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La colombe et le clébard [Naomie]

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Aslak Karlson
Marchand d'armes
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 14 Mai 2017 - 17:29
Si un spectateur externe à la boutique, voire même du monde, regarderait l'étrange duo, il se dirait qu'ils ne sont visiblement pas fait pour s'entendre. La femme, plus âgée, semble bien plus calme et bien plus courageuse que l'homme la dépassant d'une bonne tête en face d'elle. Plus en retrait, plus craintif, créant un réel contraste avec son corps musclé et bien bâti. Il se demanderait sans doute ce qu'il s'est passé dans leur vie pour qu'ils deviennent ainsi. Sans doute même finiront-ils par se détester à force de se côtoyer. Pour ta part, tu ne te poses pas ce genre de question. A part ton ami excentrique, tu n'as aucun lien, aucun proche dans ce royaume. Avant de le rencontrer lui, tu n'avais que ton chien et cela t'était amplement. Tu ne ressemblais plus vraiment à un adulte perdu, trouillard et ayant grandi trop vite. Le canidé te donnait l'assurance que tu n'as pas.

Et tu en manques actuellement devant ce brin de femme qui ne se laisse impressionner par qui et quoi ce soit. Elle est bien plus courageuse que toi et tu le sens très bien. Elle t'impressionne, tu as presque envie de l'admirer, mais tu sais que ce ne sera qu'une rencontre, une discussion de passage et tu ne veux pas t'engager dans des chemins incertains, aux aspects trompeurs. Lâcheté apprécie cela.

- Je comprends votre prudence.

Tu te détends presque de soulagement à l'entente de cette réponse, malgré son froncement de sourcils. Tu sais bien que cette condition n'est pas vraiment la bienvenue, mais avant de penser à son besoin, tu préfères songer à ta propre sécurité. Avec tout ce qui se passe, les gendarmes se font de plus en plus regardant en ce qui concerne les ventes d'armes et tu ne veux pas apparaître dans leur liste noire.

- Calmez-vous. Je ne suis pas une criminelle.

Ton tremblement cesse automatiquement. C'est complètement idiot. Tu sais bien que cette femme en face de toi n'a rien d'une paria, mais l'entendre dire te rassure un peu plus. Tu te dégoûtes toi-même alors que Lâcheté s'esclaffe à gueule bec. Tu opines du chef, signe que tu la crois et que tu la remercies silencieusement pour cette assurance. Si seulement le clébard que tu as recueilli cessait de dormir pour se poster à côté de toi, peut-être sentiras-tu comme un regain de courage qui bâillonnerait quelques instants Lâcheté au fond de sa cage.

- Il s’agit d’une montre à gousset fabriquée par ma mère, frappée à l’emblème de Hishkar, ma cité de naissance. Je n’ai probablement pas d’objet familial plus précieux, en-dehors de mon alliance. Et c’est un excellent travail d’horloger, qui ne vaut sûrement pas aussi cher que vos armes à feu, mais sa valeur n’est pas négligeable. L’horlogerie de ma famille est réputée. Est-ce que ça vous suffit ?

Tu regardes ladite montre à gousset avec un regain de curiosité, admirant les décorations et leurs finesses. Tu finis par opiner du chef, comprenant la valeur sentimentale de l'objet.

- Je vous remercie, fais-tu enfin. Vous avez ma parole que votre bien sera mis en lieu sûr jusqu'à votre retour et sera dans le même état qu'actuellement.

C'est une promesse que tu peux aisément rendre. D'ailleurs, tu déposes le trésor dans ta main droite, de crainte de le faire tomber avec ta mauvaise prise. En fait, tu glisses l'objet dans l'une de tes poches intérieurs, signe que l'accord est conclu et que l'achat peut dorénavant s'effectuer.

-  Pourquoi avez-vous peur ?

Tu as envie de reculer d'un pas face à cette soudaine question, mais tu ne bouges. Tu veux répondre immédiatement, mais tu sens que tu ne ferais que balbutier des inepties alors que tu gardes bouche close. Tu prends le temps de te calmer. Cette femme te perce beaucoup trop à jour, voit tes craintes, ta lâcheté et tu ne veux pas que cette rumeur se mette à courir. Les clients ne voudraient pas d'un vendeur d'arme trouillard et les illégaux verraient là une occasion en or de se servir gratuitement. Finalement, tu secoues négativement la tête, montrant que tu ne désires guère répondre à cette réponse puisqu'il n'y a pas vraiment de réponse en soi, et préfère te concentrer sur la vente à effectuer. Que tu te remémores... arme à feu de bonne facture et d'excellente qualité. Fait pour l'usage et non pour la décoration. Tu lui fais signe de la suivre alors que tu sais exactement quoi lui proposer. Tu lui proposes plusieurs, n'omettant aucun détail les concernant. Bien évidemment, tous sont vierge de toute utilisation.

Tu lui présentes le revolver de transition. Arme de simple à carcasse ouverte. Son créateur, Joseph Lang, est le seul à avoir remédié au problème de fuite de gaz propulseurs entre la chambre et le canon. Sur ce revolver, lorsque le barillet tourne et que la chambre atteint l'extrémité du canon, sa bouche s'enclenche avec l'arrière du canon, créant mécaniquement un raccord hermétique entre ces deux éléments.

Tu lui présentes également le Reichsrevolver. Une arme plus récente, mais dont est intégrée un levier de sûreté qui empêche toute démarche accidentelle.

Sinon, il y a également le revolver Webley-Pryse N°4. Il s'agit là d'une arme à canon basculant vers le bas, équipé d'un rebondissement. Le revolver intègre un système d'exraction simultanée de la douille vide.

Tu pourrais lui proposer d'autres armes plus cher, mais si elle te fait vraiment confiance pour te confier quelque chose qui lui est précieux, tu ne veux certainement pas la décevoir.

- Sans compter les munitions, chacune de ces armes valent dix roues d'or.


C'est un silence qui se fend, une main tremblante, des larmes sèchent. Hurlement silencieux, calme panique.
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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Lun 22 Mai 2017 - 21:38
Quand Naomi regardait cet homme, le décalage était saisissant. Il n’était pas une armoire à glace, mais il était impressionnant d’apparence : grand, solide, bien que semble parfois décharné. Mais cette sensation de force était dérangée par un visage qui faisait encore juvénile, par l’air renfermé, presque apeuré, qu’il avait. Aslak n’avait pourtant rien à craindre d’une femme comme elle. Elle l’avait dit, elle était loin d’être une criminelle ou une tueuse en série. Au mieux était-elle un peu parano et hystérique… et encore, sous un bon prétexte.
Cependant, il avait tort : il en fallait pas mal à Naomi pour détester quelqu’un. Elle n’était pas aussi impulsive. Il y avait un peu trop d’apathie, de mort lente en son âme depuis quatre ans, pour que souffle une véritable braise de colère en permanence. Les cendres étaient bien là, mais ce ne serait pas cet homme qui les ranimerait, pour voir le véritable incendie qui pouvait parfois brûler le cœur de la veuve.

Ceux qui n’avaient plus rien à perdre, on les prenait après tout souvent pour des fous. Fort heureusement pour elle, extérieurement, ce n’était pas encore le cas. Tout reposait dans ce laps de temps qui s’amenuisait un peu plus à chaque instant. Et qui savait ? Peut-être que cette rencontre n’était pas si éphémère que cela. Naomi n’avait aucune conduite dictée par la lâcheté, pourtant, reste à savoir ce qui la poussait vraiment à mettre un pied devant l’autre.

Elle avait toujours eu un sens de l’observation et ne manqua pas de noter que le tremblement de l’homme en face d’elle cessa. Encore une fois, elle trouva cela absurde. Elle faisait sûrement la moitié du poids de cet homme et était bien moins forte. Elle n’aurait jamais pu tenir tête à quelqu’un comme ça. Et si elle avait su les pensées du jeune homme en face d’elle… nul doute que son attitude changerait. Peut-être que cette occasion lui serait donnée. Elle la tenta, en tout cas. Après que Naomi lui eut remis sa montre à gousset, avec soin, elle ne le quittait plus des yeux, sentant son cœur se serrer d’une manière inexprimable. Jamais cet objet n’avait quitté sa peau, auparavant.

Cette confrontation, pour elle, n’avait rien d’agressif : elle avait choisi de s’y plier. Cependant, elle se montrait déterminée, presque autoritaire, décidée à tirer le secret qui semblait tant dévorer cet homme au point de le faire se recroqueviller sur lui-même.

— Merci, dit-elle toutefois, doucement, quand il lui donna sa parole de garder l’objet en lieu sûr.

Pouvait-elle vraiment s’y fier ? Si jamais il la vendait, ou la lui redonnait en mauvais état, peut-être trouverait-elle assez de force pour finalement arriver à le renverser. Mais à cet instant les dés étaient dans les mains de Pohn, et elle ne pouvait rien y faire. Rien y faire à part s’en remettre aux dieux. Elle ferma les yeux une seconde, inspirant profondément. Son visage encadré de blond devait avoir l’air plus fragile, ainsi, mais cette impression disparut quand son regard d’un azur perçant se posa de nouveau sur Aslak. Et puis la question tomba. Et comme Naomi avait pu s’y attendre, il recula.

Ce n’était pas aussi direct, bien sûr. Pas de recul brusque, pas de mouvement d’effroi, mais le silence et l’absence de réponse. C’était aussi parlant qu’il s’était mis à protester ou à se confesser, tout d’un coup. Elle ne brisa pourtant pas ce silence qui s’étendait entre eux. Lui laissant l’opportunité, peut-être, de vaincre enfin le tumulte intérieur qui le dévorait, lui, et d’oser briser ce mutisme. Il n’en fut rien. Il secoua juste la tête, sans rien de plus, se contentant de faire son travail, revenant à la tâche d’un automate. Elle le suivit sans mot dire, pourtant, il devait sentir le regard de l’employée de l’Impérial peser sur sa nuque. Elle ne lâchait pas l’affaire. Pas si facilement.

Pendant un moment donc, elle se contenta d’écouter ces présentations d’armes, retenant les détails autant qu’elle pouvait. Durant quelques secondes, elle fut sur le point de proposer un marché. S’il disait ce qu’il avait sur le cœur, elle achèterait les trois armes. Puis elle se rendit compte qu’aussi jeune qu’il était, et éventuellement en besoin de faire fonctionner son commerce, cela avait tout d’une insulte. Non, il fallait agir autrement. Elle ne lisait peut-être pas autant en lui qu’il le pensait, mais elle sentait décidément que quelque chose clochait et troublait le jeune homme, comme s’il était toujours sur le point d’avancer vers un peu de lumière, avant de sciemment reculer, effrayé par… effrayé par quoi ? C’était là toute la question. Mais parfois la réponse n’était pas le pourquoi, mais qui. Pour qui on faisait les choses. Pour qui on continuait à se battre. Pour qui on sombrait, et de qui on avait peur.

Elle hésita. La première arme était la plus sûre, techniquement, elle le comprenait, mais elle était attirée par ce drôle de mécanisme rebondissant, et de cette manière que le revolver rejetait le corps vide de la douille après utilisation, comme un parasite étranger. C’était difficile de parler de charme, à l’ancienne ou non, mais cela lui plaisait.

— Le Webley-Pryse. Il m’attire plus.

Autant laisser un temps de patience et de soulagement au jeune homme. Les questions n’en reviendraient qu’avec plus de force, plus tard.

— J’imagine que vous avez un endroit où essayer ? A l’arrière de la boutique, peut-être ? Elle eut un sourire. Il ne faut jamais prendre une arme sans s’être assuré qu’on pouvait s’y adapter.

Avec de la chance, il ne restait plus de client pour l’instant dans la boutique, ce qui excuserait bien que la porte soit fermée, quelques minutes, si Aslak était du genre parano de se faire voler des marchandises. Chose qu’elle comprenait, par ailleurs. Le sourire qu’elle eut envers lui était plus désarmant et plus enjoué que ceux d’auparavant, contredisant son air d’observatrice assidue, de quelques minutes auparavant.


A qui cela n'est-il arrivé, d'être libre en apparence, et de se sentir les ailes empêtrées ?
       
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Aslak Karlson
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Mar 30 Mai 2017 - 16:02
Tu opines du chef alors que la femme te remercie quant à ta promesse de prendre grand soin de son trésor. Tu ne dis, n'expliques pas que tu trouves cela tout à fait normal. Cet objet, bien qu'il soit une garantie, ne t'appartient aucunement et tu n'as pas le droit de l'abîmer à ta convenance. Aussi, le ranges-tu dans ta poche intérieure afin que tu ne fasses aucun faux mouvement avec elle.

-  Le Webley-Pryse. Il m’attire plus.

Tu acquiesce une nouvelle fois, tandis que tu remets les autres armes à leur place initiale. Tu comprends tout à fait ce choix. Il faut dire que, question rapidité, le Webley-Pryse n'a pas encore trouver son rival. Et, si cette cliente recherche cette vivacité, sans doute se sent-elle menacée, voire en danger. Curieux, tu aimerais bien lui demander par quoi et pourquoi, mais tu n'es qu'un simple marchand d'arme et tu ne peux te permettre de te montrer aussi familier. Et puis, comme tu le lui as dit, tu préfères ne poser aucune question, ne pas t'attirer d'ennui d'aucune sorte. Tu es totalement neutre dans toutes les affaires quels qu'ils soient. Tu sors, deux boîtes de balles. L'une pour elle, l'autre destinées pour l'essayage de l'engin.

- J’imagine que vous avez un endroit où essayer ? A l’arrière de la boutique, peut-être ? Il ne faut jamais prendre une arme sans s’être assuré qu’on pouvait s’y adapter.
- Manifestement, vous semblez très bien connaître ma boutique, plaisantes-tu doucement alors que tu barres la porte d'entrée et retourne la pancarte de sorte à ce que "CLOSE" soit visible aux curieux.

Il faut vraiment que tu te trouves un employé.
C'est du chiffre potentiellement perdu, ça.

- Il est également déconseillé de se munir d'une arme si on ne sait guère s'en servir, badines-tu enfin, guidant la blonde vers l'arrière boutique.

Tu ne parles pas d'elle. Après tout, elle t'a bien expliqué qu'elle avait déjà intégré le corps militaire. Mais aux autres clients qui s'échauffent rapidement et font, au final, n'importe quoi. L'arrière boutique n'a pas de toit. En vérité, cela ressemble fort à un jardin assez mal entretenu où se trouve plusieurs bonshommes en bois -où se trouve également peint des cercles blancs à la tête et au poitrail-, des canards si on souhaite viser une cible plus petite. Tu as même fabriquer des cibles que tu peux mouvoir à l'aide d'une corde. A droite de la porte, se trouve une table aux échardes qui ne demandent qu'à se planter dans la peau. Cette pièce ne paye décidément pas de mine par rapport au reste, mais ta main ne te permet pas d'avoir la main verte. Tu mets derrière la table, de sorte à te trouver en sécurité des tirs et que tu puisses avoir une bonne vue d'ensemble en cas de conseil à donner. Tu sens le chiens s'assoir à côté de toi, spectateur silencieux de tout ce qui se passe. Son unique œil lorgne un mulot proche de la palissade en bois, mais il ne bouge pas.

Pas envie.
Pas faim.

- Je suppose qu'il est inutile pour moi de vous expliquer quoi faire de cette arme et comment l'utiliser. Aussi, vais-je vous laisser l'essayer à votre convenance.

A ce mots, tu poses la boîte de réserve de balle sur la table afin qu'elle puisse l'utiliser et commencer cet exercice. Tu n'as pas d'autres termes.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Dim 4 Juin 2017 - 19:41
Naomi regarda disparaître avec un certain pincement au cœur sa montre à gousset dans la poche de l’homme. Elle n’y pouvait plus rien, elle avait choisi de la remettre entre ses mains… Mais une part d’elle se sentait délestée d’une partie de ce qui la composait. C’était stupide. Elle était bien placée pour savoir que les objets n’étaient que physiques, qu’elle avait tort d’y attribuer un côté aussi émotionnel.
Mais elle n’y pouvait rien. Dans ce monde fait de vapeur et de rouages, au milieu de tant de techniques industrielles, elle avait besoin de trouver un peu de cœur et d’âme, choses qu’elle avait peut-être en quantités trop profondes chez elle, si du moins on pouvait parler de quantité. C’était trop immense, et terrassant parfois.

Au pire, s’il lui rendait en mauvais état, cet homme paraissait un très mauvais quart d’heure, tout aussi juvénile qu’il paraisse être.

Il aurait pu poser des questions, probablement y aurait-elle répondu. Après tout, cela ne tenait pas de l’ordre du privé. Mais malgré qu’elle soit la cliente, et lui le marchand d’armes, insensiblement, c’était elle qui menait la danse. Elle avait réussi à le déconcerter une fois. Maintenant, elle réussissait même à le faire plaisanter. C’était une victoire en soi, qui amena un large sourire sur ses lèvres. Il se risquait même à badiner ! Bien ! C’était un progrès.

— J’aime bien quand vous sortez de votre coquille, dit-elle, avec nonchalance, alors qu’elle lui emboîtait le pas tranquillement. Ça ne fait rien perdre à votre professionnalisme, ajouta-t-elle, au cas où il sauterait sur le prétexte pour se renfermer.

Parce qu’autant le dire, ça ressemblait exactement à l’attitude typique qu’il pourrait avoir. Au bout de quelques moments, elle pouvait commencer à juger le bonhomme. Elle imaginait en tout cas la lassitude d’avoir à servir des bras cassés tout en se montrant poli, des inconscients à qui on était obligé de vendre de peur de perdre son chiffre d’affaire. Elle détestait le commerce pour cela.

D’un regard, elle jugea le petit terrain qui servait pour l’exercice. Un jardin en fatras, plutôt, avec des cibles en bois classiques, des canards dans un coin – plus original – et une table qui ne donnait aucune envie de s’y accouder. Ça tombait bien, puisqu’il se colla derrière, servi de son chien. La bête lui faisait penser à un loup, mais comme l’animal n’avait rien manifesté pour le moment, elle partait du principe qu’il obéissait parfaitement à son maître. Elle n’aurait pas aimé avoir son bras entre ses crocs.

Naomi considéra un instant les cibles, puis le Webley-Pryse qu’elle tenait entre les mains. Elle ne put retenir un sourire en l’entendant parler ainsi.

— Vous commencez à me connaître autant que je peux vous connaître. Merci.

Une boutade, une taquinerie, rien de plus. Elle était partagée entre le souhait de le laisser aller à son rythme, et celui de le bousculer un peu. La veuve ignorait lequel était le plus efficace sur lui. Toutefois, elle ne souhaitait pas qu’ils basculent soudain en mauvais termes. Elle inséra quelques balles dans le canon de l’engin, tâchant par la même occasion de se familiariser avec son poids et l’éventuel recul que cela pourrait avoir. Il ne faudrait pas non plus qu’elle s’étonne de la douille qui partirait après chaque coup ; c’était même cette symbolique qui l’avait attirée.

Naomi inspira profondément, se sentant un peu nerveuse tout de même. Sa robe serrée et son corset lui semblaient soudain l’étouffer, trop étriqués pour ce qu’elle s’apprêtait à faire. Dans la ligue raclusienne, inutile de dire que les uniformes étaient alors bien plus pratiques. Elle retourna de quelques pas en arrière, se positionnant à bonne distance des cibles. C’était encore un peu tôt pour les canards ; elle espérait qu’elle n’était surtout pas rouillée, ou il allait se ficher d’elle alors qu’elle avait parlé de son service militaire. Enfin, c’était comme piloter une montgolfière, ça ne pouvait pas s’oublier si facilement… Quoiqu’elle préférait les zeppelins.

Voilà, elle s’égarait. Elle espéra qu’il n’avait pas remarqué ce moment de flottement en elle, où elle avait été totalement perdue dans ses pensées. Elle releva le Webley-Pryse, reprenant un air cette fois totalement concentré, et resta un instant immobile, retrouvant les anciens réflexes et les sensations de plusieurs années auparavant. Etre en équilibre. Cesser de trembler. Puis ne plus garde qu’une main en épousant la forme de l’arme.

Le premier tir la fit malgré tout tressaillir très légèrement. Elle entendit à peine la douille vide tomber dans l’herbe, mais elle vit très qu’elle était assez éloignée du cœur de la cible, qu’elle avait voulu viser. Tant pis. C’était le fait de recommencer. Personne ne pouvait être parfait pour ça, surtout après tant de temps. Le deuxième tir fut un peu mieux. Le troisième atteignit cette fois la tête de la cible, pile là où elle voulait. Aslak avait sans doute pu déterminer exactement là où elle avait voulu en venir, avec son expérience. En revanche, il ne s’attendait sûrement pas à la réaction de cette femme.

— Ahah ! Regarde ça ! J’ai réussi, je n’ai pas tout oublié ! J’en suis encore capable !

Elle eut une sorte d’éclat de rire mi-joyeux, mi-victorieux, et elle posa l’arme sur la table avant de l’enlacer, simplement en signe de joie face à cette réussite. L’étreinte ne dura que quelques secondes, mais elle y mit toute la force et la reconnaissance qu’elle avait. Le visage de la veuve n’était plus triste : elle rayonnait, tout simplement, et cela faisait paraître son regard bleu pâle encore plus lumineux.

— Merci. Vous ne vous rendez pas compte de la possibilité que vous me redonnez.

Elle se sentait un peu moins à la dérive, de façon inexplicable. Mais elle le devait à lui et à lui seul. Davantage maître de son destin.


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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Mer 12 Juil 2017 - 17:22
- J’aime bien quand vous sortez de votre coquille. Ça ne fait rien perdre à votre professionnalisme.

Tu as immédiatement rosit à ces paroles et tenté de reprendre ton masque neutre et impassible ; professionnel. C'est vrai que tu n'es habitué à effectué ce genre de chose avec la clientèle. Te relâcher et te montrer aussi amical. Tu ne sais pas vraiment pourquoi tu tiens tellement à garer tes distances avec eux. Sans doute, est-ce parce qu'ils resteront des étrangers quoi qu'il arrive et que tu n'escomptes pas entrer dans leurs vies. Tu sais aussi que certains n'hésiteront pas à faire usage de leur nouvelle acquisition et que la plupart ne reviendront jamais, étant passé de vivant à trépas. Alors pourquoi te comportes-tu différemment avec cette femme qui n'a de cesse de te pousser sans trop le montrer ? Tu ne saurais l'expliquer. Pas plus que la raison qui te pousse à ne pas te rebiffer et à reprendre cette attitude que tu empruntes habituellement.

- Vous commencez à me connaître autant que je peux vous connaître. Merci.

Tu ne te retiens pas d'hausser les épaules, ne trouvant rien à redire verbalement à cela. C'est faut, tu ne la connais pas. Tu te sers juste du peu des informations auxquels tu as eu droit ; à savoir son service militaire. Aucun traitement de faveur, mais tu as bien compris qu'il est futile pour toi - et pour elle - que tu lui expliques le fonctionnement d'une arme à feu, comment viser, tirer, etc. Perte de temps inutile et, lorsque tu lèves le nez, tu vois le ciel se faire menaçant, risquant de s'effondrer d'ici quelques minutes. Tu ne dis cependant rien du tout, supposant que, pour une ancienne militaire, la pluie ne doit pas la gêner plus que ça. Tu gardes alors bouche close alors que tu vois la femme totalement concentrée sur l'objet qu'elle tient entre ses mains.

Recul de quelques pas.
Pause parfaite.

Silence.

Tu respires doucement, espérant que ta présente ne la gêne pas dans sa concentration, ayant conscience que certains n'apprécient guère avoir un spectateur derrière leur dos. La cliente tire enfin. Elle touche la cible, mais pas dans un point vital. Pas grave, au moins l'a-t-elle touché. Elle recommence son tir une seconde fois, puis une troisième. Tu ne t'empêches pas d'être agréablement surpris lorsque tu constates que c'est la tête qui a été atteint. Entre les deux yeux.

Parfait.

- Ahah ! Regarde ça ! J’ai réussi, je n’ai pas tout oublié ! J’en suis encore capable !

Tu ne peux pas t'empêcher d'hausser un sourcil étonné à ces exclamations de joie. Non pas que tu t'en plaignes, mais tu ne savais pas que vous étiez assez proche pour que vous passiez au tutoiement. Mais tu ne lui en fait pas la remarque, tu ne veux pas gâcher sa victoire. Non. Tu lâches juste un "gasp !" surprit alors qu'elle se jette sur toi pour te prendre dans ses bras. Tes bras se lèvent de surprise et tu n'oses plus bouger. Cette fois, la surprise se peint entièrement sur ton visage. C'est la première fois qu'un client, non... qu'une personne se comporte ainsi avec toi et tu ne sais pas du tout comment réagir lorsque la femme s'écarte enfin pour te laisser voir son visage tout à fait rayonnait, ses yeux retrouvant cet éclat qui semblait lui manquer.

- Merci. Vous ne vous rendez pas compte de la possibilité que vous me redonnez.
- Je ne peux que le deviner, réponds-tu avec un léger sourire, et je suis content d'avoir pu vous redonner espoir.

Si, pour les autres inconnus, ce ne sont que des paroles en l'air, tu le penses sincèrement avec elle. Tu ne te l'expliques pas, la raison t'est encore inconnue. Sans doute parce qu'elle la belle a su immédiatement se démarquer des autres, sortant du stéréotype de "sexe faible" que tu méprises tant.

- Souhaitez-vous essayer d'autres cibles ? proposes-tu, enfin.

La pluie ne tombe pas encore et tu as envie de voir un peu plus de ses talents de tireuse. Tu n'étais pas mauvais auparavant. Avant que cela te devienne chose impossible.


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MessageSujet: Re: La colombe et le clébard [Naomie] Mar 18 Juil 2017 - 17:50
Chassez le naturel, il revient au galop. A peine la veuve avait-elle complimenté le jeune homme que de nouveau, il reprenait son air réservé. Pourtant, elle aurait bien plus pris de plaisir à le voir se manifester et exprimer des émotions, qu’à redevenir une statue de pierre inébranlable. Peut-être qu’ils ne seraient jamais très proches, mais Naomi était partisane du fait que le sourire d’un inconnu pouvait éclairer une journée, et ce même si la personne disparaissait totalement. En tout cas, elle, elle espérait ne pas disparaître comme un des clients du marchand d’armes… Et pourtant, elle pouvait être tête brûlée quand elle le voulait, et ne plus véritablement montrer sens des réalités. Même le fait qu’elle montre tant de joie au fait de réussir à atteindre une cible, pourrait être suspect.

Mais les gestes parlaient davantage, pour cet homme-là. Naomi devait donc s’en accoutumer. Apprendre à parler le même langage. Il n’y avait pas de raison que ce soit un problème. Elle n’était venue d’un autre pays pour rebrousser chemin face à des gens différents, des civilisations différentes. Et puis elle était venue pour une bonne raison. Elle avait trouvé ce qu’il lui fallait. Il ne restait plus qu’à manifester de la reconnaissance, et un sourire – et un élan de joie si soudain qu’elle ne put s’empêcher de tutoyer cet homme, à sa victoire. Et un peu plus, en l’étreignant – en toute chasteté, toutefois.

De quoi rendre encore plus perplexe et dubitatif le marchand d’armes. La sociabilité ne devait pas avoir été très bien apprise, de ce côté, mais Naomi s’en moquait complètement. Au moins c’était un échange de chaleur humaine, et sincère. Reconnaissante. Chose qu’il sembla comprendre, au-delà de son attitude de surprise et d’immobilité. Elle en eut un léger rire.

— Je ne mords pas. Et je ne recommence pas sans votre permission, si vous le voulez.

Elle consentit à enfin le lâcher, après avoir laissé l’étreinte durer quelques secondes. Sa voix devenait plus douce, plus hésitante, difficile comme cela était de lâcher des mots qui la hantaient presque.

— … Vous me redonnez vraiment un peu d’espoir. Ça fait très longtemps que j’ai l’impression d’être immobile… sans arriver à bouger, à part pour regarder en arrière. Là, je peux faire quelque chose. Pour aider d’autres personnes.

Elle n’osa pas ajouter « pour m’aider moi », car ce n’était pas la raison première de sa venue ici, mais sa pensée aurait pu aller jusque-là, après réflexion. Le sourire ne quittait pas ses lèvres, et elle hocha vigoureusement la tête à sa proposition. Même si la pluie tombait, elle s’en fichait. Elle ferait avec. Normalement, les militaires pouvaient agir même au sein d’une tempête, alors, la pluie, qu’est-ce que c’était ? Il fallait qu’elle continue et aille de l’avant. Elle lui devait au moins cela, pour les efforts que Karlson avait consentis pour elle.

— D’accord ! Mettez-moi au défi. Et après, je vous laisse enfin retourner aux autres clients. A moins que vous kidnapper pour la journée soit une autre forme de reconnaissance que je puisse vous donner.

Son ton était léger et plaisantin. Oui, la flamme s’était animée de nouveau, et cette vie-là n’allait peut-être pas s’éteindre de sitôt.


A qui cela n'est-il arrivé, d'être libre en apparence, et de se sentir les ailes empêtrées ?
       
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La colombe et le clébard [Naomie]

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