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I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi]

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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Lun 27 Mar 2017 - 17:56
Les errances nocturnes de Wordsmith l’entraînaient de plus en plus loin de chez lui. Quoi que puisse être ce qu’il fuyait, cela le poursuivait avec acharnement, et il mettait chaque fois un peu plus de temps à se sentir enfin tiré d’affaire et à jeter son dévolu sur un débit de boisson, un monument à graffiter, une fontaine où piquer une tête. Cette nuit, il se rappelait seulement qu’il avait lié connaissance avec des personnes très désagréables finalement ; mais comme il était sympa et plein de bonne volonté, il s’était obstiné à leur témoigner son affection et à leur proposer des plans de soirée un peu plus charmants, un peu plus originaux aussi, que ce qu’ils avaient en tête. Rien à faire ; c’étaient des têtes de bois. Il avait fini par se castagner avec eux. Voilà, ça c’était une nuit rondement menée : de l’indifférence à l’amitié, et ce jusqu’à la brouille et la haine, le spectre des émotions humaines dans toute sa perfection déployée. Il ne pouvait pas dire qu’il s’était ennuyé à un seul instant !

La bande lui donnait la chasse pour le passer à tabac quand il sauta au dernier moment dans un transport en commun qui s’apprêtait à démarrer. Il était suivi de près par le plus rapide de ses poursuivants, qui parvint à monter avec lui ; mais les autres restèrent sur le carreau. Alors qu’il se collait à la vitre du fond pour les voir disparaître, un grand rire aux lèvres et les yeux pleins d’éclairs malgré son essoufflement, il vit que le plus épais de la bande vomissait ses tripes sur le pavé. Il aurait pas dû courir si vite, après tout ce qu’il venait de boire ! Personne n’écoutait jamais les conseils de Gray Wordsmith. Allez savoir pourquoi.

Il se retourna, toujours hilare, vers le type qui était monté après lui, et s’effondra sur un siège en lui tendant la main. L’autre tanguait au milieu de l’espace clos, le regard incertain ; il n’en menait visiblement pas large et se demandait bien pourquoi il s’était entêté à ce point. Maintenant, ils étaient à armes égales. La bagarre semblait une option beaucoup moins désirable. Cependant, la rancune empoissait toujours son regard torve, et Wordsmith laissa finalement retomber sa main. Il était inutile d’insister dans cette voie. A la première occasion, ce type chercherait à le planter, à le jeter hors du véhicule en marche, ou à lui briser la nuque. Un long silence s’installa entre eux. Il n’en avait pas l’air, mais il mettait de l’ordre dans ses idées.

Jouer la folie lui rapportait toujours des points.

« Tu sais quoi ? Si on recommence à se mettre sur la tronche… Faudra que je tienne compte des conséquences. On est dans un lieu public là, pas dans une arrière-cour paumée. Si je t’éclates, ton corps, la police va vite le retrouver. Tu seras identifié, on interrogera tes potes… Bref, tu vois. »

Pas de réponse. D’après la figure que tirait l’autre bonhomme, il était concentré à mort sur le langage corporel de Wordsmith, plutôt que sur ses paroles. Ce trouillard s’attendait à ce qu’il lui saute dessus après l’avoir endormi par un petit conte ; il faut dire que l’aube n’était pas loin, et qu’ils étaient tous deux très fatigués.

« Alors dès que je te colle à terre, j’attends même pas que tu sois crevé : je commence à mettre toutes les chances de mon côté. D’abord les dents. Avec ça, ils identifient un mec en moins de deux. Ensuite les doigts. »

Il glissa la main dans sa poche et en sortit une petite pince qui émit un claquement éloquent.

« Et ensuite, je te benne par une vitre. Je sais pas de quelle hauteur tu tomberas. Ça dépend d’où on en sera du trajet. Tu vois, je ne pourrai peut-être pas attendre que tu sois bien raide mort ; ça serait plus poli, je sais, mais attendre, c’est prendre des risques… Hein Wordsmith, on n’aime pas prendre des risques. On est désolés, mais si le monsieur est trop vilain, il sait ce qui l’attend. C’est lui qui l’aura cherché. »

Le type commençait à y croire. Il se laissait gagner par l’angoisse. Ça se sentait aux moindres sursauts qui faisaient dévier ses gestes tandis qu’il s’asseyait lentement en face de son interlocuteur. L’espace désert autour d’eux, le poids de l’ombre sur leurs prunelles fatiguées et les éclats des éclairages trop blancs, les rebonds du véhicule, tout contribuait à susurrer à un éventuel combattant : tu n’as pas les pieds sur terre, ici. Tu ne seras pas au maximum de tes capacités. Un cahot peut te surprendre n’importe quand et se faire l’allié de ton adversaire. Alors ne tente pas trop la chance…

Alors que Wordsmith commençait à réfléchir à nouveau, cherchant comment il s’extrairait du véhicule en bout de parcours, et disparaîtrait dans la nuit sans s’exposer à son ennemi, une silhouette supplémentaire entra dans leur champ de vision, et bouleversa soudain l’équilibre fragile des pouvoirs en place. Les deux bagarreurs n’étaient plus que des resquilleurs sous le regard de l’employé qui s’avançait dans leur direction. Aucun d’eux n’avait pris la peine de se procurer un titre de transport valable, ni n’avait même songé à ce détail ; Wordsmith ne montait pas souvent dans ces appareils, et n’était pas bien sûr de ce qu’il aurait dû faire exactement pour se mettre en règle. D’ailleurs, il n’avait plus un sou en poche.

On pouvait vraiment dire qu'il avait vécu cette nuit à fond.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Sam 1 Avr 2017 - 20:25
Fin de la nuit ou début de la journée ? Pour Naomi, il s’agissait plutôt de la seconde hypothèse…. Levée alors que la noirceur régnait encore au-dehors, elle s’était préparée du mieux qu’elle pouvait, pour ce qui prévoyait d’être une longue journée. Les jours où elle faisait la contrôleuse, voire l’hôtesse, dans les moyens de transport, n’étaient pas forcément ses préférés. Avec une certaine lassitude due en partie à la courte nuit écoulée, elle avait revêtu et boutonné l’uniforme de l’Impérial, qui faisait sans doute un peu plus masculin que les tenues dont elle avait l’habitude.

Et puis elle était partie, montant donc dans le premier transport dont elle surveillerait le trajet en cette heure très matinale. Pendant un temps, elle avait simplement été dans la cabine du conducteur, vérifiant que le trajet débutait bien et qu’il ne commettait pas d’erreur. On ne savait jamais, avec ces jeunes apprentis qui commençaient tout juste dans le domaine. Elle avait même échangé quelques amabilités et plaisanteries, faisant fi de ses tourments intérieurs ou de la tristesse, qui pour une fois, ne s’était pas accrochée à sa peau dès le lever. Les débuts du trajet avaient été ainsi plutôt calmes. Seuls quelques travailleurs prenaient le transport aussi tôt, et éventuellement quelques fêtards, mais qui avaient tous eu le bon sens d’avoir un ticket, ou de quoi payer le transport.

Autant dire que Gray et son compagnon d’infortunée beuverie allaient gâcher ce début d’honnête journée avec le plus beau des panaches. Naomi se déplaçait, contrairement aux deux autres hommes, d’un pas assez sûr malgré les chaos et roulis du transport. Cela faisait bien plus de dix ans qu’elle s’y était habituée, étant presque aussi à l’aise sur terre, que sur les mers ou dans un véhicule aérien.

Lorsqu’elle entra dans le compartiment où s’étaient assis les deux hommes, elle prit une profonde inspiration et son nez se fronça légèrement. Elle ne savait pas particulièrement duquel cela venait, mais les relents d’alcool de la nuit étaient bel et bien présents. Encore des soûlards. Bon, ce n’est pas tellement à toi de juger, songea-t-elle. Mais elle eut un regard de surprise lorsqu’elle s’aperçut que l’un d’eux portait un masque aux multiples couches métalliques dissimulant la moitié de son visage. L’œuvre ne lui paraissait pas particulièrement esthétique, quoique que cela veuille cacher. Son instinct, endurci par ses années d’expériences au sein de l’Impérial, lui souffla que cela n’allait pas être de tout repos. Tant pis. Elle releva son regard bleu clair, lumineux, vers les deux énergumènes et s’approcha, souriant très brièvement.

— Laissez-moi deviner. Vous n’avez pas eu le temps de prendre des titres de transport. Un peu trop pressés de rentrer chez vous, ou de trouver un autre bar ?

Son ton était légèrement amusé, mais assurément ferme. Ce n’était qu’une entrée en matière pour voir la réaction de ces deux hommes… et l’interlocuteur du type masqué ne semblait pas particulièrement amical. Toutefois, Naomi en avait vu d’autres, au cours du temps, et il lui faudrait un peu plus que cela pour reculer, ou même se sentir mal à l’aise ; bien qu’elle se tint sur ses gardes à cet instant. Elle dévisageait les deux passagers, tour à tour, essayant de définir de quel milieu ils pouvaient bien provenir…

Et elle était loin de se douter qu’un instant avant qu’elle n’entre à l’intérieur, l’homme masqué parlait tranquillement de comment se débarrasser de son acolyte le plus proprement du monde, sans qu’on puisse ensuite remonter jusqu’à sa piste. Par contre, le regard de Naomi fut attiré par la pince que Gray avait sortie. Qu’est-ce que c’était que ce truc, exactement, et qu’est-ce qu’il comptait faire avec ?


A qui cela n'est-il arrivé, d'être libre en apparence, et de se sentir les ailes empêtrées ?
       
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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Dim 2 Avr 2017 - 19:51
Juste quand ils commençaient à bien s'entendre, quelqu'un débarquait. C'était toujours comme ça ! Gray n'eut qu'un bref regard, occupé qu'il était à surveiller sa proie - son poursuivant - un peu des deux.

Aïe ! Une femme. Une blonde. Les lèvres de Gray se retroussèrent sur ses canines, en une grimace de chien errant giflé. Il n’avait même pas compris sa phrase. Un mot lui restait en tête, « pressés. » L’autre type avait la nausée, trop secoué par les divers écarts de la nuit, et changeait progressivement de couleur à chaque cahot du véhicule, tout en jouant la soumission la plus conciliante dans le faible espoir d’échapper à la contravention. Sa posture, partagée entre le recroquevillement d’un ivrogne malade et la poste malhabile d’un séducteur de bas étage, avait quelque chose de si comique que le raidissement instinctif de Gray vira bientôt à l’éclat de rire franc et joyeux.

« Oui, on était pressés, madame. Pressés de vous voir entrer dans notre vie. Voyez-vous, monsieur s’est trompé de direction. C’est dans le sens inverse qu’il voudrait aller. »

D’un bond, soudain Gray fut sur son opposant qu’il empoigna par le revers de sa veste en lui collant sous le nez la pince, dans un claquement furieux. Le crâne du bandit malmené heurta la paroi de métal derrière lui, et il lâcha un juron ordurier. Mais Gray se contenta de ce petit claquement juste sous son nez, d’un mot murmuré assez haut pour être entendu de leur nouvelle venue, mais assez bas pour être chargé d’une menace ambiguë… « Indécis. » Puis sans transition, il tendit l’arme à la dame blonde, la poignée en avant, dans un mouvement de malfrat qui restitue son arme entre les mains de la justice. Il était rouillé, cet outil, de toute façon.

« Je n’ai aucune mauvaise intention. Cette pince peut en témoigner. » Oubliant instantanément l’existence de la pince en question, il la lâcha sans se soucier de savoir si elle avait été prise ou non, et se mit à fouiller frénétiquement dans ses poches. D’autres ustensiles y émettaient des bruits clinquants et métalliques, mais ce n’était pas cette douce rumeur bruissante que produit la petite monnaie. « Ah, et moi aussi, j’ai pas de ticket. Pas d’argent non plus. Pas de petite amie non plus, tant qu’on y est. »

Il releva un grand sourire plein de dents. Ce fut le moment que choisit son adversaire pour tenter à son tour de le maîtriser. Se mettre en sécurité ? Se faire bien voir de la contrôleuse ? Quelle que soit son intention, elle échoua. Il eut à peine le temps de plaquer Gray au sol en lui tordant le bras, que celui-ci changea de visage. Une agressivité monstrueuse déforma la partie de ses traits que l’on pouvait encore distinguer, entre la pression du sol maculé et son masque incomplet. Sa main libre griffa le sol et se referma sous forme d’un poing serré à en trembler.

« Je le tiens, madame, vous en faites pas. Si vous avez des menottes, passez-lui, ça sera plus sûr. »

Le « bon citoyen » n’eut pas plus tôt prononcé ces paroles hideuses que Gray explosa. Il le souleva littéralement de terre avec la force d’un geyser, dans un craquement sourd qui était celui de son épaule, si indifférent à sa propre souffrance et si focalisé sur celle de l’autre qu’il n’émit pas un cri. Son ennemi heurta de nouveau la cloison derrière eux, mais avec une telle force cette fois qu’il en demeura étourdi, retombant sur la banquette dans la posture grotesque d’un pantin désarticulé.

Gray, le souffle court, se releva en trébuchant. Son regard brillait d’une lueur de folie tout sauf attachante. Il ouvrit son poing, et se remit à sourire, comme une marée revient invariablement battre les falaises et en user la résistance. Mais la petite lueur ne s'éteignait pas ; elle dansait de droite et de gauche, au gré des mouvements du sol sous leurs pieds. Sa main se tendit une seconde fois vers la contrôleuse en arborant la monnaie qu'il avait grappillée dans son geste mécanique. Il n'y avait pas de dieu pour les distraits, mais il y en avait certainement un pour les braves gars qui savaient ouvrir l'oeil...

« Finalement, j’ai retrouvé une pièce, madame. Alors, c’est combien ce ticket ? »

Quant au mauvais plaisant vautré sur la banquette derrière lui, l'oeil vitreux, il suffirait de lui faire les poches. Il avait sûrement sur lui quelque colifichet dont on pourrait tirer le prix demandé. Ensuite, un bon coup de pied, et bonjour le caniveau ! C'était tout le mal que lui souhaitait Gray ; il avait cessé de le trouver amusant.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Mar 4 Avr 2017 - 21:46
Il fallait regarder les choses en face : si la journée avait plutôt bien commencé, on ne pouvait pas dire qu’elle continuait sur le même registre. Naomi aurait pu en soupirer, mais en public, elle se contenta de le faire intérieurement. Par ailleurs, cette situation aurait pu l’amuser en tant que personne, mais en professionnelle, elle ne pouvait guère laisser cet aspect de sa personnalité, prendre le dessus. Encore moins en voyant la grimace qui s’étirait sur les lèvres du type masqué en la voyant arriver. Elle n’était pas la bienvenue, au cas où elle aurait eu des doutes. Mais elle était habituée à provoquer ce genre de réaction – à l’intérieur et en-dehors d’un transport en commun, d’ailleurs. La jeune femme se faisait parfois trop tranchante, ou trop naïve, pour être réellement toujours appréciée. Mais elle n’eut besoin que d’un coup d’oeil pour deviner que l’autre contrevenant jouait la comédie pour l’apitoyer. Hélas, elle n’était plus de ces jeunettes du métier qui se laissent avoir. Quant au côté séducteur, cela avait quelque chose de répugnant.

Le regard bleu aigu de l’employée de l’Impérial se retourna vers l’homme masqué, le seul à prendre la parole pour répondre à son altercation. Un baratin. Un joli baratin pour juste essayer de l’emballer, certes pas dans tous les sens du terme, Hyram en soit remercié. Mais avant qu’elle ait pu émettre une remarque sarcastique, l’homme au visage dissimulé se jeta sur son « compagnon » en lui collant la fameuse pince sous le nez. Naomi recula d’un pas, malgré elle, l’adrénaline se mettant à affleurer dans son corps. Un « bam » retentit contre la paroi métallique du véhicule, ne faisant sans doute aucun bien à la victime.

« Indécis... » Le mot flotta en l’air, presque trop bas pour être entendu, mais néanmoins perceptible, empreint d’une douce nuance d’avertissement… Et la pince se retrouva en face d’elle, comme un absurde coup de théâtre, dans une mascarade dont elle n’avait jamais eu le texte. Elle haussa un sourcil, son regard tenant cette fois clairement de l’avertissement envers le passager clandestin. On ne la lui faisait pas. Toutefois, elle saisit vivement la pince rouillée, la glissant dans la poche de son uniforme.

Quand des gens étaient ivres, mieux valait leur ôter tout ce qui pouvait, de près ou de loin, servir à une arme. D’arme, par ailleurs, Naomi n’en avait aucune sur elle, car les employés de l’Impérial n’étaient que trop rarement autorisés à en porter, et souvent, cela était réservé à ceux restant dans la cabine du conducteur. En somme, elle n’avait que ses mains, et son esprit.

« Je n’ai aucune mauvaise intention. Cette pince peut en témoigner. Ah, et moi aussi, j’ai pas de ticket. Pas d’argent non plus. Pas de petite amie non plus, tant qu’on y est, » conclut énergumène qui avait l’air d’avoir échappé à la surveillance de Mirai, et être revenu un peu toqué de l’au-delà.

Il tenta un sourire envers Naomi, au milieu des bruissements métalliques dans ses poches. Le regard de la veuve se fit encore plus froid, d’une froideur qui signifiait qu’il pouvait toujours courir et qu’en plus, il n’était pas son genre. A moins qu’il ne dissimule une beauté cachée sous le masque, mais les ivrognes, très peu pour elle.

— Dans vos rêves, maugréa-t-elle, avant de sursauter en voyant l’autre bondir à son tour sur l’homme masqué.

Bon sang, ils vont continuer encore longtemps comme ça ? Elle était bien aise, entre deux imbéciles pareils. Ça les occupait certes de se taper dessus, mais en attendant, ils n’avaient toujours pas de ticket d’argent, et le prochain arrêt n’était pas la porte à côté. Et ça, elle se mit à le regretter grandement en voyant la rage commencer à déformer celui qui jouait au beau parleur. Néanmoins, elle se garda bien d’intervenir sur l’instant. Avec raison. Elle recula de nouveau d’un pas en voyant la situation se renverser, entendant un craquement distinct qui devait faire un mal de chien au type masqué, mais ce fut l’autre ivrogne qui se retrouva à nouveau sur la banquette, sonné et secoué, et hors d’état de nuire pour un moment, du moins l’espérait-elle.

Et peut-être, peut-être, commença-t-elle enfin à regretter que le règlement de l’Impérial soit si strict sur les armes portées dans le cadre du travail, en voyant la lueur mauvaise qui brillait dans l’oeil de celui resté debout. Il avait un air étrangement vacillant, mais Naomi sentait qu’elle ne devait pas se fier à cette faiblesse absurde… avant qu’elle ne se rende compte qu’il lui tendait une pièce de monnaie. Elle jeta un regard à la pièce en question. Insuffisant. Ses yeux se relevèrent vers le regard admirablement ambigu, et le sourire tout aussi menaçant, qui illuminaient la demi-face de l’homme. Mais la décharge d’adrénaline du début de l’altercation, avait laissé un étrange tumulte dans ses veines, qui semblait se plaire à y loger, comme quelque chose de longtemps réprimé. Elle leva les yeux vers la fenêtre, brièvement, évaluant à quel endroit du trajet ils étaient.

— Il en faudrait une deuxième. Que vous n’avez pas, articula-t-elle, sèchement.

Après tout, l’homme était en infraction, voleur, bagarreur… et un instinct lui disait qu’il ne valait mieux pas qu’il reste avec son compagnon de beuverie. Pas vu la façon dont ils pouvaient se bondir l’un sur l’autre, sans pitié. Jusque-là d’une immobilité presque fascinante, Naomi s’anima soudain. Elle saisit au collet Gray avec plus de force qu’il ne paraissait pouvoir venir de cette femme, le traînant dans le wagon à côté sans lui laisser le temps de se débattre, ou d’articuler un mot. Séparer le problème en deux, déjà. Fort heureusement, le compartiment suivant était vide, et elle ne le relâcha point, les muscles tendus dans l’effort que cela lui demandait. Son visage, s’il était devenu bien pâle, exprimait toutefois une détermination virulente. Quant à ses yeux, eh bien, il y avait peut-être un léger relent de la folie impérieuse qui animait le regard de Gray, un instant auparavant.

La porte qui servait à monter dans le compartiment se retrouva ouverte. Naomi n’avait même pas besoin de chercher où était la poignée, tant elle connaissait par cœur chaque détail de chaque moyen de transport de la ville, ou presque. Elle s'y agrippa de la main qui ne tenait pas l'homme, fermement. Or, Gray se retrouva donc à moitié soutenu uniquement par la poigne de Naomi, et en partie par ses pieds qui reposaient tout de même encore sur le sol. Néanmoins, cela était un équilibre précaire, et si l’un ou l’autre lâchait, il lui serait bien difficile de se rattraper. En-dessous du véhicule, il n’y avait pas encore un grand vide, deux ou trois mètres tout au plus, alors que le véhicule montait vers un autre étage de la cité. Une chute serait douloureuse, mais pas mortelle.

Naomi avait le souffle court, sous l’effort qu’elle devait fournir, même si le resquilleur ne pesait pas non plus bien lourd. Mais elle était concentrée sur le fait de ne pas le lâcher, tout en le maintenant suffisamment au-dehors pour qu’il se sente à la fine limite de la gravité commençant à peser. Le regard de l’employée était devenu glacial et stoïque, et en même temps imprégné d’un avertissement qu’il valait mieux prendre au sérieux. Le vent, à cette hauteur, était un peu plus puissant que la simple brise du matin, surtout avec le transport en mouvement.

— Vous allez vous calmer, maintenant,
asséna-t-elle, implacable. Je n’ai pas de patience pour les types dans votre genre, c’est clair ?

Etait-elle vraiment capable de le lâcher ? Elle n’en savait rien. Une partie d’elle commençait à paniquer et lui souffler d’arrêter ce qu’elle était en train de faire, et l’autre partie n’en avait cure, déterminée seulement à se faire entendre de cet homme, qui avait une part de danger certain en lui. L’appareil continuait à s’élever et le sol devenait plus distant, peu à peu. Une seule chose était sûre : la journée devenait vraiment, vraiment mauvaise.


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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Mer 5 Avr 2017 - 20:48
Il s’attendait à tout. Bon, presque à tout. Pas à ça. Wordsmith s’apprêtait à répliquer quelque chose sur le prix des promeneuses nocturnes de nos jours – ou peut-être sur le défaut de pouvoir d’achat qu’il présentait, et qui rendait très difficile l’attribution de la moindre amende ; il aurait même pu proposer lui-même de plonger pour la délivrer de ce dilemme – ce serait Marlyn qui ferait la gueule au matin, mais tant pis pour lui, ce sale lèche-botte avait bien mérité de faire quelques bornes à pattes, et il trouverait peut-être même moyen de s’acquitter honnêtement de son titre de transport, le connaissant…

Mais il n’en eut pas le temps. Alors que le petit diablotin dans son esprit hésitait en sautillant entre les différentes blagues à sa portée, il se trouva soudain entraîné dans une danse qui lui mit des étincelles dans les yeux. Il voyait se profiler à l’horizon cet étrange plaisir malsain à se faire secouer comme un prunier, ou éventuellement frapper comme un sac de sable, et il l’attendait avec un ravissement de gamin curieux, en tentant de rassembler ses forces un peu étourdies par la vivacité de la riposte. Son ébahissement était tel qu’il ne prononça finalement pas un mot.

Soudain, l’air frais du dehors lui gifla le visage et il se retrouva en équilibre aléatoire, paralysé par la nécessité de recalculer sa position à chaque tremblement de la machine, accroché de justesse par son bras endolori, fortement tenté par le vide mais retenu par quelque chose… il ne savait pas encore quoi. L’impression qu’il n’aurait pas le temps. Il n’analysait pas suffisamment sa situation pour se rendre compte que la couleur du ciel était déjà en train de changer, et que la nuit touchait à son terme, entraînant avec elle son cortège de carnaval masqué par les ombres. Non, la seule pensée construite qui lui vint fut celle-ci :

« J’ai bien compris que ça ne vous arrangerait pas que je tombe amoureux. Mais là, vous m’en donnez très envie ! »

Il lâcha le rebord des deux mains : la dame avait de bons réflexes. Soit elle le ramènerait vers l’intérieur, soit ils tomberaient ensemble, les deux solutions lui allaient. Il pourrait toujours prétexter qu’il avait lâché à cause de sa blessure à l’épaule, parce que « la douleur était insoutenable ». Ces mots étaient si marrants qu’il les plaçait à toutes les sauces, dès qu’il en avait l’occasion. Dans le fond, ce qu’il disait était presque vrai : il se sentait naître pour cette blonde bagarreuse une curiosité intense qui aurait presque pu s’apparenter à de l’affection. Si elle avait été autre chose qu’une blonde, naturellement.

En fait, il avait déjà pris sa décision : il espérait rester dans le transport, jusqu’à ce qu’il le ramène à distance raisonnable de chez lui. Et si amende il y avait, il la paierait. Comme un bon garçon. Mais d’ici là, il allait en avoir pour son argent : un trajet de conversation avec celle-là, conversation au sens où il l'entendait, c'est à dire affrontement verbal et potentiellement physique, ça en valait franchement la peine. Et c’était pas ça qu’on appelle « amoureux. » Qu’elle ne s’inquiète pas. Il avait une idée claire de la chose, il avait vécu, d’ailleurs sans doute elle aussi, maintenant qu’il la voyait de si près ; et il lui faisait confiance pour comprendre qu’il était juste un petit plaisantin sans importance. Ce n’était pas comme ces vieilles chouettes offusquées pour un oui ou pour un non, auxquelles il s’amusait à faire peur. Non, cette blonde était sympathique.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Lun 10 Avr 2017 - 20:04
Hyram en soit témoin, elle aurait détesté cet homme en toutes autres circonstances. Ceux qui se croyaient superbes et prétentieux, très peu pour elle, et encore plus s’ils rechignaient à payer leur ticket de transport. Pourtant, l’homme n’était pas un mauvais bougre, mais il lui faudrait du temps avant de s’en rendre compte.

Qu’elle soit sur les nerfs sur cette pensée et le ressenti qu’elle éprouvait pour l’illustre resquilleur, expliqua pourquoi elle se retrouva prête à faire un geste aussi téméraire et voulu par une impulsion du sang. Et pourtant sa poigne ne tremblait pas. Elle, elle avait écouté le diablotin dans son propre esprit pendant que celui de Marlyn hésitait encore sur la conduite à tenir. Et Naomi ne s’attendait pas à ce que l’homme en parusse content, plutôt qu’affolé ou même effrayé ! Cela était incompréhensible. On ne pouvait aimer la sensation du danger sans être masochiste, ou alors avoir besoin de ça pour se sentir plus vivant. Pendant un instant, dans ce regard, elle lut davantage une âme d’enfant impatient, que la raison d’un homme qu’on maintenait à moitié dans le vide. Et cela avait de quoi effrayer.

La couleur du ciel s’éclaircissait, mais ce n’était pas encore le jour. Les diables de la nuit avaient encore un peu de temps entre eux pour continuer leur parade comme par une nuit de Walpurgis. A peine Naomi eut-elle le temps d’entendre une remarque lancée avec presque le sourire, qu’il lâcha la prise qu’il avait agrippée. Le cœur de l’employée de l’Impérial manqua un battement alors qu’elle sentait le centre de gravité se déplacer à la fois très lentement et très vite. Elle ne dut d’avoir la force de le ramener à l’intérieur que par un sursaut d’adrénaline et un instinct de survir. (Et la pensée de sauver l’homme aussi : Naomi n’était pas une meurtrière.) Ils retombèrent sur le sol métallique et dur de l’appareil, qui vibrait des secousses du chemin.

— Vous êtes taré ! lança-t-elle, le saisissant au col sans ménagement et le secouant. C’est ça, votre moyen de faire tomber les gens amoureux de vous ?!

Si Naomi avait eu une voix déterminée, calme, ou autoritaire jusque-là, son timbre commençait à aller dans les aigus, et son élocution à se faire plus rapide. Sans compter que son expression était devenue un mélange d’incrédulité, de rage et de reproche. Ses yeux lui lançaient un regard noir, implacables.

— Vous vous rendez compte une seule seconde, dans votre tête d’ivrogne, que vous auriez pu nous tuer ?

Lui laissant ainsi une parfaite occasion de sortir son explication favorite. Elle le relâcha, exaspérée, et se redressa vivement pour aller fermer la porte du wagon d’un coup sec, presque avec fureur. Le vent qui s’engouffrait dans le compartiment avec violence s’arrêta, lui donnant moins la sensation de se tenir au bord du gouffre. Seulement la sensation. La réalité était bien loin de là. Comment aurait-elle pu faire autrement, avec le numéro qu’elle se coltinait ? L’idée même de séduction puérile était partie, elle s’en moquait. Tout ce qui comptait était que ce type était un fou et qu’il venait de le lui prouver à l’instant. Elle se rapprocha vivement de lui, son index pointé sur sa personne, avec une expression de férocité plutôt inattendue.

— Vous allez me dire ce qui vous est passé par l’esprit ? Ou alors c’est si drôle de penser à avoir la colonne vertébrale brisée ?!

Le pire était qu’elle penchait pour cette dernière solution, amplement suggérée par la lueur enfantine qui avait traversé les yeux de l’homme juste avant qu’il ne décide de lâcher prise. Elle en avait un frisson dans le dos, de cette inconscience aussi innocente et bravade, comme pour un garçon qui ne pouvait pas grandir assez pour comprendre un éventuel danger. Peut-être qu’il n’était pas un mauvais bougre, ni un criminel, mais il était assez fou pour certaines choses.

Fort heureusement, il n’était pas le seul dans ce compartiment à l’être.


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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Lun 10 Avr 2017 - 20:50
De jour, c’était un peu différent. Pas tant que ça, cela dit. Il jurait, frappait sur la table, courait se soigner, lorsqu’il se blessait : une blessure, c’était comme un outil cassé, ça représentait des dépenses, ne serait-ce qu’en temps consacré à arranger les choses pour pouvoir reprendre le travail dans de bonnes conditions. Mais il y restait peu sensible. La douleur n’était pas une chose si terrible, dans la plupart des cas. Il avait toujours appartenu à cette variété d’êtres qui regarde le chirurgien amputer un orteil et recoudre la plaie, pour demander ensuite platement si l’on ne pourrait pas lui en greffer un neuf, tant qu’à faire, et peu importe la couleur.

Non, ce qui était ennuyeux dans la douleur, c’étaient les conséquences. Elle n’était qu’une sentinelle ; mais elle avertissait de la proximité d’une armée ennemie. Les infections qui se logeaient dans les plaies, et qui dévoraient de fièvres les crânes engourdis ; les dettes et les fureurs de la clientèle, des associés mis en retard ; les visages amis qui se changeaient en moues dégoûtées, fatiguées, ou juste indifférentes ; les animaux d’ordinaire bénins qui se rapprochaient lentement, rampant contre les murs, insectes, rongeurs, chiens et chats même, prêts à tirer profit de cette chair flasque et encore brûlante, lorsqu’elle deviendrait soudain froide…

Et Marlyn seul calculait avec les conséquences. Gray s’en abstenait. Il connaissait leur existence mais il ne les prenait pas en compte, parce qu’elles seraient justes. Et il s’appliquait, lui-même, à fournir la juste conséquence qu’une impulsion sans doute divine lui soufflait à l’oreille, face à chaque action de ceux qui avaient le malheur de se trouver auprès de lui.

S’il tombait, c’est qu’il l’avait mérité ; s’il avait mérité autre chose, il le recevrait avec plaisir.

Gray avait fermé les yeux. Il attendait la chute ; mais au lieu de ça, il heurta si rapidement le fond du wagon qu’il en fut presque choqué. Est-ce qu’il avait oublié de sortir ses outils de ses poches, et qu’ils l’avaient entraîné vers la terre à la vitesse de l’éclair ? Est-ce qu’on ne pouvait pas profiter d’un beau vol plané de nos jours ?

Indigné, il rouvrit les yeux et constata que la dame le tenait toujours, le conservait toujours en sûreté dans l’habitacle avec elle, et lui hurlait dessus. Il retrouva instantanément son sourire. L’idée de lui objecter que les hurlements l’excitaient lui traversa l’esprit, mais elle commençait sérieusement à gagner son estime, et il sentait bien que de son côté, il n’avait plus grand-chose à faire pour la choquer : être naturel suffirait amplement.

« Je voulais voir de quel bois vous étiez faite, rien d’amoureux là-dedans, rassurez-vous. Tendance à tester les figures d’autorité, dirait la maréchaussée. Curiosité scientifique, que je dis. »

Il posa la main sur la sienne, non pour tenter de l’arracher de son col, mais pour la tapoter aimablement. Rien de séducteur non plus, lui aussi avait oublié cette phase. Son intérêt était réellement dirigé vers l’énergie brute qu’elle projetait, notamment par ses yeux incandescents qui le fixaient comme pour creuser un trou dans son masque. Il avait entièrement conscience de tout ce qu’il venait de faire ; être conscient ne l’empêchait pas de prendre des risques. Aurait-elle posé cette question à n’importe quel abruti de soldat risquant sa vie pour son pays ? Gray en doutait fortement. A la réflexion, c’était presque vexant.

« Et puis, hé ! Je n’ai pas tant bu que ça. Purement récréatif. Je suis du genre récréatif, c’est dans ma nature. Enfin, merci de ne pas m’avoir, ahem, aidé à descendre ; là, je suppose que c’est le moment où je me transforme en bonne fée pour vous accorder un vœu. »

Il avait envie de se vexer. Ça lui semblait comique. Son air vexé survécut quelques secondes à la raideur qui s’emparait de ses zygomatiques, puis il éclata de rire en roulant à la renverse, rien qu’à s’imaginer en tenue de bonne fée, pareil à ce copain du bagne qui portait le cheveu long et s’ourlait les paupières à la cendre de machine, en train de minauder avec une clé à molette faisant office de baguette magique pour l’occasion. Les forces de la nuit s’estompaient déjà, et le fou rire se brisa en quinte de toux, tandis qu’il enfouissait son visage dans ses mains, la gauche sonnant contre le métal à s'en faire carillonner le crâne, pour tenter de se calmer un peu.

Cela passa vite. Gray ne se laissait jamais abattre. C’était son pouvoir.

Il se reprit en tendant la main, cordial comme un nouveau collègue plein de bonne volonté et sans rancune comme… quelqu’un qui n’aurait pas eu l’épaule en vrac. Il y avait là, cela dit, une conséquence qui menaçait de s’éterniser. Il éprouvait à l’idée de faire passer de mauvais moments à ce pauvre Marlyn une forme de malice malsaine, presque assez euphorisante pour lui faire oublier que Marlyn, c’était lui. Il lui fallait bien une victime, pour quand il était seul.

« Wordsmith, machiniste. Tu peux m’appeler Gray, camarade. Bienvenue à bord. »


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Ven 14 Avr 2017 - 18:42
Tel être était-il complètement fou aux yeux de Naomi ? Si elle en avait su ne serait-ce qu’un peu plus sur cet homme, aurait-elle éprouvé de la pitié ou un agacement certain ? Seule une confession aurait pu donner une forme, partielle et incomplète, de réponse. Certes, l’homme masqué lui apparaissait déjà bien timbré. Jugeait-on pour autant une personne en dix minutes ? Il s’agissait en tout cas de dix minutes particulièrement remarquables, il fallait en convenir.

Et même si le masque de son resquilleur en lui-même, suggérait une dualité, une face cachée, un jeu d’apparences, elle n’avait que peu, ou pas, croisé de personnes atteintes d’une sorte de dédoublement de la personnalité. C’était une première, mais elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, en témoignant la fureur dont elle faisait preuve, alors qu’elle le houspillait, allant jusqu’à le saisir par le col. Non, elle n’aurait jamais laissé tomber quelqu’un de sang-froid, par la porte d’un transport en commun. Jamais de sang-froid elle n’aurait laissé quelqu’un aller à se blesser ou à mourir. Elle n’avait point l’âme mauvaise. Elle vit bien qu’il était choqué, comme s’il aurait quelque part préféré tomber ; elle supposa là un certain masochisme auquel elle n’adhérait pas du tout.

Cela eut le don d’énerver davantage la veuve blonde. Non content d’être imbécile et arrogant, il se permettait de se montrer désappointé des choix faits. Malheureusement, si Naomi commençait à entendre un jour des voix lui murmurer de faire des actions surréalistes, à son oreille, elle se penserait soit folle, soit refuserait d’y prêter attention ; fût-ce les chuchotements d’Hyram en personne. Elle était une personne trop matérielle et raisonnable pour se laisser guider par cela, surtout si cela entraînait des actes terribles.

L’autre commençait à lui taper sérieusement sur les nerfs. Elle se redressa, le lâchant bien après qu’il lui eut tapoté la main, l’air outré et furieux à la fois.

— Oh alors tout votre cirque est juste histoire de me tester ? Mais quelle brillante idée ! La prochaine fois ma curiosité scientifique ira jusqu’à voir en combien de morceaux vous serez en vous laissant chuter ! Vous êtes un ado ou un adulte ?!

Peut-être était-ce là tout le point de cette aventure, après tout. Gray et Marlyn étaient bien différents, et pour l’instant, Gray faisait surtout preuve du caractère, de la maturité et des envies de quelqu’un qui aurait la moitié de son âge. Qu’il affirme être du genre récréatif n’aidait en rien, bien au contraire : ça le desservait. Les yeux de Naomi ne cessaient de lancer des éclairs. Elle ne prit même pas la peine de répondre à l’absurdité de la « bonne fée ».

Quant était-ce, la dernière fois que pareil incident était arrivé ? Si elle devait chercher dans sa mémoire trop longtemps pour trouver, c’était que cela remontait à déjà bien trop de temps. Le rire de l’homme masqué la glaça, un instant, alors qu’elle le considérait avec une froideur mêlée de méfiance. Le tintement métallique de la main frappant le métal du masque, attira de nouveau son attention ; pendant un instant, elle fixa cette partie inconnue, se demandant bien pourquoi il ressentait le besoin de la cacher. Ou il était perturbé, comme le suggérait son attitude, ou bien il avait là-dessus une cicatrice ou une difformité, supposait-elle.

Une seconde s’écoula, pendant laquelle elle regardait la main tendue en sa direction, de l’homme, non pas comme un serpent prêt à mordre, mais comme si l’absurdité de ce geste se révélait pleinement. Le côté lunatique de l’homme ne l’arrangeait pas non plus, et elle aurait voulu pouvoir fermer plus solidement de l’intérieur, les portes des wagons. Pourtant, presque sans réfléchir, elle serra sa main, avec force. Il n’eut pas la moindre réaction au niveau de... son épaule qui devait pourtant lui faire bien mal. L’expression sévère de la veuve ne s’était pas déridée.

— Vous êtes dans mon monorail et je ne suis pas qu’une machiniste. Et si vous ne me dites pas à quoi rime vraiment tout ce cirque, je vous jette dehors dans cinq minutes. Et en marche.

Le pire dans cette réplique n’était pas la vitesse à laquelle Naomi l’avait sortie, mais la détermination et l’implacabilité qu’elle avait mis dans son timbre. Quelque chose dans son air signifiait qu’il valait mieux la prendre au sérieux, ou les choses se dérégleraient de façon pire encore. Toutefois, à cet instant, c’était plus sa colère personnelle qui prenait le pas, que son rôle d’agent. L’expression « camarade » atténuait un peu sa hargne, mais elle estimait qu’il s’était un peu trop fichu d’elle jusqu’à présent.

Elle le releva pour le faire s’asseoir sur le siège le plus proche, se plantant devant lui, parfaitement équilibrée en dépit des secousses du monorail. Son regard azur se planta dans celui de l’homme : l’oeil encerclé de métal la tarabustait, comme une prémonition de l’impossibilité à saisir cet homme et la certitude de son double-jeu.

— Eb bien, Gray, vous êtes aussi inconscient et imprévisible de naissance ? Ce qui signifie que j’aurais plaisir à vous redonner à croiser la gendarmerie qui a certainement eu vent d’un énergumène comme vous ? Ou vous avez improvisé sur l’instant votre petit jeu pour voir si c’était moi qui tenais le fil de votre vie dans ma main ?

Étrangement, la dernière phrase avait quelque chose d’ironique...et de presque souriant. Comme si une certaine lueur amicale avait traversé le regard de Naomi, alors qu’elle parlait, puis était disparue de peur de se faire trop remarquer. Elle pouvait dire ce qu’elle voulait, elle ne pouvait nier que rien de divertissant comme ceci, n’était arrivé depuis longtemps.


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Marlyn S. Wordsmith
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Ven 14 Avr 2017 - 23:54
Nooooon… Non, il était adulte. Quel âge avait-il déjà ? Mais dans un sens, à bien y réfléchir, il était âgé de six mois, puisqu’avant cela il était au bagne, et au bagne il n’y avait que Marlyn, il n’y avait jamais eu que lui. Le gentil Marlyn aux sourires d’imbécile heureux qui s’était tant fâché, avait tant chanté, tant festoyé, et travaillé de si bon coeur… Et qui s’était petit à petit usé comme un rocher sous les assauts de la mer, lentement, laborieusement, en résistant pied à pied… Et qui était finalement devenu si ennuyeux. Ennuyeux à mourir. Gray n’avait aucune envie d’y réfléchir, mais oui, il était adulte. Il n’avait même pas à répondre à cette question, enfin ! Il la balaya d’un mouvement de tête pour renvoyer en arrière ses cheveux en bataille qui gênaient sa vision.

Il aimait beaucoup mieux se concentrer sur le ton conquérant dont la Camarade Non Machiniste Ou Du Moins Pas Que lui affirmait leur nouvelles conditions de dialogue. Il n’était pas contre, pas du tout. Il n’était même pas vexé qu’elle ne lui donne pas un petit prénom, un petit surnom, par lequel la désigner. De toute façon, il y avait toujours le risque qu’elle s’appelle comme sa femme – son ex femme – et ça jetterait un froid contre lequel, avec toute la bonne volonté du monde, il ne pourrait rien. « Camarade » valait bien mieux. Et il l’écoutait avec une obéissance affichée, en hochant la tête comme un petit âne ou peut-être comme un insolent, quand soudain elle prononça un mot qui lui déplaisait fortement.

Il n’avait pas éprouvé la moindre inquiétude quand elle avait parlé de le jeter en marche ; par contre, aux redoutées syllabes de la « gendarmerie », sa posture se raidit instinctivement, son œil tiqua, ses dents se montrèrent un bref instant, et il réunit ses mains entre ses genoux pour les serrer convulsivement, comme s’il venait de se faire à nouveau passer les menottes. Il était si hostile à ce mot qu’il lui faisait le même effet qu’un coup en plein estomac aurait fait à une personne normalement constituée : il l’assomait.

« Qu’est-ce que je dois expliquer ? Pourquoi j’ai eu ce différend avec le monsieur ? Ecoutez, je ne peux même pas vous dire avec certitude. Pas mal de gens veulent me tuer, avec ou sans raisons. Il m’est arrivé une petite chose amusante il y a six mois, et depuis, je profite de la vie. Je voyage, je fais la fête. »

Il haussa les épaules, mais son mouvement était toujours raide et cette fois, il ressentait la douleur. Portant la main au muscle tressaillant, il fit la grimace et émit un juron ordurier, même en présence d’une Camarade. Masser la peau ne servait à rien, il aurait fallu une bonne secousse… Il ne pouvait pas faire ça tout seul. Il irait trouver Karlson. Le pauvre allait finir cardiaque, à force. Mais cette pensée au moins avait de quoi le faire sourire, et adoucir un peu cette sensation lancinante dans son épaule, jusqu’à ce qu’il change d’idée ; il ne lui fallait pour cela que quelques secondes.

« Ou pourquoi je suis un peu… festif avec vous ? Ça, faut pas se vexer, je suis comme ça avec tout le monde. Peut-être pour ça qu’ils veulent me tuer. Certains aiment bien, d’autres non. En fait, c’est amical, je ne supporte pas qu’on s’ennuie autour de moi. La vie n’est pas faite pour ça, enfin ! »

La vie n’était pas faite pour grand-chose, s’il devait vraiment développer, mais la Camarade n’était pas là pour causer chansonnettes. Elle ne lui voulait pas de mal mais elle était prête à lui en faire, il l’avait parfaitement compris, et de jour il aurait été plus retors face à une telle situation. Il aurait biaisé, et surtout il n’aurait pas laissé apparaître, au grand jamais, quelle était la façon de lui faire du mal le plus efficacement. Mais Gray ne se méfiait pas. Pourquoi faire ? Garder une information pour lui-même ? Pour qu’elle prenne la poussière, c’est ça ? Au contraire, il voulait que ça circule ! Son bras valide tendu vers la Camarade, son index pointé résolument, il se composa une figure sérieuse, qui empruntait en partie à la détermination sauvage des flibustiers, et en partie à l’angoisse viscérale des mendiants.

« Et ce qui est le plus ennuyeux, c’est d’être enfermé dans une cage, sans rien à faire, sans rien à attendre. Alors ne parlez pas de la gendarmerie. Je préfère une balle dans la tête. On est amis, oui ou non ? »

Par ennuyeux, il entendait infernal, il espérait que c’était bien clair mais au fond il n’avait aucun contrôle sur les agissements de la dame blonde, et si elle décidait qu’il passerait la journée au poste… bah, ça serait tant pis pour Marlyn. Ce salaud était assez habitué à se conduire comme un bon petit soldat, ça ne le changerait pas beaucoup. En fait, ce serait bien mérité. Mais si à la nuit tombée Gray était toujours en cabane… Il se sentait vraiment incapable de se figurer ce qui se passerait alors : tout était possible, une bête comme lui enfermée dans une boîte pourrait ronger à travers le métal ou se faire une arme de ses propres os s’il en était besoin, se faire passer pour mort par tous les moyens, les seules limites étaient celles de son imagination. Ce qui, en soi, avait quelque chose de presque mystique et exaltant.


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Naomi Sunder
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MessageSujet: Re: I'm the boy with the bubblegun [PV Naomi] Ven 28 Avr 2017 - 14:57
Naomi hésitait. Il fallait reconnaître qu’elle était dans l’exercice de sa fonction et qu’elle ne pouvait paraître trop désinvolte. De l’autre, aussi méfiante pouvait-elle être face aux intentions de cet homme à la double face, elle devait reconnaître que plus il parlait, moins elle avait le sentiment qu’il pouvait être dangereux...du moins de manière volontaire. Elle avait en effet l’impression de se trouver davantage face à un adulte ou à un enfant qui n’était pas en mesure de prendre complètement conscience de ce qu’il faisait, ni des conséquences qui en découlaient. Cela pouvait se révéler dangereux, mais pas malfaisant. C’était d’autant plus délicat. On ne savait jamais vraiment comment agir avec les gens qui fonctionnaient avec une absence de morale, de vision du bien, du mal et de ses nuances grises. Et comme elle était à des lieues de penser que l’homme-enfant en face de lui subissait une sorte de dissociation de l’esprit !

Elle n’était d’ailleurs pas du genre à donner des surnoms. Mais elle était de celles qui ne reculaient finalement pas face à l’étrange et le bizarre, faisant preuve d’une sorte de détermination terrible, quitte à provoquer des catastrophes. Il fallait certes creuser pour que cette part d’elle-même, éteinte depuis la mort de son mari, revienne, mais avant ces quatre années écoulées, elle avait été de ces personnes qui aiment trop, qui se donnent trop et sont peut-être trop aimées, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent. C’était cette même marque d’extrême qui la faisait avoir des réactions parfois discordantes et imprévisibles. Gray, en face, semblait l’écouter avec obéissance, mais jusqu’à où l’attitude se reflétait sur les pensées ? Il lui faisait l’effet de quelqu’un qui écoutait d’une oreille, rien de plus.

Pourtant, quelque chose attira finalement l’attention du fanfaron, provoquant une réaction que Naomi n’attendait point. Le terme de gendarmerie le fit se recroqueviller et se tendre, comme un souvenir d’une ancienne punition. Plus que la surprise, cela lui fit même de la peine. Elle n’avait jamais vu telle position fœtale reprise par quelqu’un, à l’évocation d’un nom… Une part de la colère et de la furie de la veuve s’adoucit. Elle alla même jusqu’à s’accroupir, le visage relevé vers lui, maintenant qu’ils étaient plus ou moins à la même hauteur. Ses yeux d’un azur limpide ne quittaient pas ceux de son interlocuteur, comme cherchant à deviner ce qui se traquait au sein de son âme. Mais ce regard était bien plus doué d’empathie et de clairvoyance, que de jugement ou d’absence de pitié.

— Qu’est-ce qui est arrivé ?
  demanda-t-elle, doucement, passant sur le fait qu’il s’accusait de choses sombres au point qu’on veuille le tuer.

Pas un instant l’idée ne l’effleura qu’elle pouvait avoir affaire à un criminel ou même le kidnappeur des enfants du peuple. Ça ne collait pas. Elle ne se sentait pas assez mise en danger par cet homme, pour le soupçonner de méfaits aussi vils. Son instinct n’était pas sans lui dire de faire attention, tout de même, mais elle se détendait imperceptiblement. La douleur heurta de nouveau l’homme, avant de sembler disparaître. Soit c’était du masochisme, soit il ignorait délibérément la douleur, quitte à en mourir. C’était peut-être pourquoi il ne semblait pas si effaré non plus à l’idée que Naomi se montre...un peu plus virulente.

Elle accueillit en silence le reste de ses paroles sur la fête et l’ennui. Elle hésitait vraiment entre le grand enfant ou le grand malade. Hyram, pourquoi avait-il fallu qu’elle en écope dès le matin ? Le dieu-pèlerin lui jouait décidément des mauvais tours. Elle contempla un instant l’index tendu vers elle de Gray, avec scepticisme. Qu’est-ce qu’il cherchait à prouver, exactement, ou à asseoir comme autorité ? Qu’il le veuille ou non, elle était la seule maître à bord ici – enfin, avec l’apprenti qui dirigeait le véhicule. Encore une fois, l’expression de son fou désigné oscillait entre deux airs, achevant de le rendre encore plus double qu’il n’était déjà, avec ce masque.

Pourtant, elle comprenait son discours. Elle aussi avait l’impression d’être, depuis quelques années, enfermée dans une cage. Que les barreaux soient invisibles ne les rendaient pas fragiles. Elle était libre en apparence, et avec un carcan à l’intérieur. L’expression de Naomi s’assombrissait grandement, alors qu’elle plongeait en son âme et en regardait de loin, quelques tréfonds, mais elle releva ensuite les yeux vers lui, déterminée à ne pas se montrer déstabilisée.

—Vous ne devriez pas plaisanter autant avec la mort. La gendarmerie, c’est bien temporaire, par rapport à un état aussi définitif et sans retour en arrière. 

Non, elle ne l’aurait probablement pas emmené à la gendarmerie pour ce qui venait de se passer. Peut-être au tout début, mais plus maintenant. Qui sait… Il y avait des choses probablement encore bien pires que de se retrouver en prison. Oh oui, tellement pires…. Même si Gray en prison, c’était déjà visiblement une catastrophe. Elle se redressa légèrement, ses lèvres esquissant un sourire sarcastique.

— Peut-être que si vous n’essayez pas de tuer, ou de blesser les gens, sans le faire exprès, ils auraient moins envie de vous tuer. Je ne vais pas vous livrer. 

Le reste la faisait hésiter. Mais elle finit par trouver une parade. Elle saisit sa main tendue, la serrant doucement, même si le geste de Gray était à la base plus un avertissement qu’autre chose.

— Quand on effleure une telle chute, on devient ennemi ou ami. Je suppose que le deuxième va l’emporter. Mais vous avez toujours une amende à payer. Et la promesse de ne pas vous tirer une balle dans la tête. Je n’aime pas ça du tout, vous voyez. 


Son ton s’était fait bien plus incisif et autoritaire. Et elle ne risquait pas de lâcher de sitôt la poigne de Gray, tant qu’elle n’était pas sûre… qu’il cesserait pour un temps sa conduite de fou à demi-suicidaire. Ce gars-là était un danger pour lui-même avant même d’en être un pour les autres.

Le pire, c’est que ça le faisait se marrer.


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