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Ghost of a shark {Aslak]

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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Sam 1 Avr 2017 - 20:56
Peut-être qu’il pourrait rentrer chez lui maintenant ? Une décision ou une autre, et voilà, c’était réglé. Ils se débarrassaient de la compagnie peu amène d’une figure connue du quartier, ils s’en lavaient les mains et tout se terminait bien… chacun dans son coin, occupé à gérer sa boutique, dans le silence habituel qui régnait entre eux tant que le soleil se promenait dans les cieux. Mais non, ce ne serait pas si simple. Rien ne le serait jamais ; avait-il mérité une vie simple, après tout ? Avec résignation, il accepta la situation, et la nécessité de parler, encore, plus en détails. Il n’avait pas ouvert la bouche de la journée, et sa gorge était un peu serrée à la seule idée de développer sa pensée.

« Non, non. Il faut se débarrasser de l’arme, bien sûr. Mais ça n’a rien à voir avec le gamin : lui, ce n’est qu’un petit calomniateur, il ne sait rien de cette arme… il raconte juste que je suis un agent de la Cabale, de Mesoï, visant à provoquer la guerre civile dans ce quartier. »

Cette seule pensée, adjointe à celle d’aller trouver lui-même la gendarmerie et d’adresser la parole à ces anciens geôliers de son plein gré lui fit miroiter un instant les flammes du bûcher, ou – pire encore à ses yeux – les barreaux d’une cellule. Il commença à marcher de long en large, et dans la raideur de ses gestes on discernait le fou de la nuit qui se débattait pour prendre possession de ses mouvements mesurés, échapper au carcan de volonté intraitable qu’il lui imposait. Et dans son expression presque furieuse, on lisait la haine de cette tendance insidieuse :

« Parce que, eh bien… vous avez remarqué, le soir, je bois et je deviens assez destructeur. Et comme vous m’avez défendu, son accusation s’étend à vous. »

Marlyn s’arrêta, regarda par la fenêtre, et resta là un moment, à s’échapper par mouvements circulaires de cette conversation vers la lumière de la rue et de l’agitation de la rue vers la paix du local où il se trouvait, sans que son esprit parvienne à se poser nulle part. Il n’avait pas envie de se tourner vers son interlocuteur. Celui-ci était plus expressif qu’il ne le supportait. Il y avait sans doute sur son visage toutes sortes de reproches et autres sentiments douloureux que Marlyn préférait ne pas contempler, de peur d’en être contaminé.

« L’arme est un cadeau de véritables criminels – de mauvaises fréquentations à moi, des amis si ce mot convient - qui auraient l’envergure pour l’intimider. Je ne veux pas insister, je me doutais que vous n’aimeriez pas cette solution. Au moins, sachez que vous n’avez rien à craindre d’eux : ils ne savent même pas que leur arme est chez vous. »

Non, vraiment, cet air défait n’était pas un beau spectacle. Il ne se rappelait pas de tout clairement, mais au moins d’un bol de chocolat chaud et de quartiers de pomme coupés sur une table dans la lumière jaune de la lampe, comme une nature morte simple mais plaisante. C’était cette expression-là qu’il voulait voir. Bien sûr, ça non plus il ne l’avait pas mérité. Il n’avait rien mérité de simple. Marlyn se mettait en retrait – et Gray prenait sans avoir droit à rien, mais Gray était prié de rester au repos, ce n’était pas son heure.

« Il reste une option. Jetez-moi dehors. N’ayez pas peur, je suis bon comédien, je sais tomber. Montrez que je ne suis pas le bienvenu chez vous. »

Les mouvements que faisait la main blessée l’intriguaient, et ses yeux s’y posaient régulièrement, surtout à vrai dire pour fuir les moments où leurs regards mal à l’aise se croisaient pour échanger leurs doutes et leurs inquiétudes. Il s’approcha et prit cette main pour la porter à son collet, un geste qu’il n’aurait pas apprécié s’il avait été commis par quelqu’un d’autre sans son assentiment ; le geste du gendarme qui empoigne l’individu de mauvaise vie. Tout le quartier, portes ouvertes, fenêtres béantes, enfants en goguette, serait témoin.

Dans son for intérieur, Gray chantonnait un petit air bien à lui. Il ne viendrait plus par la rue, et voilà ; la porte d’entrée n’était pas la seule option à la portée de quelqu’un qui avait des ailes à la nuit tombée et qui possédait, lui aussi, une trappe dans son grenier. Où était le problème dans ce simple geste qu’il lui demandait ? Geste ou paroles d’ailleurs, car quelques insultes feraient bien dans le paysage ; si l’armurier ne tenait pas à les prononcer, alors ce serait Wordsmith qui s’en chargerait. Rien de grave puisqu’ils feraient semblant.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 3 Avr 2017 - 15:37
La journée a pourtant si bien commencer. Pas de cauchemars, un sommeil sans rêve, un achat que tu es sûr de ne pas regretter. Tu es même parvenu à vendre une arme blanche d'une belle valeur de deux roues d'or. Ce qui est plutôt énorme pour une humble boutique comme la tienne. Alors, pourquoi ? Pourquoi tout gâcher ainsi alors que tu avais fini par supporter, puis accepter son excentricité. Cela ne le rendait que plus rafraîchissant dans ce royaume faussement illuminé.

- Non, non. Il faut se débarrasser de l’arme, bien sûr. Mais ça n’a rien à voir avec le gamin : lui, ce n’est qu’un petit calomniateur, il ne sait rien de cette arme… il raconte juste que je suis un agent de la Cabale, de Mesoï, visant à provoquer la guerre civile dans ce quartier.

Cette fois, tu arques un sourcil, peu étonné de ce racontar. Il suffit d'une différence, d'un mot ou d'un pas de travers, d'un geste pour que les gens se mettent à commérer n'importe quoi. Tout pour disgracier n'importe qui. Il suffit d'une rivalité, d'une déception amoureuse, d'une rancœur envers son patron. Tout est bon pour discréditer quelqu'un. Alors, non. Ce n'est pas vraiment étonnant, pourtant d'entendre ceci. Pourtant, cela ne t'empêche pas d'arquer un sourcil tandis que tu le regarder marcher de long en large, comme un lion en cage.

Le petit fouineur est donc également un menteur...

- Parce que, eh bien… vous avez remarqué, le soir, je bois et je deviens assez destructeur. Et comme vous m’avez défendu, son accusation s’étend à vous.
- Je suis déjà soupçonné d'être un homme séduit par la Cabale, réponds-tu simplement bien que la voix rendue tremblante par la crainte, profitant qu'il ne dise rien pour placer seulement quelques mots.
- L’arme est un cadeau de véritables criminels – de mauvaises fréquentations à moi, des amis si ce mot convient - qui auraient l’envergure pour l’intimider. Je ne veux pas insister, je me doutais que vous n’aimeriez pas cette solution. Au moins, sachez que vous n’avez rien à craindre d’eux : ils ne savent même pas que leur arme est chez vous. Il reste une option. Jetez-moi dehors. N’ayez pas peur, je suis bon comédien, je sais tomber. Montrez que je ne suis pas le bienvenu chez vous.

Tu pâlis un peu plus si c'est possible. Des marchands de mort à une plus sombre échelle. Ami. Non. Ce mot ne convient pas. Pas du tout. Tu manques un mouvement dans ta respiration lorsque Gray empare ta main mutilée pour la porter à son cou. Surprit pas ce geste et trop peu habitué au moindre toucher. Lâcheté gronde, glousse, trépigne. Elle veut que tu agisses, que tu fuis, que tu renonces à tout acte de courage. Tu devrais l'écouter, accepter cette offre, le jeter comme un malpropre et mentir. Fuir. Comme le lâche que tu es. tu fais une moue, immobile, hésitant. Tu rends compte que tu ne peux pas, tu ne veux pas. Tu as gagné un ami. Ton seul et unique ami. Tu ne souhaites pas le perdre. Ce rafraîchissant personnage sortant, avec explosion, du lot. Ce n'est pas rien. Cela ne doit pas être rien.

Alors tu secoues la tête à la négative, retire ta main et recule d'un nouveau pas de crainte qu'il insiste pour que tu le chasses de ta vie. Tu baisses la tête, incapable de le regarder dans les yeux, honteux de la décision que tu viens de prendre, tes long cheveux dissimulant partiellement ton visage. Lâcheté jubile.

- Di-dites à vos "amis" qu'ils peuvent l'intimider, mais... je-je ne veux rien savoir du reste. Quant à l'arme, je baisserai son prix.

La porte s'ouvre, fait chanter la petite sonnette, annonçant la venue de visiteurs. tu te redresses alors, ne désirant pas qu'on décèle la moindre trace de peur. Tu t'approches de ton énergumène en lui tendant la main droite, attendant qu'il la serre en guise d'au revoir. Un salut poli et courtois entre deux hommes afin de ne pas éveiller les soupçons. Les inconnus parlent fort, ordonnent aux bambins de se taire et tu profites de ce soudain tintamarre pour lui dire une dernière phrase ; celle que tu es sûr de ne pas regretter.

- Mon grenier vous restera ouvert pour un autre chocolat chaud.

Puis, tu fais demi-tour, allant t'occuper de tes nouveaux clients le plus naturellement du monde. On remarque ta pâleur, tu clames les mauvais songes et une nuit d'insomnie. Petit mensonge qui passe inaperçu. Tu espères qu'il en sera de même pour Gray à la nuit tombée.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
La nuit l'entoure, le dérobe alors que ses bras s'élèvent, appellent. Aide-le, Invité, ou sinon...
Que sombre le jour.
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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 3 Avr 2017 - 16:39
Encore assez mal à l'aise d'avoir dû tant parler, Marlyn quitta la boutique sans émettre un souffle, et se mit immédiatement en route. Il savait où trouver au moins l'un des bandits. Plus vite il se chargeait de ça, plus vite ils pourraient tous deux l'oublier. Sur ce point, ils étaient sur la même longueur d'onde.

Ce n’était pas un plaisir, mais c’était un peu plus qu’une simple formalité. Il y avait toujours cette urgence anxieuse qui lui donnait des airs d’espion, marchant à pas rapides au long des rues en rasant les murs pour se rendre invisible, intangible ; l’idée que d’un moment à l’autre, un « stupide accident » pouvait être déclenché par une main criminelle, un incendie par exemple… La vision d’un rassemblement devant la porte, des pas lourds des hommes portant un corps au visage couvert d’un drap, en échangeant des considérations sur les mécanismes de l’asphyxie et la douleur qu’elle peut provoquer…

Ces protagonistes fantômes, leurs tenues, leurs faces rudes, leurs gestes et leurs discours, et la forme promenée au milieu des curiosités malsaines pour être jetée hors de leur petit monde, étaient des souvenirs directs d’accidents survenus au bagne ; et parfois, c’est vrai, il s’agissait en fait de règlements de compte. Marlyn avait toujours été un prisonnier modèle, il était passé entre les gouttes, mais comme tous les autres, il lui arrivait de s’endormir en imaginant avec horreur toutes les morts infâmes qui pouvaient venir le frapper dans son sommeil, et engloutir son âme dans un océan de souffrance sans même qu’il comprenne pourquoi, pour une broutille, pour un regard de travers à la mauvaise personne.

Il n’y avait pas que l’impression d’urgence, cependant. On lui avait donné une mission et il l’accomplissait ; c’était plaisant d’être ainsi cadré. L’alcool l’aidait à se réhabituer lentement aux cahots d’une liberté un peu trop ample, comme un vêtement passé après un jeûne. Mais quelques entraves consenties et saines à cette liberté le rassuraient tout de même, et l’organisation de son emploi du temps par les éventuels clients de passage en faisait partie. Cet assentiment qu’avait donné son voisin à la poursuite du plan proposé, quoique aucun des deux ne soit parfaitement à l’aise avec son déroulement, restait une mission, une chose à faire, une raison en rentrant chez lui de se sentir fier d’avoir accompli quelque chose de concret. Gray aurait sauté de joie et fait la roue à travers la place, en entonnant des refrains paillards ; Marlyn, préoccupé, se mordillait la lèvre, mais cette lèvre se retroussait en une sorte de vague sourire.

Il s’arrêta, sur le retour, au bord d’une fontaine dont il cueillit un peu d’eau claire dans le creux de ses mains, sous le regard des pigeons qui partageaient ce petit rafraîchissement. Il avait couru ; il éprouvait le besoin d’une pause. Son sourire s’élargit à l’abri de ses mains qui étalaient le liquide frais sur son visage, puis retomba avant qu’il ne dévoile ses traits à nouveau. Les gens du quartier étaient témoins. A voix haute ! Sain d’esprit ! Et une poignée de main, au lieu des insultes. Il aurait dû insister, ce n’était pas raisonnable, d’autant qu’ils étaient soupçonnés tous deux et que leur association donnait assurément du grain à moudre aux chercheurs de noise, mais c’était une telle miette, une telle bribe ! Presque rien ! Il pouvait bien ramasser cela sans être puni…

Il avait presque peur : se sentir si euphorique en plein milieu de journée, c’était la promesse d’un Gray déchaîné tout à l’heure. Il faudrait lui trouver de l’occupation. Après tout, la veille, il avait trouvé à l’empêcher de se rendre à cette foutue caserne comme il en mourait d’envie ; ce soir, ce ne serait peut-être pas si facile, car avec l’euphorie montait toujours son extrême inverse, une rancune mordante et incontrôlable envers tout ce qui, justement, cherchait à le contrôler.

C’était peut-être presque une chance pour le jeune milicien improvisé : ce soir, il ne ferait pas sa ronde. Il serait… retenu ailleurs en ville, pour une conversation à coeur ouvert avec quelques gentlemen d’épaisse envergure. Il en porterait peut-être les traces quelques temps, mais Marlyn se disait sincèrement que ce serait mieux que de croiser Gray dans l’état d’esprit où il serait. Enfin, il regagna sa boutique et s’enferma. Il allait tenter quelque chose ; la seule chose qui pouvait affaiblir un peu et assagir ce mauvais génie aux mouvements de feu follet. Il tira et accrocha le hamac qu’il laissait traîner dans la poussière, ou utilisait comme bâche ; il s’y lova en cachant son visage sous son bras replié, paupières closes, pressées contre la peau, comme lorsqu’il était enfant et qu’il y avait de l’orage… il savait que ça ne suffirait pas, mais ce n’était pas une tentative pour faire la sieste du siècle. Juste prendre une heure ou deux de repos.

Trois heures plus tard, il courait dans les rues, masqué et hilare comme un carnaval fait homme, frappant à toutes les portes qu’il connaissait, et à celles qu’il ne connaissait pas. Il fit un grand tour avant de revenir dans le quartier ; les commerçants de tout poil songèrent qu’il était sur le sentier de la guerre. Ses cheveux étaient encore ébourriffés du plongeon qu’il avait dû faire pour se remettre de son rêve. Il criait à chacun : « Demain matin sans faute ! » et les quelques acquiescements indulgents qu’il reçut au bout du compte suffirent à le remplir de joie. Une ombre encapuchonnée l’arrêta au coin d’une borne, et lui glissa quelques mots à l’oreille. Il éclata d’un rire qui lui dura sur tout le chemin du retour. Il essaya plusieurs fois de raconter cette bonne blague à des passants, mais étrangement, tous étaient trop pressés.

Il était un peu tard quand il regagna le quartier. Tout était très tranquille. C'était un plaisir de se promener dans ces rues vides, comme un roi dans ses forêts domaniales. Il rentra chez lui sans un bruit, en retenant un ricanement diabolique qui n'aurait pas tellement aidé à l'apparente innocence qu'il était censé projeter ; puis il grimpa du hangar dans le grenier à paille au-dessus, datant de l'époque où la bicoque était une écurie ; il se hissa sur le toit en prenant garde à ne pas rouvrir sa fichue coupure, dont il avait vérifié avec soin, lors de ses ablutions, qu'elle était déjà cicatrisée... Non, plus question que ce pauvre Karl s'inquiète. Il s'inquiétait beaucoup trop. C'était lui qui allait se retrouver avec une santé fragile. Et, comme un chat errant, passant d'une toiture à l'autre sous le regard indulgent de la lune, il gagna la trappe déjà empruntée la veille, et disparut.

Il n'avait pas même songé à observer la maison voisine pour distinguer s'il y avait encore de la lumière, ou à quel étage. On lui avait dit : le grenier. Voilà, il y était. Bête et discipliné - bon, juste pour rire, mais à l'occasion c'était très rigolo d'être bête, ça, il ne laisserait personne dire le contraire !


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Sam 8 Avr 2017 - 16:23
Il est parti sans se retourner. Sans un regard en arrière et en sans un bruit. Tu le sais parce que tu lui a jeté un coup d'œil, voyant sa silhouette disparaître dans l'embrasure de la porte, la clochette tintant son départ. Tu te forces alors à te concentrer sur les clients devant toi et, surtout, sur les bambins allant de-ci, de-là dans ta boutique, la bouche grande ouverte en exclamation exubérante et les yeux brillant de fascination. Ils mettent leurs doigts partout et tu finis par songer avec dépit que tu es bon pour nettoyer toutes les vitres demain matin, avant l'ouverture. Les adultes s'excusent, penaud, tentent de les gérer, mais tu assurent que ce n'est pas très grave. Tant qu'ils ne cassent rien. Finalement, c'est le chien qui vient à ta rescousse, s'approchant des trois petits monstres et devenant leur principale attention. Tu te promets de lui donner une double ration d'abats ce soir en guise de remerciement. Les parents t'expliquent enfin qu'ils sont effrayés, ne se sentent pas rassurés, depuis les nombreux enlèvements d'enfants et qu'ils ont peur que les leurs soient les prochains sur la liste. C'est ce désir de protection envers leur progéniture qui les a poussé à venir te voir aujourd'hui, même s'ils n'ont qu'une maigre bourse à te proposer. Ils sont même prêt à s'acquérir d'armes ayant déjà eu un propriétaire auparavant.

- Je comprends votre désarroi et vais vous aider, assures-tu avec un sourire poli.

C'est une aubaine inespérée qui se présente devant toi et que tu ne manques certainement pas de saisir. Pour l'homme, tu lui présentes l'objet ignominieux dont tu dois te débarrasser, lui vantant ses qualités sans oublier ses défauts. Le mari est étonné du prix ; seulement trois roues de bronze. Tu lui expliques en un pieu mensonge que tu te sens concerné par leur malheur et que si c'est cela le seul moyen pour toi de leur venir en aide, alors soit. Tu te feras pardonner auprès de Timan demain. Ils te remercient chaleureusement. Pour la femme, tu lui tends un objet d'une valeur de quatre roues de bronze et tu proposes même trente balles pour chaque balle pour une somme de dix roues de bronze. Tu coupes les prix pour tout, pour rester crédible jusqu'au bout. Dix sept roues de bonze. La moitié de la véritable somme. Mais tu n'en parles pas alors qu'ils te tendent les pièces. Ils te souhaitent la bonne journée, exprimant une nouvelle fois leur gratitude avant de s'en aller.

Il n'y a plus personne dans la boutique et, pour une fois, tu espères qu'il n'y aura pas de nouveaux clients. C'est mauvais pour ton bénéfice, mais tu t'en moques. Pour aujourd'hui, ce n'est pas bien grave. Tes mains se remettent à trembler et le nerf de ton avant-bras gauche te tire douloureusement. Il faut que tu détendes ta mains. Tu as trop pris l'habitude de serrer ton poing dans ta jeunesse. Il faut que tu cesses cela. Le canidé vient se coller contre ta cuisse, sentant sûrement que quelque chose ne vas pas et tu caresses sa tête. Tu repenses à la décision que tu as prise il y seulement quelques minutes, te sentant honteux, horrible. Ta lâcheté te plongera-t-elle donc plus profondément dans la noirceur ? N'es-tu donc bon qu'à cela ? Fuir encore et toujours ? Pourquoi ne rien affronter comme tu as eu le cran de le faire hier soir, pour un inconnu qui plus est. Qu'y a-t-il donc de différent pour le jeune milicien ? Tout. Tu ne l'as jamais réellement apprécié et il t'a forcé à te mettre sous la lumière, toi qui vis parfaitement bien dans l'ombre des autres. Va-t-il souffrir ? Va-t-il mourir ? Tu ne veux pas le savoir et tu crains de croiser sa route dans les prochains jours qui suivront. Saura-t-il que tout est entièrement de ta faute ? Faites qu'il ne se doute de rien.

Par pitié.

Il faut que tu occupes tes pensées et, pour cela, tu t'empares d'un chiffon derrière le comptoir et d'un produit récemment créé spécialement pour le lavage des carreaux. Ce qui est parfait pour toi. Tes pensées divagues toujours, mais au moins restes-tu concentré sur ta tache, n'omettant d'effacer aucune trace de doigt. Tout doit être parfait. Deux, trois clients viennent, achètent, s'en vont. Il y a également des curieux qui n'osent pas entrer ou te poser leurs questions. Ce n'est pas bien grave. Sans doute reviendront-ils une prochaine fois. Pour l'heure, il est temps de fermer boutique. Tu n'oublies pas de mettre la pancarte sur la porte, le mot "CLOSED" visible à tous les passants et barricadant la porte à double tour. La caisse monte avec toi et le chien et tu la ranges dans un coffre-fort dissimulé dans un coin de ta chambre. C'est discret. Invisible. Il faut un code pour s'emparer de ton bien. Petit coffre-fort dont tu as récemment fait l'acquisition.

Comme promis, tu donnes un plus gros morceau de viande à l'animal qui mâche tout ceci avec gourmandise. Tu ne manques également pas de lui offrir un os à ronger. La moelle est encore à l'intérieur. Comme un doux rituel, tu prépares ton feu dans la cuisine, posant ta casserole dessus et versant le lait à l'intérieur. La seule nouveauté est que tu poses sur la table le chocolat en poudre, une bouteille d'alcool, le panier de fruit ainsi que deux bols. Tu appréhendes quelque peu sa venue, mais tu ne veux pas renoncer pour autant. C'est toi qui a pris la décision de ne pas le chasser alors qu'il t'y invitait dans ton seul intérêt. Pas le sien. Tu regardes par la fenêtre, te demandant si tu vas l'apercevoir, mais rien. Et ce n'est que lorsque tu éteins le feu et verse le lait dans les deux petits récipients que tu entends comme des grincement au-dessus de toi. Le plafond. Le grenier. Tu reposes ta casserole vide dans l'évier avant de te diriger vers le couloir. Comme la veille, tu ouvres la trappe et place ton marche-pied pile au bon endroit, aidé par les rainures du parquet.

Il n'y a plus qu'à attendre sa venue.
Il n'y a plus qu'à attendre qu'il descende.

Ton incorrigible excentrique ami.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Sam 8 Avr 2017 - 21:55
Maintenant qu’il était là, dans cette ombre et masqué, les souvenirs étaient vifs à sa mémoire. Gray marcha vers la lucarne, se posta au-dessous, croisa les bras et contempla la lune. Puis son regard tomba sur le toit un peu plus loin. C’est là qu’il s’était assis. L’image d’une souris lui trottait en tête ; il aimait bien les rencontrer au bagne, grises et discrètes, timides interlocutrices qui savaient se taire et écouter, capables de sauver la mise d’un homme enfermé à l’isolement, qui commence à perdre la raison. Il n’y avait pas de souris ici, mais… des traces dans la poussière. Un même déplacement fait et refait vers un emplacement où il avait déjà fouillé la veille. Il sourit, des dents de requin venant étinceler sur sa face de créature carnavalesque, perchée dans l’ombre comme un lutin malfaisant.

C’était terriblement tentant. Et comme on dit, la meilleure manière de résister à la tentation…

Quand il descendit à l’étage, fredonnant un petit air galant, comme s’il se trouvait chez lui, il avait à la main un rouleau de papier. Ce n’était vraiment pas mal, même observé de l’œil d'un néophyte : on le reconnaissait étrangement. Voir sa propre image était déstabilisant en soi. L’aisance de l’habitude, se répétait Gray comme pour se consoler d'une vexation. Lui qui ne dessinait que des plans de construction, et encore, parce qu’il ne savait pas prendre des notes par écrit, il crevait de jalousie à l’idée qu’un autre – un estropié à la patte folle, encore bien – se mêle de le battre de tant de longueurs sur ce terrain.

Sa voix le précéda, narquoise et forte, et pas un instant il ne songea que ce puisse être un piège, qu’il y ait autre chose derrière le seuil émaillé de lumière qu’il voyait reluire dans le couloir qu’un chocolat chaud et une bonne conversation. Il aurait pu y avoir bien autre chose pourtant, en se montrant logique. La police pour l’interroger sur ses douteuses fréquentations. Pour purger le quartier d’une influence maligne… non, il n’avait pas un instant l’idée que son voisin souhaite davantage que lui voir intervenir la police dans leurs petites affaires.

D’ailleurs, il n’était pas homme à se limiter pour le fantôme d’une crainte. Ces spectres-là ne méritaient que son mépris. Comme le pauvre malandrin qui avait attiré sa vengeance, et qui, en cet instant… oh, il fallait qu’il raconte ça à Karlson, ça le ferait rire. En traversant le couloir, Gray sautillait presque de jubilation ; mais dans une impulsion dont il ne calculait pas exactement l’origine, il cacha ce qu’il tenait derrière son dos, en le glissant dans sa ceinture, au moment de passer le seuil.

« C’est fait ! Monsieur a passé quelques joyeux moments pendu la tête en bas comme un saucisson, au-dessus d’un bon feu de bois. Il a avoué des choses qu’il m’aurait fallu cent ans pour commettre. »

Gray apparut dans un éclat de rire, frappa dans ses mains comme il le faisait toujours pour manifester un grand enthousiasme, et marcha droit vers la table où l’attendait cette vision divine. Mais une chose l’arrêta : une bonne bête velue qui venait lui souhaiter la bienvenue avec cette curiosité sceptique des animaux qui commençaient à le connaître. Il était assez imprévisible pour avoir à peu près n’importe quoi dans ses poches, après tout. Gray bondit à terre et entreprit d’ébouriffer copieusement la crinière de ce brave lion domestique, comme si c’était à lui qu’il contait la suite de l’histoire.

« Et quand on l’a jeté sur le pas de la porte de… tu sais, Karlson, ses pieux amis agitateurs de torche, pour qu’il aille porter la bonne nouvelle… comme quoi il avait raconté n’importe quoi et que les charges contre nous étaient abandonnées... »

Cette fois, c’en était trop : son propre rire l’étouffa. Il donna un petit coup de nez sur la truffe du brave bestiau avant de se relever, de brosser les poils qui avaient volé sur sa tenue, et de se composer un air de tragédien des plus professionnels. Le tout sans oublier de saluer enfin comme il se doit le maître légitime des lieux… qui n’était pas le chien. Dans certains ménages peut-être, mais pas ici. Dans l’excès de son euphorie, il lui frappa vigoureusement sur les deux épaules, puis recula d’un autre bond en levant les mains, comme s’il s’était brûlé. Il se moquait. Les souvenirs de leur rapide entrevue sous les regards du soleil le faisaient toujours ricaner intérieurement. Ce pauvre Marlyn et ce pauvre Karlson étaient tous deux pathologiquement timides, et il se réjouissait de n’être ni l’un ni l’autre. Enfin… bref.

« Disons qu’il n’était pas brillant. Il avait peut-être essayé d’éteindre le feu par des voies naturelles. Et il ne pouvait plus s’arrêter de bégayer. Je crois qu’ils ne le reprendront pas au sérieux de sitôt ! »

C’était étrange ! Karlson n’avait pas l’air aussi hilare que lui à ce merveilleux tableau. Enfin, étrange, non. Il était rare qu’on rivalise d’hilarité avec Gray, de façon générale. Mais il éprouva tout de même comme un vague remords, l’envie de témoigner qu’il n’était pas si méchant que son histoire pouvait en donner l’impression. Il en oublia son vague souci de discrétion, et agita le papier roulé dans sa main en direction de son interlocuteur, comme pour en ponctuer son propos.

« Pardon, mais je suis incapable d’avoir de la peine pour un tel olibrius. Siroc soit loué, il a été traité selon ses mérites. Puissions-nous l’être aussi, en temps et en heure ! Et sinon, ça va ? »


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 17 Avr 2017 - 19:51
Ton fol ami arrive enfin, sautillant quelque peu et tout heureux. Sans doute à cause du tapage que tu as entendu il y a déjà de longues minutes de ça. Sans doute également du fait de pouvoir profiter d'un bon chocolat chaud peut-être alcoolisé et sans doute d'un fruit frais acheté ce matin. Ton sempiternel repas du soir. Tu n'as nullement besoin de plus. Tu as toujours du mal à saisir la nécessité d'engloutir quantité de nourriture au point de se rompre la panse. Inutile. Stupide. On est ballonné et on dort très mal. Un esprit sain dans un corps sain. Tu esquisses un rapide rictus amusé à cet idiot dicton. Ton invité n'est certainement pas désagréable à regarder et il lui semble pourtant manquer plusieurs cases dans sa boîte crânienne. Où est donc passé le personnage sérieux, peu sûr de lui et visiblement pas à l'aise à l'idée de beaucoup parler. Cela te trottine et tu as envie de comprendre ce brusque changement de personnalité. Pourtant, tu sais que tu ne lui poseras pas la question.

En tout cas, pas ce soir.

Tu ne sais pas trop comment expliquer cette intuition, mais tu as la sensation que si tu l'interroges maintenant, tu n'obtiendras pas vraiment de réponse concrète. Alors, tu attendras de le recroiser lorsqu'il cette autre personne que tu as rencontré dans ta boutique. Ainsi, pourras-tu apprendre à connaître ces deux étranges facettes. Appuyé contre la table, les bras croisés et le regard tourné vers la fenêtre, tu es pourtant tiré de tes pensées lorsque Gray apparaît dans la cuisine. Tout joyeux qu'il est. Ton sourire est ta façon de lui souhaiter la bienvenue.

- C’est fait ! Monsieur a passé quelques joyeux moments pendu la tête en bas comme un saucisson, au-dessus d’un bon feu de bois. Il a avoué des choses qu’il m’aurait fallu cent ans pour commettre.

Ton sourire s'efface et ton teint pâlit considérablement. Non. Tu ne voulais pas savoir. Tu lui as pourtant bien stipulé que tu souhaitais rester dans l'ignorance. Ne pas commettre ce que le pauvre diable a bien pu subir. Tu n'as spécialement rien contre lui. Mais ton ami, tout dans sa jubilation continu sa diatribe comme s'il s'agissait là de la meilleure nouvelle de la journée. D'ailleurs, tu le vois s'arrêter net tandis que le chien se poste devant lui, le reconnaissant et réclamant caresses et attentions qu'il obtient immédiatement que l'énergumène s'assied au sol. Tant mieux. Cela te permet de tenter d'effacer ce mal aise qui s'est soudainement emparé de toi.

- Et quand on l’a jeté sur le pas de la porte de… tu sais, Karlson, ses pieux amis agitateurs de torche, pour qu’il aille porter la bonne nouvelle… comme quoi il avait raconté n’importe quoi et que les charges contre nous étaient abandonnées...

Tu te permets d'opiner du chef, intérieurement soulagé que les poursuites du jeune milicien ne se feront finalement pas. Tu sais pourtant faire fi de ce genre de choses. De ces racontars et bruit de couloir. Tu sais les ignorer et vivre comme s'ils n'existaient pas. Mais cette fois, tu n'étais pas tout seul et cela aurait pu vous porter préjudice à tous les deux. Il avait fallu agir et vite. Tu le vois s'étouffer dans son propre rire et se relever, époussetant ses habits. Le comédien est là, devant toi et te fait un salut digne des plus grands artistes. Cela te redonne le sourire. Que tu aimerais être aussi insouciant que lui. Brusquement, il pose ses mains sur tes épaules et les retire avec la même vivacité, obtenant ainsi une mine surprise de ta part.

- Disons qu’il n’était pas brillant. Il avait peut-être essayé d’éteindre le feu par des voies naturelles. Et il ne pouvait plus s’arrêter de bégayer. Je crois qu’ils ne le reprendront pas au sérieux de sitôt !

Tu ne sais pas du tout comment prendre cette nouvelle. Discréditer ainsi un jeune homme rêvant d'entrer dans la gendarmerie. Plaider la folie pour ruiner ainsi sa vie. Nulle doute que sa vengeance sera terrible lorsqu'il pourra enfin faire ses classes et faire preuve de plus d'autorités. Tu crains cet avenir et Lâcheté, enchaîné au fond de toi en est plus que ravie. Soudainement, tu le vois brandir un rouleau que tu reconnais que trop bien, notamment ta griffe prenant la moitié de la page. Ce dessin, tu l'avais dissimulé dans un coin reclus de ton grenier. Serait-ce tes pieds dans la poussière qui t'auraient trahi. Tu n'as pas été assez prudent et tu en rougis d'embarras.

C'est tellement gênant.

- Pardon, mais je suis incapable d’avoir de la peine pour un tel olibrius. Siroc soit loué, il a été traité selon ses mérites. Puissions-nous l’être aussi, en temps et en heure ! Et sinon, ça va ?
- Fort bien depuis votre venue dans la journée, prends-tu tout de même la peine de répondre. J'ai pu revendre l'arme à un prix modique, mais au moins en sommes-nous débarrasser.

Tu ne parles pas du croquis qu'il tient dans ses mains, patientant qu'il en prenne lui-même la peine. Après tout, sans doute t'es-tu trompé et qu'il s'agit-là d'autre chose. Le lait chaud titille tes narines et tu n'as qu'une seule envie, y verser de ce si bon chocolat et d'y tremper tes lèvres, un fruit à porte de bouche.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 17 Avr 2017 - 21:34
Le pauvre Karlson n’en mène pas large, il a l’air de… son humeur a l’air de sursauter. Pendant une seconde, une image étrange se fait dans l’esprit agité de Wordsmith : un dialogue permanent, impossible à interrompre, entre Gray et Marlyn, à longueur de journée et à longueur de soirée. Comment un tel type faisait-il pour fonctionner, pour travailler et pour dormir ? Parce qu’il dormait, lui. Il n’y avait pas d’ombres mauves autour de ses yeux.

« Bien, très bien pour l'arme ! Je savais que je pouvais compter sur toi. Mais dis... Tu ne vas pas me vouvoyer jusqu’à la fin des temps, je vais finir par mal le prendre. Ou est-ce que tu préfères que je te vouvoie aussi ? »

C'était une pensée tellement comique ! Pas une seconde il n'y pensait sérieusement. Leurs deux ombres sur le mur s’étaient rejointes, et leurs cheveux noirs mi-longs qui remuaient à chaque mouvement semblaient par moments en faire partie. Trop de possibilités. Boire. Manger. Faire des ombres chinoises sur le mur. Retourner asticoter le chien jusqu’à ce qu’il morde. Faire des blagues sur ce dessin – non. Sur le brave gamin trop bien intentionné qui avait reçu sa monnaie de sa pièce – non. C’était un sujet qui ne plaisait pas à Karlson, même si les raisons n’en étaient pas bien claires ; mais Gray n’était pas dans la région depuis très longtemps, et peut-être qu’avant son arrivée, les deux hommes s’entendaient bien, et qu’il avait tout gâché. Si c’était ça, il n’avait pas envie de le savoir.

Il avait envie de dire quelque chose de gentil. Mais quoi ? Ce n’était pas vraiment dans ses cordes. Il se creusa la tête en jouant avec les ingrédients sur la table, le papier posé entre eux, oublié à présent.

« Tu sais, euh… C’est pas mauvais pour lui. Ça lui apprend qu’on ne s’en prend pas à quelqu’un quand on ne sait pas quels amis puissants il peut avoir. C’est plutôt une bonne leçon pour son avenir. Réfléchir avant d’agir et tout ça. »

Ce n’était pas agréable de discuter de ce sujet ; ça lui donnait presque l’impression qu’il avait mal agi, une impression dont il était généralement délivré, et puis, il ne pouvait pas s’empêcher de se dire que si autrefois, à temps, on lui avait appris à réfléchir avant d’agir, il serait peut-être encore dans son patelin, entouré d’enfants et de petits-enfants, comme un bon gars, et il aurait repris la forge de son père. Il n’aurait aucune idée du fonctionnement du monde ; il n’aurait jamais besoin de coller ce foutu masque sur sa figure et de courir les toits en quête de… il ne savait pas en quête de quoi. Dans ces conditions, il ne trouverait probablement jamais. Soudain profondément découragé, il se laissa tomber dans une chaise dans un soupir, et se mit à arranger les ingrédients ensemble pour s’occuper les mains, muré dans un bref silence pensif.

Une demi-minute lui suffit pour reprendre le courant de ses pensées. L’odeur du chocolat chaud emplissait la pièce. Il faisait comme chez lui, et ça ne posait pas vraiment de problème. Pendant quelques secondes, il eut l’impression d’être à la maison, l’une de celles qu’il avait décorées de ce nom par le passé, une maison avec différentes pièces dévolues à différents rôles.

« En fait, j’aime bien faire la cuisine, » remarqua-t-il avec une certaine surprise en touillant le mélange. « Faudra que je me paye une cuisine un de ces jours. Mais si je fais ça, j’aurai pas de quoi m’acheter à manger pendant un moment, alors, c’est stupide, tu ne trouves pas ? »

Il éclata de rire au moment de placer un premier bol dans les mains de Karlson, et renversa sur sa main une petite goutte du breuvage, qu’il porta à sa bouche rapidement : c’était franchement chaud. Pas de quoi se brûler, heureusement. Il lui arrivait de penser en ces termes : « Marlyn va me tuer », comme l’aurait dit un gamin d’un grand frère responsable ou d’un parent soucieux. Il allait s’en vouloir au matin, quoi, mais c’était plus amusant de le formuler ainsi.

En tout cas, ils étaient maintenant servis, et il n’y avait plus qu’à boire les cocktails chauds en profitant de la vie, les pieds sur la table… bon, peut-être pas. Il fallait se concentrer. Se concentrer. C’était difficile, ça faisait mal au crâne, mais il savait qu’il en était capable. Marlyn en était capable, et c’était un connard, alors Gray pouvait le faire autant et mieux que lui. Et il voyait bien que certaines choses qu’il faisait avaient un effet positif ; elles « marchaient », comme il aurait pu le dire s’il avait effectué des tests intuitifs sur une machine inconnue.

Quand il faisait miroiter des risques, « ça ne marchait pas. » Quand il se montrait parfaitement assuré, « ça marchait ». C’était une question de rassurer quelqu’un qui avait peur, songea-t-il en portant son propre bol à ses lèvres, avec un petit rire en voyant danser son reflet sur la surface grise. Cette lumière faisait vraiment briller son masque. Comme un scarabée en été, ou un de ces poissons… Non ! Il fallait se concentrer. Il avait prononcé cette phrase : il ne faut pas avoir peur. Sous quelle forme, il ne savait plus. C’était lui qui faisait peur à Karlson ? C’était pour ça qu’il l’avait laissé entrer chez lui ? Le moment précis de leur rencontre n’était pas facile à se remémorer dans ses détails, mais il n’avait aucun problème avec ça : c’était plutôt rationnel d’avoir peur de lui.

C’était bon. C’était calmant, cette boisson. Rester immobile et réfléchir n’était pas trop pénible dans ces conditions. Il – Wordsmith – sentait très bien Gray s’agiter en périphérie de sa pensée en se trouvant mille petites distractions, mille petites conversations qu’il aurait pu lancer, mille interactions avec le chien – est-ce que ça aime le chocolat, un chien ? Est-ce que ça l’aurait rendu malade ? Au fond, il n'avait pas besoin de les transformer en actions pour s'en divertir. Mais pendant ce temps, Marlyn arrivait à se concentrer, dans le bureau bien rangé où il s’enfermait pour la nuit, et sa main revint machinalement pianoter là où il avait déposé le dessin un peu plus tôt. Tu dessines bien, Karlson. Ça pourrait faire l’affaire. Ah, Gray avait trop envie de vérifier s'il allait rougir à nouveau.

« Tu dessines bien, Karlson. Et… n’aie pas peur. Je t'en veux pas, ni rien. J'observe, c'est tout. »


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Dim 30 Avr 2017 - 15:34
- Bien, très bien pour l'arme ! Je savais que je pouvais compter sur toi. Mais dis... Tu ne vas pas me vouvoyer jusqu’à la fin des temps, je vais finir par mal le prendre. Ou est-ce que tu préfères que je te vouvoie aussi ?

Oui, est très rapidement parti. Ce matin, en fait. Dès que tu as compris que tu pouvais t'en débarrasser sans que tes clients ne posent la moindre question que l'objet, tu as sauté sur l'occasion. Bon, au final, tu n'as pas vraiment fait de bénéfice sur sa vente, mais tu t'en contrefiches. Ce n'était pas du tout dans tes priorités à ce moment-là, et tu t'es bien rattrapé avec une cliente complètement néophyte en matière d'arme. C'est majoritairement le cas, à vrai dire. Les gens qui vont et viennent dans ta boutique sont soient des curieux, soit des habitants souhaitant se protéger des menaces actuelles. En dehors de cela, ils n'ont aucune connaissance sur les armes feu et ne savent pas bien aiguiser une arme blanche ou éviter qu'elle ne colle dans son fourreau. Parfois, alors, tu leur proposes de leur montrer l'exemple et de tout leur expliquer en détail. Pas de notice fournie sur un papier. Tu ne sais pas très bien écrire et encore moins lire. Cette tâche prendrait bien trop de temps.

Tu regardes ton ami excentrique qui semble gêné par ton continuel vouvoiement. Bien que tu ais vécu dans la rue, tu t'échines à rester poli et courtois, ne prononçant jurons et injures que lorsque tu es bel et bien seul. Tu lui fais un sourire amusé, comprenant sa gêne. Ce n'est pas un homme qui se complait dans les civilités ; tu l'as très bien compris.

- Nous pouvons nous tutoyer étant donné que nous nous verrons assez souvent, je pense.
- Tu sais, euh… C’est pas mauvais pour lui. Ça lui apprend qu’on ne s’en prend pas à quelqu’un quand on ne sait pas quels amis puissants il peut avoir. C’est plutôt une bonne leçon pour son avenir. Réfléchir avant d’agir et tout ça.
- Mais il n'y a-t-il pas un risque à ce qu'il cherche à se venger du quelconque manière ?

C'est vrai et Lâcheté ricane à cette possibilité. Il peut avoir peur de vous deux et ne plus chercher à vous discréditer durant quelques temps, voire quelques années. Mais ce jeune homme aspire à être un gendarme et, lorsqu'il y parviendra, sans doute fera-t-il tout pour se venger. Vous mettant plus bas que terre et vous faisant perdre tout ce que vous avez gagné la sueur de votre front. C'est une éventualité à ne pas oublier.

L'arroseur arrosé.

Tu le vois s'affaler sur un siège, poussant un soupir à fendre l'âme. C'est vrai. Gray n'aime pas ce genre de conversation. Il préfère quand c'est joyeux ou quand cela n'a aucun sens. Tu prends alors la décision de ne plus étaler ce sujet sur la table. Après tout, il t'a sauvé la mise alors qu'il n'y était pas obligé. Jamais tu ne le remercieras assez.

- En fait, j’aime bien faire la cuisine.

Tu arques à un sourcil à l'entente de cette phrase.

- Faudra que je me paye une cuisine un de ces jours. Mais si je fais ça, j’aurai pas de quoi m’acheter à manger pendant un moment, alors, c’est stupide, tu ne trouves pas ?

Tu opines du chef, trouvant également la logique tout à fait absurde. Tu lui proposes alors d'utiliser ta cuisine lorsque l'envie lui prendra de faire la popote. Il y a pourtant deux conditions à cela. De une, tu veux être informé lorsque Gray voudra faire à manger. De deux, l'achat de la nourriture devra être partagé. Pareil si tout autre ustensile de cuisine se casse en cours de route. Tu te dis que tu ne devrais pas faire autant de chose pour lui. Entre l'accepter chez toi, ne pas le rejeter, prendre sa défense, lui offrir chocolat chaud, fruit et alcool et maintenant ta cuisine. Pourtant, vous ne vous connaissez pas vraiment. Mais... Gray est ton premier véritable ami et tu n'as aucune envie de le perdre à cause de ta lâcheté ou de ta maladresse. Tu ne veux pas raconter ton passé, la raison de ta blessure à la main, de crainte de ne voir que du mépris dans son regard. Il fait désormais partie de ce que tu as de plus précieux.

Une vraie amitié.

Elle n'est pas vraiment sensée ou saine, mais ce n'est pas important. Deux pièces bizarre d'un puzzle qui ne se terminera probablement jamais.

Tu l'entends éclater de rire et cela te fait sortir de tes pensées. Tu trempes alors tes lèvres dans ta boisson et en avale quelques gorgées avec délice.

- Tu dessines bien, Karlson. Et… n’aie pas peur. Je t'en veux pas, ni rien. J'observe, c'est tout.

Tu t'étouffes à moitié avec ta poire, ne t'étant absolument pas attendu à ce genre de compliment. Tu tousses et essuies une larmichette qui pointait le bout de son nez. Tu rougies d'embarras ; tu n'as jamais montré tes dessins à qui que ce soit. Elle démontre ta préférence sexuelle. Oh, tu n'en as pas du tout et l'assumes pleinement, mais ce n'est pas le cas de tout le monde et l'homosexualité n'est pas encore quelque chose d'accepté. Obligé de vous cacher, de vous fondre dans la masse.

- Merci. Je... je savais dessiner avant même de savoir lire et écrire. Les... les émotions passent mieux, je trouve.

Tu te frottes les joues dans l'espoir d'y effacer tes rougeurs. C'est la première fois que quelqu'un voit l'une de tes œuvres et qui te fait un compliment dessus.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Lun 1 Mai 2017 - 10:55
L’avenir ne serait jamais certain. Oui, peut-être qu’un jour, le gamin humilié se sentirait en possession d’une force suffisante pour revenir chercher la monnaie de sa pièce. Oui, peut-être que ce serait dangereux. Mais qu’est-ce qui les obligeait, eux, à habiter encore le quartier ce jour-là ? Cela paraissait si loin ! Ah, les sédentaires. Quelle différence y avait-il entre un carré de terre auquel on était attaché, avec ses voisinages intolérables, ses hantises climatiques, ses miasmes familiers... entre ça et une chaîne au pied ?

Worsmith avait envie de se moquer, et en même temps, cette abnégation absurde éveillait sa curiosité maladive : si l’on se soumettait à ce mode de vie, si les gens autour de lui le faisaient en si grand nombre, s’il était au fond l’un des seuls à prendre son baluchon et à partir quand ça se gâtait, c’était bien qu’il y avait là davantage qu’une habitude de famille. Ils s’installaient durablement parce qu’ils en retiraient un avantage. Simplement, c’était un avantage qu’il ne percevait pas. Il s’efforçait de connecter les fils entre eux pour créer la lumière : une intuition lui soufflait que ça avait un rapport avec la cuisine. Pour ainsi dire, c’était comme un bol de chocolat chaud qu’on viendrait boire ensemble tous les soirs. Il n’arriva pas à rester concentré sur cette question abstraite bien longtemps, et reprit le cours de l’échange qui avait lieu concrètement :

« Sacrée technique. L’important, c’est que ça marche, mais pour ça, faut pas les cacher, tes dessins. » Un petit clin d'oeil : la conscience espiègle d'avoir surpris quelque chose qu'il n'aurait jamais dû voir, et d'avoir pourtant eu raison.
« Moi, les émotions, ça va : je dis ce que je pense et je pense ce que je dis ! Mais je te comprends : Marlyn... C’est terrifiant à quel point il te ressemble, on dirait que vous êtes passés sous la même machine. »

Le mot « terrifiant » le faisait toujours rire, et cette fois ne fit pas exception ; il avait d’ailleurs envie de rire, d’un côté sous l’effet d’une euphorie adolescente qui transfigurait la partie visible de son visage, de l’autre, sous l’effet d’une étrange nervosité, celle qui le saisissait à parler de son alter ego comme d’une personne séparée ; il n’aimait pas les histoires de fantômes, et cela y ressemblait beaucoup trop pour qu’il soit parfaitement à l’aise. Mais maintenant qu’il avait commencé – et puis ce pauvre Karlson avait rencontré Marlyn. Il avait droit à une explication.

Il avait droit à toutes les explications qu’il pourrait demander, en fait, car il lui avait offert bien davantage ; Wordsmith n’arrivait même pas encore à y réfléchir, mais il avait maintenant l’autorisation de venir s’amuser dans une cuisine digne de ce nom, une pièce qui lui évoquait une merveilleuse impression de chez-soi. L’inconscience de Karlson à proposer une telle chose le rendait presque fier, comme s’il voyait soudain quelqu’un lancer une proposition plus saugrenue que la sienne en lui coupant la parole. Il fallait être un peu fou lui aussi pour laisser ainsi Wordsmith évoluer dans son logement comme un démon familier. Ce type de folie avait son entière admiration.

« Marlyn, c’est comme ça que je m’appelle – ah, comment t’expliquer… N’aie pas peur, hein. Ça me fait vraiment plaisir, que tu n’aies pas peur de moi. »

Pendant quelques secondes, il s’interrompit dans son explication ; ses mains prirent le relais. Il les posa sur la chaleur réconfortante de son bol, puis caressa le chien, dont la bonne grosse tête hirsute observait leurs mouvements dans le cas éventuel où une bribe de nourriture lui serait jetée ; pour finir, il désigna ce dessin incroyable auquel son regard revenait régulièrement. Il n’aurait jamais cru que son voisin soit un artiste. Il aimait les artistes ; Marlyn, en esprit chagrin, les dépréciait aisément, mais Marlyn était un mort-vivant et son avis n’avait aucune importance. Ah, oui, c’est vrai : c’est de ça qu’il essayait de parler. Quel vilain sujet de conversation…

« Tu m’as croisé tout à l’heure, eh bien, c’était Marlyn. Tu sais, c’est la voix dans ta tête qui commence toutes ses phrases par : Il faut, et qui les finit par : sinon. J’ai pris de mauvaises habitudes au bagne, mais je suis libre, pourtant, maintenant ! Je suis libre ! »

Le poing de l’ancien bagnard avait frappé sur la table, et son regard s’était chargé d’un orage soudain, qui ne s’adressait à personne d’autre qu’à ce maudit Marlyn. Traîner ces guêtres de plomb, ces mauvaises habitudes comme il appelait son stress et la hantise permanente d’un châtiment horrible, c’était non seulement improductif, toxique, dégradant, mais surtout ridicule. Personne ne le lui demandait, et c’était lui qui en souffrait le plus. Il fallait que ça cesse. Il était libre et il fallait qu’il le soit. Tout ça était bien trop compliqué pour qu’il le détaille en longs discours ; et il n’avait pas, quant à lui, la capacité de résumer ces longs discours par un petit dessin. C’est alors que l’idée lui vint.

Wordsmith, ou du moins Gray, n’avait pas une éthique très stricte en apparence. Mais il respectait du moins un principe de vie en société : il ne présentait pas une plainte, pas un problème, sans évoquer une solution. C’était sa manière d’être poli, ça n’allait pas bien loin mais il aurait été gêné de s’en départir. Il fallait suivre, parfois… De la même manière, il avait l’air de réclamer à nouveau quelque chose à son voisin en déballant cette légère infirmité qui était la sienne, mais son but était de déposer à ses pieds toute sa confiance et toute sa bonne volonté, peu importe ce qu’ils en feraient. Quelque chose, même juste un jeu, ce serait déjà fantastique. Et beaucoup mieux que rien. Sa voix s'anima d'une soudaine précipitation.

« Je sais ! Fais-moi des symboles pour les émotions. Je ne dessine pas aussi bien, et je ne sais pas écrire, alors, des trucs simples. Tu comprends, je ne lui en veux pas de ce qui lui arrive, mais ça ne peut pas durer, il faut qu’il me rattrape. Il a beaucoup de retard, et tant qu’il ne m’aura pas rattrapé… Eh bien, ce ne sera pas très pratique de vivre. »

Le chocolat baissait dans son bol, mais le niveau du liquide se maintenait, dans la mesure où il coupait le mélange d’une dose supplémentaire d’alcool après chaque gorgée. A cette heure-ci, habituellement, il avait déjà commencé sa tournée des bars. L’organisme réclamait son apport quotidien. L’esprit, de son côté, restait alerte – il lui en aurait fallu davantage – et brillait, acéré, dans le regard fixe qui interrogeait Karlson, en attendant sa réaction.


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MessageSujet: Re: Ghost of a shark {Aslak] Dim 14 Mai 2017 - 14:07
- Sacrée technique. L’important, c’est que ça marche, mais pour ça, faut pas les cacher, tes dessins.

Il te fait un clin d'œil, encourageant tes joues en surchauffe. Tu as l'impression d'être un gamin prit en flagrant délit, même si tu sais cela complètement stupide. Tu n'as pourtant commis aucune faute, mais c'est la première fois qu'on découvre l'un de tes nombreux secrets et qu'on l'on te verse des compliments. Tu y trouves cependant un certain plaisir là-dedans. Cela fait plaisir à entendre. C'est quelque chose que tu n'as jamais auparavant. Et les compliments venant de tes clients ne comptent absolument pas.

- Moi, les émotions, ça va : je dis ce que je pense et je pense ce que je dis ! Mais je te comprends : Marlyn... C’est terrifiant à quel point il te ressemble, on dirait que vous êtes passés sous la même machine.

Tu opines du chef tout en fronçant des sourcils. C'est vrai. Tu es tout à fait d'accord avec lui. Sa spontanéité est désarmante - tu en as d'ailleurs fait les frais la nuit dernière - et sa franchise l'est plus encore. Tu n'es pas encore habitué à côtoyer ce genre de personne, mais cela est rafraîchissant. Après tout, c'est cela qui t'a permis de tenir à la foule soit-disante inquiète pour toi. Dans d'autres circonstances, tu sais que tu leur aurais ouvert la porte pour qu'ils t'aident à te débarrasser de l'hurluberlu. Mais cela ne t'empêche pas de resonger au nom propre qu'il vient de prononcer. Marlyn. Tu ne sais pas de qui il parle pour n'avoir jamais rencontré cette personne.

- Marlyn, c’est comme ça que je m’appelle – ah, comment t’expliquer… N’aie pas peur, hein. Ça me fait vraiment plaisir, que tu n’aies pas peur de moi.

Tu redresses le nez de ta boisson, les yeux écarquillés de surprise et une goutte de lait chocolaté coulant de la commissure de tes lèvres que tu effaces rapidement d'un revers de la main. Donc, en fait, son vrai nom est Marlyn. Alors pourquoi parle-t-il de lui à la troisième personne du singulier. Oh... Serait-ce donc en lien avec son comportement étrange de la matinée ? Probablement. Sans doute. Tu en es persuadé. Tu secoues une nouvelle la tête à l'affirmative, gardant bouche close et ton attention toute entière portée vers lui.

- Tu m’as croisé tout à l’heure, eh bien, c’était Marlyn. Tu sais, c’est la voix dans ta tête qui commence toutes ses phrases par : Il faut, et qui les finit par : sinon. J’ai pris de mauvaises habitudes au bagne, mais je suis libre, pourtant, maintenant ! Je suis libre !

Tu sursautes lorsque son poing frappe la table, toujours ébaubi de cette révélation. Qui aurait cru. Une espèce de dissociation de la personnalité. Au bagne ? Tu ne sais plus s'il t'en avait déjà parlé. Sans doute. Cela fait beaucoup d'évènement, d'annonce en si peu de temps. Tu gardes toujours le silence. Tu n'as pas peur de lui ; il n'y a aucune raison que tu le sois. C'est juste que tu ne sais pas du tout quoi répondre à cela. A cet orage que tu lis dans ses yeux, mais que tu sais destiné à quelqu'un d'autre. Ce silence pesant dont tu n'as pas l'habitude venant de sa part. Puis, il s'exclama aussi brusquement de ce qui fait toute sa personnalité et tu ne sais finalement pas si tu dois en être content ou non. En fait, tu aimerais bien savoir qui est le vrai des deux, mais tu sens que ce n'est pas une question qui se pose. Lâcheté ricane. Cela l'amuse de te voir refuser de blesser ton ami.

- Je sais ! Fais-moi des symboles pour les émotions. Je ne dessine pas aussi bien, et je ne sais pas écrire, alors, des trucs simples. Tu comprends, je ne lui en veux pas de ce qui lui arrive, mais ça ne peut pas durer, il faut qu’il me rattrape. Il a beaucoup de retard, et tant qu’il ne m’aura pas rattrapé… Eh bien, ce ne sera pas très pratique de vivre.

Tu esquisses un sourire amusé tandis que tu hoches une nouvelle fois la tête et te lèves pour aller chercher papier et crayon. Il ne te faut pas longtemps pour revenir, t'installer et gribouiller quelques simples symboles comme il te l'a demandé. Un soleil représente la joie et le bonheur. Un nuage pour le doute. La pluie pour la tristesse. Une araignée pour la peur - bon, tu aurais préférés le vide te concernant, mais ce serait trop compliqué -. Un éclair pour la colère. Un gribouillis noir pour la solitude. Tu lui entends enfin le papier afin de regarder, lire et comprendre tes description tandis que tu termines ta boisson.

- En ce qui me concerne...

Ta gorge te chatouille à ce moment-là, te forçant à te racler la gorge et tu ne te sens plus le courage de prononcer ce que tu allais avoir la folie de dire. Finalement, tu secoues négativement la tête, lui indiquant d'abandonner d'attendre la suite. Tu préfères te dissimuler derrière un abricot. Piètre cachette, tu le sais. Peut-être arriveras-tu à museler Lâcheté et parviendras-tu à prononcer ces paroles que tu allais sortir. Mais pas tout de suite. Pour l'heure, tu préfères te raccrocher à ta curiosité et de ce que Gray compte faire de tes quelques gribouillages. Sans doute, ressembles-tu à ton canidé à qui tu offres un morceau de viande ainsi qu'un os à moelle, avec ta tête penchée sur le côté et ton regard captivé, mais ce n'est pas bien grave. Ta curiosité est titillée et Lâcheté s'amuse silencieusement de ton silence.

De ta phrase avortée.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
La nuit l'entoure, le dérobe alors que ses bras s'élèvent, appellent. Aide-le, Invité, ou sinon...
Que sombre le jour.
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