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 :: Prologue final :: La salle des archives

[CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime]

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MessageSujet: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 30 Mar 2017 - 14:24
Pourquoi Don Juan ? Eh bien, pourquoi pas ? D’abord, c’était ce qui se produisait actuellement au grand opéra ; et puis, Ross avait toujours tremblé d’admiration devant le terrible « Don Giovanni ! » de la statue du commandeur, et aurait pu sans hésitation élire ce morceau flamboyant et lugubre comme son favori dans toute la musique de scène portée à sa connaissance, s’il n’avait connu régulièrement de ces sautes d’humeur qui font soudain désirer des abîmes de mélancolie rêveuse, ou des feux d’artifice de légéreté papillonnante. Il rêvait parfois de voir la Mort adopter ce visage lorsqu’elle viendrait le chercher, subjuguant d’un même élan son corps et son âme dans un saisissement éternel.

Toujours est-il que là n’était pas le but premier de sa fébrilité, tandis qu’il s’appliquait à orner son pupille, aimablement mais fermement, de tous les ornements possibles qui passaient à sa portée. Quand il en eut terminé, Onésime pesait certainement quelques kilos de plus, sous les divers boutons de manchette ouvragés, épingle à cravate étincelante, et autre mouchoir de pochette replié avec la grâce d’un origami savant. Il avait l’impression de conduire les préparatifs d’une présentation officielle devant l’autorité qui décidait de son existence, afin de faire admettre un mariage ; et il y avait quelque peu de cela dans la rencontre qui approchait.

Il ne pouvait reculer plus longtemps, à la fois en raison du protocole et de sa propre impatience, le moment de mettre l’impératrice au courant de tout ce qui se profilait dans son existence mouvementée. Et si, aux yeux des autres spectateurs, il n’y aurait là qu’une autre de ses apparitions remarquées dans la loge impériale, et une autre de ses manœuvres pour recommander quelque nouvel allié dans des jeux politiques impénétrables, il se félicitait secrètement de cette douce occasion d’écouter un peu de musique en compagnie de personnes aimées, comme s’ils n’étaient que trois amis sortis faire la fête pour échapper à la tension du quotidien.

« N’avez-vous rien oublié ? Où sont vos jumelles ? Nous sommes encore à l’heure. »

Elle serait heureuse pour lui, il n’en doutait pas. C’était un bonheur supplémentaire. Quiconque ne l’eût pas connu aussi bien qu’Onésime se serait imaginé qu’il partait retrouver sa maîtresse adorée, le coeur plein d’alexandrins. Durant le trajet, il passa la moitié du temps à rappeler au jeune homme les ficelles de l’étiquette, la façon de s’incliner selon le rang, les formules à employer ou à ne jamais employer… et l’autre moitié du temps à le rassurer sur le fait que ce ne serait absolument pas nécessaire, que Sa Grâce se moquait bien de telles petites erreurs, et qu’un amateur de musique sincère et cultivé lui était infiniment plus agréable qu’un faiseur de courbettes.

Il n’avait jamais été aussi classique, songea-t-il brusquement. Smoking noir à rabats lustrés et plastron blanc, oeillet rouge à la boutonnière, et l’un de ces chapeaux qu’il qualifiait « de vieillard » quand il en voyait dans la rue… Tout à l’importance de voir briller son ami, non seulement aux yeux des observateurs immédiats, mais aussi de ceux qui se trouveraient à une salle de distance et les étudieraient certainement, il en avait négligé son propre éclat. Il se sentit un moment embarrassé comme s’il était apparu publiquement en pyjama, puis surprit à la dérobée un regard que lui adressait son pupille et se rassura sur ce point.

Pour des raisons de sécurité, il ne doutait pas que la venue de l’Impératrice ne s’accompagnât d’un développement de forces en grand apparat, démonstration de force tout autant qu’escorte. Sous couvert de guider son ami dans l’immense bâtiment qu’il connaissait comme sa poche, il lui prit donc le bras, auquel il intima une légère pression qui se voulait rassurante. Ils n’étaient pas à la Cour. Le monde entier, ou presque, assistait à l’opéra. Les plus pauvres, selon l’expression consacrée, « entraient avec les claqueurs ». Ce soir, Ambrosia entière, représentée par ses amateurs de spectacle, assisterait sans même y songer à la présentation de son amant, ou du moins, de l'objet de ses pensées, et tremblerait aux accents redoutables de la Statue du Commandeur.

Il ne restait plus qu’à prier pour que ce ne soit pas un présage.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 30 Mar 2017 - 16:53
Le coeur battant et le sourire frémissant, Onésime se préparait; Accrochant à sa prunelle des éclats amoureux comme son compagnon ornait sa boutonnière d'un énième accessoire, le jeune homme avait l'esprit aussi chargé que son vêtement. Fébrilité de l'attente, crainte de se trahir au regard du monde, angoisse de commettre un impair ou de déplaire à la figure du pouvoir suprême dont l'amitié était si chère à son tendre ami; bonheur de s'abandonner à ses goûts musicaux, sous lesquels il camouflerait les penchants inavouable attirant irrémédiablement son âme vers celle de cet homme étrangement méconnu du public.

Qui pouvait prétendre déceler dans la molle étreinte de ce bras cavalier le lien affectif venu réunir ces deux silhouettes qu'appelaient l'une à l'autre les douceurs de leur âme? Les regards curieux glissaient sur eux, apposant sur le visage de son guide les dernières balivernes journalistiques, et il lui semblait fendre une mer bruissante de rumeurs mensongères comme une nef obscure, éclairé par la lueur lointaine d'un sentiment invisible. Qu'ils dévoilent cette étoile et ils signeraient leur perte!

Monseigneur d'Orsino et Césario métamorphosés en un banquier flanqué de son pupille parcourant les couloirs de l'opéra continuaient de mystifier la digne société ambrosienne. Que d'années où le jeune homme ne s'était entendu nommer par son nom véritable, au point que le rôle semblait avoir phagocyté le comédien, absorbé par cette identité nouvelle! D'un oeil curieux, il observait le peuple comme une caste étrangère, mêlée ce soir dans un même attrait artistique à la noblesse fixant ses dignes figures au sommet des balcons. Il interrogeait dans sa mémoire les lectures sur le sujet: cette jeune fille affichant un bouquet de fleurs rouges et blanches adressait-elle un message caché à un galant à travers son ornement végétal? Surprendrait-il de rythmiques signaux envoyés par un éventail voletant pour un soupirant reclus dans une loge opposée auprès d'une épouse austère?

Examinant sa propre conduite, il en oublia celle des autres; les leçons de son tuteur tourbillonnaient sous son crâne, étourdissants conseils qu'il se promettait de suivre tout en trouvant la tâche parfois ardue: il paraissait compassé lorsqu'il se composait un air faussement naturel, rattrapait tant bien que mal son masque si prompt à s'échapper en sentant sur son bras une pression rassurante, et craignant enfin de dévoiler une émotion véritable à travers une oeillade s'arrangeait pour lever le nez un peu trop souvent vers les lustres et le décor.

Il suffit, Onésime! se morigéna-t-il soudain. Un personnage auquel se raccrocher lui fournirait une bouée de sauvetage dans cette houle d'indiscrets lorgnons. Jeune dandy ou poète absorbé? Va pour un artiste, on lui pardonnerait plus aisément ses erreurs; les nobles personnages d'Estretac confirmeraient au besoin cette version, envisagea-t-il en ébrouant métaphoriquement sa cervelle, se moulant aussitôt dans cette commode enveloppe plus proche de son ressenti personnel. L'on dupe bien mieux le monde en lui livrant une parcelle d'authenticité.

"Je suis heureux de pouvoir assister à cette représentation en votre compagnie: voilà bien longtemps que je n'ai goûté l'oeuvre du maître, malgré l'admiration que je lui porte."

Mozart avait fait partie de la liste de ses chastes amours musicales et s'il devait se reconvertir un jour, il se ferait violoncelliste à n'en pas douter. Il cachait sous ces souvenirs l'appréhension grandissante venue fleurir sous l'onde temporelle: les minutes s'écoulant précipitaient sa rencontre future avec l'Impératrice dans un présent curieusement intangible. Pourvu que tout se passe bien... songeait-il, se retenant d'agripper follement le bras que son compagnon lui avait retiré, seul face à ce dédale de pensées. Plus rien ne justifiait une telle proximité depuis qu'ils avaient atteint les abords de la loge impériale où Sa Majesté s'engouffrerait en premier.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 30 Mar 2017 - 17:51
Un énorme danois au pelage bleu gris se présente en premier, précédent d’un pas impérial, l’arrivée de sa maîtresse. Moi. Accompagnée à mon flanc, par l’autre, à la robe blanche tâché de noir, plus assuré de ne pas me quitter d’une semelle. Nul doute que je vous omets la présence grossit des gardes impériaux, à l’arrière, et dont un me précédent. Une sécurité renforcée qui fait agiter l’Opéra, faisant murmurer au sein de l’endroit, la confirmation de la rumeur : L’Impératrice assiste ce soir à la représentation.

Je voulais voir le petit prodige parvenu à Ambrosia, la belle-sœur de Ross Brisendan, j’ai ouïe dire sa venue auprès de sa femme, j’aimerais apprendre davantage de la donzelle au vue de sa place dans notre société, pour voir, mais je me contenterais de son petit rôle sur la scène. Si elle en a un, mais je crois que oui…

Quoi qu’il en soit, drapée d’une de mes vêtures fantasques habituelles, je me dirige vers la loge impériale. Un pantalon de cuir couvre mes jambes ainsi qu’une haute paire de botte à talon, lacés sur tout le pourtour avant, dont la peau a été gravé d’arabesque ouvragé. Une chemise dont un jabot/lavallière s’orne d’une pierre noire, un corsage à l’identique des bottes alors que sur mes épaules, une veste au pan longs ferme l’habit, l’agrémentant pour confondre le tout avec une robe, mais révélant la vérité avec attention.

La chevelure ondulant s’est vue maîtrisée par une coiffure complexe et s’est en flattant le flanc de la bète que je parviens jusqu’à ma loge, découvrant Ross et son jeune pupille. M’avançant avec un sourire aux lèvres, ma main se présente à Ross en premier lieux, le grondement du premier chien à l’encontre du jeune homme peut faire peur, mais il est curieux de cet inconnu, nullement habitué d’un visage nouveau.

-Monsieur Brisendan, nous sommes tous deux assez en avance,comme d’habitude, voilà qui est parfait. Et voici donc le jeune de Malterre… Souriais-je à Onérisme. Votre aïeul m’a énormément narré vos retrouvailles, j’ai été forte aise de votre bonheur mutuel. Je suis pour le moins enchantée de faire votre connaissance. J’espère que je ne vous effraie pas trop, il parait que je suis intraitable, mais je ne dévore personne avant l’entracte.

Riais-je délicatement.

J’espère le mettre à l’aise, il va de soi qu’il faut être soit bien présomptueux pour ne pas appréhender un peu cet entretien, mais il m’étonnerait fortement que Ross se permette de me présenter un imbécile. Il n’est pas inconnu que j’ai une sainte horreur de cela, voir que cela peut fort mal se passer, mais ma réputation ne me prête guère de mauvaise aventure avec les pupilles…
Je suis indulgente, tout dépend de l’autre mais j’ai tout de même l’humeur calme et ne suit que juste si je dois l’être,enfin, je le crois.

-La représentation de ce soir compte, normalement, votre belle-sœur Ross, je suis curieuse de la découvrir.

J’amorce le sujet dont je veux traiter avec Ross, mais je n’irais guère loin si je ne puis être sûr du jeune homme qui se tient là, au pire, nous nous isolerons à l’entracte, nous avons un peu de temps avant que tout ne commence.

-Installons-nous…ne faites pas attention aux chiens Monsieur de Malterre, il est curieux.

Je ne vais pas lui préciser qu’il est dressé à tuer d’un mot d’un seul. Cela pourrait le mettre mal à l’aise. En tous les cas j’admire la sobriété de mon ami et l’éclat de son pupille, je souris en coin, reconnaissant la main de Ross sur le jeune homme et certainement une volonté qu’il fasse une première impression bonne. Nous verrons bien…


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 30 Mar 2017 - 18:39
Il y avait toujours quelque chose de fantastique à découvrir les vêtements que porterait l’Impératrice, et Ross ne valait pas mieux dans ce domaine que le dernier journaliste venu ; il la parcourut des yeux avec un intérêt purement esthétique, mais tout sauf abstrait, car diverses émotions l’habitaient toujours à la voir si belle ; s’il lui enviait parfois certaines des libertés vestimentaires dont disposaient les dames, et dont elle usait avec tant d’élégance et de bon goût, il était aussi simplement ravi de voir une amie briller aux regards de la société. Dans un salut, il s’inclina en serrant légèrement le bout des doigts gracieux entre les siens, non sans un regard de travers à ce chien intenable qui se sentait toujours obligé de donner son avis. Si un serviteur s’était comporté ainsi, nul doute qu’il n’aurait pas fait long feu à la cour. Mais les animaux avaient toujours des passe-droits, c’était ainsi.

« Ne craignez rien, Votre Grâce, » intervint-il pour dissiper les moindres doutes que pourrait avoir Onésime quant aux intentions de la princesse : « j’ai déjà tout dit à ce jeune homme de votre tendance à la tyrannie. Il ne se fait absolument aucune illusion. C’est un esprit subtil, qui fait preuve dans son apprentissage d’une grande maturité. »

Cette familiarité aurait pu être déplacée devant certains auditeurs, mais alors que les musiciens se mettaient en place et accordaient leurs violons dans la fosse d’orchestre, et que le peuple se passionnait à voix haute pour l’image qu’offraient les occupants de la loge impériale, le secret de leurs paroles était préservé par le bruit. Ce n’était certainement pas ce brave chien qui irait répéter leurs espiègleries.

Mais pour l’heure, un autre sujet plus sérieux attirait leurs attentions : tel un aigle depuis son aire, il fixa immédiatement son regard sur les cheveux flamboyants qui semblaient appeler leurs commérages, en brillant parmi le vulgaire soudain sombre à leur approche. C’était réellement une jolie femme que sa belle-sœur, Ross n’aurait pu le nier ; il plaisantait d’ailleurs parfois sur son air de famille avec Miranda, qui n’avait à la réflexion rien de logique, puisqu’elles ne partageaient a priori aucun lien de sang direct.

Mais elles semblaient s’entendre depuis qu’elles avaient fait connaissance, et leurs divergences de caractère les avaient plutôt intriguées agréablement qu’elles ne les avaient éloignées ; il reconnaissait bien là cette grandeur d’âme dont son épouse savait faire preuve, lorsqu’elle l’estimait juste. Il était fort soulagé d’apercevoir aux côtés de Miranda un visage plaisant et ami, alliant l’entraide familiale aux conseils avisés des dames de la Cour, déjà mères et ravies de dispenser leurs idées et observations sur le sujet.

Oui, la voici qui lève la tête : c’est bien elle, l’air assuré comme de coutume, point encore emportée par les brumes apaisantes du divertissement qui les attend.

« Je gage que ce qui nous intéresse dans le cas présent, » évalue-t-il d’un air de professeur dispensant ses lumières au-dessus d’une table de dissection, « ce sont : d’une part, les éventuelles raisons non déclarées de cette charmante visite ; d’autre part, ce qu’elle peut nous apprendre sur les personnes de sa lignée qui sont trop loin pour nos jumelles. Sachez avant tout qu'il me faut à moi-même des jumelles pour apercevoir ma femme depuis quelques temps, et que je ne suis pas le meilleur espion qui soit ; ce cher Monsieur de Malterre serait presque plus indiqué »

Il a coutume de passer ainsi sans transition d’un personnage à un autre, tous plus ou moins comiques, tous sérieux au fond, pour s’entretenir avec Lilith lorsqu’ils ne sont pas surveillés. Il lui semble que cela parvient à la divertir, et de son côté, il aime ce petit exercice gratuit ; nul doute qu’Onésime n’en sera pas surpris, lui avec qui il se plie à bien d’autres faux-semblants pour des publics moins conciliants.

Pour s’en assurer, il adresse à son pupille un clin d’oeil dont il se soucie fort peu que son amie le surprenne. Elle le connaît pour un être charmant et charmeur, par nature, et il aurait fallu bien de la résistance de la part d’un jeune voyageur placé sous sa houlette pour ne pas être gagné par son humour au fil des semaines passées ensemble.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 30 Mar 2017 - 23:24
Grande pompe et apparat: rien de tel pour asseoir un pouvoir que de l'orner de somptueux attributs. Ceux de l'impératrice se trouvaient augmentés des faveurs dont la nature avait généreusement comblé la dame: à sa vision, le public se prosternait naturellement devant tant de splendeur, les voix s'amenuisaient et, saisis d'une ferveur révérencieuse, les badauds choyaient dévotement cette image comme une idole envoyée par les dieux. Qu'un tel être le distingue entre tous et évoque ainsi son histoire personnelle, bien négligeable au demeurant, lui semblait proprement miraculeux. N'eût été le chien dont le grondement farouche le ramena à la réalité, il se fut peut-être mis à genoux devant cette majesté écrasante.

"Le chevalier de Malterre se sera bien gardé de m'avouer le bonheur qu'il eut de trouver en Son Altesse une oreille attentive. Il m'est doux de lui découvrir d'autres confidents que ce brave et loyal Firmin, et plus agréable encore de savoir Votre Grâce sensible à la félicité de ses sujets."

Tout en s'inclinant, il semblait demander pardon: l'idée de son aïeul indisposant la tête couronnée de l'empire du récit de leur bonne fortune lui paraissait parfaitement saugrenue. Soit le chevalier était plus important qu'il ne le soupçonnait, et l'enfermement ayant succédé à leurs retrouvailles avait pour but de soustraire aux yeux de la cour un rejeton mal dégrossi, soit le vieillard transporté d'allégresse avait abreuvé la moindre de ses connaissances d'une euphorie propre à faire oublier quelques convenances: on pardonne sans doute beaucoup à un ancêtre extasié de retrouver son enfant...

Prenant place dans la loge, il conçut au bout d'un instant tout le ridicule qu'il y avait pour un ancien esclave de se trouver assis aux côtés des personnages principaux de l'empire, comme si le Masetto du divertissement à venir avait soudainement volé le rôle de Don Ottavio. Imaginant une Euphrosine de Valombre au bout de l'une des nombreuses lorgnettes braquées sur eux, il éprouva soudain une satisfaction cruelle à prendre ainsi sa revanche sur un destin qui l'avait vu naître dans les chaînes. Le destin se jouait de lui pourtant, agitant soudainement sous ses yeux la flamboyante Zerlina qu'il avait rencontrée au détour d'un bûcher, protagoniste secondaire de l'opéra mais sujet principal de la conversation de ses illustres voisins.

Sans le lien tissé par le grand vent et la folie de leur voyage, Onésime aurait soupçonné son tuteur de le faire chanter en proposant ses services de mouchard. Il s'empara bien au contraire de cette idée, la nimbant d'un amusant ridicule.

"Je suis en effet un espion tout indiqué: je sers à la perfection des macarons aux amies de Madame Brisendan; je puis d'ailleurs vous narrer les parti-pris actuels qu'elle affiche publiquement en matière d'éducation."

Il s'avança subitement pour mieux contempler le duo de Zerlina et Don Giovanni, déployant toute la beauté de leurs timbres entremêlés dans un amoureux "là ci darem la mano" qui aurait pu déplaire au Duc de Brez s'il avait eu la hardiesse de se montrer dans cette assemblée. La scène qu'il attendait avec le plus d'impatience cela dit était celle du début de l'acte II où valet et maître échangeant leurs frusques, Leporello occupait la noble Elvira pendant que son incorrigible patron allait conter fleurette à la camériste de son ancienne amante. Il puiserait certainement là-dedans une future anecdote afin d'alimenter l'imagination de l'obligeant capitaine Egnog d'une nouvelle fadaise. Les spectateurs se levèrent et dans un même transport applaudirent la fin de l'échange amoureux entre l'ingénue paysanne et le noble séducteur: les artistes avaient fort bien interprété cela. Il visualisait sans peine les articles scandaleux qui poindraient sous la plume de journalistes à sensations "La princesse rebelle a trahi son Masetto d'un air charmant." Il aurait peu apprécié les feux de la rampe dans de telles conditions: elle devait donc adorer son métier pour s'exposer ainsi.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Mar 4 Avr 2017 - 21:20
Je ne pus m’empêcher de sourire avec amusement, j’apprécie la compagnie de Ross et je ne pense guère me dissimuler devant le jeune homme, ou peut-être que si je ne me sens point à mon aise, je le ferais. Mais je me dis que ça devrait aller. Si Ross se permet, je ne devrais pas me sentir comme avec la présence de son épouse. Mais je pense que celle-ci, de par sa nature oisive de courtisane ne m’engage guère. Je suis du genre à préférer les gens qui agissent plutôt que ceux qui regardent les choses passées.

Je souris plus à l’intention d’Onésime, prenant le temps de ma réponse.

-Le chevalier fut un homme de la cour de mon père et je le connais depuis une enfance jeune, il veilla à mon chevet parmi d’autre, il m’arrive de prendre un café en sa compagnie.

Expliquais-je au jeune homme, prenant aisance de ne pas tout préciser, préférant penser que cela ne le regarde pas. A vrai dire, le Chevalier n’a pas une importance fulgurante, il reste courtisan, mais il fut à une époque, un jeune homme d’action et un homme d’action, de ce qui laisse une maigre trace sur un livre d’histoire, mais je suppose que le jeune homme ne sait pas tout du vieil homme, il est de coutume des jeunes gens de pas tout apprendre. Non que je le soupçonne de ce genre de chose.

Parvenus à la loge, installés et sous les regards envieux de certain, le plaisir continue, alors que les chiens couchés à la porte ne bougent plus de leurs places attitrées. Pour ma part, sous les lumières discrètes de la loge, j’écoute ces monsieurs, souriant de côté. Mon regard tombe un instant sur le jeune homme inquisiteur.

-Vous avez donc l’art, comme la manière, de vous glisser dans un rôle…-Le ton de ma voix se veut un peu…inquiétant. Après tout, l’abandon de son ancien tuteur a fait planer quelques doutes…-Je prends notes. –Un clin d’œil à Ross, je n’ai pas de soupçon pour le jeune homme, ses tuteurs sont partis pour des raisons stupides, mais cela a le don de faire papoter les langues. –Indiquez moi son parti pris, que je puisse rire un peu. Je suis curieuse.

Je voudrais bien savoir ce qu’il en est, des fois que cela puisse influencer un tutorat, en bon comme en mauvais.

-Il faudra envisager de laisser tomber les jumelles et vous rapprocher Monsieur Brisendan, mais si monsieur de Malterre est meilleur espion, nous allons peut-être pouvoir nous entendre. Avant toutes choses, il va falloir me dire si vous le considérez d’assez bonne confidence. Je ne fais que le supposer au vue de sa venue ce soir, car nous ne faisons pénétrer personne dans notre ronde d’amitié. Et sous le serment d’un château de fleur sous les étoiles, vous savez que la confiance doit être sans faille Mon ami…

Je fais confiance à Ross, s’il l’a mené ici, il doit bien avoir des raisons, mais je ne peux m’empêcher de le rappeler. Avant d’aborder plus de propos, j’aimerais que tout cela bien sur, plus que quelques suppositions échangées…


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Mer 5 Avr 2017 - 19:53
Tandis que ses deux comparses se livraient aux joies de la conversation, Ross avait à coeur de tenir ce chien immense à l’oeil ; mais il l’avait déjà vu s’assoupir sans remuer un muscle, et même ronfler, devant les plus belles pièces musicales, et il avait confiance en une telle issue d’ici quelques minutes. Quand il le vit cligner des yeux, le dignitaire s’en désintéressa.

Une telle mâchoire avait la puissance de broyer un bras normalement constitué sur une simple erreur judiciaire, telle était la vérité ; et il n’aurait pas non plus laissé Onésime se promener aux abords d’une machine de scierie ou d’une fosse aux lions sans éprouver quelques minutes de prudence protectrice bien naturelle. Il vérifia ensuite que son ami ne s’inquiétait pas des piques incessantes circulant entre lui et l’impératrice, et réprima son envie soudaine de le prendre dans ses bras pour le rassurer, même pour rire. Ils étaient entre eux mais ils n’étaient pas seuls.

Cependant, il confirma, d’un regard empreint de sérieux et d’un signe de tête qui tenait en même temps du salut solennel, que ce jeune homme était présenté à leur cercle comme l’avait été Hélène en son temps, qu’il contemplait les mêmes étoiles et respirait les mêmes fleurs. Ce n’était peut-être pas ce à quoi s’attendait Lilith. Elle voyait soudain débarquer ce garçon qui, pour ce qu’elle en savait, venait tout juste d’être confié à son courtisan et ami, et brusquement on lui annonçait que des liens particulièrement étroits existaient entre les deux hommes…

Si dans le cas de Miranda, Ross prenait garde à éviter sa jalousie pour se préserver lui-même en grande partie, dans le cas de Lilith c’était à elle qu’il veillait toujours à ne pas faire de peine. La souveraine restait une femme et un être sensible dont il ne comptait jamais trahir la généreuse amitié. S’il ne lui avait jamais touché mot des sentiments existants entre Onésime et lui-même, c’était avant tout parce qu’il les méconnaissait aussi, et que jusqu’à une date récente, son pupille était resté à ses yeux une captivante mais insoluble énigme.

Il estimait maintenant posséder suffisamment d’éléments sur le sujet pour le faire entrer dans leurs conciliabules ; et il ne tenait pas à attendre davantage pour le faire, car cela lui aurait paru discourtois envers une amie à laquelle il considérait pouvoir et devoir confier tous ses secrets. Du moins, ceux touchant directement à la vie de sa noblesse, dont elle était après tout la meneuse et la surveillante.

« Vous n'avez aucune crainte à avoir. Je m'en porte garant sur mon honneur. Mon épouse est ravie de toutes les compagnies féminines qui peuvent discuter grossesse avec elle ; et ce pauvre cher monsieur de Malterre n’est qu’un coquet accessoire parfois mis à contribution. Le rôle idéal pour espionner, vous en conviendrez : nous défions-nous de nos propos devant votre chien ? Et pourtant, il entend tout et croyez-moi : il n’en pense pas moins.... J’ai assez confiance en lui pour m’en défier. »

Lui d’ordinaire si mobile et expressif ne fit aucun geste pour désigner la bête vautrée à leurs pieds, qui commençait, selon la mauvaise habitude de ce type de chien, à faire peser le poids de ses côtes en armature de tonneau contre le pied de son voisin.

Une phrase de musique s’acheva au même instant, et le visage de Ross reprit cet air léger qui n’aurait jamais dû le quitter face à un tel récital : il entendait de ci de là dans la salle des gens tousser à l’unisson. Non qu’il se réjouisse de compter tant de malades, de distraits sans boisson sous la main et de gorges sèches dans l’assistance, cela aurait été un peu cruel, mais il était ravi de constater que tous avaient attendu, pour ce faire, que la musique faiblisse, ce qui était signe d’une grande cohésion de la salle, une harmonie du corps spectateur répondant à celle du corps musical ; il en augurait une ambiance parfaite pour la poursuite de la soirée.

En observant une jeune dame des plus séduisantes – pour ce qu’il y comprenait – qui se composait avec son violon un double-menton parfaitement appliqué, il se demanda quelques instants ce qu’était exactement la beauté.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Mer 5 Avr 2017 - 23:32
Une coïncidence, passe encore, deux, c'était trop. La mélodie de son insouciante légèreté fut massacrée par le chant perfide de son compagnon, son opérette amoureuse prenant des allures de drame où Don Giovanni se métamorphosait en Commandeur pour lui promettre la tombe. Son coeur battait à tout rompre mais ce n'était nullement la joie promise et espérée qui tambourinait sous sa peau: c'étaient les traîtres paumes de la douleur, harcelant d'une rythmique insoutenable le percussif organe.

Qu'espérait donc son tuteur en le menaçant de révéler son rôle et son passé? N'avait-il été invité que pour servir d'objet aux railleries de deux amis puissants? Voyez mon nouveau jouet: un ancien esclave devenu espion, n'est-ce pas désopilant? Il songeait à Astan Chesterfield rencontré à la volière, abandonné par le banquier infatué de sa bonne fortune, lui aussi réduit en canidé obéissant: il lui semblait soudain partager doublement son sort, trahi par son compagnon proposant brusquement sa docile servitude.

Mordre, aboyer, se coucher: tout cela aurait illustré magnifiquement le propos du dignitaire auréolé de gloire. Il se sentit acculé et chercha dans les recoins de sa cervelle une échappatoire: il la trouva, dénuée d'honneur, statue résignée trônant au détour d'une pensée dans le labyrinthe d'un esprit prompt à la méfiance. En attaquant Ross, il aurait peiné l'Impératrice, sans doute bien étonnée de lui voir présentée un dogue prêt à assaillir son maître. Il conjugua donc les deux idées de ses interlocuteurs pour former sa riposte.

"Parlant d'animaux, Madame Brisendan a lu quelque part qu'ils étaient porteurs de germes et de maladies et pouvaient devenir agités lors de la venue d'un enfant au monde. Son parti pris est donc de les éloigner de sa maison afin de préserver le bébé; le charmant cocker devient soudain un indésirable à chasser, et ses perruches resteront à bonne distance de l'héritier..."

Il soupira, comme attristé au destin d'une bête soumise au caprice de la main auparavant cajoleuse et nourricière. Chien fou, il happa au rebond la balle projetée de sa gueule flamboyante et se promit de n'être point seul à sombrer.

"Savez-vous qu'il y a bientôt ma scène préférée? Celle où Don Giovanni et Leporello se brouillent, puis échangent leurs affaires sur instance du maître afin d'aller conter chacun la chansonnette à une dame de sa façon. Qui est le plus coupable selon vous? Le noble qui donne l'ordre, ou le valet obéissant? Les deux sont des usurpateurs à leur manière..."

Il s'adressait à l'Impératrice, mais un regard lourd de sens s'élança un instant vers la silhouette du dignitaire, auquel ce message était adressé. Risquez ma sûreté, je risquerai la vôtre. Pendant ce temps se jouait dans les coulisses de sa mémoire une musique que les planches de l'opéra ne tarderaient à voir éclore, simplement en avance dans la conscience du garçon.

DON GIOVANNI
Allons, drôle, ne m'ennuie pas !

LEPORELLO
Non, non, patron, je ne veux rester !

DON GIOVANNI
Écoute-moi, ami -

LEPORELLO
Je veux m'en aller, je vous dis !

DON GIOVANNI
Mais que t'ai-je fait
que tu veuilles me quitter ?

LEPORELLO
Oh, rien du tout.
Vous m'avez quasi massacré.

DON GIOVANNI
Allons, tu es fou !
C'était pour plaisanter.

LEPORELLO
Et moi je ne plaisante pas.
Et je veux m'en aller.


Leporello était un pleutre, trop attaché à sa solde pour quitter un patron débonnaire. Lui-même avait peu à faire de l'argent:  plus dévoué à sa liberté qu'à n'importe quel compagnon au monde, y fût-il sincèrement attaché ou non. Qu'il soit un animal ou un homme, il partirait en cas de désavoeu: plutôt se refaire bandit que de goûter une fois encore au joug de l'Infortune! Qu'il joue donc, ce banquier rétif aux paris: il lui verrait bien ce qu'il en coûte de mettre en gage la sécurité et le bonheur d'un autre dont il prétendait être épris.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 6 Avr 2017 - 10:10
-Miranda a l’art et la manière de considérer les gens mon ami…Mais néanmoins, à sa grande différence, je ne pense pas présentement prendre Monsieur de Malterre pour Balor, je suis, au grand merci, point votre épouse. Je ne supporterais guère la vacuité d’une existence de femme de maisonnée.

Comme toutes courtisanes de la cour, je ne comprendrais jamais le besoin de ne rien faire et de paraître. Les dames peuvent tenir demeure, voilà un travail assimilé de par nature, mais je ne peux concéder à lui fédérer une utilité.

-Ainsi je suppose qu’il saura fort bien écouter puisqu’elle prend de telle considération.

Prenant en compte qu’il n’assimile point Onésime à Balor, et quand bien même il le ferait, je me devrais de lui rappeler que je connais ce chien depuis ses un an révolu, qu’il ne parle pas et que sa seule amitié va à moi, la main qui le caresse et le nourrit. Un mot, et il dévore l’assaillant sans ménagement, que ce soit Balor l’endormi ou Olgor, le second, siégeant droit à observer le monde, prêt à bondir, plus protecteur et méfiant que l’autre.

Je ne peux réprimer aucun levé de sourcil quand le jeune homme prend parole, un roulement même de regard sans gêne aucune. Mon regard tourne en direction de Ross, d’un sourire bienveillant sur les lèvres, je tiens à échanger avec lui un regard d’ami, ce regard qui porte fardeau de nos anciennes discussions. Le fardeau assumé de la couche est donc fait, Miranda va pouvoir atteindre l’apogée de son utilité et Ross n’aura plus besoin de souffrir pour le bien des représentations. Parfait. Je lui souris, un peu chagrinée d’avoir appris la nouvelle, dont je n’ai pas considéré la rumeur, par choix, je voulais l’entendre de sa voix sienne.

-Voilà donc qu’il vous prive de me l’annoncer. Cela me chagrine, mais ce n’est pas si grave.

Je laisse un silence volontaire.

-Mon cher jeune de Malterre, vous saurez que la narration des affaires de Miranda Brisendan m’importe peu. Les femmes oisives sont une plaie sociétale, poussant les hommes aux conflits, nombre de duel sont fait à cause de ces dames qui pensent bien occupées leur journée à s’occuper de chien, de chat et de perruche voir de s’orner d’un amant. Oh bien entendu, cela la consigne à ne point être bien méchante, mais j’ai pour plaie les gens qui ne font rien. J’aime l’action et les investissements de ceux qui veulent et font. Ainsi de toute la cour Monsieur Brisendan est mon meilleur ami tout comme j’ai toujours bien plus apprécié chacun de mes Ministres ou domestiques que n’importe lequel de mes courtisans dont les occupations se limitent au rien. Et vous, que faites-vous d’ailleurs de vos occupations en plus de jouer au serviteur de thé, inconsidéré par l’épousée de votre tuteur ?

De mes propos ne découlent aucune sanction, je suis forte aise de savoir que la dame ne fait pas plus de ses journées qu’avant, cela laisse beaucoup de temps pour les autres à agir. Au moins, il semblerait qu’elle ne se préoccupe pas d’intriguée, mais quoi qu’il en soit, je note qu’il en sait des choses.
A la suite…

La suite…

Je laisse au jeune homme le plaisir de sa scène, avant de soupirer, je ne suis pas idiote et je connais le stratagème des sous-entendu, comme je devine bien que ce jeune homme est ici pour une raison bien personnelle à Ross, bien intime, je connais mon ami et dans cette idée, je finis par pousser un soupir.

-Mon jeune ami, vous avez un charme. Certain. A bien noter les points dans cette phrase qui indique un silence entre deux mots, tournant la prononciation de manière à faire comprendre que je . Si je m’écoutais, je prendrais cela pour des sous entendu, mais ayant plutôt envie de me détendre et non de jouer de mots couverts, je vous demanderais simplement si vous parlez réellement de l’Opéra ou si vous voulez mon avis sur autre chose. Consignez que je puis parler de tout, sans heurt, si tant est que l’homme conversant face à moi est un esprit capable de converser, chose qui n’est point donner à tous. De surcroit, il me semblerait que vous soyez fâché, j’ignore pourquoi. Eclairez-moi car voyez-vous j'ai l'habitude des humeurs, depuis l'enfance, j'ai appris à les observer.

J’attends sa réponse, en le regardant, et je ferais signe à Ross de ne point intervenir pour lui s’il tente car j’aime converser avec les pupilles, convenons que je suis bien apte à observer les gens et que je sens quelque chose d’indélicat qui est née chez Onésime.


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Jeu 6 Avr 2017 - 11:16
« Laissons Miranda où elle est ; si elle ne nous accompagne pas, c'est pour une bonne raison... d'ailleurs, à travers elle, c'est de sa belle-soeur que nous souhaitons connaître les objectifs. Mais je confirme qu'aucun d'entre nous ici ne partage la vision archaïque que professe mon épouse sur l'ordre de la société. »

Il y avait quelque chose de terrible à connaître de mieux en mieux une personne, tel le savant qui voit venir la vague dévastatrice à quelques signes infimes dans le monde animal ou le sol, longtemps avant que le restant du peuple s’aperçoive que sa petite vie paisible va être bouleversée par un cataclysme.

Ainsi Ross commençait à percevoir les signes avant-coureurs de la mauvaise humeur de son ami peut-être avant même que celui-ci en ait décidé ; il restait dès lors impuissant, à regarder la vague s’élever puis déferler, attendant dans sa tour d’ivoire que le niveau des eaux retombe pour évaluer les dégâts et s’efforcer de reconstruire.

Il ne put cependant réprimer un sourire à voir Lilith si franche et impatiente, alors que lui-même se complaisait dans de labyrinthiques détours ; ils s'étaient si bien donné la réplique sur ce mode, presque depuis les premiers temps de leur vie, qu'ils en oubliaient presque à quel point cela pouvait paraître déstabilisant à un observateur non initié ; perdu au milieu d’eux, Onésime faisait ses armes le plus bravement du monde, jeté à l'eau comme il le disait souvent depuis quelques temps et forcé d'improviser, avec quelques maladresses dans l’expression amère de ses sentiments, mais du point de vue de son tuteur, sans démériter. C’est en qualité de tuteur qu’il reprit la parole, comme il se serait interposé entre une amie protectrice et un amant ombrageux.

« Quant à cette nouvelle, je lui en abandonne volontiers la primeur, car elle le concerne presque autant que moi. Vous ne sauriez croire à quel point il se soucie de l’avenir de cet enfant. Au-delà du charme, sachez que vous avez affaire à un caractère entier, volontaire et passionné. Nous en ferons un chevalier au sens antique du terme, n’en doutez pas. »

La confiance d'un coeur éprouvé par de précédents accès semblables devait bien valoir quelque chose.

Il n’aurait pas été fâché de rappeler au jeune homme qu’il était effectivement son tuteur à part du reste, et que cette rencontre était une présentation officielle en plus d’une sortie agréable. Il s'en garda, trop curieux à vrai dire de voir l'échange se poursuivre sur les questions de politique et d'éthique personnelle qui s'engageaient doucement. Quant aux autres requêtes de leur noble interlocutrice, il ne doutait pas que ces injonctions directes à la franchise et au courage ne lui parlent bien davantage que toutes ses roublardises langagières. Onésime était lui-même généralement l’auteur de ce genre d’interpellations. Il les lançait fréquemment avec la sensibilité exacerbée d’une conscience fragile, tandis que l’impératrice y appliquait son sceau d’autorité royale, mais l’intention semblait assez voisine.

En un sens, il avait le sentiment que ces deux êtres étaient davantage faits pour converser ensemble que pour communiquer avec lui ; il était une sorte d’ajout décoratif et de liant aux propriétés tantôt turbulentes, tantôt harmonisantes, mais il n’appartenait pas concrètement à leur catégorie. Ce qui ne lui posait aucun problème. Son entente avec Lilith, comme son affection pour Onésime reposait précisément sur cette attraction naturelle pour les contrastes qui lui faisait composer sa vie comme un échiquier.

Il aurait aimé pouvoir témoigner de ce doux sentiment qui l’entraînait vers eux à travers toutes les tensions qu’ils pouvaient manifester, ce n’était pas le temps de le faire – ni la pièce qui s’y prêtât le plus, le dialogue en cours notamment lui rappelait quelques tristes moments avec une acuité un rien trop cruelle – mais il s’attacha à donner à sa voix des inflexions qui en témoignent un peu.

« J’ai une préférence pour la scène de fin, quant à moi. Rien d’intellectuel pour une fois, c’est purement physique. Oui, cela m’arrive. Vous verrez si je puis me contenir de saisir la main d’un d’entre vous, lorsqu’elle se produira ; nous pourrions presque lancer un pari là-dessus. »

Son pari à lui était de voir si l’un d’eux au moins aurait le coeur de rire de cette proposition.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime]
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