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Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs.

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Emily de Brez
Future cantatrice
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Nationalité : Eskroise
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MessageSujet: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Mer 15 Mar 2017 - 21:44
Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs.

Sauf que ce n’est pas le printemps, la nature on la cherche et même les oiseaux ne sont pas dans le coin…une odeur de chair brûlée a envahis le quartier des temples, ça sent le poil roussi, mais aussi le cochon, étrangement, ça donne faim à Emily, qui, pourtant, avec un mouchoir sur le nez, regarde la fin de cet homme qui s’est pourtant agité de toute ses forces en hurlant aux cieux comme le diable. « Gloire à l’Innommable » et bien d’autres formules de joyeusetés, faisant prier avec plus de ferveur les chasseurs d’Impie Amethien, et leurs prêtres, réunis en corolle sur le parvis du petit temple de la capitale.

Que fait Emily ici ? Elle sort de la prière matinale à Soernial, habillée d’un robe légère, cachée par un manteau de pur peau qui suit ses formes, elle s’est coiffée d’un haut de forme sous lequel elle a caché son chignon. De petites lunettes rondes aux verres teintés jaunes, elle est élégante, pour une fois, dans cet ensemble aux teintes brunes.
Elle est bien heureuse que son oncle ait fait livrer de ses affaires, une lettre de son époux lui a même été livré, mais elle ne l’a pas ouvert, préférant la regarder comme une chose étrange et dangereuse, prête à se jeter sur elle et de déverser un acide corrosif sur sa peau. Emily vous dirait qu’elle n’a pas peur, mais elle vous mentirait. Bien entendu qu’elle est effrayée, elle vit dans l’effroi d’être reprise. Mais elle n’ose partager cela avec sa tante et n’a trouvé personne pour ce genre de chose. Elle n’a pas énormément cherché !

Pourquoi être rester à l’observation de ce corps brûlé ? Non que ce soit bien festif, mais ayant été recueillis par des moines amethiens, Emily est restée, sans y réfléchir, les hurlements finit, et les cris vociférant de la foule aussi, elle a repris prise sur sa propre réalité, et vérifiée sa montre à gousset. Elle doit se rendre au conservatoire au début de l’après-midi, sa tante indisponible, elle hésite encore à rencontrer Miranda Brisendan, sa belle-sœur par alliance, mais elle ne sait comment vraiment l’aborder.
Ne la connaissant pas, pour le moment, elle ne se sent pas.

Rangeant la montre dans la poche intérieur de son manteau, elle se rapproche d’un pas rapide et agile en direction du temple d’Ameth, pour y déposer une offrande, non qu’elle parvienne à reconnaître toute la grandeur du Dieu tel que le fait ses croyants, mais elle le remercierait de tout temps pour son secours. C’est une impulsion de reconnaissance qu’elle n’a pas contrôlé et, dépourvue d’offrande pour le dieu, elle cherche un instant, avant de sortir de la poche de son manteau de peau, une paire de gant en cuir fin, hors de prix, qu’elle dépose au pied de la représentation du Dieu.

Quelques mots dans sa tête, elle redresse son visage et sourit, filant à nouveau en direction de l’extérieure. L’odeur la surprend et manque de la faire vomir, elle pose de nouveau le mouchoir sur son nez et s’engouffre dans une des rues veineuses de la capitale pour se faufiler entre les passants, une bousculade vient rapidement la déranger et elle sent une main fouillée la poche bien serrée de son manteau, surprise, elle saisit la main du voleur, le surprenant totalement et un échange de regard à peine. « Hey ! »

La surprise pousse le criminel à pousser brutalement la jeune femme contre un autre passant, mais d’une manière si forte que les paumes de l’individu blessent le poitrail de la jeune femme, elle se rattrape à un individu chapeauté, et le regarde, l’ayant entraîné au sol, un grognement sort de ses lèvres et elle se redresse prestement en levant son poing aux cieux. « Fils de bougre ! » Son chapeau emporté par le mouvement du bras, chute le long de son dos et roule, prête à s’élancer, elle se rends compte qu’elle a vociférer sur un jeune homme asiatique et elle le regarde, ouvrant la bouche tout en rond.

Rabaissant son bras, elle tords sa bouche à droite, puis à gauche. « Ah non, ce n’était pas pour vous… » Elle se souvient de l’homme au sol et se retourne pour voir où cela en est de son côté !




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Constantin Van Pelt
Héritier Thémisien
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Jeu 16 Mar 2017 - 0:25
Avant même d'y avoir poser le pied, Kostia savait déjà qu'il n'apprécierait pas vraiment ce qui l'attendait. L'obligation qu'il avait de se trouver là rendait ce voyage d'une laideur à faire vomir. Alexandra était trop loin, elle lui manquait déjà cruellement, alors qu'il aurait prit un plaisir immense à l'emmener avec lui et à lui faire visiter cette ville qu'on disait fabuleuse. Mais pour l'heure, elle lui paraissait tout aussi grouillante et nauséabonde qu'une flaque d'eau croupie envahis par une horde de rats. Ces trois années allaient être longues, très longues, beaucoup trop longues. C'était à peine s'il prenait le temps de savourer le fait qu'il n'avait plus à partager un toit avec Séraphine Van Pelt. Elle avait perdu le titre de mère à ses yeux, elle ne serait plus que Madame la Haute-Chaire. Rien de nouveau cela dit, mais ses dernières manigances et son odieux chantage était une insulte de plus qu'il ne pourrait pas oublier de si tôt. Il avait quitté la maison pour de bon. Il ne daignerait remettre les pieds à Thémis que pour sortir Alexandra de ces murs qui l'emprisonnaient elle aussi.

C'était presque une belle journée… Presque… Normalement il n'aurait pas dû se trouver là, à flâner pour ainsi dire, dans la ville. Comme tout les "normalement" qu'on lui imposait, il avait la mauvaise habitude de cracher dessus. Le Raclusien était déjà allé directement se faire recenser au ministère dont il dépendait désormais. Kostia en avait surtout profité pour dire qu'il se rendrait dans les dortoirs attribués à ceux qui n'avaient pas encore de tuteur, au lieu de loger chez ses soeurs. On les avait déjà averties de son arrivé, le jour et l'heure précisément. Il était parvenu à échapper à ce comité d'accueil qui avait des airs de milice le tenant sous bonne garde. Papiers en poche, il avait rapidement posé sa valise avant de se carapater discrètement. Il ne manquait plus qu'elles débarquent pour le sermonner une fois de plus avec cette expression méprisante qui leur était coutumière en sa compagnie.

Il avait surtout erré ça et là en ruminant, sans parvenir à s'intéresser véritablement à ce qui se passait autour. Puis, l'odeur de chair calciné avait attiré son attention. Puant, cette odeur mortifère s'imprégnait dans l'air et collait à la moindre parcelle de peau comme un avertissement funeste. Il ne faisait pas bon être un impie, même si Kostia pouvait parfois comprendre que la noirceur du monde pousse fatalement les âmes jusqu'au fond des abysses. Alors, il s'était arrêté, se glissant parmi la foule attroupé devant le temple d'Ameth pour observer le spectacle en levant un sourcil, presque amusé. Nastia disait de lui qu'il était née mauvais, que sa haine envers ses congénères le rongeait jusqu'à la moelle et que seul le malheur des autres pouvaient lui faire plaisir. Mais non, il n'éprouvait nul plaisir à regarder la fin macabre d'un homme qui hurlait à s'arracher les poumons. Ca n'empêchait pas d'en rire cependant.

Alors que la foule se dispersait après l'abominable spectacle, Kostia resta en place, se laissant aller à un soupir exaspéré en remettant son chapeau un peu mieux en place sur sa tête d'un geste mainte fois répété. A force, c'est à peine s'il y fait attention, comme une vieille démangeaison sur un membre fantôme. Il va allait boire un verre, il en avait bien besoin. Le premier bar ferait l'affaire, qu'importe si ce n'était qu'une gargote immonde. Il avait déjà l'habitude à Thémis de trainer là où il ne fallait pas. Le jeune homme s'apprêta à tourner les talons quand la voix interloquée d'une jeune femme vint taquiner son oreille. Il n'eut pas vraiment le temps de s'y intéresser, d'ailleurs il s'en fichait totalement pour être honnête, qu'il sentit un poids nouveau s'arrimer brutalement à sa carcasse et l'entrainer dans sa chute.

Et merde… Les ennuis étaient de retour. Un aimant à emmerde, ça le définissait bien. Et tout ça grâce à un connard de plus qui venait renforcer une armée déjà bien fournie qui traversait fréquemment sa route. Ce qu'il lui restait sur les bras pour l'entrainer sur le pavé ? Une femme bien sur ! Quoi d'autre après tout ? De ce point de vu aussi on pouvait dire qu'il était tristement cerné. Cette chute là n'était pas aussi douloureuse qu'elle était inattendue, enfin, pour la rouquine en tout cas dont il avait allègrement amorti l'atterrissage. Bruyante, vulgaire… Un vrai plaisir. L'autre pauvre type se retrouvait là lui aussi, à se faire aboyer dessus sans n'avoir rien demandé. Il se prit à sourire de la situation avant de se relever à son tour sans vraiment se presser. Kostia épousseta vaguement son chapeau qui s'était lui aussi fait la malle dans l'altercation. Le reste, ce n'était pas bien important même s'il comptait en tirer quelque chose peut-être.

- On ne sait jamais, plus d'une fois sur deux, c'est le bon qualificatif, lâcha-t-il, à moitié sarcastique.
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Onésime de Malterre
Espion et chercheur
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Jeu 16 Mar 2017 - 11:55
Le troisième niveau de la cité miroitait sous le soleil, parsemé d'édifices religieux dont l'ombre gigantesque projetée sur les pavés dérobait au céleste cyclope le privilège de poser son oeil étincelant sur les péchés que la foule docile venait livrer aux dieux dans le secret de leurs temples. Quels péchés gardait-il lui-même clos sous une poitrine d'albâtre revêtue pour l'heure d'une simple chemise blanche contrastant avec un costume bordeaux? Souhaitait-il seulement les confier à quelque interprète d'une volonté divine?

La prière avait apposé à la grâce de chants et de paroles un réconfort bienvenue pour sa conscience entraînée dans un curieux ballet depuis son voyage à Estretac. Le brouillard pesant sur son esprit s'estompait, en partie dissipé par le vent de ferveur ressenti au sein de l'édifice religieux, accueilli par un ciel sans nuages au sortir de l'office. Un mouvement de la nuée l'entraîna comme l'infime goutte d'une vague vers le spectacle du bûcher où se consumait de rage et de désespoir la silhouette torturée par les flammes sous les yeux voyeurs du public et le regard implacable des prêtres amethiens fiers du devoir accompli.

Il aurait voulu vomir. Vomir cette odeur infiltrée dans ses narines, vomir ce fanatisme qu'il abhorrait, vomir cette façon d'instiller la terreur dans les coeurs afin de garder le troupeau enlisé dans le chemin qui arrangeait les autorités religieuses. La haine s'empara de lui au souvenir du conflit ancien initié par le Protectorat et qui avait mené sa famille à la ruine et au déshonneur: des fous en quête de sang, voilà ce qu'était cette armée endoctrinée qui proclamait leur dieu supérieur à tous les autres. Des enfants pleuraient dans les bras de leur mère, des hommes vitupéraient et levaient le poing vers l'hérétique tandis que les dames cachaient leur museau délicat dans des mouchoirs de coton ou de dentelle. Il se détourna, emporté par le dégoût vers d'autres pavés.

Le troisième niveau de la cité... S'il étaient classés par ordre d'importance, en haut de la pyramide se trouvait le pouvoir politique, en second le pouvoir judiciaire, devant le pouvoir religieux. Il pria pour que la justice et la politique soient épargnées de ces dérives sectaires, demandant ironiquement aux dieux d'épargner ces deux pouvoirs d'une influence soumise à la foi. Il ne se réjouissait pas de la mort d'Elrich en tant que tel: il éprouvait du soulagement à voir le Protectorat perdre cette place privilégiée auprès de l'Impératrice et espérait qu'elle se choisirait un époux issu d'une autre nation, voire pourquoi pas un mari ambrosien.

Entraîné dans ces réflexions qui lui auraient certainement valu la torture s'il avait eu l'audace démentielle de les proférer à voix haute, il en fut extirpé sous l'impact d'une épaule qui l'envoya tituber plus loin tandis qu'un rude gaillard prenait la poudre d'escampette. Il reçut l'injure à la place de l'homme tandis qu'un autre garçon recevait le corps de la demoiselle. Une dame habile recherchant un contact avec un beau jeune homme chapeauté aurait très bien pu organiser tout ceci, mais la probabilité était trop ténue pour être vraiment envisageable au vu de la réaction de la créature à la flamboyante chevelure. Ce roux lui rappelait d'ailleurs celui de Miranda Brisendan, la femme de son tuteur envers laquelle il était bien coupable.

"C'est possible, je n'ai hélas pas connu mon père..." joua-t-il en prenant une pose tragique.
"Je plaisantais, bien sûr." se reprit-il, s'approchant des deux autres protagonistes. "Comment allez-vous tous les deux? Rien de cassé ou de perdu?" Sous l'égide de Monsieur Brisendan, il prenait des habitudes d'homme du monde, sans doute de celles qui irritaient particulièrement l'orfèvre rebelle qui ne tarderait pas à découvrir tout comme lui que sa survie impliquait soit la fuite, soit l'acceptation des règles du jeu. On ne change jamais aussi bien ce qui nous déplaît que de l'intérieur... L'aurait-il compris sans la relation particulière qui le liait à son tuteur? Encore une leçon dont il lui était redevable.
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Emily de Brez
Future cantatrice
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Lun 20 Mar 2017 - 12:18
«Pffff… » Lâche Emily assez imperméable aux remarques des deux compères, mettant sa main en casquette pou mieux observer, une foule assez dense et un voleur disparus. Emily se retourne pour faire attention aux messires qu’elle a sauvagement bousculé et insulté…remarquant la douleur enfin qui restait du coup sur sa poitrine. Elle fait une moue. «Ma montre…ce n’était qu’une montre, moche et un peu usée, mais elle appartenait à ma grand-mère ! Non que je l’ai connu ou que je puisse avoir un quelconque attachement pour l’objet, mais ça ne me plait pas pour autant ! »

Une mèche rebelle s’est échappée de son chignon, elle s’arrange en la faisant glisser à son oreille et finissant par sourire. «Votre plaisanterie était drôle ! » Sourit Lily. «Et votre corps fort agréable pour une chute ! » Plaisante-t-elle. «Je suis navrée de cette bousculade et de vous avoir fait recevoir mon juron. » Déclare-t-elle tour à tour à chacun.

Des yeux, elle cherche son chapeau, qu’elle trouve délaissé sur le pavé, sans dommage, le ramassant sans attendre de geste galant, elle le replace sur son crâne en soupirant. La voilà bien aise, à se faire marauder si aisément dans la ville, la plus grande du monde, mais elle se sent comme une pécore venant de poser ses sabots bouseux, ou ses bottes, elle préfère les bottes.

«J’ai mon chapeau et une vilaine douleur sur le sein, j’aurais un bleu. » Il est fort probable que cela ne se dise pas, l’endroit de la douleur, mais il a demandé et Emily ne pense guère choqué par un mot. «Puis-je vous offrir une boisson messieurs ? Pour me faire pardonner ! J’ai repéré en venant une brasserie, vantant les mérites des bières qu’elle propose, je dois avouer qu’avec cette chaleur, je ne suis point contre. »Chaleur…Voilà qui vont la prendre pour une folle, il ne fait pas une chaleur. «Oh pardonnez moi, je suis Thormienne et pour moi c’est un temps estivale cette température ! Mais je ne suis pas présentée. Emily THoromir…de Brez.

L’obligation de rajouter son autre nom lui déplait, mais en soit. Elle s’époussette un peu la robe, ça pue toujours dans la cité, mais cela est moindre. Les deux jeunes gens peuvent choisir de venir ou pas elle ira boire une bière, cela viendrait la détendre, cela ne se fait pas il parait pour une dame, mais ça, c’est bien peu son souci.




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Constantin Van Pelt
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Mar 21 Mar 2017 - 0:20
Un temps seulement Kostia avait pu observer le meurtre du consort de loin. Il aurait préféré que cela reste ainsi. C'était certainement très égoïste de sa part, mais sans les crétins qui l'avait poussé dans la tombe, il aurait presque pu couler des jours (presque) tranquilles aux cotés de sa chère sœur et de ce qui se reprochait le plus d'amis. C'était un bien grand mots pour les relations douteuses que le jeune homme s'était créé dans les plus basses classes de la cité qui l'avait vu naitre. Il préférait encore écouter les propos infâmes des pires brutes du coin que d'entendre des midinettes jacasser dans leurs robes de soie "importées". Et sinon, personne n'avait jamais passé à couper des mains pour les empêcher de broder des coussins dont l'utilité frisait le zéro absolu ? Parce qu'en plus de gratter, c'était affreusement moche la plupart du temps. Mais enfin, ce n'était pas vraiment le sujet présentement.

Non, on s'approchait plus d'un bon gros vaudeville. Kostia leva de nouveau un sourcil devant cet étalage théâtral. La bonne blague… Que monsieur se rassure, il avait encore une chance d'être le bougre de ses propres enfants. De façon générale, n'était on pas le bougre de quelqu'un de toute façon ? Lui-même en première ligne dès qu'il y avait à tirer dans quelque chose pour faire avancer la machine plus vite. C'était presque déprimant. Presque. On ne pouvait pas dire qu'il avait l'intention de changer cela, il souhaitait seulement récupérer l'unique chose à laquelle il tenait. Le reste, il laissait ceux qui avaient encore de l'espoir s'en charger, avec un regard plutôt septique.

- Je devrais m'en sortir vivant.

Être agréable, voila qui lui allait droit au cœur… Ou plutôt l'inverse. Une montre sans valeur, pécuniaire ou sentimentale, il n'y avait pas quoi en faire toute une montagne et l'embarquer dedans par la même occasion. Elle n'avait qu'à arrêter d'en mettre et l'affaire serait réglé, comme une horloge ? Se faire détrousser, ce n'était quand même pas si rare que ça. Ne rien avoir, c'était encore le meilleur moyen d'avoir la paix. Et encore… Les voleurs auraient bien eut besoin d'un peu plus de culture pour faire tourner plus rondement leurs affaires. A ce rythme là, on ne devait pas s'étonner qu'ils en soient encore à obligé de vivre dans des dépotoirs sordides. Et c'était là qu'intervenait les coussins brodés et les robes hors de prix. Avec cet argent là, on aurait presque pu faire vivre deux familles.

- Si elle vente ses mérites elle-même, il faut s'attendre au pire. Ça reste une très bonne idée pour une arriérée, railla-t-il sans pouvoir s'en empêcher. Une arriérée qui a les moyens de payer apparemment.

Thémis et le Royaume d'Eskr, on pouvait dire que ça avait fait couler pas mal d'encre, entre autre. L'herbe était toujours plus verte ailleurs, n'est-ce pas ? Oh oui, ça, il se souvenait très bien des cours de géographie de cette asperge délavé d'Etienne… C'était quoi son nom déjà ? Peut importait, il n'allait pas le recroiser de si tôt. C'était même surprenant qu'il en ai retenu autant sachant la manière dont il avait boycotté les cours du jeune précepteur avec toujours plus d'acharnement. Passer pour le pire des illettrés, ce n'était pas aussi facile qu'on aurait pu le croire, surtout quand on venait d'une famille comme la sienne. Ce qui se passait à droite et à gauche de la carte ne restait pas longtemps dans le mystère. Si on lui avait dit qu'il se coltinerait l'archi-duchesse des péquenauds dissidents, qu'elle parlerait sans détour de sa poitrine au bout de trois phrases et cacherait un penchant pour l'alcoolisme, ce pauvre Etienne se serait étouffé avec sa camomille. Ah, non, ça c'était déjà fait depuis pas mal de temps. Mais enfin, ce n'était pas du tout perdre au change.

- Kostia, ça suffira, madame la duchesse. Je vous épargne les détails de la généalogie, c'est pas vraiment passionnant.  

Si Emily se sentait obligé de rajouter tout le tralala que la bienséance voulait, Kostia lui ne s'en préoccupait pas une seule seconde. Personne n'avait à savoir, ici, c'était encore un parfait inconnu, ce qu'il lui convenait parfaitement. Pour les emmerdes que ça lui avait apporté de naitre Van Pelt, s'il pouvait s'en défaire 5 minutes, il n'était pas contre. Le monde était tellement petit qu'on finissait toujours pas devoir sourire à un vieux barbus avec des chaussures vernies qui vous demandait comme se portait "votre chère mère, une femme délicieuse" ou "votre délicate sœur, une jeune femme si brillante". Une belle brochette de cons grisonnants et de jeunes bellâtres qui ne savaient pas vraiment de quoi ils parlaient, ou qui pensaient certainement à leur porte monnaie, pour ne pas dire à autre chose.
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Onésime de Malterre
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Mar 21 Mar 2017 - 11:35
La belle et le clochard. Qu'il serait amusant de les attirer l'un vers l'autre pour mieux les voir se repousser! Comment rattraper la grossièreté du jouvenceau? Un rustre de basse extraction? La qualité de son habit témoignait du contraire. Un gigolo habitué à provoquer les dames pour s'en faire remarquer? Un eskrois soutenant l'héritier légitime? L'épouse d'un prince rebelle apprécierait-elle ce genre d'affront?

"Madame, ne vous rendez point coupable de la faute d'un autre. J'aimerais que vos débuts dans la capitale vous laissent d'autres souvenirs que ceux des goujats et des criminels qui battent ses pavés: permettez-moi de vous inviter."

Etrangeté du destin, réunion de trois pupilles si différents, cultivant pourtant chacun à leur manière le goût de la révolte et de la liberté. Onésime ignorait à qui il avait affaire: un nom était une bien maigre indication. Les rumeurs les plus folles couraient sur la duchesse; son arrivée à Ambrosia avait mis la capitale en émois, légitimistes et frondeurs interprétant sa venue de mille extrapolations dont l'invraisemblance frisait parfois le ridicule.

Côtoyant lui-même la soeur du prince dissident, il adoptait un point de vue différent sur ce conflit, songeant au peuple enlisé dans des querelles nobiliaires, inquiet de la situation du royaume, de la dégénérescence capable d'entraîner la mue de cette guerre larvé pour extirper du cocon un papillon trop heureux de déployer les ailes de deux sanglantes armées. Il serait ravi de discuter de cette question avec la jeune femme mais ne se berçait guère d'illusions: jamais elle ne lui confierait le fond de sa pensée sans s'être assurée de la fiabilité de sa personne.

"Mon nom ne possède point l'illustre éclat du vôtre, Madame de Brez; souffrez cependant qu'Onésime de Malterre vous escorte jusqu'à cette brasserie, à moins que Monsieur Kostia n'ait en tête un établissement vantant ses démérites à nous proposer."
Une simple boutade masquée sous un air affable; l'heure n'était point à une véritable passe d'armes, son rang lui interdisant de chercher querelle au premier maraud venu. Il se plaisait simplement à faire tinter le fer de son esprit sans dégainer complètement sa lame.

Plantés tous trois sur le côté de la chaussée, ils dérangeaient le courant humain forcé de les contourner: en l'absence de décision rapide, ils éprouveraient tôt ou tard la rigueur d'une nouvelle bousculade. Il ne restait plus qu'à espérer que les deux valseurs arrêtent prestement leur résolution quant au lieu où ils iraient tous trois consommer un liquide houblon; Lui-même se tenait à leur disposition.
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Emily de Brez
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Jeu 30 Mar 2017 - 21:14
Epoussetant les jupes de sa robe, Emily lève un sourcil,à la réponse du chapeauté, il lui rappelle un jeune eskrois de son âge, impoli et péteux, trouvant fort grisant de s’exprimer uniquement par raillerie, c’est ainsi, que la beauté du surnom de la chanteuse, fait toute la beauté de son origine. «Arriérée…comme cela vous avez devinez que j’étais eskroise ! Consanguin marche parfois aussi. Ah…je suis un véritable livre ouvert, mais c’était facile, je n’ai pas les attitudes esclavagiste d’une raclusienne, vous voyez ce que je veux dire, non ? »Elle a deviné la pointe d’accent des cités de la ligue, et cela la fait sourire, bien entendu, il est peut-être ambrosien, mais comme le dit l’autre, il est tout à fait goujat. Emily rayonne avec innocence, se fendant de sourire, comme si de rien n’était. « Nous sommes à la capitale, le goujat est à sa place, mais il a sa place partout vous savez ? Un peu comme un pou. »

Elle ne parle pas plus du chapeauté que d’un autre, c’est son attitude d’envolée lyrique qui est ainsi, capable de délirer avec un délice fantasque, propre à sa personnalité totalement différente. Mais Emily est ainsi, faut-il que ce soit fâcheux ? Non, elle ne le pense pas.

Son doigt se relève à l’encontre de Kostia. «Tututut… Future Duchesse de Brez, ne précipitez point les choses. » Il ne faut pas déconner, et elle aimerait bien ne jamais devenir Duchesse, car cela l’éloignerait grandement de ses terres natales et l’empêcherait de se réaliser. «Monsieur de Malterre, votre nom sera illustre dans mon esprit, ce sera le plus intéressant, car le marquant de mon titre repose sur … rien de bien fameux. En plus cela appartient à mon mari, laissons lui le retentissant de ce patronyme ! »

Laissons à Lowell ce qui appartient à Lowell, elle ne désire pas s’en approprier les funestes lauriers,dans ce cas, pourquoi donner son nom ? Parce qu’elle espère repérer les partisans et les autres ! Cela peut s’avérer dangereux et si on la tuait ? LA blague, qui ferait l’idiotie ?Mais sait-on jamais.

Emily de nature indisciplinée et brusque range son chapeau sur son crâne et annonce, avec clarté. «Et bien marchons, nous pouvons rester planter là, mais je doutes que l’un de nous ne soit un plan de patate disposé à prendre racine.  Monsieur Kostia aura tout temps de faire don de son avis s’il le désire, en chemin. » Qu’il vienne ou non, cela sera agréable ou amusant, ils en décideront chacun leur tour tout à la fin. Nullement pressée, mais bien aise de ne pas se tenir sur la chaussée comme une touriste idiote, la jeune femme tire sur les rebords de sa veste pour la faire descendre et de prendre pas vers son chemin.




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Constantin Van Pelt
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Jeu 30 Mar 2017 - 23:40
L'art de faire la conversation, Kostia le laissait à d'autres. Cela ne lui apportait pas que des amis dans les salons embourgeoisés, ce qui était heureusement sans grande importance à ses yeux. Il n'avait pas de grand attrait pour les fioritures et était indubitablement attiré par ce qui était terne et cassé. Un peu à son image lorsqu'il poussait le vice à regarder un peu trop profondément en lui. Si le jeune homme se laissait aller à la plaisanterie, ce n'était pas vraiment pour faire plaisir. Certaines oreilles savaient pourtant apprécier les entournures abruptes qui cachait un esprit résolument camouflé. Une âme lumineuse vivait sur d'autres rivages. Ce vide creusait un mal être indubitable.

- Consanguin, c'est une très bonne alternative. Vous portez pour ainsi dire les noms d'un comté et d'un duché, c'est assez éloquent, mais votre explication est bien meilleure.

Il était vrai que l'esclavagisme était plus ou moins répandu dans la ligue. A chacun son bout de terre, à chacun ses surnoms peu flatteurs. C'était de bonne guerre, et surtout, loin d'être faux dans certains cas. Sa famille ne versait pas dans ce genre de commerces, trop vulgaire, pas assez clinquant aux yeux de la matriarche. On y préférait de loin les pierres précieuses sous toutes leurs formes. La tradition avait la dent dure chez les Van Pelt, même si les cailloux les plus rutilants ne donnaient pas des palpitations à chacun de ses membres. Sur dix générations on pouvait compter sur les doigts d'une main ceux qui avaient véritablement une passion, ou du talent, pour l'orfèvrerie. Irina faisait partie de ceux-là, et elle prospérait ici même à Ambrosia avec sa propre boutique de luxe. Il y avait peu de chance que son frère y mette les pieds sans y être contraint, même en cas de grave disette.

- Je vois tout à fait. La mauvaise herbe, ça pousse partout.  

Quelques minutes est voilà qu'il passait déjà pour un malappris. En effet, il avait donc sa place partout, on pouvait presque se dire qu'en un sens il y avait quelque chose de rassurant dans ces mots. Si elle comptait le vexer ou appuyer le doigt là où ça faisait mal, c'était déjà perdu d'avance en s'y prenant de cette manière. Il se prit même à rire, conquit par la justesse de cette appréciation. Soyons franc, il n'aurait eu aucun scrupule à revendre la montre de la demoiselle si elle était arrivée entre ses mains et qu'elle lui avait permis d'en tirer quelques piécettes. Deux choix se proposaient au cadet des Van Pelt avant retourner accomplir sa mission à Thémis, faire fortune honnêtement ou malhonnêtement. L'idée de devoir se faire une place dans la haute pendant les trois années à venir ne lui était pas spécialement agréable. L'autre méthode non plus, mais disons que Kostia s'en était déjà fait une habitude, contrairement à la première option.

Les règles du commerce selon Auguste 3ème du nom, il les avait apprises malgré lui. Une chose revenait souvent dans la bouche du paternel, c'était d'ailleurs les seuls moments où il avait quelque chose à dire celui-là. Un honnête marchand ne ventait pas ses talents, il laissait le soin à ses clients de le faire pour lui. C'était ainsi qu'on pouvait émettre des réserves et potentiellement dissocier la publicité mensongère des vrais éloges, décernées par des personnes qui n'y avaient aucun intérêt pécuniaire en jeu. En cela, il était plutôt d'accord pour une fois. L'honnêteté était plus frappante lorsqu'on laissait sa propre bourse dans le tiroir. C'était valable pour bien d'autres sujets, à commencer par des noms de famille. Il n'en restait pas moins qu'il gardait le plus souvent ses raisonnements pratiques sous silence, au profit certain de passer pour un illustre imbécile, doublé d'un sacré casse-pieds.

- Oh non, je n'y connais rien en bières, et rien en bonnes adresses Ambrosiennes non plus, affirma le jeune homme, l’œil espiègle, en haussant les épaules. Je ne mérite pas le qualificatif de monsieur, pour donner mon avis. Sincèrement, laissez tomber. Racontez nous plutôt, Monsieur de Malterre, vous qui avez de si belles manières, est-ce naturel ou cela se travaille-t-il avec un professeur ? C'est que je ne voudrais pas me faire trop mal voir de la future Duchesse des consanguins avec mes expressions d'esclavagiste.

Des guerres, il en avait eu, il y en aurait encore. Les Eskrois se déchireraient, comme toutes les nations. On pouvait bien mettre n'importe quel système en place, aussi bien pensé fut-il, y aurait toujours des mécontents d'une part et des égoïstes prompt à le détourner d'autre part. Rien n'était éternel. Les humains, tout autant que ce qu'ils avaient bâti de leurs mains, finissaient par s'user et s'altérer avec le passage corrosif du temps. On pouvait bien choisir un camp, mais la violence qui en résultait était la même des deux cotés. Alors, pour le temps qu'on avait à passer ici bas, ne pouvait-on pas seulement choisir de se battre pour une cause qui nous était purement personnelle ?

La rouquine signalait le départ imminent. Elle savait mieux que quiconque quel chemin elle avait emprunté à l'allée, c'était donc tout naturel que la dame ouvrit la marche, ou donna des directives sur la direction à suivre pour se rendre jusqu'à la brasserie.
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Onésime de Malterre
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Ven 31 Mar 2017 - 2:07
Que cela était donc plaisant et facile de voir ces jeunes gens aboyer follement dans leur ronde innocente, loin des tracas partiellement abandonnés à leurs contrées lointaines! "Monsieur l'esclavagiste, passez-moi donc le sel je vous prie", "Madame la consanguine, la nature vous a dotée de jambes malgré votre sang insuffisamment dilué." actionnait-il les deux marionnettes dans le théâtre de son esprit diablement amusé par la tournure de leur rencontre. Il apposa un regard curieux, trop prolongé pour être tout à fait correct, sur la silhouette du jouvenceau raclusien, se questionnant sur la cité dont il était issu et sur la probabilité d'expliquer ce caractère insupportable par la présence d'esclaves destinés à encaisser tous les caprices et tous les torts. Il se ferait une joie de venger ses anciens frères de misère s'il découvrait quelque préjudice à leur encontre de la part du garçon.

Ce bougonnement de jeune rebelle lui rappelait son ancienne maîtresse à plus d'un point de vue. Que la révolte de cette petite insolente contre ses parents lui avait plu! Quel charme que de voir ses propriétaires devenir la cible de ces brusques orages féminins, s'abattant désormais sur d'autres têtes que celle de l'infortuné paedagogianus attribué à la tempétueuse héritière! Qu'était-elle devenue, cette peste infâme l'ayant livré à la guilde d'espionnage raclusienne? Avant même de lutter contre l'esclavage, il se ferait une joie d'écraser cette pimbêche odieuse: c'était une vengeance personnelle qui le rendait probablement aussi indigne qu'une tapette à mouche, mais en mémoire de l'épouvantable diptère, il voulait bien se transformer en un vulgaire torchon gorgé de rancune et de hargne. Ainsi soit-il, et il sortirait lavé de sa colère.

"Vous laissez la chance à un individu de briller indépendamment de sa caste et de son lignage? Cette pensée vous honore, Madame, et je vous souhaite de tout coeur, puisqu'il me semble deviner là votre désir, de parvenir à apposer l'éclat de vos seuls mérites à votre nom."

Ils dirigeaient à présent leur pas vers la brasserie évoquée tantôt, tâchant de rester unis dans leurs désaccords de façade contre la foule, masse humaine paradoxalement compacte et fluide, propice à les perdre comme elle les avait rassemblés. La question du dénommé Kostia lui avait arraché un sourire qu'un jugement hâtif aurait pu attribuer à une marque d'orgueil, et ce sentiment y jouait peut-être une part en effet: fierté de se voir si bien ancré dans son personnage d'héritier que sa brillante comédie éloigne tout soupçon d'une naissance déshonorable; morgue d'un jeune homme qu'un esprit plus jeune encore consultait comme un professeur.

"Tout se travaille mon jeune ami, la vulgarité autant que la galanterie, l'humilité aussi bien que l'arrogance. Vous découvrirez bien assez vite que chaque part d'ombre s'accompagne de lumière: c'est un phénomène bêtement physique, étrangement convenable pour métaphoriser chaque individu et transformer ce concept en vulgate éternelle."
Il eut un sourire espiègle, que rien ne préparait à poindre sur cette bouche fine.
"Tenez, vous pourriez l'appliquer dès à présent, en offrant votre bras à Madame et compensant du même coup l'affront qu'elle doit ressentir à se voir ainsi taxée de consanguinité devant tant de témoins potentiels, parmi lesquels se cache peut-être, Monsieur, un partisan du prince rebelle probablement volontaire pour vous faire passer tout désir de réitérer une telle offense."

Ils ne faisaient pas exactement preuve de discrétion, ni dans leur attitude, leur accoutrement ou le volume de leurs voix. La figure de la jeune femme, relayée par la plupart des journaux, ne leur permettait point d'user du subterfuge, vieux comme la sournoiserie, consistant à adopter une fausse identité: il aurait aimé pouvoir y recourir mais devait se résigner à enterrer cette possibilité. Le jeu se mettait en place: la réaction du raclusien ombrageux déterminerait sa neutralité ou son appartenance à l'un des deux camps eskrois; il aurait été malheureux qu'un jeune imprudent étranger à ce conflit s'expose à des représailles issues d'un enjeu dépassant ses alliances, perspective qu'il tâchait de lui représenter avec toute la courtoisie dont il était capable.

Une autre voie s'offrait au jouvenceau chapeauté: ignorer ses recommandations, signifiant dans un tel cas de figure une inconscience téméraire, ou une association avec des personnalités puissantes à même de le tirer de tout embarras engendré. Il serait à surveiller, de même que le rossignol envolé loin de sa légitime moitié, manifestement peu pressée de se parer du renom de son époux. Comment leur faire concevoir que la liberté se cultive et se nourrit mieux à l'abri des rafales issues des vents de l'opinion changeante? Plier comme le roseau ou choir du haut de la magnificence de ses principes comme un chêne centenaire serait une problématique qu'ils auraient tous à affronter.
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Emily de Brez
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MessageSujet: Re: Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs. Lun 10 Avr 2017 - 15:40
«Eskrois et Raclusien bras dessus bras dessous ? Quelle étrange idée, mais je reconnais bien là l’attitude Ambrosienne ! Ah oui ! Je la saisis, offrant le choix de cesser là les oppositions, gageant de sympathiser. Pour que les choses soient parfaites, il faudrait un Amethien, de notre âge, qui nous observe du coin de l’œil, avec méfiance ! » S’exprime dans un rire la jeune eskroise, nullement fâchée de la contestation. «Enfin, j’ai supposition que vous êtes ambrosien Monsieur de Malterre. Si ce n’est pas le cas, je suis désolé. »

Elle s’amuse à penser à la représentation de trois nations,moins une, Eskrois et Raclusien en farouche obligation de s’entendre sous les commandements de l’Empire. Voilà un tableau fort charmant qu’elle prend avec un rire plaisant fait d’espièglerie et de malice. Nul doute que la première impression lui donne l’attrait de la godiche de cour, ou de la jeunette un peu bête, venue de son patelin paumé. Un oiseau donc…mais pas dont le prends Nemrod L’Envers. «Allons bon, me voilà à vous montrer les pires facettes de ma personnalité, qu’importe ! Je me fiche bien de la façon dont vous allez me juger, vous ferez comme tout le monde à me surnommer le Rossignol de Thorm et je vous laisserais dans votre certitude à moins que vous ne fassiez preuve d’une petite curiosité. Surtout pas vous l’esclavagiste, vous sortiriez de votre rôle. »

D’un clin d’œil amusé, elle sourit à Kostia. Voilà qu’ils sont bien sérieux pour une jeunesse, n’ont-ils pas le temps de faire preuve de rond de jambe et de civilité dans l’avenir ? IL faut admettre que si, mais Emily apprécie la rencontre, peut-être prend-t-elle les paroles de Constantin pour un faux semblant, les trouvant amusantes…qui sait ! «Pour reprendre ce que nous disions Monsieur de Malterre, je ne concède pas de trouver le nom de Lowell comme chose brillante et renommée, sa seule réputation est de vouloir changer les choses, je ne vois rien de bien glorieux. Mais les hommes…ils aiment s’illustrer pour la guerre ou…ce genre de chose. Les Hommes eskrois bien entendu messieurs ! »

Au grès de son babillage, la jeune femme les guide dans la foule, finissant par glisser un bras à Constantin, signe d’aucune promesse qu’il ne se fasse point d’idée et un autre sous celui de Onésime. «Il nous manque définitivement un Amethien… »Marmone-t-elle en les entraînant. «Entre nous, si un partisan de mon mari traîne dans le coin, mieux vaut avancer. »

Pressant le pas, Lily a une lueur d’effroi dans le regard et elle jette un œil en arrière. Point de visage connu à son grand soulagement,elle revient sur le présent et sourit gaiement. Et si un eskrois rebelle est là ? Que va-t-il faire ? La ramener ? Elle ne le supporterait guère ! Diantre non !




"C'est fou comme c'est une chose pratique le mariage.
On passe de fille de pécore à future duchesse de Brez"
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Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs.

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