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 :: L'histoire Ambrosienne :: Bas niveau de la cité :: Porte du Sud

[Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn)

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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Mer 5 Avr 2017 - 19:29
C’était un soulagement de constater que les deux jeunes gens se connaissaient. Il suffirait de les encourager à bavarder, ce dont ils avaient évidemment envie, et le besoin de produire soi-même des mots ou pire, des phrases, s’en trouverait considérablement réduit. Comme disait parfois son vieux grand-père dans le temps : les mots avec les morts, les vivants avec les vivants. Cela dit, une conversation beaucoup moins cordiale lui aurait convenu sans problèmes ; ces deux-là semblaient, dans un sens, s’entendre un peu trop bien. Le risque, qui se concrétisa rapidement, était qu’ils cherchent tout naturellement à l’inclure dans cette belle entente.

La spectresse n’était pas hostile, au contraire. Lorsqu’il se résolut à relever le visage de son occupation et à considérer ce qu’elle lui apportait, Marlyn eut un moment de flottement. Un grand sourire s’afficha en travers de son visage qui semblait y résister, et il lâcha ses outils sur la table pour claquer dans ses mains, comme s’il s’apprêtait à accompagner un air de danse. Ce fut l’affaire d’un battement de cils ; puis il reprit son expression ordinaire, si on pouvait la décorer de ce titre pompeux.

« Merci, » balbutia-t-il respectueusement avec une ébauche de courbette. « MarlynWordsmithenchanté. » C’était plutôt un réflexe qu’une expression sincère de sa gratitude, qu’il éprouvait cependant. Il y avait toujours une légère distance entre lui et une personne de qualité, qu’il marquait de la même manière qu’il avait marquée par le passé entre son statut de repris de justice, et celui des personnes libres qu’il pouvait croiser. D’ailleurs, à ce propos, il n’était pas certain d’être totalement à l’aise avec le peu qu’il avait saisi de leur échange.

Tout en faisant signe à l’intimidante demoiselle qu’elle pouvait prendre un siège, et bavarder avec son ami si elle le souhaitait, il ressassa dans son esprit l’information qui le rendait à la fois confus, l’agaçait et l’intéressait à la fois. Il avait pris l’habitude de considérer qu’un pupille était quelque chose d’assez vague, une coutume moderne et sophistiquée qui ne le concernait pas du tout, et c’était vraiment à l’opposé de ce qu’il associait avec Onésime. Il allait bien finir par semer ce mot quelque part dans sa mémoire sélective, comme il l’avait certainement déjà fait si le jeune homme avait évoqué un tel titre en sa présence.

Non, ça lui faisait en fait penser aux contes qu’on lui racontait quand il était petit : un fils de roi était enlevé à ses parents et allait faire son éducation dans quelque grand royaume plus ou moins ennemi, et d’éternelles aventures s’ensuivaient, naturellement… Enfin ! Même messagère de nouvelles déstabilisantes, la dame blonde lui avait donné de quoi s’occuper, qu’elle en soit bénie ! Il se retrancha dans l’examen de l’appareil et surtout de ses mécanismes d’articulation, qui lui parurent en excellent état pour ce qu’il espérait en tirer. S’il s’était attendu à ça !

Seule une lueur d’intérêt passionné dans son regard révélait sa fascination pour l’objet à démonter, et sa concentration sur cette nouvelle tâche. Il avait laissé sur l’établi le petit pantin aux membres à demi fixés, qui gisait, l’air surpris, dans une posture qui n’avait pas l’air très confortable. C’était un personnage de comédie, dont l’apparence en soi ne brillait déjà pas par sa cohérence, mais tout de même ! Jamais le sérieux de Marlyn ne lui aurait permis de le laisser ainsi en plan s’il n’avait pas été appelé par de plus grandes causes. Il y avait un fossé entre ce bricolage de subsistance et les lambeaux de rêves attachés à ce broyeur qui se disloquait, peu à peu, sans heurts, aussi naturellement qu’un corps sous l’action de la terre, entre ses mains.

Sa langue se délia, comme si elle profitait d'un moment d'inattention de sa part :

« Sur trois pieds... Beaucoup plus stable. Plus polyvalent. Pourquoi les hommes... Enfin. »


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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Lun 10 Avr 2017 - 22:07
Un temps de flottement, paisible comme un nuage élongé de secondes, s'installa entre eux. Marlyn était quelqu'un de particulier, nul besoin d'être psychiatre pour le remarquer: ce besoin d'éviter toute relation franche, emporté par les ailes du labeur, l'intriguait parfois. Son contact avec le mécanicien se limitait à son domaine de compétence et s'en trouvait donc facilité; l'absence d'intérêt à son égard était en outre bienvenue, et il avait toujours apprécié l'opportune discrétion du bricoleur lorsqu'il cherchait à fuir les questions engendrées par la relation établie avec son tuteur. Parlant de lui d'ailleurs...

"Je vois que votre intérêt pour les devinettes et la logique n'a pas faibli de votre côté non plus." Un sourire amusé à l'adresse de la jeune femme, presque complice, faisant référence à leur rencontre fortuite et la discussion qui s'en était suivie.
"Mon tuteur est quelqu'un de fort aimable." Aimable au sens premier du mot, mais il se garda bien de préciser cela. "Il n'est hélas pas bricoleur pour un sou, et par ailleurs fort occupé avec son travail: il me laisse donc le loisir de me divertir comme je l'entends. Voilà mon "entendement" présent."
Il l'invita à s'approcher de l'ouvrage abandonné sur l'établi, laissant Wordsmith s'amuser avec l'appareil reçu tout en se demandant quel genre de dette demande à être honorée de la sorte.

"Vous qui travaillez auprès d'un maître expert en automate, peut-être pourrez-vous me donner des conseils ou lui transmettre mes questions: j'aimerais pouvoir enregistrer un message dans un phonographe et le placer ensuite dans un androïde afin qu'il délivre, par exemple, des salutations. Cependant, je trouve l'enregistreur encombrant et difficile à positionner à l'intérieur du pantin. Qu'en pensez-vous? Qu'en dirait Elyas selon vous? Pourrait-on miniaturiser l'engin? Comment réduire le grésillement typique de la machine, pour se rapprocher d'une apparence humaine?"

Il était curieux de connaître son avis, ou à travers elle celui du magicien reclus dans l'opacité d'un mystère savamment fabriqué. Marlyn marmonnait, des propos incohérents et décousus en apparence, mais l'apparence est un reflet qui vacille si facilement lorsque le soleil déplace sa lumière sur la vitre des heures... Peut-être aurait-il lui aussi des suggestions, une fois qu'il aurait fini son propre bricolage. Il n'aurait pu rêver meilleure compagnie dans ses recherches, que celle de ces deux êtres épris d'engrenages.
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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Jeu 20 Avr 2017 - 21:30
D'aucun pouvait bien appeler ça de la curiosité, mal placée dans certains cas. Plus que de l'attrait pour tout ce qui touchait aux mécanismes infatigables de la vie, il était plutôt question d'un point de vue, d'une porte qui s'ouvrait dans sur des scènes que peut-être il aurait été de bon ton de prétendre ignorer. Myrcéa s'y forçait, avec une certaine difficulté. Sa bouche était parfois plus prompte à s'exprimer que son cerveau à la tenir hermétiquement close. Un vilain défaut qui lui avait valu quelques gifles et avait passablement oppressé son caractère durant bien des années.

Peut-être ce silence résiduel avait-il laissé trop de place aux spéculation plutôt qu'aux questionnements d'un jeune esprit intrigué par les incohérences du monde. Elle comblait chaque trou inlassablement, sans pouvoir se retenir, intérieurement du moins. Quand au juste la balance avait-elle touchée le socle de bois vernie, penchant dangereusement vers un déséquilibre difficilement rectifiable.

Myrcéa tendit le sac, l'offrant dans un sourire aimable comme s'il s'agissait d'un bien particulièrement précieux.  A ses yeux chaque rouage avait la valeur d'un diamant dépourvue d'imperfection. Une simple babiole pouvait avoir un poids plus considérable dans la marche de l'histoire qu'une centaine de lingots d'or. Lorsque le mécanicien eu récupéré son dû un vent léger balaya l'inquiétude de l'importuner trop longtemps.

- Myrcéa, répondit-elle en retour, soudainement claironnante. D'Albret. L'ajout était brusque bien que s'oubliant par sa discrétion à la suite du prénom. Elle détourna finalement les yeux vers Onésime, une expression doucement satisfaite éclairant ses traits. L'espace d'un instant, Myrcéa s'était sentie acceptée par un animal sauvage qui lui octroyait le droit de s'attarder encore un peu près de sa tanière.

- Cela me ravie de l'apprendre. Une association bénéfique, je vous le souhaite sincèrement.

De nouveau son regard bifurqua, glissant sur l'établi sans vraiment s'attarder, suffisamment longtemps cependant pour le cartographier. La fascination qu'exerçait son présent son Marlyn, un nom savamment retranscrit sous une photographie mentale, était en soi le gage que son acte n'était pas aussi vain qu'on aurait voulu l'en convaincre. Rien n'était inutile, jamais. L'inutilité même avait ses raisons et ses buts. Cette passion, ce délire brumeux mais saccadés qui excluait momentanément de cette réalité les êtres, une part non négligeable d'elle même y trouvait un reflet de sa propre quête. La voix du jeune homme la tira de sa contemplation, la laissant planer une seconde ou deux entre deux rives.

- Avant de penser à ce que l'on va mettre dans son sac, il est bon de savoir vers quelle destination on s'envole. Voila ce qu'il dirait. Et juste après… Ambrosia ne s'est pas faites en un seul jour, pas par la volonté d'une unique personne. Peut-être n'est-ce pas un phonographe qu'il vous faut. Et puis ce message doit-il vraiment être délivré par un pantin dans le fond ? Chaque chose à sa finalité, et il arrive fréquemment qu'elles se contredisent.

Parasité, voila que son esprit changeait de canal audio sans crier gare. Cela lui arracha un rire silencieux. C'était fatalement ce qu'elle aimait le plus dans ses errances, se faire capter brusquement par une idée qui n'aurait jamais existé sans ça. Oh non, elle n'était pas la seule, mais étrangement elle faisait attention à ces détails là pour les consigner.

- Comme des pieds… embraya finalement la jeune femme. Ils ne cherchent sans doute pas la polyvalence car cela n'a pour l'heure pas lieu d'être. Et si j'avais le choix, le préférais une main, ou même un tournevis. Le besoin détermine souvent l'évolution. La corne se forme sous les pieds pour protéger naturellement à la place d'une chaussure.  
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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Jeu 20 Avr 2017 - 23:10
Quelle heure pouvait-il être ? Marlyn n’y songeait pas. Il y avait encore beaucoup de soleil. Cette pensée lui donna surtout l’idée de s’engouffrer dans l’espace sombre, derrière les portes, qui constituait sa demeure. Là, il trouva par miracle trois gobelets disparates qu’il remplit d’eau au robinet sortant du mur. Pas de plateau pour les promener ; mais un fragment de portière de fiacre, récupéré sur les lieux d’un accident dont il n’était même pas l’auteur ou le responsable, fit l’affaire en un tournemain.

Régénéré par cette courte pause à l’écart de la civilisation, il regagna l’extérieur un peu plus serein ; quelques gouttes d’eau dans sa barbe montraient qu’il s’était passé la tête sous l’eau au passage, ce qui avait certainement aidé. Il plaça le morceau de bois sur son établi à côté des pantins, et fit signe aux jeunes gens, sans arrêter sur eux son regard préoccupé.

« Faut boire. »

Les détails de leur conversation lui avaient échappé, mais il savait sur quoi travaillait le jeune homme, plus ou moins, et supposait bien qu’il cherchait des idées ; et il s’en voulait vaguement de ne pas être le genre de professeur avec qui il pouvait avoir de longues conversations. Son visage était trop franc. Ça se voyait trop, quand on le dérangeait. Et on le dérangeait presque toujours. Pas au sens où il aurait voulu que le jeune s’en aille ; plutôt dans le sens où le bruit le faisait invariablement sursauter et brisait sa concentration, quand il émanait d’une conversation humaine, y compris quand c’était lui qui s’exprimait.

Au fond, s’il leur proposait à boire, c’était parce que le soleil tapait et qu’ils fournissaient un effort continu, c’était parce qu’une nouvelle venue s’ajoutait à leur petit groupe, mais c’était surtout parce qu’ils bavardaient comme deux vieux amis de leur côté, et qu’il se sentait vaguement diminué de ne pas pouvoir participer sur le même ton. C’était simplement au-delà de ses capacités. Ses nerfs s’en raidissaient d’avance dans une sorte de rigor mortis préventive. Ils avaient l’air de comprendre très bien, d’ailleurs, et lui laissaient une paix royale.

Un morceau de papier, un bout de charbon taillé en pointe, et il se mit à griffonner dans son coin en tâchant de les ignorer. Mais ses réflexions étaient parasitées par l’invasion graduelle des idées échangées à côté de lui. Foutu Gray, songea-t-il, quelle heure peut-il être ? Mais cette troisième ligne de pensée venait perturber encore davantage les deux premières. Agacé, il traça un long trait entre les deux parties de la feuille, et passa la main sur la moitié gauche de son visage. Un peu de charbon s’étala sur sa joue.

Bien, d’un côté, sa réflexion actuelle sur l’organisation du tripode, de l’autre, les idées qui lui venaient pour enregistrer une voix à l’intérieur d’un pantin. Et rien de plus. Que Gray aille se faire tringler chez les Raclusiens. Il n’avait pas le temps pour ses inepties. D’ailleurs, on ne voyait plus le soleil derrière la ligne des toits, uniquement sa flamme orangée qui illuminait encore tout le ciel et transformait les moindres tuyauteries en un vaste orgue doré.

Puis il déchira la feuille. C’était surtout une façon d’attirer l’attention. Interrompre lui-même, verbalement, deux personnes qui bavardaient était au-dessus de ses forces. Au gamin, qu’il connaissait mieux, il tendit le fragment qui les concernait, comptant d'ailleurs sur lui pour interpréter ses pattes de mouche ; il était assez intuitif, en général, dans ce domaine, il prenait ça comme un jeu et très au sérieux cependant.

Quelques traits bâclés, imprécis, mais simples et déchiffrables sans aucune peine : un orgue, justement, et le mécanisme qui se cachait derrière ses claviers d’ivoire ; puis les partitions percées d’un orgue de barbarie ; puis l’un de ces petits sifflets de cuivre à membrane de papier ciré avec lesquels les enfants altéraient leur voix ; puis une vue en coupe du larynx humain et des cordes vocales. En lieu et place des poumons, il avait représenté un soufflet de forge.

Les commandes raccordées à ce soufflet n’étaient qu’une vague esquisse, il lui était venu en tête qu’à leur place, il l’aurait raccordé à un capteur de mouvement mais cette idée flottait très loin sur l’horizon de sa pensée, et il s’interdisait de la poursuivre maintenant. Dans un coin figuraient une bouche, aux lèvres maquillées comme celles d’une femme pour être reconnaissables, et deux flèches, les deux choix qui lui étaient venues à l’esprit : une tête de vache qui représentait le cuir, et un clou qui représentait le métal. Il était sans opinion sur ce point particulier, mais probablement aurait-il finalement opté pour un mélange des deux.

Son regard chercha brièvement celui de la demoiselle en robe terrible. Il reçu l’éclat de ses yeux perçants de plein fouet, et se détourna immédiatement ; mais il le fit avec un petit signe de tête, comme un salut. Quelque chose lui plaisait et c’était assez rare pour qu’il tienne à le signaler.

« Brave gars… cet Elyas. »

Du peu qu’il en avait surpris, il aimait bien sa manière de raisonner. Un genre de poète à sa façon, sauf que les vrais poètes, ça ne sert à rien. Il cilla comme s’il avait reçu une claque intérieurement pour cette pensée impie, et c’était exactement le cas. Retournant à son ouvrage, il s’activa de plus belle à noircir la demi-page restante. Il fallait faire vite. Il n’entendait plus rien ni personne. S’il ne notait pas tout maintenant, ce serait perdu. La nuit allait tout dévorer. Déjà, il avait le plus grand mal à se contraindre à demeurer courbé sur cet établi, la main crispée sur son bout de charbon, qui se brisa soudain et ne laissa dans sa paume que deux fragments noirs et un peu de poussière, répandue comme une flaque de sang. Il se frotta machinalement les mains, et ne fit qu’étaler ce chaos sur toute sa peau.

Le soleil baissait sérieusement. Il y avait un pigeon au coin de la gouttière. Le pantin sur la table louchait. Il avait vu un jour un homme dans cette position, après une chute du troisième étage. On faisait encore des robes comme ça de nos jours ? Il manquait un mot à la fin de la dernière phrase. Il n’avait pas encore bu son verre. Une mouche sur un outil. Un reflet sur une vitre. Un cri dans le jardin d’en face. Un chien qui aboie. Un bébé qui pleure. Une étoile qui s’allume. Le vent qui se lève. Le pigeon s’envola, laissant derrière lui un nuage de plumes envolées alors que le chat s’arrêtait juste au bord de la gouttière, en catastrophe, évitant de peu une chute spectaculaire.

Wordsmith releva le visage, s'étira, sourit de toutes ses dents, puis tourna les talons et embarqua son papier qu’il serrait dans sa main sans grands égards.

« Je reviens tout de suite, les enfants. Ne faites pas de bêtises. Un petit quelque chose à aller chercher dans la maison. »


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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Mer 26 Avr 2017 - 23:25
"Avant de penser à ce que l'on va mettre dans son sac, il est bon de savoir vers quelle destination on s'envole. Voila ce qu'il dirait. Et juste après… Ambrosia ne s'est pas faites en un seul jour, pas par la volonté d'une unique personne."

Difficile de se défaire de ses penchants solitaires: son isolement prolongé, sa méfiance lui avaient fourni un manteau d'exil, revêtu jour après jour sans même y prendre garde. Il ne s'était jamais senti aussi libre et heureux que sur le bateau, rouage à sa juste place, fonctionnant de concert avec le reste de la machinerie. Il doutait de lui-même à présent: Ross le grisait d'euphorie tout en l'intimidant, les Brisendan l'effrayaient, et ses vieux desseins gisaient à ses pieds dans un schéma brouillon au langage indéchiffrable. Où s'envolait-il? Quelle destination atteindre? Toujours la même, mais la carte avant changé: là où s'étalaient des routes il percevait des précipices à présent, recherchant des ponts pour franchir ces périls dont il ignorait le nombre.

"Peut-être n'est-ce pas un phonographe qu'il vous faut. Et puis ce message doit-il vraiment être délivré par un pantin dans le fond ? Chaque chose à sa finalité, et il arrive fréquemment qu'elles se contredisent."

"N'est-ce pas le propre de la dialectique que de créer à partir des contradictions? Si chaque chose reste dans la case où la range son but initial, nous avons un monde propret et bien ordonné, tandis que c'est de la rencontre, du chaos que surgissent les étincelles de la création!"

Jetant pêle-mêle leurs pensées dans un chaudron où bouillonnaient leurs innovations toujours à l'état larvaire, il ressentait soudain un irrésistible élan de sympathie pour ces deux êtres à ses côtés, faisant mentir l'opinion commune selon laquelle le processus créatif est chose solitaire.

"Regardez Marlyn qui utilise une portière comme un plateau: peut-être inventera-t-il un nouveau type de plan de travail à poignée capable de s'incliner pour déverser les ordures dans une poubelle sise directement dessous. Merci pour l'eau Monsieur Wordsmith."

Une longue rasade désaltéra le jouvenceau, interrompant un instant sa diatribe tandis que son professeur retournait à son ouvrage, manifestement impressionné par la demoiselle et son employeur. C'était bien la première fois qu'il lui voyait ce regard...

"A ma grande déconvenue, je dois cependant avouer, Madame d'Albret que vous avez raison. Soit mon intelligence limitée ne me permet pas d'améliorer ce modèle, soit je m'échine à chercher un chemin dans une impasse."

"Le besoin détermine l'évolution."
Chaque phrase de la jeune femme devenait un bonbon sucré qu'il laissait fondre avec délices sous la langue de sa raison. Le besoin oui: quel était le sien? Capturer des propos sur un support sonore pendant son absence, ou espionner de loin. Quelle machine était apte à retranscrire la voix humaine en dehors du phonographe?... Il contempla Marlyn, la joue noircie d'un geste spontané, et un déclic se fit dans sa conscience: un microphone à charbon! Ne restait plus qu'à relier l'autre extrémité, ainsi qu'il l'aurait fait d'un téléphone, à une autre pièce, ou trouver le moyen de retranscrire le signal sonore converti en signal électrique sur une bande, puis une nouvelle machine capable de lire la bande en question. Peste soit de son ignorance! Un détour par la bibliothèque serait nécessaire en vue d'approfondir ses connaissances.

Wordsmith le tira de sa réflexion avec le croquis proposé. Utiliser le souffle, élan vital, pour moduler de nouveaux accords tout en s'inspirant de l'anatomie humaine? Il était maintenant détenteur de deux possibilités: l'une digne d'utilisation dans son enquête, l'autre... qu'en ferait-il? Un androïde musicien? Pourquoi pas un traducteur? Il suffirait de graver un message sur un cylindre, de l'insérer dans l'automate, et la machine interprèterait le code! Voilà qui serait fort utile pour communiquer en toute discrétion! Une telle invention se monnayerait fort bien contre sa liberté auprès de la guilde d'espionnage!

Pas un instant à perdre! Le soleil déclinant signerait bientôt l'heure du départ...
« Je reviens tout de suite, les enfants. Ne faites pas de bêtises. Un petit quelque chose à aller chercher dans la maison. »
... Jamais il ne l'avait entendu si loquace, ni le timbre aussi clair et assuré. Onésime jeta un coup d'oeil inquiet vers Myrcéa, se demandant si elle connaissait cet aspect de leur comparse mécanicien. En mélomane, le jeune homme sentait un discord dans la douce harmonie installée, une modulation les entraînant vers une nouvelle tonalité empreinte de ténèbres et de folie sans qu'il pût rien soupçonner encore des mystères futurs de leur partition en trio.
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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Sam 13 Mai 2017 - 20:26
Trois êtres solitaires, des contours mal dégrossis trouvant dans le silence un boudoir secret où se réfugier. Le monde tourbillonnait au dehors, les laissant en proie à un effroi difficilement quantifiable, parfois impalpable. Des raisons de ces murailles surgissaient sans cesse de nouvelles problématiques. N'était-ce pas cela se confronter aux autres, accepter qu'un étranger vienne sans même le vouloir échanger les cartes entre nos mains ? Myrcéa s'y refusait en toute conscience, la porte de son monde était hermétiquement close pour le bien de son équilibre actuel, un confort salutaire.  

- La création se nourrit, à défaut de choix, elle se contentera de ce qui est à sa disposition. Mais effectivement, on a vite fait de tourner en rond dans un espace délimité. Mais, accepteriez-vous de rester dans le vague ? Choisir une forme, même résultante de deux contradictions, n'est-ce pas créer une nouvelle case ? Je crois que notre esprit a beaucoup de mal à supporter la confusion permanente, il a besoin de sa vérité quand il pourrait y en avoir bien plus ailleurs.

Dans son esprit il n'y avait pas place pour le hasard, pas plus que pour le chaos. Cette forme brumeuse n'était que la résultante d'une ignorance mal assumé qu'on préférait mettre sur le compte d'une force invisible plus grande et omniprésente. Ne pas connaitre les tenants et les aboutissants ne suffisait pourtant pas à nier leurs existences. Des points de vue, un puzzle à différents niveaux, pratiquement indéchiffrable. Lorsqu'elle butait sur un problème, Myrcéa se disait simplement qu'elle n'avait pas encore atteint suffisamment de clairvoyance. Ce n'est pas si grave, le moment viendrait, si elle restait suffisamment ouverte à ce qui s'offrait à son regard. Toujours pourtant, elle classait, laissant les points d'obscurités avoir une place prépondérante dans l'assemblage. La recherche de la pièce manquante n'était qu'un jeu de pistes informes et mouvantes.

- C'est un très bon exemple, pas de plateau, mais le besoin se fait sentir, et on s'adapte à l'environnement. Simple mais efficace. De votre coté, quel besoin cherchez vous à combler ? Un plateau est-il indispensable à sa mise en oeuvre ou autre chose serait-il aussi efficace ?

Un peu d'eau fraiche était la bienvenue, elle remercia Mr Wordsmith tant pour le rafraichissement que pour son illustration de ses propos précédant. Ce mois d'automne mettait en doute l'approche inaltérable d'un hiver que la jeune femme envisageait déjà comme particulièrement froid et sec. Pas de que cela la dérangea outre mesure, elle se laissait envahir par un certain mal du pays qui n'était pas si désagréable. De la neige, elle attendait ça avec une patience relative, tout riant d'elle-même et de ce penchant pour un fragile mentaux blanc qui lui rappellerait le tempérament capricieux des montagnes de son enfance.  

- Vous avez trouvé une réponse tout seul. Chercher ailleurs qu'en soit même, c'est passer outre nos propres limites.

Pour ce qu'il lui en avait dit, elle peinait à donner une juste utilisation à cette création. Néanmoins, elle se devait d'être prudente, ce n'était pas elle, l'Assistante, qui détenait les clés du travail de recherche. Ce n'était qu'une main suivant des directives. Peut-être aurait-elle pu l'aider si ses propos avait été plus clair en invoquant l'option d'en référer à son maitre. Ses attributions aux yeux du grand public se cantonnaient à peu de choses en définitive. Donner des indications pour donner des indications, Myrcéa ne savait pas faire. Elle avait besoin d'affirmations concrètes, de comprendre la globalité avant de se focaliser sur le détail, ou inversement, d'une multitudes de petits rouages pour donner corps à un ensemble stable sur lequel s'appuyer.

Oh, ce n'était qu'un croquis, mais il accapara son regard un moment, alors qu'elle se penchait sur cette proposition. C'était une contribution bienvenue et Myrcéa ressassa dans un même le fil de son argumentaire. De ses limites, elle n'en sortait que trop peu, pas de cette façon là en tout cas. Le secret la protégeait autant qu'il la séquestrait. Alcon avait été ce second, ou peut-être était-ce l'inverse, un partenariat efficace qui était irremplaçable pour l'heure. Il était évident que la jeune femme faisait le tour de bocal, et que cette sortie aurait plus d'impact que prévu initialement.

Rapide et brouillon, ces schémas n'étaient pas encore aboutis, jetés avec empressement, tout un langage méconnu et obscur à décrypter. Mais derrière, elle sentait poindre une passion sourde, entravée par des chaines invisibles. Alors, elle releva les yeux pour observer le machiniste. Il sortait des standards, manquait sans doute de soutiens, de moyens, dû à une attitude qui ne répondait pas vraiment à ce que cette société pouvait attendre de ces cerveaux. Et combien d'autres histoires encore ?

Si elle n'avait aucune animosités envers les comportements qu'on qualifiait facilement d'étrange et d'abrupt, il était vain d'ignorer dans quel monde on vivait. Il était de ces règles qu'on ne pouvait franchir d'un bon, et qu'on se devait d'intégrer pour mieux les plier dans son sens. Là aussi, il lui manquait encore des éléments. Elle aurait aimé revenir, pour en apprendre d'avantage, mais cette démarche pouvait se heurter à un refus catégorique malgré l'amélioration constante de la tolérance à sa présence. Oui, il y avait quelque chose dans sa façon de faire qui attirait sa curiosité et son empathie pour cet étranger. Le chemin se déroulait en sens inverse du cliquetis des horloges. Il fallait retrousser ses manches, demain ou dans un mois, ça, Myrcéa n'en était pas encore sure.

La continuité fut brisée, en un sourire inattendu, par quelques mots résonnant avec une certaines brusquerie sur les portes de tôles. Elle le connaissait trop peu pour répondre à l'interrogation silencieuse d'Onésime. Le changement de ton contrastait pourtant avec le peu entraperçu jusqu'ici. Pourtant, elle ne s'inquiétait pas en avance sans avoir déterminé la source exacte d'un danger potentiel. Le soleil déclinait, l'altération du présent s'immisçait jusque dans les fissures imperceptibles des murs, s'assombrissant graduellement.

HJ ::
 
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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: [Clos]L'éloge de la pièce manquante (PV Marlyn) Ven 19 Mai 2017 - 13:02
"N'est-ce pas le propre de la dialectique que de créer à partir des contradictions?"
...Certes.

"Chercher ailleurs qu'en soit même, c'est passer outre nos propres limites."
Mais cela va sans dire.

Il avait affaire à deux petits philosophes. Ce serait un plaisir de briser leurs jolis discours pour n’en plus laisser que des exclamations animales, sous l’effet de l’alcool, par exemple ! Pas une once de méchanceté dans cette pensée : briser n’était pas une mauvaise chose. Les grandes carrières de pierre qui brillaient d’un éclat brûlant et attaquaient la rétine, était-ce un paysage de destruction, ou de construction ? Y avait-il vraiment une frontière entre les deux ? Dix minutes plus tôt, il aurait murmuré : oui, bien sûr. Cette frontière s’appelle l’ordre du monde. Dix minutes plus tard, il clamerait que non : il avait lui-même été brisé et reforgé et dans ce creuset, il s’était construit, tel qu’il était à présent. Et mieux valait en rire qu’en pleurer.

D’ailleurs, il les aimait bien, ces deux jeunes : ils étaient bons travailleurs et enthousiastes. - Il évitait seulement de regarder Myrcéa dans les yeux, mais pas au point que cela se remarque outre mesure, car son regard sautait de toutes façons en tous sens, agrippé à la moindre sollicitation de son attention exacerbée. Oh, elle était jolie, bien sûr. Mais le soleil n’était pas encore couché. - Voyons, il fallait maintenant dresser le programme de la soirée. Le programme, c’était qu’il n’y avait pas de programme, et que les boutiques des gens tristes étaient en train de fermer, tandis que celles des gens bien étaient en train d’ouvrir !

Wordsmith ne prit que le temps de grapiller les économies de la journée, de les fourrer dans ses poches, de changer son tablier pour une grande veste râpée, qui avait pu être autrefois vert sombre ou de toute autre teinte sombre peut-être, et qui claquait derrière lui quand il marchait, comme une cape ; quelques outils, qui ne servaient a priori à rien mais qui pouvaient servir à tout, y tintaient comme des éperons. Enfin, il fixa son masque. La moitié gauche de son visage disparut sous les lamelles cloutées qui épousaient étroitement sa peau. Il y avait toujours comme un frisson mystique au moment de franchir cette étape rituelle. La claque froide du fer sur son épiderme, les courroies de cuir que l’on resserre et qui pincent des mèches de cheveux, étaient l’ultime contrainte que s’imposait Marlyn ; après ça, c’était fini. Gray était libre, jusqu’à l’ultime libération qu’il s’autoriserait au matin en débouclant les courroies. Ils restaient, ainsi, toujours présents l’un à l’autre.

« HA HA ! A nous deux ! Nous trois, dirais-je même, » s’esclaffa-t-il tout seul, en balayant une dernière fois du regard cet intérieur minable. Et il apparut sur le pas de la porte, les poings sur les hanches, droit comme un i, les pieds campés dans la poussière. Les deux jeunes gens n’avaient pas bougé ; ils avaient l’air si sage qu’il en aurait pleuré de rire, si mignons qu’il avait envie de leur pincer les joues. Mais il ne fallait pas leur faire peur, pas tout de suite. Ah, c’était pourtant si tentant de faire peur ! De toute façon, quelqu’un aurait peur de lui tôt ou tard, inutile de s’impatienter.

Il se frotta les mains, en les regardant tous deux d’un œil brillant, comme s’il évaluait leur potentiel.

« Allez les jeunes ! On a bien bossé, on n’y voit plus, et je ne vais certainement pas acheter des lampes. Et puis, vous êtes bien gentils de tenir compagnie à un vieux cinglé dans mon genre : je vous dois un verre en ville. »

La métamorphose était celle d’un mélancolique qui vient de recevoir une excellente nouvelle, capable de transformer sa vie. La seule chose qui la transformait réellement était en fait la volonté nouvelle qui l’habitait ; mais ce serait suffisant pour une nuit de folie. Il leur tendit les bras, et les agrippa sans vraiment leur laisser le temps de réagir, pour se mettre en route immédiatement. Il savait très bien où aller. Droit devant, c’est la meilleure destination.

« Vous êtes prêts ? On va fêter cette belle amitié. S’il y en a un qui dit non, je me fâche. »

Les lampions s’allumaient au fronton du bar voisin, où on le connaissait un peu trop bien pour qu’il s’y arrête, et il les salua chacun par leur prénom, un prénom de son cru qui évoquait davantage le sobriquet de bagnard mais qui, bizarrement, leur allaient à la perfection. Gray ne tarissait plus de paroles, et surtout d’exclamations, joyeuses ou agressives, à l’égard de tout et de rien. Parfois, des insultes ou des saluts moqueurs lui répondaient. Il débordait de lui-même. La rue avait l’air d’un étau qui peinait à le contenir. Ils en sortiraient bientôt, et là, le vrai jeu commencerait. Mais toute conversation de type philosophico-mécanique n’était pas entièrement bannie de ses souvenirs, au contraire ; sa mémoire aux points d’accroche volages s’était focalisée sur une question en particulier.

« Au fait, ça veut dire quoi, dialectique ? A part que ça crée des contradictions ? »


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