses qui sont sacrées pour lui ! Et d’ailleurs, les sources de divertissement ne manquent pas aux environs. Il y a une caserne un peu plus loin sur la rue, censée faire régner l’ordre, mais eux, ils dorment beaucoup trop… Ce sera sa prochaine cible. La nuit porte conseil.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Dim 26 Mar 2017 - 20:25
Tu ne chasses pas cette main métallique qui se pose sur ton épaule alors que tu regardes fixement ton bol de lait qui ne demande qu'à être but jusqu'à la dernière goutte. Tu ne bouges pas regardant d'un œil étonné l'énergumène ne semblant également pas très à l'aise avec ce geste presque familier. Elle ne te dérange pas, là où elle est placée. C'est juste que tu n'es habitué à ce que quelqu'un en vienne à t'apprécier à ce point-là. Tu n'as pas d'ami, pas de proche dans ce royaume et même dans ton enfance, tu n'en avais pas. Ta mère ne t'a jamais offert de l'amour et les enfants de ton âge refusaient de jouer avec toi. On ne joue pas avec l'enfant d'une mère-fille et, de toute façon, tu étais bien trop occupé à trouver un moyen de gagner de l'argent afin de gagner le droit de manger et dormir chez ta génitrice. Alors, se dire que ce lieu t'appartient, que tu es chez toi. Tu ne peux être malheureux, te laisser marcher sur les pieds sur des hommes se croyant au-dessus de tout. Comme l'espèce de milicien qui t'a, à coup sûr, pris en grippe. Tu ne comptes pas Gray dans le lot. Certes, il est un individu particulier et si, au début, tu souhaitais l'éviter comme la peste, sa naïveté, sa simplicité et tout un tas d'autres choses qui t'ont fait comprendre qu'il n'est pas un être à considéré comme un pestiférer. Tu souhaites le connaître un peu plus. Adulte excentrique qui ne sait aucunement tenir sa langue.

- Je ne dors pas. Presque pas. Je te dérangerais. Écoute, je sais que ça va te paraître très bizarre, mais prends ça comme un remerciement...

Tu n'as pas le temps de répondre, de réagir, que tu le vois ouvrir ta fenêtre pour y sortir et grimper vers les toits. Ignoré le lait. Même le chien se redresse, curieux de cette chaise reculée à la va-vite et de son maître se précipitant vers là où s'enfuit l'acrobate en herbe. Tu te tords le cou pour le voir escalader, les yeux écarquillés et le souffle court de l'imaginer tomber. Il finit enfin par atteindre le sommet, disparaissant totalement de ta vue. Tu ne peux pas t'empêcher de t'inquiéter, espérant qu'il ne glisse pas sur les tuiles.

- Promis, je reste là-haut. Tu pourras dormir, et moi je pourrai m’amuser. Sacrée vue que tu as, dis ! Ah, et garde le chocolat.

Tu respires alors que tu refermes désormais tes vitres ainsi que tes volets. Hors de question qu'il refasse le même trajet, surtout avec sa blessure. Tu pourrais aller te coucher, le laisser se dépatouiller pour rejoindre la terre ferme, mais il serait un ami que... un ami ? Vraiment ? Après l'avoir rencontré seulement une ou deux heures, tu serais prêt à le laisser entrer dans ta vie ? Tu ne sais pas. Tu as besoin de temps pour y réfléchir. En attendant, tu ouvres la trappe menant à ton grenier et t'empare d'un marche-pied afin de pénétrer à l'intérieur. Immédiatement, tu te diriges vers la lucarne et la déverrouille dans un clac sonore. Ainsi, s'il fait trop froid ou qu'il se met à pleuvoir des trombes, ta gargouille pourra aller se mettre à l'abri.

Tu te dis que tu ne devrais pas rester ici, que le lit n'attend que toi et q'il ne faut pas que tu sois trop fatigué pour le lendemain. Mais tu sens que le sommeil ne viendra pas tout de suite. Pas tant que tu n'auras pas effectué le désir de Karos et Roya. C'est pour cela que tu te déplaces dans le fond de ton grenier, zigzaguant entre tes affaires prenant la poussière. Il y a un morceau de parquet que tu retires aisément de ta main droite et tu y retires un papier enroulé et un fusain. Ce n'est pas la première fois que tu t'installes sur cette caisse en bois où se trouve ton ancien uniforme. L'angle est parfait pour toi. Il ne peut te voir, mais tu distingues très bien son profil.

Le fusain danse, court sur le papier tandis que ton visage sérieux, concentré, se lève de temps à autre pour prendre le temps de le détailler, mémoriser ses traits. Cela te prend près d'une demie-heure et la nuit est complètement tombée. Tu n'y vois plus rien et tu comprends que ce dessin est terminé pour toi. Alors, finalement, tu le ranges dans ta planque que tu refermes soigneusement avant de t'en aller du grenier. Passant rapidement dans la cuisine, tu abandonnes ton bol à moitié remplie de lait aux bons soins de ton canidé. Puis, tu te diriges immédiatement dans ta chambre. Tu retires juste ton haut avant de t'affaler sur ton matelas et de t'enrouler dans la couverture. Tu t'endors immédiatement, songeant qu'il faudra tout de même que tu donnes l'argent que tu dois à ton vendeur.

Tu ne veux pas contrarier Timan.


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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 27 Mar 2017 - 0:21
Gray alluma sa torche et la lança avant d’entrer : la torche traversa une fenêtre. A l’intérieur, les cris commencèrent à retentir. Il grimpa à la gouttière, arriva au sommet, et d’un coup de pied, acheva d’abattre la croisée éclatée ; puis il sauta à l’intérieur, dans la fumée et dans les flammes. Des coups de feu résonnèrent. Pourquoi avait-il voulu entrer dans cette caserne, déjà ? Ah oui : pour mettre le charivari, une urgence qui battait dans ses veines son rythme irrégulier.

Le bruit de la trappe l’arracha à sa rêverie. Il tourna son visage vers cette porte ouverte dans le bloc de la civilisation, que représentait la bâtisse bien tranquille où vivait son paisible voisin. Il était un peu désarçonné, mais là, étalé sur le toit, la tête appuyée sur son bras et les poings serrés, au contact de la surface minérale en légère pente, il ne se sentait pas mal du tout. Savoir que cette trappe n’était plus fermée lui suffisait amplement. Il se remit à rêver, les yeux grands ouverts, fixés sur le toit, la trappe devant lui, la lucarne aux vitres noires un peu plus loin, et le bord du mur qui donnait sur le vide au-delà.

Gray alluma sa torche, tourna son regard vers la silhouette qui l’accompagnait, et murmura : « Chut ! » avec un sourire en coin, un clin d’oeil, et ce geste de l’index sur la bouche qui accompagne une telle syllabe lorsqu’elle est murmurée très bas, dans l’ombre. Puis il la lança de toutes ses forces. La torche traversa une fenêtre. A l’intérieur, les cris commencèrent à retentir… Non. Ça suffit comme ça. Il n’avait pas envie de voir la suite de l’histoire. Il tourna les talons et mit le cap en sifflotant vers le quartier des bars, sans regarder si Karlson le suivait. Il le suivait, bien sûr : c'était quand même son rêve. Le rêve continua plus paisiblement, mais quand ses paupières commencèrent à cligner, il se redressa soudainement. Il était resté trop longtemps immobile : le sommeil menaçait. Ses membres le lançaient un peu, il ne faisait franchement pas chaud. Il se mit debout et s’étira. Une vague curiosité lui répétait d’aller ouvrir cette trappe, voir ce qu’il y avait dessous… En suivant les traces des petites souris dans la poussière, il trouverait sûrement un truc à grignoter.

Le lendemain, Marlyn S. Wordsmith travaillait devant son garage lorsqu’il reconnut parmi les passants de la rue une silhouette familière, furtive et renfrognée, mais qui attira immédiatement son attention – peut-être à cause de ces caractéristiques. Ce pauvre milicien. Il éprouva aussitôt l’engourdissement morbide d’une sourde culpabilité : ce jeune homme plein de bonne volonté n’avait pas vécu une très bonne nuit à cause de ses petites bêtises, et d’ailleurs le tort premier lui en revenait, puisqu’il s’en était pris sans aucune raison à sa jolie banderole du Protectorat. Il eut envie de désamorcer pour de bon toute poursuite de leur hostilité mutuelle par le passé, sachant bien que la nuit reviendrait – on n’échappe pas au retour de la nuit – et que tout recommencerait probablement, que ce soit celle-ci ou une autre.

Il se coula donc dans la foule en marche pour tenter de suivre ce garçon taciturne jusqu’à un point où il pourrait l’aborder dans une relative discrétion.

Un quart d’heure plus tard, il était revenu sur ses pas, en se tordant beaucoup les doigts et en se grattant la nuque par intermittence, évidemment en proie à une profonde gêne. Sa posture ordinairement repliée avait à présent des airs de vautour famélique recroquevillé sur sa branche. Il demeura un moment devant la porte de son voisin ; incapable de se décider à frapper, mais beaucoup trop préoccupé pour remettre à plus tard paisiblement la conversation qu’il se devait d’avoir avec lui, il tournait en rond dans son esprit et piétinait le même emplacement physiquement. Pour finir, il s’effaça sur le passage d’une cliente de bonne mine qui cherchait à accéder à la porte. Alors que celle-ci se refermait, il prit son parti, sauta sur l’occasion, et se glissa dans la boutique, comme une ombre oubliée sur le palier qui se hâte de rattraper son maître.

La brave dame commença instantanément à babiller : elle cherchait un cadeau utile pour son fils, en ces temps troublés comprenez-vous... elle était ignare en ces matières de ballistique, elle voulait quelque chose de très sécurisé, elle n’avait pas confiance en les armes trop exotiques… Ignorant sa présence, Marlyn se mit ostensiblement à errer dans le local comme un flâneur, attendant qu’elle ait terminé en prenant garde à ne pas la déranger dans ses déplacements. Le bandage grossier qui enveloppait son torse, et que l’on distinguait sous sa veste d’artisan mal nouée en raison d’agrafes manquantes, donnait un alibi tout trouvé à cette prudence extrême face au contact de cette personne somme toute chaleureuse.

Finalement, ravie de son acquisition, la rubiconde visiteuse fit tinter sa monnaie sur le meuble et disparut dans un froufrou de tissus colorés. C’était le moment de prendre le taureau par les cornes. Marlyn eut toutes les peines du monde à mobiliser sa volonté en ce sens : il fallait relever les yeux, s’assurer que le commerçant était disposé à l’écouter, ouvrir la bouche, appeler les mots, les lancer… Il se sentait terriblement vieux et fatigué soudain à cette perspective. Son marmonnement commença par être à peine audible, les syllabes s’encastrant les unes dans les autres comme un train de marchandise qui sort des rails à l’improviste :

« Euh, bonjour, voisin… Si je ne vous dérange pas… Il y a une chose que j’aimerais aborder. Très rapidement. Mais ça me semble important. »

Il avait oublié leur transaction de la veille et la somme qui lui était toujours due. Ce n’était pas la question. Deux propositions jumelles s’offraient à lui ; l’une très déplaisante en regard de l’autre, qui à vrai dire n’était pas particulièrement attirante non plus. Mais il n’était pas en mesure de faire un choix. Ce droit revenait à… Karlson. Il lui semblait bien que c’était Karlson. Ses souvenirs de la veille étaient un rien flous, très agités, mémoire et rêverie entremêlés.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Jeu 30 Mar 2017 - 18:23
Pour une fois depuis ton arrivée à Ambrosia, ton sommeil n'a pas été entrecoupé, te réveillant par à coup et te rendormant avec difficulté. Pas cette fois. Cela a été une nuit complète et tu te sens comme revigorée. Tes ablutions ont été plutôt rapide lors de ton rêve et tu n'as pas traîné pour te rendre au marché, récupérant au passage ta bouteille de lait avant qu'un gamin des rues ne la chipe dans ton absence. Tu sais immédiatement où te rendre et tu n'hésites pas à y sortir de ta bourse pour y faire un certain achat, en plus de tes fruits et du poisson frais prévu pour le repas de midi. Tu prends également quelques abats pour le chien qui lâche un aboiement, réclamant immédiatement un morceau que tu lui refuses. Tu as certes un peu de temps avant l'ouverture de ta boutique, tu ne souhaites pas bloquer la voie, ni attirer l'attention. Tu ne t'es pas une seule fois demandé si ton oiseau perché sur le toit a réussi à y descendre. Tu ne doutes pas que oui. Il semble très débrouillard et, si cela n'avait pas été le cas, sans doute t'aurait-il crié à l'aide.

Pourtant c'est ce qui arrive finalement lors de ton chemin du retour tandis que tu croises le petit fouineur à qui tu opines du chef en guise d'un bonjour que tu souhaites poli. Pour toi, il n'y a plus de raison de rester fixé sur les évènements de la veille. Il ne partage visiblement ton avis, car tu le vois se diriger vers toi dans un tourbillon furibond. Tu fais un pas en arrière, peu désireux à avoir une divergence d'opinion à qui que ce soit. C'est pourtant ce qui arrive alors qu'il te gronde comme quoi l'homme qui s'est invité chez toi est un fou qui s'amuse à mettre le boxon partout dans son sillage, trouvant plaisir dans le chaos et que tu n'as plus intérêt à te mettre en travers de son chemin.

- Monsieur, vous n'êtes guère gendarme, je n'ai donc pas à écouter vos propos. Je vous remercie d'ailleurs de vous être inquiété à mon sujet, hier soir. Mais je puis vous assurer que monsieur Gray a été fort correct à mon égard et qu'il ne m'a causé aucun désagrément.
- Ne traînez pas avec cette racaille, monsieur Karlson. Cela ne fera que faire fuir votre clientèle. Cela doit d'ailleurs vous arranger que beaucoup de gens ressentent le besoin de se protéger en ces jours sombres, n'est-ce pas ? Hmm ?
- Malheureusement, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Je vous pris de m'excuser. Il me faut justement ouvrir boutique.

Il grogne. Le fouineur ne veut pas te laisser partir, mais tu continues tout de même ton chemin, te retenant à grand peine de ne pas accélérer le pas. La porte claque et tu grimpes les escaliers quatre à quatre, posant brusquement ton sac de courses sur la table de la cuisine, jurant contre tes mains tremblantes. Tu as failli céder, lui dire "oui" à tout, promettre de ne plus jamais croiser celui que tu aimerais bien apprendre à mieux connaître. Mais tu as résisté. Toi, le lâche, le Croque-Mitaine, celui qui vend la mort. Serais-tu en train de prendre enfin courage ? Non. Impossible. Il ne faut pas se leurrer. Tu lâches quelques morceaux de viande dans la gamelle du canidé. Toi, tu te contentes de deux abricots. Tu t'empares ensuite de ta casse et descend enfin dans ta boutique, posant l'objet dans l'étagère de ton comptoir, dissimulé aux yeux de tous. Un coup d'œil vers ta pendule et tu saisis qu'il est l'heure d'ouvrir.

De l'argent bouge dans l'une de tes poches, mais ce n'est pas pour toi. Tu espères juste l'apercevoir afin de pouvoir le rembourser, lui qui est parti sans son dû. Hors de question de te faire passer pour un voleur. Tu ne veux pas que Timan jette ses foudres sur toi. Il y a quelques clients qui visitent ta boutique et tu t'occupes d'une femme ronde lorsqu'il arrive. Tu ne peux pourtant ignorer la dame et la conseille au mieux, ajustant son choix selon ses préférences, sa bourse et son utilisation. Elle babille. Tu écoutes et corrige. Plus que satisfaites, elle fait tinter l'argent avant de s'en aller dans un flot de tissu aux couleurs chaudes et tape-à-l'œil. Tu prêtes alors ton attention sur ton invité impromptu de la veille, mais tu fronces les sourcils. Il y a quelques choses de changer en lui. Comme s'il était différend.

Quelqu'un d'autre.

- Euh, bonjour, voisin… Si je ne vous dérange pas… Il y a une chose que j’aimerais aborder. Très rapidement. Mais ça me semble important.
- Bien le bonjour. Je vous écoute. Mais avant de commencer, je me dois de vous donner ceci pour votre vente d'hier soir.

Immédiatement, tu lui tends de ta main droite les cinq roues de bronze que tu as sorti de ta poche. Par la suite, tu restes sérieux et silencieux, prêt à l'écouter jusqu'au bout. Tu ne lui proposes pas de s'asseoir, persuadé qu'il n'en aura aucune envie. Tu te retiens d'étudier son visage, de retenir tous les changements que tu notes avec l'excentrique personnage de la veille. Peut-être se sent-il gêné d'avoir squatté ton toit. Tant qu'il ne chante pas à tue-tête au lever du soleil, cela ne te dérange aucunement.

- Et... Comment va votre blessure ?

Tu as dit que tu resterais silencieux, mais cela reste une question polie et il serait d'ailleurs impoli de ta part de ne pas la poser.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Jeu 30 Mar 2017 - 18:56
Cela, il ne l'avait pas rêvé : le voisin était resté calme et attentif, peut-être par prudence, peut-être juste parce que c'était un bon gars qui ne voulait pas d'histoires. Oui, ça lui disait quelque chose : Marlyn avait été quelqu'un comme ça, autrefois.

Un petit sourire d'acquiescement, les yeux baissés, l'argent glissé dans la poche, très vite, comme si le bruit qu'il rend était capable de le distraire de ses réflexions ; il n'était pas vraiment capable de tenir une conversation, trop nerveux pour le moment. Il fallait faire vite, parce que quelqu'un pourrait arriver et les déranger, et parce qu'il pourrait, lui, laisser échapper les bribes de raison qui lui restaient et qui lui semblaient en ce moment si nécessaires. En revoyant les visages aperçus par une vitre sale, en se rappelant les propos échangés, il avait encore le coeur serré d'une urgence mordante.

« Merci, ça va. C'est grâce à vous. Je devrais vous laisser cet argent pour frais d'infirmerie... Ecoutez. Je vais déjà vous demander une chose : laissez-moi parler jusqu’au bout. C’est difficile pour moi. » Il avala sa salive en jetant un coup d'oeil rapide vers la porte ; si quelqu'un était entré à cet instant, il n'aurait plus su comment se mettre en retrait. « La partie commencée hier n’est pas finie. Et vous n’avez pas choisi le bon camp. Enfin, si… vous êtes dans le camp que la police défendra. Si on choisit cette solution. »

Sa grimace révélait sans peine tout le bien qu’il pensait des officiels en question, sans qu’il ait besoin de développer ; mais il fallait commencer par le début. Il venait de se répéter dix fois exactement comment il fallait détailler les faits, dans l’ordre logique, sans en oublier un seul… maintenant, il fallait y parvenir, mais avec des yeux qui le fixaient et des pieds prêts à lui botter le train, direction la porte, s’il commençait à dire n’importe quoi. Après tout, il venait cette fois déranger son pauvre ex-compatriote sur son lieu de travail, dans ses horaires de travail. Il en était fort honteux, mais pouvait difficilement faire attendre un message comme celui qu’il avait à lui communiquer. Ses yeux suivant dans l'espace les lignes du discours préparé mentalement, Marlyn eut un mouvement saccadé des deux mains, comme pour se lancer.

« Je vous explique. Ce gamin désagréable, enfin, je ne lui jette pas la pierre, il avait ses raisons… Il a trouvé de nouvelles calomnies à colporter, et un nouveau public, plus complaisant. »

Pour ne pas prononcer à voix haute des mots qui pourraient offenser les dieux, même si ce n’étaient pas les siens, il se contenta d’imiter un petit geste rituel auquel étaient accoutumés les sectateurs d’Ameth, et qu’affectionnaient tout particulièrement quelques groupuscules partisans, qui aimaient à se réunir dans des arrières-salles bondées et enfumées pour refaire le monde à grands cris. Il n’y avait pas d’équivoque à un tel sous-entendu. Une bûche qui vous tombe d’un échafaudage sur le crâne est si vite arrivée !

« D’un côté… Je connais des gens. Vous vous rappelez de l’arme ? Je la tiens de certains messieurs qui vous rendront volontiers le service… de dissuader ce jeune homme d’insister. Ils ne vous demanderont rien en échange. Je suis au regret de vous dire que ça leur fera plaisir. »

Il savait très bien qu’il avait l’air d’un gangster lui-même en prononçant de tels mots. Une sorte de colère invisible rendit brièvement ses traits inexpressifs étrangement amers, tandis qu’il préparait à l’avance tout ce qu’il aurait pu répliquer à une telle accusation. Les pas des petites souris dans la poussière du grenier lui avaient indiqué un certain trésor, et disons que, lorsque l’on conserve un tel trésor chez soi, on ne traite pas les autres de gangsters, ni de rien du tout… Cette seconde maladivement défensive s’évanouit dans la nuit de sa réflexion tourmentée, comme une plume emportée par la bourrasque, et il secoua simplement la tête en fermant les yeux, prenant une grande inspiration avant d’aborder le passage le plus difficile :

« ...Mais si cette solution vous répugne, il y a plus simple. Le dénoncer pour sa tentative d’assassinat contre moi. Je suis victime, vous êtes témoin, toute la rue en a vu les suites. Et j’y suis prêt, si vous le voulez. Voilà… J’ai fini. »

Cette deuxième proposition lui apparaissait de toute évidence aussi attrayante qu’un blasphème honteux à un saint homme, ou un scorpion de belle taille à une dame de qualité. Mais il avait remarqué, la veille, que son voisin avait par deux fois évoqué la perspective d’une plainte auprès des forces de l’ordre. Cela s’était présenté tout naturellement et sur une conversation assez courte ; Marlyn considérait donc que c’était une possibilité qui ne le dérangeait pas, mieux : qui lui semblait légitime. Et il ne venait pas pour le placer en situation plus inconfortable encore par l’intrusion de criminels dans son quartier. Lui-même aurait été bien plus à l’aise avec cette option, mais ce n’était pas de lui qu’il s’agissait. Il s’amusait assez de nuit pour abandonner le jour aux autres. Surtout cet autre-là, à qui il faisait tant de misères lorsque l'ennui le prenait - première dette - et qui s'était paradoxalement montré si avenant - seconde dette.

Comme si cette confidence avait exigé de lui tirer une nouvelle pinte de sang, il était plus pâle qu'à son arrivée sous son hâle naturel. Pour avoir quelque chose à faire de ses bras, il les croisa, coupant au passage la respiration qu'il s'apprêtait à reprendre au terme d'un si long discours, et ignorant la présence du chien avec lequel il se souvenait pourtant d'avoir joué la veille. Il fallait être efficace. Ce stress appris et réappris durant vingt ans sous peine de mort ne le lâcherait pas, tant que le problème en cours ne serait pas résolu, comme une courroie brisée.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Sam 1 Avr 2017 - 19:55
- Merci, ça va. C'est grâce à vous. Je devrais vous laisser cet argent pour frais d'infirmerie... Écoutez. Je vais déjà vous demander une chose : laissez-moi parler jusqu’au bout. C’est difficile pour moi.

Ta mine se fait plus sévère, plus inquiète et tu ne cherches pas à savoir si cet étrange mélange te donne un rictus proprement ridicule ou non. Ses propos, son comportement, son regard fuyant... tout ceci t'indique que la suite de la conversation ne va pas te plaire, que c'est désagréable pour lui aussi. Tu opines alors du chef, lui assurant silencieusement que tu ne piperas mot tant qu'il n'aura pas terminé sa difficile diatribe.

-  La partie commencée hier n’est pas finie. Et vous n’avez pas choisi le bon camp. Enfin, si… vous êtes dans le camp que la police défendra. Si on choisit cette solution.

Tu te redresses, crispes ta mâchoire, peu sûr de comprendre. Dans quoi donc t-a-t'il embarqué ? Tu l'ignore et tu n'apprécies guère cela. Il est aussi mal à l'aise que tu es perplexe. Tu as envie d'aller droit au fait, de cesser de tourner autour du pot. Mais tu gardes bouche close, tenant à respecter cette promesse que tu lui as faites.

- Je vous explique. Ce gamin désagréable, enfin, je ne lui jette pas la pierre, il avait ses raisons… Il a trouvé de nouvelles calomnies à colporter, et un nouveau public, plus complaisant.

Ah. Sûrement, veut-il parler de ce jeune milicien en herbe. Sans doute, devrais-tu dire que tu l'as rencontré ce matin, avant l'ouverture de ta boutique. Tu ne sais pas s'il va continuer de te prendre en grippe encore longtemps. Peut-être que, si tu te tiens à carreau, te laissera-t-il tranquille jusqu'à oublier la raison de votre rencontre. Tu l'espères sincèrement.

- D’un côté… Je connais des gens. Vous vous rappelez de l’arme ? Je la tiens de certains messieurs qui vous rendront volontiers le service… de dissuader ce jeune homme d’insister. Ils ne vous demanderont rien en échange. Je suis au regret de vous dire que ça leur fera plaisir... Mais si cette solution vous répugne, il y a plus simple. Le dénoncer pour sa tentative d’assassinat contre moi. Je suis victime, vous êtes témoin, toute la rue en a vu les suites. Et j’y suis prêt, si vous le voulez. Voilà… J’ai fini.

Tu recules d'un pas, les yeux écarquillés et les sourcils froncés, pâlissant et peu sûr de comprendre de tout ce que cela signifiait. Tuer ou l'incriminer. Ne plus le faire parler, vadrouiller. Définitivement. Recevoir des copeaux de regards de haine ou de pitié. Mentir. Détruire une vie qui ne demande qu'à être honnête. Vivre avec la responsabilité d'un mort ou d'une incarcération. Ta main gauche se resserre en un poing pas totalement refermé. Le nerf tire, te fait mal à t'en faire grimacer. C'est si soudain, si brusque. Tu ne veux pas. Tu refuses causer du mal, du tord à qui que ce soit, t'attirer des ennuis. Pourquoi. Pourquoi ne l'as-tu pas jeté dehors tout simplement. Supporter sa stupide sérénade et ses éternels embêtements. Qu'est-ce qui t'a pris de te parer de ce stupide courage qui ne t'apporte, finalement, que des ennuis. Pourquoi n'as-tu pas laissé ce milicien se pavaner devant la foule, venant à ta "rescousse". Est-ce Timan ou Metil qui te punit ? Quelle cruauté de t'imposer ce choix.

- Je...

Tu passes une main sur ton visage, incapable d'aller plus loin, la voix trop tremblante de peur. Tu as bien noté que Gray a également perdu des couleurs, mais tu ne veux pas y prendre compte. Réaliser que t'annoncer que tu n'as que deux solutions lui coûte autant que toi de les entendre. Son comportement si calme, stressé, l'opposé exacte de ce qu'il était hier soir, que tu espère silencieusement qu'il s'esclaffe et te réponde que tout ceci n'est qu'une vaste farce, destinée à te déstabiliser. A te faire dérider. Mais le masque est trop parfaitement installé et tu finis par te persuadé que l'homme en face de toi ne plaisante pas du tout. Que tu vas de va devoir trancher entre la mort et l'humiliation, le mensonge.

- Mais si... si jamais je parviens à la vendre, il n'y aurait plus rien à craindre. Pour vous comme pour lui et moi, n'est-ce pas ?

Car oui, tu n'as pas oublié le fait que ton vis-à-vis est prêt à mettre sa vie en jeu pour le bienfait de son second plan et tu ne peux, non plus, envisager cela. Si tu l'as rafistolé la veille, ce n'est pas pour y découvrir de nouvelles blessures sur le corps que tu as pris plaisir à croquer sur ton papier.

- Ou si..., tu avales difficilement ta salive, si on s'en débarrassait ? De l'arme, je veux dire. L'eau du port est profonde personne ne songerait à la rechercher là-bas.

Tu ne veux pas regarder autour de toi si des clients vous écoutent, trop craintif sur les possibles réponses à venir. Personne ne doit ressortir souffrant de cette situation. Il doit bien y avoir un moyen pour que tout s'arrange sans porter préjudice à qui ce soit. N'est-ce pas.

N'est-ce pas ?


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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