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 :: L'histoire Ambrosienne :: Bas niveau de la cité :: Porte du Nord :: Aux Arguments

La colombe et le clébard [Naomie]

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Aslak Karlson
Marchand d'armes
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MessageSujet: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 12 Mar 2017 - 8:55
Tu cours. Tu ne sais absolument pas pourquoi, mais le fait que tu ne fais que galoper sur ce chemin visiblement sans fin. Des arbres morts perte de vue, rien d'autre. Le ciel est sombre et les cailloux sous tes pieds te font un mal de chien. Mais outre le fait que tu as mal et que tu ne vois presque rien, c'est la notion de danger qui te pousse à courir sans t'arrêter. Quitte à ne plus avoir de souffle, à avoir les poumons qui te brûlent et le palpitant battant jusque dans tes tympans, ta voûte plantaire qui saigne, tes muscles criant au supplice et à la pitié, tu ne freines pas. Ne t'octrois pas une once de pause. Tu n'oses pas te retourner, bien conscient que le danger se trouve devant toi et qu'il te poursuit sans relâche. Tu sais très bien de ce qu'il s'agit et tu as, depuis longtemps, perdu tout sens logique. C'est la peur, la phobie qui motive ta course effrénée. Vaine espoir de lui échapper coûte que coûte. Derrière toi, c'est le sol qui s'effondre dans une chute sans fin, mortelle. C'est le vide total. Tu ne veux pas te retourner, l'affronter. Tu sais très bien que tu serais le perdant de ce combat et que ta phobie irrationnelle prendrait le dessus sur ton courage. Tu n'es pas courageux. Tu es un lâche. Et un lâche ne fait pas face au danger. Il la fuit coûte que coûte. Soudain, un morceau de terre cède sous tes pieds, te faisant ainsi perdre ton équilibre. Tu te sens chuter, en avant. Puis, en arrière. C'est le sol qui s'effondre sous toi, t'emportant irrémédiablement dans sa chute. Tu ne cries pas. Tu n'y parviens pas. Ta voix se bloque dans le fond de ta gorge, les yeux écarquillés de peur et de terreur. Tu ne veux pas.

Non.
Pitié.

- PITIÉ !

Tu te réveilles en sursaut, en sueur et bloqué entre ton matelas et les draps. Un coup d'œil alarmé et tu reconnais le chien allongé sur toi, te regardant fixement de son œil unique, une oreille penchée en arrière. Un coup de langue sur son museau et tu hésites s'il se moque de toi ou s'il a été inquiet de ton gigotement. Probablement les deux. Tu as noté qu'il cherche régulièrement le contact avec toi lorsque tu ne sens pas bien ou qu'un mauvais souvenir refait surface. Tu soupires avant de claquer des doigts, lui intimant l'ordre de descendre afin que tu puisses te lever. Tes ablutions prennent du temps, mais tu t'en contrefiches. Tu ne supportes plus la simple idée d'être sale. Un coup d'œil vers ta pendule. Tu as encore deux heures avant l'ouverture de ta boutique. C'est pour cette raison que tu t'habilles rapidement et porte une pomme à tes lèvres avant de sortir de ta bâtisse que tu fermes à double-tour, le canidé sur tes talons. Le soleil frappe tout ce qu'il peut atteindre. Belle journée qui s'annonce. Tu sens quelques regards vers toi et ton animal. Deux êtres noirs se déplaçant dans la foule, faisant fi des murmures. Ridicule. Tu as chopé les premiers vêtements que tu as vu et ta bête ne peut décemment pas changer la couleur de son pelage. Tu pinces tes lèvres. Les gens sont prêt à croire n'importe quoi tant que cela ne contredit pas leurs superstitions.

C'est donc le pas agacé et pressé de retrouver la sécurité ainsi que la chaleur de ta boutique, que tu fais demi-tour une fois tes courses terminées. Pas grand chose. De la nourriture pour toi et pour lui, des habits qui t'ont fait de l'œil. A peine déverrouilles-tu la porte que tu entends quelqu'un te héler. Tu reconnais l'espèce de vieux voyageur, celui qui t'amène tes commandes et te propose même quelques nouveautés et anciennetés qu'il a réussi à dénicher. A toi de décider ou non de les prendre. Tu es très critique quand il s'agit de ta marchandise. Tu ne craches certainement pas sur la qualité, même pour les plus petites bourses.

Tu valses donc entre les quelques clients, visiteurs curieux et tes nouveaux produits que tu dois noter, fixer et ranger dans les compartiments adéquats que tu passes ta matinée. Il t'arrive de grimacer de temps à autres pour cause de ta matin mutilée. En effet, il te faut parfois tenir l'objet de ta main gauche et la préhension de celle-ci est quasiment morte. Alors le nerf agonisant est tiré. Certes, tu ne ressens plus ni le froid, ni le chaud, ni la douleur, mais cette dernière se fait fortement ressentir au niveau de ton avant-bras.

-Quel... Nodocéphale je suis !

Tu aurais dut le voir venir, mais la clochette de la porte, indiquant qu'un client vient de pénétrer en tes murs t'a complètement déconcentré et ton maintien précaire de de l'objet a fait que ce dernier est tombé au sol dans un bruit mat, te forçant à te pencher pour le ramasser, mais tu ne peux pas te débarrasser de ce que tu tiens dans ta patte droite et le pincement de sa voisine laisse franchement à désirer. Tu grognes.

Cette journée avait pourtant bien commencé.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
La nuit l'entoure, le dérobe alors que ses bras s'élèvent, appellent. Aide-le, Invité, ou sinon...
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 19 Mar 2017 - 1:25
Naomi ne faisait quasiment plus de rêves, depuis environ quatre ans. Il n’y avait pas besoin d’être grand sage pour savoir à quoi elle devait le relier : à la mort de son mari, tout simplement. La seule fois où elle avait rêvé, et bien, cela tenait du long et du terrible cauchemar… dont elle était incapable de se souvenir. Excepté la sensation d’étouffement et d’oppression eues à son réveil. Cette absence de rêves n’était pas pour autant forcément un bon signe, mais elle avait la chance d’au moins se réveiller chaque matin sans se sentir angoissée.

Ce jour-là était entièrement libre pour elle ; elle ne travaillait pas, n’avait aucun rendez-vous. De manière générale, bien que Naomi soit une personne sociale, elle n’était pas contre passer un peu de temps seule, sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit, et sans se préoccuper, pour une fois, d’être à l’heure pour telle et telle personne. Pour aujourd’hui, sa montre à gousset frappée à l’emblème de la cité d’Hishkar resterait soigneusement au fond du petit sac qu’elle prenait pour la journée. Elle avait délaissé l’habituel uniforme de l’Impérial pour revêtir une robe aux couleurs marron et bronze, pourvue de multiples boutons métalliques ; la partie haute, composée d’un corset couleur bronze, était recouverte par une veste marron. Toutefois, tous ces tissus étaient assez simples dans leur confection et leur imbrication, sans prétention. Un chapeau achevait l’ensemble.

Aujourd’hui, alors qu’elle marchait dans les rues fréquentées d’Ambrosia, elle n’avait qu’un seul achat particulier à faire de la journée. Le reste serait libre. Les ruelles étaient déjà bondées de monde alors que ce n’était que le début de la matinée. Elle se dirigea en premier lieu vers l’une des chapelles de ce niveau de la ville, y entrant quelques minutes avant le début de l’office. Ces moments de prières et de chants avaient toujours un effet apaisant sur elle : ils l’aidaient à se recentrer, et redéfinir ses souhaits du moment. Ses prières étaient toujours sincères, et elle accordait toujours un grand respect aux prêtres de la chapelle. Elle ne manquait jamais non plus de faire une offrande à la trinité mercantile, elle qui vouait un profond respect à Hyram le Pèlerin.

Une demi-heure plus tard environ, l’office achevé, elle lutta contre la manie de jeter un coup d’oeil à sa montre à gousset, et ressortit dans les rues du bas étage. Elle évita un fiacre qui passait devant elle et cette fois, rassérénée, se dirigea vers la boutique dont on lui avait parlé.

Il était fort probable que Naomi Sunder devenait paranoïaque. Après l’incident qui l’avait menée à rencontrer Astan, sa méfiance restait toujours vive. D’autre part, elle n’avait jamais possédé d’armes. Ce n’était pas parce qu’elle avait quarante ans, qu’elle devenait trop vieille pour cela, surtout si elle continuait à enquêter sur les enfants disparus. Elle souhaitait seulement éviter les mauvaises surprises, ou pouvoir s’en sortir, en cas de… En cas de quoi ? songea-t-elle, s’arrêtant devant le magasin nommé Aux Arguments. Ça ne payait certes pas de mine, de l’extérieur, mais on lui avait dit que le propriétaire savait ce qu’il vendait, au moins.

En cas d'attaque. De quoique ce soit. Tu sais bien que ça ne tourne pas rond dans cette ville, depuis que Thorn est mort dans cet accident dont ils n'ont jamais réussi à déterminer l'origine.


Naomi poussa donc la porte, faisant retenir une petite clochette. Au même moment, elle entendit un juron plutôt élégamment tourné, et un objet venait de tomber à l’instant, faisant un bruit sourd en heurtant le sol. Elle se demanda, pendant une seconde, si ce n’était pas son entrée brusque qui avait provoqué cela, un effet de surprise… La nervosité qui l’agitait intérieurement depuis quelques jours n’avait pas le meilleur effet de maîtrise sur ses gestes, qui se révélaient parfois soudains et sans trop de délicatesse.

— Je suis désolée, fit-elle,fixant le jeune homme à l’origine du juron. C’est moi qui vous ai surpris ?

Avant qu’il n’ait eu le temps d’intervenir, elle s’approcha pour saisir l’objet tombé à terre, et le lui tendre, plongeant son regard clair et lumineux, un bref instant dans le sien : noir, sombre, empreint d’une étrange morosité dont elle ne savait quoi penser. Il ne devait pas forcément attirer les clients comme ça. Cheveux noirs, vêtu de noir des pieds à la tête...il ne semblait guère en deuil, cependant. Cette couleur le rendait presque encore plus dégingandé qu’il ne devait l’être en vérité. Et il était déjà bien plus grand qu’elle. L’expression du visage de Naomi demeurait calme et attentive : elle l’observait, et n’avait encore point rendu de jugement sur ce qu’elle pensait de ce jeune homme. Cela contribuait à rendre son regard particulièrement pénétrant, même si elle doutait de mettre mal à l’aise un aussi grand gaillard que lui.

— C’est vous le propriétaire ? On m’a recommandé votre boutique. Je n’ai pas tellement d’argent, mais je voudrais vous acheter une arme.


A qui cela n'est-il arrivé, d'être libre en apparence, et de se sentir les ailes empêtrées ?
       
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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 19 Mar 2017 - 12:44
- Je suis désolée. C’est moi qui vous ai surpris ?
- Ne vous en faites pas, réponds-tu. Ce sont des choses qui arrivent.

Tu n'as pas vraiment le temps de répondre. A dire vrai, tu es bien plus concentré à récupérer l'arme chut au sol, espérant que sa qualité ne s'en retrouvera pas biaisé. En effet, même pour un objet solide un rien peut l'abîmé et le rendre plus dangereux qu'il ne l'est déjà. Tu ne veux pas qu'il se mette à exploser dans la main de son nouveau propriétaire et que ce dernier appelle la gendarmerie pour porter plainte contre toi. Non, tu ne veux définitivement pas de problème. Une main fine apparaissant dans ton champ de vision te fait sortir de tes pensées et l'objet t'est tendu, comme une aide silencieuse et bienvenue. Tu acceptes l'objet, tentant maladroitement de l'attraper de ta patte blessée, remerciant la femme pour son aide. Tu finis par y parvenir non sans un grognement agacé et le ranger dans son emplacement que tu as prévu pour lui. Enfin, tu te tournes vers la nouvelle venue, lui offrant un sourire aimable, proche du commercial que tu empruntes si souvent alors que tu entends :

- C’est vous le propriétaire ? On m’a recommandé votre boutique. Je n’ai pas tellement d’argent, mais je voudrais vous acheter une arme.
- Merci pour votre aide et, oui, je suis le propriétaire. Karlson, pour vous servir.

Par Timan que tu détestes cette phrase d'accroche. Elle sonne si fausse, hypocrite. Mais bon, tu préfères y passer outre. Le sexe faible devant toi te fait savoir qu'elle souhaiterait effectuer un achat dans ta boutique, mais qu'elle ne dispose pas d'une forte somme sur elle. Jolie brin de femme qui t'aurait assurément plu si tu étais de ce bord là. Propre sur elle et bien habillée. Mais dans son regard, une légère crainte, comme si elle se sentait comme en danger. D'un pas rapide, tu viens poser tes papiers sur ton comptoir afin de revenir vers elle, souhaitant l'aider au mieux à trouver cet arme qui saura la protéger et, surtout, la rassurer. Ce genre de chose, tu ne les prends pas à la légère. Certes, tu tiens à faire du chiffre, à gagner un certain bénéfice, mais tu ne souhaites pas non plus ruiner tes clients et vendre des produits plus cher que leur valeur initial. Non. Contrairement à certains de tes collègues commerçants, tu restes quelqu'un d'honnête et de sérieux. Pas de fausse promesse, de fausse garantie.

- Ne vous en faites pas pour le prix, nous nous arrangerons selon votre bourse. Permettez-moi seulement de vous poser quelques questions afin que je puisse mieux vous orienter sur le choix de l'arme, voulez-vous ?

C'est quelque chose que tu proposes à chaque fois qu'un client arrive, mais ne sait finalement pas quoi prendre. Tu ne tiens pas à lui vendre n'importe quoi ou qu'il finisse par regretter son achat. Le mieux est qu'elle soit satisfaite de son achat, qu'elle te fasse de la bonne publicité et qu'elle finisse par revenir. Oui, tu as quelques habitués. Ce sont majoritairement des Dignitaires et de rares Grands qui reviennent fouler ton sol, en quête d'une nouvelle arme à acquérir, à exhiber. Revenant la femme devant toi, tu l'invites avec politesse à s'installer sur l'un des fauteuils tandis que tu préfères rester debout. Ces sièges ne te sont pas destinés.

- Pourquoi désirez-vous une arme ?

Cette question semble si anodine, si ridicule, mais c'est l'exacte contraire. Ce n'est qu'un première parmi tant d'autres et elle peut t'aider quant à la direction à suivre. Au moins, sais-tu que ce ne sera pas une arme à forte somme. Elle sera donc en toute simplicité. Cela réduit ton champ d'action. Tu entends au loin, ton canidé s'installer sur le morceau de tissu lui appartenant, mordillant un os que tu lui as acheté le matin-même. Certains n'apprécient guère l'animal à cause de son œil en moins et de sa ressemblance à celle du loup, mais tu te fiches de tout cela. Vous vous êtes, en quelques sortes, adopté.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Sam 25 Mar 2017 - 23:03
Un geste, un simple geste, suffit parfois pour tisser un lien déterminant. Cela pouvait être d’aider un  inconnu, de pousser quelqu’un pour lui éviter de se faire écraser, de tendre un mouchoir. Parfois seulement de sourire ou de ramasser un objet. Ce geste-là serait-il celui qui ferait débuter quelque chose de plus grand qu’une simple transaction commerciale entre Naomi et Karlson ? Seule la suite de la conversation le dirait. Elle l’observa examiner attentivement l’objet tombé, lui cherchant un défaut, sans rien dire, ou même hausser un sourcil. Après tout, elle aussi travaillait dans le commerce, elle savait ce que c’était. Visiblement, l’homme avait une main blessée, voire invalide. Comment tel accident était-il arrivé ? Une balle partie dans la mauvaise direction lors d’une manipulation, une arme qui aurait explosé dans sa main ? Ce n’était pas le genre de question qu’on posait sans audace ou sans être un brin plus familier avec l’homme en face d’elle.

La phrase d’accroche la fit sourire. Mais quelque part, c’était un sourire sans joie. Car elle devinait bien le manque d’entrain, la familiarité usante et lassante de la formule toute prête, telle qu’elle pouvait aussi l’utiliser lors des jours définitivement sans – notamment après la mort de son mari. Après tout, un métier ne devrait pas dévorer toute une vie. Mais elle ne comprenait que trop comment une boutique, ou une société, pouvait devenir pesante et faire paraître une fausse image. Elle n’était pas forcément mieux lotie dans son travail, et après tout, tout ce qui était du business impliquait du faux-semblant.

Naomi tourna la tête vers lui, alors qu’il revenait. Sans qu’elle le veuille, hélas, la clarté bleu très clair de ses yeux donnait souvent aux gens l’impression qu’elle les épinglait, ou cherchait à discerner leurs pensées, alors que ce n’était pas vraiment le cas.

— Monsieur Karlson, vous ne me semblez pas d’humeur aujourd’hui et je préfère qu’on parte de bonnes bases, alors… ne faites pas le commercial si vous n’en avez pas envie. Je sais ce que c’est.

L’avantage, songeait-elle, d’être parvenue à quarante ans, et en étant veuve, sans enfants, est qu’on a appris à se détacher et à ne plus rien avoir à prouver à personne, et de ne pas s’embarrasser avec des familiarités. Je sais ce que je veux et je n’ai plus de temps à prendre. Ainsi se permettait-elle d’être directe, au point de parfois sembler trop honnête, mais elle avait jugé qu’elle n’avait plus à avoir peur de quoique ce soit.

Au final, si elle n’avait pas grand-chose à perdre dans cette vie, depuis la mort de son mari, elle n’avait pas grand-chose à gagner non plus. Elle ignorait en réalité ce qui la poussait à se lever chaque matin, hormis le fait de le faire pour elle-même et sans doute parce qu’elle faisait partie de ces gens croyant en le futur, quel qu’il soit. Seulement, elle n’en attendait plus grand-chose, de l’existence, même si Hyram et les autres dieux savaient certainement que ce n’était pas pour autant qu’elle songeait à arrêter sa respiration.

Naomi offrit seulement un sourire encourageant à Karlson, alors qu’il affirmait qu’il s’arrangerait selon la bourse. Tant mieux. Sans être pauvre, elle n’était pas riche, et devait faire attention à la réserve d’argent qui lui restait. Un hochement de tête signifia à son interlocuteur qu’il pouvait se lancer dans les fameuses questions, et elle s’assit dans l’un des fauteuils qu’il lui désignait, sans y prendre place lui-même.

La première interrogation ne fut pas tellement une surprise. C’était même la plus logique, pour déterminer quel usage il serait fait de cette arme, dans quelles conditions il faudrait s’en servir, et cela servirait sans doute aussi pour le permis d’arme, sur lequel elle devait d’ailleurs l’interroger. Certes, comme tout citoyen de la Ligue raclusienne, elle avait effectué son service militaire, et elle avait même bien aimé cette période. Pendant un instant, elle reconsidéra les raisons qui l’amenaient ici. Mais elle ne voyait pas pourquoi, pour l’instant, elle chercherait à dissimuler la vérité. Ses paroles résonnèrent donc avec un timbre honnête.

— Pour me défendre. Je me sens suivie ces derniers temps. Et avec ce qui se passe… les enlèvements d’enfants...le meurtre du Prince… je n’aimerais pas être prise au dépourvu.

Sa voix ne tremblait pas en assurant cela. Bien entendu, elle aurait pu dire que c’était parce qu’elle ne se sentait pas en sécurité depuis qu’elle enquêtait sur les enlèvements des enfants du peuple – mais elle ne jugeait pas nécessaire d’aller jusque-là. Après tout, d’autres clients étaient présents dans la boutique, et sauf erreur de sa part, tous avaient des oreilles et une ouïe fonctionnelle.

La façon dont elle s’était installée dans le fauteuil révélait également dans doute de la personnalité de l’employée de l’Impérial. Elle n’était pas détendue, ni ne s’était mise à son aise. Elle demeurait prête à se relever, ayant posé seulement une main sur l’un des accoudoirs, l’autre sur sa robe. Ouverte à la discussion, de toute évidence, du moins pour l’instant. Si ses yeux errèrent un instant à la recherche du bruit émis par le chien noir à l’apparence de loup, ils revinrent bien vite fixer le visage de Karlson, sans ciller, et sans que Naomi ne paraisse gênée ou embarrassée. Comme s’il était tout à fait naturel d’être là à parler d’armes. Quant au chien, elle appréciait les animaux, et si celui-ci était d’apparence plutôt sauvage, il ne traînait pas juste à côté d’eux non plus.

— J’ai fait mon service militaire dans la Ligue raclusienne. Il n’y a donc pas besoin d’une arme de… débutante.

Nul mépris de sa part en disant cela, mais au moins cela fournissait un indice supplémentaire pour le propriétaire de la boutique, qui saurait davantage quoi rechercher.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Mar 28 Mar 2017 - 19:32
En nonobstant ton cauchemar ainsi que la chute de ton arme à vendre, c'est plutôt un très bonne matinée, voire journée, qui s'annonce au vue de la clientèle visitant ton humble boutique. Peut-être n'achèteront-ils pas, mais s'ils en repartent toujours plus curieux et satisfait ils la conseilleront à d'autres gens qui viendront sûrement dans le but de faire des achats. Mais tu as également conscience qu'avec tous ces enlèvements d'enfants et d'autres sombres rumeurs, les gens prennent peur et souhaitent s'armer pour mieux se défendre ou attaquer. Les suspicions se font aussi plus nombreuses et tout est prétexte pour assassiner une personne dans l'ombre d'une ruelle malfamée, ou dans le creux de son lit. Alors, voir une femme du peuple se présenter ici afin d'y acheter quelque chose, arme à feu ou arme blanche, ne t'étonne absolument pas. Tu ne t'occupes pas des autres clients qui semblent plus tenter à faire des lèches-vitrines. Tu songes rapidement à te prendre un apprenti, quelqu'un qui pourra t'assister, travailler avec toi. Tes ventes ne pourraient qu'augmenter et tu pourrais en tirer un très bon bénéfice.

Il va falloir que tu songes à placarder une annonce, pour ce faire.

- Monsieur Karlson, vous ne me semblez pas d’humeur aujourd'hui et je préfère qu’on parte de bonnes bases, alors… ne faites pas le commercial si vous n’en avez pas envie. Je sais ce que c’est.

Tu ne caches pas ta surprise, arquant un sourcil étonné à l'entente de ces propos. Cette femme ne fait pas dans la dentelle et tu dois avouer que tu apprécies un peu cela. Elle n'a pas le sang froid, ne semble pas craindre de dire ce qu'elle pense. Ce genre de comportement chez le sexe faible est peu courant et tu trouves cela revigorant. Rafraîchissant. Tu finis tout de même par opiner du chef avant de lui offrir un mince sourire un peu plus sincère, presque reconnaissant de ne pas devoir jouer dans le faux-semblant durant les quelques minutes à venir.

Tu n'as pas le cœur à jouer les hypocrites pour le moment.

- Pour me défendre. Je me sens suivie ces derniers temps. Et avec ce qui se passe… les enlèvements d’enfants...le meurtre du Prince… je n’aimerais pas être prise au dépourvu.
- Je comprends pas. Je ne vous cache pas que vous n'êtes pas la seule à se sentir en danger depuis tous ces sombres évènements. Nous trouverons une arme qui vous sierra.

Elle est droite dans sa posture quand elle t'annonce également qu'elle a fait son service militaire dans la milice Raclusienne. Bien. Très bien. Au moins, tu n'auras pas besoin de tout lui expliquer en détail, que ce soit pour le nettoyage de l'arme, de son maniement ou même dans son démontage et remontage s'il s'agit d'un pistolet. Tu pourras aussi lui proposer quelques uns plus sophistiqué.

- Merci pour ces précisions, ma Dame. Auriez-vous donc une préférence pour les armes blanches ou les armes à feu ? La préférez-vous féminine  ou son apparence n'a aucune importance ? Jusqu'à combien pensez-vous pouvoir mettre ?

Cela fait beaucoup de question d'un coup, mais l'expérience de la femme ainsi que son assurance te permet d'aller un peu plus vite en besogne et de ne pas devoir tout lui expliquer, persuadé qu'elle comprendra d'elle-même la raison de cet interrogatoire et qu'elle n'en prendra pas ombrage. Après tout, si elle se sent en danger et qu'elle a déjà une petite idée de ce qu'elle souhaite et de combien ta cliente peut débourser, vous ne pourrez que trouver plus rapidement l'arme dont elle a besoin. Et ainsi, le sentiment de sécurité lui sera retrouvé. Ne lui faisant plus craindre les ombres rôdant. Enfin, c'est ce que tu souhaites penser, mais tu ne te leurres pas. Ce n'est pas aussi facile.

C'est d'ailleurs pour cela que tu ne ne désires surtout pas t'engager dans la recherche de ces pauvres enfants ou bien même découvrir qui a bien pus assassiner l'homme royal. Tu es un lâche et tu ne veux pas mourir. Tu as bien eu trop de mal à acquérir cette vie bien tranquille et tu ne souhaites absolument pas à ce qu'elle s'en retrouver chamboulée ou, pire, détruite. Cependant, s'il faut aider en vendant de quoi se battre et se défendre, tu n'hésiteras pas. Timan sera d'accord avec toi si tu en retires du bénéfice derrière.

Ainsi, chacun y trouvera son compte.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 2 Avr 2017 - 15:50
Naomi avait donc l’âme aussi tranquille que bien d’autres ici... Plus ou moins, si la plupart des gens étaient là pour acheter une arme défensive. La seule différence était peut-être qu’elle l’affichait clairement, pour sa part, refusant les faux-semblants qui n’avançaient à rien. Karlson n’avait probablement pas de temps à perdre. Et elle non plus, tout simplement. Sans pour autant sombrer dans la paranoïa, il lui semblait que ce choix assumé et réfléchi – finalement reprendre une arme, que ce soit pour elle-même ou pour son enquête – était de loin la meilleure idée qu’elle ait eue depuis un moment.

L’employée de l’Impérial ne put retenir un sourire, assez amusé et lumineux, quand elle vit son interlocuteur hausser un sourcil. Il était vrai que peu de clients devaient lui parler ainsi, mais étant pour sa part elle-même dans le commerce, elle savait à quel point certaines journées pouvaient paraître barbantes. Combien il était lassant, aussi, d’avoir toujours le même type de clients qui ne savaient pas ce qu’ils voulaient. En général, la veuve était plutôt réfléchie, mais il lui arrivait de plus en plus, ces derniers temps, de moins prendre le contrôle assuré de sa vie et de se laisser aller à plus de spontanéité. Quand elle le vit sourire, elle se dit qu’une partie des choses était ainsi gagnée. Non pas qu’elle voyait cette transaction comme une partie à gagner, mais au moins, avec un peu de chance, elle s’était à la fois attirée un peu de sympathie de la part du propriétaire, et au moins un peu plus d’honnêteté.

— Et est-ce que toute la ville se fournit chez vous, monsieur Karlson ? demanda-t-elle, avec  un ton qui pouvait ressembler à de la taquinerie. Plus honnêtement, j’espère pour vous qu’aucun individu louche à l’origine des troubles dans la ville n’a fait partie de vos clients.

Il était plus à parier que dans ce genre de cas, les criminels se fournissaient dans l’ombre, mais savait-on jamais. Elle se demanda pendant un temps quel âge avait ce jeune homme. La trentaine, sans doute guère plus. Avait-il monté la boutique de toutes pièces, ou l’avait-il reprise à quelqu’un ? Il semblait en tout cas connaître son métier, au vu des questions suivantes. Elle commençait à trouver que cela faisait beaucoup d'interrogations, pour un vendeur et pour quiconque cherchait la discrétion, mais elle tâcha de ne pas en prendre ombrage. D’ailleurs, elle s’était assise, jusqu’à présent, mais Naomi finit par se relever, comme tenant difficilement en place, ou du moins n’aimant pas la relation imposée par les langages de leur deux corps. Ils étaient égaux à égaux, après tout, même si elle était simple cliente d’un matin.

— L’apparence importe peu, fit-elle, avec un geste de main vague.

Pendant un instant, elle hésita. Une arme blanche était tentante. Elle ignorait pourquoi, mais elle avait certes toujours eu une certaine fascination pour les dagues et autres poignards. De la part d’une femme, certains y auraient trouvé quelque symbole sexuel douteux. Néanmoins, cela signifiait qu’en cas de danger, il y aurait nécessité d’un corps à corps, et elle n’était pas sûre d’apprécier cette éventualité. Quant à l’argent...elle gagnait certes sa vie, et disposait d’une petite réserve laissée par l’héritage de son mari. Toutefois, elle devait y faire attention.

— Mettons entre trente et soixante roues d’or…

Elle n’avait en vérité guère d’idées sur le prix des diverses armes. Peut-être était-ce trop élevé, ou pas assez, ce qu’elle disait. Sur cela, elle ne pouvait qu’espérer ne pas être tombé sur un roublard. Mais Naomi posa son regard aigu sur Karlson, ne cillant pas face à ses yeux sombres, qui auraient pu sembler à d’autres assez inexpressifs, mais qui lui paraissaient teintés d’une certaine mélancolie. Comme si malgré son âge, il en avait déjà un peu trop vu, avait déjà trop vécu. Elle se faisait des idées, à ce sujet. Certes, l’homme en avait pas mal vu. Mais contrairement à elle, il avait plus l’étoffe d’un lâche, que d’un courageux. Mais ce genre de choses ne se devinait pas en un regard. Peut-être ne l’aurait-elle d’ailleurs pointé jugé.

Naomi était quelqu’un qui commençait à ne plus avoir grand-chose à perdre, dans sa vie, ce qui expliquait peut-être pourquoi elle se lançait sur la piste des enfants disparus, avec autant d’obstination. Somme toute, je n’attends plus grand-chose, de tout, pensa-t-elle brièvement. Pour autant, ce mode de pensée ne la faisait pas encore aller vers l’auto-destruction, fût-elle involontaire.

Je vous admets que je pencherais davantage pour une arme à feu, finit-elle par dire, après réflexion. Mais je sais qu’il faut un permis de port d’armes, pour celles-ci, et je ne sais pas combien de temps il en faut pour en établir un. Ce n’est peut-être pas le cas des poignards et compagnie. D’ailleurs, vous êtes habilité à vous occuper de ça aussi ?

En vérité, il en fallait pour les deux, avec la précision de s’il s’agissait d’une arme de petite calibre ou de duel. Et si Naomi était loin d’être une délinquante, comme toute personne face à la bureaucratie, l’idée de remplir des papiers était rébarbative ; même si elle le ferait, évidemment.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 9 Avr 2017 - 19:49
Il est déjà arrivé plusieurs fois à ce qu'on te demande de répéter tes questions, à ce que tu entres plus dans les détails et explications ou alors à ce que tu n'ailles pas aussi vite. Un renseignement à la fois. Mais cette femme qui se trouve devant toi démontre et le prouve par son comportement et ses paroles qu'elle n'a pas besoin à ce que tu prennes des pincettes avec elle. Alors, tu en profites, ne faisant perdre de temps à aucun de vous deux. Tu ne caches pas que c'est la première fois que tu te retrouves face à un sexe faible ayant auparavant fait ses preuves dans le maniement de l'arme. Tu n'as pas vu de femme dans l'armée où tu as servi et tu n'as pas entendu de soldat féminin dans ce royaume. Tu la vois sourire à la vue de ton sourcil arqué, ta surprise l'amusant. Tu n'en prends pas du tout ombrage. Inutile. C'est tellement rare une personne qui soit sur la même longueur d'onde que toi. Alors, autant en profiter.

- Et est-ce que toute la ville se fournit chez vous, monsieur Karlson ? Plus honnêtement, j’espère pour vous qu’aucun individu louche à l’origine des troubles dans la ville n’a fait partie de vos clients.
- Manifestement, je dois être le seul vendeur d'armes de toute la ville, badines-tu. Quant aux clients, j'ai pour principe de ne pas poser de questions.

Tu ne sais pas si tu as bien fait de répondre avec sincérité car Lâcheté frétille dans sa cage, commençant à sourire sournoisement. Tu ne sais véritablement rien des personnes t'achetant et te vendant les armes. Certains sont bien habillés, d'autres ont l'air correct. Mais il arrive que des hommes aient le regard fuyant, pressé de vendre leur produit et peu important le prix. Tu n'as jamais demandé de détails, te contentant de faire ton travail. Tu te fiches de savoir si tu as raison ou tord d'agir ainsi, mais c'est ta ligne de conduite et tu comptes bien t'y tenir. La voir se tenir à nouveau debout devant toi te fait sortir de tes pensées, t'obligeant à relever la tête.

- L’apparence importe peu.

Tu opines du chef. Cela ne t'aide pas à réduire ton champ d'action, mais ce n'est pas bien grave. Il te suffira juste de faire plusieurs propositions et de la laisser choisir ce qui lui sied le mieux. Elle semble réfléchir, hésiter et tu gardes le silence afin de ne pas la déranger dans sa réflexion.

- Mettons entre trente et soixante roues d’or…

Cette fois, tu fais tout pour dissimuler ta surprise. La plupart des clients venant vider leur bourses de cette manière sont soit des Dignitaires, soit des Grands. Rien d'autre. Mais tu acquiesce une nouvelle fois. Ce n'est pas toi qui va cracher sur l'argent que tu peux gagner. Après tout, la plupart des gens ont du mal à comprendre qu'un marchant de n'importe quelle sorte, n'est pas là pour faire principalement plaisir au client. Cela ne reste qu'un bonus. Non. Le véritable objectif de tout commerçant est de faire monter le chiffre d'affaire. Le but étant de pouvoir se munir de nouveaux produits pour de nouveaux intéressés, payer les charges ainsi que de faire du bénéfice. Cette dernière part du gâteau te permet de vivre correctement, te donnant également l'opportunité de mettre de l'argent de côté en coup dur.

- Je vous admets que je pencherais davantage pour une arme à feu. Mais je sais qu’il faut un permis de port d’armes, pour celles-ci, et je ne sais pas combien de temps il en faut pour en établir un. Ce n’est peut-être pas le cas des poignards et compagnie. D’ailleurs, vous êtes habilité à vous occuper de ça aussi ?
- Je m'occupe également des armes blanches. Néanmoins, si vous tenez à vous procurer une arme à feu, je puis vous réserver celle que vous désirez et nous en reparlerons lorsque vous aurez votre permis de port d'arme. Qu'en dites-vous ?

Tu ne tiens pas spécialement à lui vendre un pistolet ou quoi que ce soit d'autres. Mais si cette femme se sent plus en sécurité avec une attaque à distance, tu ne vois pas pourquoi tu devrais la mettre dans la panade. Les jours sont sombres ces temps-ci. Tu le sais mieux que personne au vu du nombre de clients qui franchissent ta porte ces derniers temps. Alors, il faut bien comprendre que tu ne fais pas cette proposition parce que c'est une femme qui se trouve en face de toi. Tu restes professionnel.

Tu aurais fait cette offre à tout le monde.



C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Ven 14 Avr 2017 - 19:24
Plus elle considérait cet homme, plus une étrange impression s’insinuait en elle, sans qu’elle arrive à la définir clairement. Il lui semblait qu’ils parlaient d’égal à égal, tranquillement, et que le contexte de la boutique d’armes n’était finalement pas si important que cela. Ils auraient pu se trouver en n’importe quel lieu. Pourtant, leur conversation ne dérivait nullement de cette transaction. Aucun mot n’était prononcé en-dehors de ces limites, hormis la tentative de plaisanterie, et le fait d’avoir essayé de mettre le commercial à l’aise dès le début.

Mais l’impression était toujours là, certaine ; seulement vague. Karlson avait l’air plutôt étonné de l’attitude de Naomi, sans toutefois faire aucune remarque désobligeante, ni moquerie. Elle lui en était reconnaissante pour cela, même si elle ne pouvait être sûre de la totalité honnêteté du vendeur en lui, en tout cas. Elle reprit la parole, pour lui expliquer brièvement.

— Toute personne citoyenne de la Ligue raclusienne, quel que soit l’État, et le sexe, se doit de donner trois ans en service militaire. La plupart de mes amis n’ont pas apprécié, mais moi oui. On y trouvait plus de discipline et de solidarité que dans le monde ordinaire, ajouta-t-elle.

Surtout dans une ville comme celle-ci, qui respirait et croissait au murmure des rumeurs, qui s’en nourrissait et qui en vivait. Elle hocha la tête à son badinage, amusée.

— Vous êtes prudent. Et un bon commercial. Les gens n’aiment pas les questions.


Après tout, elle en était une aussi, parfois, et elle pouvait se targuer de savoir reconnaître ce genre d’attitude. Et puis, quand elle songea avec plus de sérieux à cette question, elle se dit qu’il valait certainement mieux, pour un marchand d’armes, ne jamais poser de questions, quand on pouvait avoir en face de soi des malades, des tueurs à gage ou pire encore.

Naomi Sunder eut un instant de silence, quand elle mentionna la somme qu’elle pouvait mettre à disposition. C’était une partie très importante de l’héritage laissé par son mari, probablement la moitié, voire plus. Pendant un instant, elle se demanda si elle n’avait pas exagéré ou commis un impair, mais l’expression de Karlston était trop insondable et indéchiffrable, pour qu’elle puisse déduire quoique ce soit de probant. Elle regretta sa parole, mais c’était trop tard.

Et puis, si au moins elle pouvait repartir avec une arme de qualité, et qui ne lâcherait pas un son de pétard mouillé, quand elle l’utiliserait… La veuve continua donc à répondre à ses questions, patiemment. Cet état n’allait peut-être pas durer encore très longtemps. D’ailleurs, elle n’accueillit pas la nouvelle de l’attente du permis de port d’arme, avec bonne humeur. Combien de temps la paperasse allait-elle encore prendre ? Deux semaines ? Un mois ? Plus ? Elle n’avait pas le temps. Les enfants continuaient à être enlevés et le kidnappeur n’allait pas attendre gentiment qu’elle obtienne de quoi se défendre. Quant aux autorités, elles ne faisaient strictement rien. Probablement beaucoup plus préoccupées par la mort du Prince, comme si une vie pouvait toujours être supérieure à une autre.

Elle jeta un regard autour d’eux, s’assurant qu’aucun client ne passait à proximité, avant de relever la tête vers Aslak, baissant la voix. Et même si elle détestait faire cela, elle essaya un sourire un peu trop enjoué et complice sur le jeune homme. Ce n’était pas son rôle, ce n’était pas le genre de choses qu’elle faisait, mais qu’est-ce qu’elle y pouvait, pour l’instant ? Elle passa brièvement sa main dans ses cheveux blonds, se rapprochant de lui de quelques pas.

— Et si on mettait de côté cette histoire de permis d’arme et que vous me permettiez d’acheter un pistolet ? Vous et moi on sait que l’administration met du temps à réagir. Et ça laisse alors tout le temps de mourir pendant que des ronds-de-cuir s’assurent juste que l’encre sur la paperasse est bien sèche.

Le regard azur de Naomi ne lâchait pas celui sombre d’Aslak. Son expression était tranquille, presque paisible, et pourtant déterminée. On pouvait avoir peur des tempêtes et des flots en furie, mais une mer calme, qui semblait attendre son heure pour engouffrer le premier navire venu, voilà qui était peut-être plus effrayant encore.


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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Mer 26 Avr 2017 - 16:17
- Toute personne citoyenne de la Ligue raclusienne, quel que soit l’État, et le sexe, se doit de donner trois ans en service militaire. La plupart de mes amis n’ont pas apprécié, mais moi oui. On y trouvait plus de discipline et de solidarité que dans le monde ordinaire.

Tu opines du chef quand tu apprends que cette femme est une Raclusienne et qu'elle a bien apprécié ses années militaires. Pas toi. Tu n'as plus envie de te souvenir pourquoi tu t'es engagé dans l'armée, tu te remémores de la raison pour laquelle tu as tout fait pour la quitter. Oh tu ne regrettes pas totalement t'être enrôlé car cela t'a permis de trouver un travail dans lequel tu prospères plutôt bien grâce à ton expertise et ton professionnalisme. Les gens te font confiance, n'hésitent pas à te poser des questions, même les plus ridicules, comprenant que tu ne te moqueras nullement. Certains se prennent à te poser des questions quelque peu indiscrète, notamment sur une éventuelle femme ou enfant qu'ils ne voient jamais. Tu ne réponds qu'à demi-mot. Tu n'as pas encore trouvée la bonne personne. Ils n'insistent généralement pas. D'autres te proposent de rencontrer leur sœur, leur cousine ou une amie qui n'a encore toujours pas trouver chaussure à son pied.

- Vous êtes prudent. Et un bon commercial. Les gens n’aiment pas les questions.

Oui, les gens n'aiment pas les questions. Tu osais au début, mais les regard noirs, les lèvres pincées ou les réponses sèchent t'ont très vite fait comprendre qu'il valait mieux favoriser la discrétion.

Après ta proposition, tu la vois réfléchir, gardant le silence et regardant les clients présent autour de vous. C'est encore tranquille. La plupart de la population se trouve au marché ou dans les Temples. Puis, la cliente te fait un sourire enjoué et complice que tu ne comprends pas. Tu ne bouges pas alors qu'elle se rapproche pas de toi, envahissant ton espace vital. Tu espères juste que, sous ses airs de femme sans histoire, ne se cache pas une individu aux intentions peu louables à ton égard.

- Et si on mettait de côté cette histoire de permis d’arme et que vous me permettiez d’acheter un pistolet ? Vous et moi on sait que l’administration met du temps à réagir. Et ça laisse alors tout le temps de mourir pendant que des ronds-de-cuir s’assurent juste que l’encre sur la paperasse est bien sèche.

Tu ne peux aller contre sa logique. L'administration est bel et bien longue et le demandeur peut très bien trépasser entre deux signatures. Mais que peux-tu y faire. La belle n'est pas la seule à t'avoir demandé de faire une entorse au règlement sans une seule seconde songer que cela pourrait t'apporter des problèmes. "Oh, ils ne sont que minimes" t'a-t-on rétorqué une fois. Oui, bien sûr... Une forte amende à payer, suivi de la fermeture définitive de la boutique. De quoi vivras-tu par la suite ? Tu ne connais que les armes et les chiffres. Tu ne sais pas très bien lire et écrire, te cantonnant à ce que tu sais. Cela fait d'ailleurs six mois que tu entames le même bouquin et tu n'es même pas arrivé à la moitié. Lâcheté jubile de te voir te rebiffer pour mieux hésiter ainsi. Tu ne veux pas revivre l'expérience de la rue, chose que la plupart de tes clients n'ont jamais connu, n'imaginent que très mal.

Tu la regardes, l'étudies, cherche à comprendre les raisons de l'achat qu'elle souhaite effectuer. Tu as envie de refuser. De prendre ton courage à deux mains et de lui exposer ton refus, mais Lâcheté est folle de joie lorsqu'elle t'entend pousser un soupir. Tu as cédé. Tu ne sais faire que cela.

- J'accepte. Mais à une seule condition que, je l'espère, vous respecterez.

Tu n'es définitivement pas fait pour contrarier qui que ce soit.

- Il vous faut comprendre que si jamais on apprend que je vous ai vendu une arme sans m'être assuré que vous aviez un permis, il peut m'arriver de graves ennuis et à vous également.

Tu prends un temps de pause. Pas pour la faire réfléchir aux conséquences de ses actes, ni pour ajouter un quelconque effet dramatique. Non. En réalité, tu cherches tes mots.

- Donnez-moi quelque chose. Une garantie qui me prouvera que vous reviendrez me voir avec votre papier administratif en main. Si jamais ce n'est pas le cas et que les hommes de loi me posent des questions, je me dédouanerai de toute responsabilité. Comprenez-vous ?

Tu veux paraître assuré, peu enclin à être sympathique ou compréhensif. Mais la vérité est toute autre. Tu angoisse sur l'idée de t'être totalement trompé quant à ta décision, aux problèmes qui peuvent survenir. Tu ne veux pas de problème.

Tu crains la tempête.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Sam 6 Mai 2017 - 20:08
Les caractères de ces deux êtres – et une partie de leur opinion – se trouvaient aux antipodes l’un de l’autre. L’armée raclusienne avait été, étrangement, une belle époque pour Naomi. Les amitiés nées là-bas existaient encore, même si elles se tenaient par correspondance surtout. Apprendre à être discipliné n’était pas mauvais. Et puis, au moins, elle savait manier les armes à feu, ce qui lui évitait d’avoir à apprendre des leçons, même si elle n’était pas une experte non plus. Cela l’assurait peut-être de ne pas se faire embobiner par cet homme qui n’appréciait pas d’être un commercial.

Elle se moquait en revanche bel et bien de savoir s’il était marié, avec un enfant ou trente-six. Elle avait quarante ans. L’âge de juger les autres était passé, d’autant qu’elle était veuve et n’avait jamais eu d’enfant. Les malheureux qui avaient posé la question du pourquoi l’avaient en revanche regretté assez vite. Elle passait souvent pour une blonde inoffensive, mais elle avait son mordant quand elle s’y mettait. Pour autant, elle n’était pas réellement dangereuse.

Il n’y avait que dans les pires situations qu’on parvenait à voir de quoi était faite l’étoffe des gens. Sans doute aurait-elle été un brin déçue de voir la composition de l’âme de son interlocuteur, que jusque-là, elle aimait plutôt bien. Jusqu’à aller s’immiscer dans un rôle qui n’était pas le sien, mais qui pouvait éventuellement l’aider. Elle n’était pas femme à obtenir des choses en faisant du charme, mais parfois, nécessité faisait loi. Dommage, l’autre en face n’aurait de toute façon pas été intéressé par la marchandise, et d’ailleurs, il ne se défilait pas, lui répondant clairement.

Karlson garda un instant un long silence. Naomi resta immobile, sans reculer ou avancer d’un centimètre, les yeux dans les siens et le cœur battant plus vite que d’ordinaire. C’était ridicule. Peut-être qu’il allait désormais refuser de lui vendre une arme tout court pour être bien dans les clous d’une loi qui ne se pliait pas assez aux nécessités humaines. Certes, c’était une entorse qu’elle demandait. Mais comme les autres, elle voyait son intérêt propre avant celui du vendeur d’armes. L’égoïsme faisait effectuer des choses peu agréables. Naomi ne respira pleinement que lorsque la réponse tomba. Positive, oui ; mais avec une forme inattendue. Elle fronça les sourcils. Elle doutait que laisser un objet ou quelque chose allait permettre de « promettre » qu’elle reviendrait, elle ou n’importe quel client.

— Je comprends votre prudence, admit-elle, d’abord, hochant la tête lentement, l’air un peu découragé.

Si seulement elle savait que ce n’était pas vraiment de la prudence, mais de la lâcheté, tout simplement. Et puis, qu’est-ce qu’elle pouvait bien donner ? Une parole ? Une raison pour laquelle elle souhaitait tellement cette arme ? Un objet ? Elle allait déjà donner l’argent, après tout. Ce fut alors qu’elle remarqua l’air angoissé qui s’était saisi des yeux sombres du jeune homme, alors qu’il avait semblé si décidé, trente secondes avant. Machinalement, elle posa sa main sur la sienne, en un geste d’apaisement.

— Calmez-vous. Je ne suis pas une criminelle.

Qu’est-ce qu’il allait imaginer ? D’autant que les femmes assassins, ça ne courait pas les rues, ni les pages des livres d’histoire ambrosienne. Elle prit quelques minutes pour réfléchir. Il était hors de question qu’elle laisse son alliance. Elle n’avait pas grand-chose dans son sac à main. Naomi eut un instant d’hésitation, avant de relever la main pour enlever la montre à gousset glissée à son cou. Elle la déposa délicatement dans entre les doigts de Karlson. La montre était de cuivre et de bronze, savamment travaillée et ciselée avec soin, à l’emblème de sa ville natale en Ligue raclusienne. Une minuscule gravure permettait de voir la signature de la personne à l’origine de cet objet, la mère de Naomi. Ses yeux bleu clair replongèrent dans ceux du vendeur d’armes.

— Il s’agit d’une montre à gousset fabriquée par ma mère, frappée à l’emblème de Hishkar, ma cité de naissance. Je n’ai probablement pas d’objet familial plus précieux, en-dehors de mon alliance. Et c’est un excellent travail d’horloger, qui ne vaut sûrement pas aussi cher que vos armes à feu, mais sa valeur n’est pas négligeable. L’horlogerie de ma famille est réputée. Est-ce que ça vous suffit ?

Cela lui demandait, à elle en tout cas, un énorme effort personnel, presque physique, de se délester de cette montre qui ne l’avait jamais quittée depuis qu’elle était venue dans l’Empire de Vapeur. C’était certainement sa plus ancienne possession, et l’un des symboles de sa famille, autant qu’un lien. Le regard de Naomi ne lâchait pas le visage de l’homme.

— Pourquoi avez-vous peur ?

Il lui serait difficile de se défiler, cette fois, face à une question posée autant en face, et avec un ton franc et déterminé, d'un air quasi-inquisiteur.


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