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[CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime]

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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Ven 7 Avr 2017 - 0:03
"Votre Majesté, ce que vous nommez une plaie est au contraire pour vous une bénédiction. Soyez heureuse que ces femmes s'occupent de perruches et prennent des amants: que feriez-vous si, en un million de voix unies à la conquête de leur liberté, elles se révoltaient demain contre la coutume ancestrale vendant leur lignage comme on vante le pedigree d'un chien de race? Ce serait le premier domino d'une série d'insurrection, entraînant à sa suite tout l'édifice sur lequel est bâti votre trône."

Le propos était amer comme sa voix était désinvolte et douce. Elle l'avait sommé de converser avec franchise: il parlait donc, avec l'humour mordant d'un bouffon, habitué à la satire enjolivée de flatterie pour le divertissement des puissants dont le courroux menace sa tête. Comme il les trouvait sottement infatués d'eux-mêmes, ces bourreaux de travail dirigeant une vaste fourmilière dont ils usaient les ouvrières tout en jouissant du fruit de leur labeur. Il concevait toutefois qu'en leur prêtant une telle bêtise, il devenait le plus niais d'entre eux: mépriser l'intelligence d'un interlocuteur illustre seulement un manque de clairvoyance à son égard.

"Mais je confirme qu'aucun d'entre nous ici ne partage la vision archaïque que professe mon épouse sur l'ordre de la société." Vraiment? L'Impératrice songerait donc à abdiquer son trône en faveur d'une démocratie, pendant que le banquier anti-capitaliste financerait l'édition de l'ouvrage hautement polémique nommé Le Capital. Vraiment? Qui y croyait? Pas lui tout du moins.

Il songeait à ces dames recherchant un sens à leur existence, passant leurs nerfs sur des esclaves ou des serviteurs capables de les agacer dans un reflet malheureusement témoin de leur propre condition: elles étaient pareillement assujetties à une société où leur utérus et leurs liens étaient placés dans une indélicate vente aux enchères. Il l'avait constaté personnellement, contemplant avec une joie sauvage mêlée de compassion Euphrosine se débattant dans les rets de sa noble destinée tandis qu'approchait pour elle l'heure fatidique du mariage. Dirigeants et domestiques recherchaient somme toute la même chose: un rai de félicité dans un monde incertain et obscur.

"Je pense à ces femmes, arrachées à leurs terres, à leurs familles, à leurs amis, pour assurer une descendance à un époux qu'elles n'ont point choisi: par leur alliance, elles amènent une dot, des relations, un savoir bien souvent relégués dans l'ombre où elles oeuvrent avec discrétion, une ombre au-delà de laquelle brille la silhouette d'un mari placé dans la lumière. La fleur suave paraît inutile, et de son nectar une abeille tire du miel cependant; si Monsieur Brisendan savait butiner sa femme, peut-être pourrait-il en récolter quelque douceur."

Voilà qui lui vaudrait d'être souffleté. Qu'importe, ils étaient entre "amis" après tout, et le jeune homme avait compris comment le dignitaire traitait les siens: avec force cajoleries lorsqu'ils étaient dignes de son monde lustré par le pouvoir; avec dédain et mépris si leur compagnie passait pour déshonorable. Avec un aplomb infernal, il déversait de ses lèvres délicates des effronteries que ne pardonneraient peut-être point son "charme certain". Quel charme avait-il, sinon celui d'une jolie figure et d'un masque attrayant, seuls responsables d'un statut envié par les autres esclaves, jalousant de lui voir octroyé une éducation qui ne devait servir qu'au plaisir de ses maîtres?

"Remarquez, il l'aura au moins pollinisé; pardonnez-moi de m'être fait le messager de la nouvelle, j'ignorais que mon tuteur ne vous eût point informée en regard de votre amitié. Sensible comme il doit l'être à votre bonheur, peut-être a-t-il craint d'augmenter la solitude de votre deuil par l'annonce de sa bonne fortune."

Un sourire si doux, un sourire qui mord. Il serait rapidement expulsé de leur cercle au rythme prestissimo où il abattait les offenses derrière un visage de mignardise cruelle. Pourquoi un tel suicide? Etait-ce là le débordement d'un vase où s'accumulaient les exaspérations depuis sa rencontre avec M. Chesterfield? Il contemplait d'un oeil froid et lointain les planches de l'opéra, jouissant par avance de se sentir aussi indiscipliné que l'incorrigible Don Giovanni préférant la tombe au renoncement d'une vie dédiée au plaisir et à la sensualité. Il était pourtant à l'opposé du noble hérétique, enterrant la voix de l'amour et brandissant le venin de la folie, grisé par la fatalité de l'irréductible séducteur.

"Vous m'avez commandé de parler sans détours: je me suis exécuté. Suis-je donc moi-même aussi coupable que le Leporello servile en contrebas, prêt à l'immoralité pour contenter son maître?"

S'il avait pu, il aurait éclaté de rire. Il se retint, par égard pour les chanteurs, dont le jeu d'acteur aurait mal souffert une telle expression de joie au beau milieu des suppliques de Donna Anna quémandant un peu de temps au Don Ottavio chéri afin d'accomplir sa vengeance avant d'unir ensemble leurs deux destinées.

Il n'avait point répondu, ni à la raison de sa colère, ni à ses occupations: il n'avait aucun doute quant à l'issue de cette saillie déplacée dont son tuteur avait fait les frais. Il serait jeté comme un malpropre loin de leur havre de douceurs où ils se cajolaient l'un l'autre du malheur de se découvrir si riches, condensant entre leurs mains un pouvoir monstrueux que ne parvenait à supporter leur âme. Comme il est aisé de prétendre préférer le serviteur besogneux plutôt que la maîtresse de maison désoeuvrée, assis dans une loge destinée à des divertissements musicaux. Certes, ils travaillaient tous: il est cependant des labeurs plus agréables que d'autres. Combien de temps auraient-ils tenu tous trois, enchaînés dans des mines, sans autre loisir que d'abattre leur pioche pour extirper de la roche ses plus beaux filons, abrutis par l'effort et passant leurs jours sans entrevoir la lumière du soleil? C'était pourtant là le destin d'une bonne part d'un peuple de braves que l'on nommait "chiens" et "maraud".
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Ven 7 Avr 2017 - 8:32
Il semblerait que l’ami sache combien le sujet des femmes de maisonnée m’inssuportent, oisives et futiles, elles n’ont aux lèvres que la mode et leurs éclats vulgaires, s’ornant de tiare de sel qui se dissoudront aux premières tempêtes qui les déshorneront pour leurs conduites frivoles. Quant aux sujets des amants, j’arbore l’infidélité, elle fait souffrir, non pas seulement les maris, mais les enfants. Ce fut probablement le seul drame de mon enfance, penserait certain, mais il a blessé mon frère et je sais qu’aujourd’hui encore…mais passons.
Je note l’étendard porté par Onésime de Malterre, défendeur de l’oisive et de la frivole, aurait-il préféré Miranda en tutrice ? Cela aurait été plus convenable puisque la nationalité de Malterre est identique à celle Brisendan, mais pourquoi donc l’avoir mis aux mains de Ross ? Probablement que je tenais à mettre un œil sur le jeune homme et que l’officiel indique une erreur du ministère. Peu importe puisque personne ne s’est plaint de ce détail, en externe et qu’on va continuer comme ça parce qu’on a rien vu !

-Vous vous pensez peut-être en pays eskrois mon ami. Le mariage est une chose, et je désapprouve l’oisiveté et l’infidélité. Autant des hommes, que des femmes. Notons que vous considérez l’utilité d’une dame à son pédigre. Vous ignorez donc Madame de Blanc, médecin à l’hôpital, mère de trois enfants, Madame Agatha Brisendan, une grande tante de votre tuteur, romancière de roman policier, Mademoiselle Smith aviatrice émerite, Madame Van Houten productrice de cacao et exploratrice à ses heures perdues, Diane Jones, Liberty Vayne et tant d’autres noms de dame, mariées, épouses, mères, dont on a vanté probablement le pédigré dans le passé qui sont dames de cours et dame d’action. Mais je suis fort charmée de l’idée que vous leur prêtiez soit le rien, soit l’insurrection.

Cela traduit en général les idées profondes des personnes que ce genre de chose. Ainsi mon œil va s’attarder avec plus de longueur sur Onésime et je prendrais Ross à part pour plus de question. Mais néanmoins, la femme est ainsi soit cantonnée aux occupations légères, soit à la révolution.

Il faut aisément comprendre nos opinions divergentes, mais pour moi il reste un jeune homme qui veut changer le monde, ce qui n’est pas à son déshonneur, au contraire. Onésime de Malterre ou Onésime l’esclave, je ne connais que le premier, prend en évidence la société telle qu’il la conçoit, mais il oublie de réfléchir à la démocratie, n’est-elle pas raclusienne au final ? Si parfaitement. L’Empire possède une force, il pousse vers l’avant les siens, bien ou mal, je ne le considère qu’en bien, à défaut de ne pouvoir éradiquer des choses sans me faire bouffer par les ogres alentours, je choisis de défendre ce que je dirige, et ce que j’aime.
Comme toute personne aime à le faire.

-Je m’interroge sur le fait que nous vivions au même endroit, à la même époque Monsieur de Malterre. La lumière à Ambrosia se saisit à pleine main, elle se prend, elle s’orne. Le confort de l’ombre est une chose, une excuse, ainsi l’on ne prendra point mal l’hystérique ou la cruelle, malmenée par ses émotions vacantes dont la quête de se connaitre se résume au fond à une série de question à laquelle on ne peut répondre qu’en prenant sa vie en main. Miranda Brisendan est eskroise, vendue pour son pedigre, je pense que Monsieur son époux, ici présent, ne l’empêcherait en rien de prendre plus de connaissance d’étude, ou de la laisser en faire. Je la considère libérée pour ma part. Libérée d’une famille qui l’a marié, nullement au pire des hommes de cette cité. On choisit aussi l’ombre dans laquelle on se place. Bien entendu, j’admets que toutes n’ont pas mari aussi conciliant, je sais, dans ce cas, on divorce, on agit, on fait. Il faut quelques courages à cela, la vie ne se résume pas à des états de faits établit. Une femme dans ce monde peut avoir l’égale de l’homme et si vous en doutez, je vous ferais rencontré un parterre de dame, un après-midi, sans Monsieur Brisendan pour que vous voyez autre chose que l’enfermement de la noblesse dans laquelle vous semblez aise mon cher.

N’a-t-il donc pas vu d’autres choses ? Préférant ainsi concilier des excuses aux dames désinvoltes, point d’autres mots, d’autres choses, d’autres idées ? Mais autant le détourer de son confort et lui montrer. La capitale a le sang vivace de l’évolution, des avancées, et cela ne se fait point avec seulement des dames de foyer, bien entendu, je ne vais point dénigrer l’oisiveté de mes courtisans.
Elle est nécessaire. Quand on ne fait rien, on ne peut pas faire de mal. Occupés au palais, ils oublient bien des choses. C’est ainsi qu’on garde l’œil sur les nobles pour préserver le peuple, ne le saviez-vous pas ? Quel intérêt sinon que ce système.

Mon sourire va à Ross au sujet de l’enfant, mais le débat agité avec Onésime ravit mon esprit. Il ignore bien des choses de son propre monde, mais à n’en point douter, son histoire vaut cela. Après tout, il fut arraché bien des années à ce monde.
Mais j’observe le sourire mordant d’Onésime, divaguant sur mes propres lèvres, la même chose, d’un échange de regard, je le dévisage. Et quant à la suite…la suite.

-Ah ainsi donc vous êtes du partis du serviteur, puisque vous vous mettez à sa place. Et vous espérez plus que probablement une réaction brutale de ma part pour vous asseoir dans le confort de vos idées prises. A la place, je vous convie à un salon de discussion. J’espère n’avoir pas moi-même porté trop de déception à vos attentes Onésime de Malterre.

De plus en plus méfiante sans le montrer de ce jeune homme.
Je concède que des dames nombreuses vivent dans l’ombre, mais je ne puis cautionner ces choses là, non que je ne trouve pas utile qu’elles servent à faire venir la prochaine génération, c’est une chose vitale, mais j’ai par nature sainte horreur du rien. Il m’effraie. Plus que tout autre chose. Il convient à certaine, cela leur permet de penser, d’agir, de vivre, d’avoir tant de raison à tout et ça pour rien.

Mais le bon mot me fait sortir de l’échange que nous aurons sans Ross, à moins qu’Onésime ne continue, mais nous avons probablement délaissé assez Ross. Le pauvre, le voilà ainsi présent de deux esprits bouillant.
Je retiens mon rire mais laisse venir un large sourire sur mes traits à sa boutade.


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Ven 7 Avr 2017 - 10:03
Pour ce qui était de défendre les femmes, Ross s’en reposait entièrement sur sa chère voisine. Il n’était pas question qu’il mette lui-même les mains dans cette toile d’araignée dont il n’était point locataire. Il pouvait ainsi se livrer tout entier, dans un silence de bon aloi, à l’horreur qui le remplissait tandis qu’il observait les réels efforts qu’accomplissait son jeune amoureux pour se faire mal voir, et si possible haïr. Il n’y comprenait plus rien. Etait-ce la pièce qui lui échauffait ainsi le système nerveux ? Ou était-ce cette promenade dont il était revenu l’air rêveur et troublé ?

Il s’en voulait à présent de s’être montré si léger, si préoccupé par leur tenue de ce soir, tenue au sens vestimentaire et protocolaire, puisque rien dans l’étiquette locale n’offrait d’instructions claires sur la manière dont un monsieur présente l’objet masculin de ses pensées. Il aurait dû questionner peut-être, insister, mais ce n’était pas du tout dans leurs habitudes ; les loisirs de son pupille devaient rester siens, et s’il en éprouvait quelque perplexité en rentrant au domicile, il convenait qu’il s’en ouvre par lui-même ; après tout, ils avaient déjà échangé bien pire.

Du moins, il l’espérait. A le voir si enragé à présent, Ross aurait pu croire que c’était à une exécution publique injustifiée que ce jeune homme torturé avait assisté. Il avait le coeur serré de lui sentir tant de passion venimeuse ; et la part aimante de son âme eût voulu immédiatement sonder la blessure ; mais son honneur cabré lui reprochait de plaindre ainsi celui qui l’offensait publiquement, en la présence de la plus haute autorité qui soit. Il se ferma quelques minutes, le regard fixé sur la pièce en contrebas, tentant de faire un tri sommaire parmi ces impulsions qui l’assaillaient.

Comme toujours, le calme de l’impératrice fut une force dans laquelle il parvint à puiser. Il lui arrivait d’envier à son amie ce caractère littéralement impérieux et constant dont elle faisait preuve face à tout ce qui pouvait, même de manière aussi insignifiante, la menacer. Il se tourna d’abord vers elle, conscient qu’il y rencontrerait un regard ami, dont il éprouvait en cet instant le besoin.

« Pardon, chère souveraine, mais il me faut également intervenir en mon propre nom. Vous savez que nous parlons d’une même bouche pour tout ce que vous venez d’aborder. Mais l’attitude de ce jeune homme touche à des sentiments dont je ne puis taire la réponse. »

Connaissant son coeur, il ne doutait pas qu'un certain amusement pouvait la saisir à ces mots, mâtiné d'impatience à l'égard de ces agaceries amoureuses qui lui faisaient perdre son temps précieux, et de quelque inquiétude peut-être quant au sérieux de sa détresse. Il se promit d'être bref, et de pousser celui qui se présentait soudain comme leur adversaire à prendre position une fois pour toutes, ce qui nécessitait, fatalement, d'affirmer la sienne. Il y avait là quelque chose de gênant, comme une forme de vulgarité. Ces idées n'étaient pas faites pour être criées sur les toits, mais pour être effleurées, peaufinées avec le temps. Les prendre à bras le corps semblait risqué et déplacé. Néanmoins, il s'y attela, avec un sérieux qui donnait soudain à son visage l'âge qu'il portait réellement, additionné de celui de ses ancêtres derrière lui.

« Monsieur, songez à l’âge que nous avons, cette illustre dame qui daigne vous recevoir et moi-même. Songez aux forces immémoriales qui pèsent encore sur nous, et avec lesquelles nous devons composer, pour nous maintenir à la barre de ce navire. »

Il avait baissé la voix. Ce n’était clairement pas une conversation à tenir à voix haute et claire dans un endroit public, quelle que soit la relative privauté de leur loge, et les cris des comédiens sur scène qui paraissaient rivaliser avec leur agitation. Il y avait là une arcane dévoilée, un risque pris, toute une vie remise entre les mains de celui qui mettait pourtant toute son énergie à s’en démontrer indigne, comme pour lui donner tort. Mais par égard pour l’impératrice, Ross s’arrêta en chemin. D’ailleurs, il connaissait l’imagination galopante de son pupille.

Il ne doutait pas que cette amorce suffirait à mettre le feu à bien des poudres, ou à éclairer bien des zones d’ombres, selon que son humeur s’y prêterait. Il acheva donc par un regard qui ne fuyait plus le sien, mais qui manifestait une dernière main tendue avant la désagrégation de quelque chose… qui n’était pas sa confiance, ou son affection à proprement parler, ni même leur alliance ; mais bien la certitude que son vis à vis souhaitait les poursuivre.

« De grâce, montrez un peu de pitié, laissez-nous deux générations pour redresser les torts de ce monde sans effusions de sang. Si vous aviez la moindre tendresse pour moi, vous reconnaîtriez que nous y travaillons et que votre aide nous y serait précieuse. Et vous nous épargneriez la cruauté de tels couplets de basse vengeance. »

Il y avait dans sa voix une intransigeance qui ne s’y manifestait pas souvent, et qui tenait entièrement à sa personne propre, sans rien emprunter aux diverses influences qui avaient pu l’engager sur cette voie au cours de sa vie. Il n’avait aucune patience pour qui prônait la compassion envers autrui sans la pratiquer soi-même, et c’était un trait qu’il n’aurait jamais cru rencontrer chez celui qu’il avait, cependant, présenté comme un être passionné, sans avoir réellement fait le tour de ces passions. Dans un tel cas, il fallait bien admettre d’être un peu surpris, mais il espérait toutefois ne pas être déçu.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Ven 7 Avr 2017 - 15:42
Quod erat demonstrandum

Entre une situation personnelle fort agréable, quoique parée des désagréments laborieux de sa fonction, et un "ami" oeuvrant à sa propre disgrâce, Monsieur Brisendan avait choisi, une fois encore. Onésime avait sa réponse, et à celle-ci, un sourire sans bonheur étira sa lèvre. Avec une joie fatale et un acharnement insensé, il se défaisait de ses encombrants oripeaux, secouait ses membres engourdis et sans un regard pour la chrysalide abandonnée, déployait toute la puissance fantasque de sa nature. Orgueil juvénile, il contempla les deux monstres enfantés par des lignées avides de pouvoir et se rit de leur hypocrisie.

Enfin! Enfin des accents de vérité! Le pourpre de la dignité outragée perça sous le fard de l'illustre façade brisendienne, et cette intransigeance nouvelle lui fut plus douce que tous ces baisers volages et ces révoltes timorées de fils à maman. Enfin je vous tiens Monsieur Brisendan, loin de vos tendresses fanées et de vos piteuses amours qui jamais ne briseront la douceur des chaînes dans lesquelles vous vous complaisez. Ironie de circonstance, il leur fallait être au théâtre pour révéler l'authenticité de leurs sentiments sans que paraisse au regard du public le drame secret joué dans leur loge.

"Votre Altesse, nous vivons précisément au même endroit et à la même époque: vous condamnez la liberté d'un bonheur intime pour ces épouses qui ne devraient trouver de joie que dans le sentiment de leur utilité. Concevez-vous donc le travail et le labeur comme seuls facteurs émancipateurs de l'existence? Pourquoi ne pas condamner du même coup ces maris jaloux, prompts à enfermer dans une cage un rossignol ne demandant qu'à chanter au grand jour, ou ceux-là pour lesquels le corps féminin est dénué d'attrait? La fleur devrait-elle s'étioler et se languir dans ses plus belles années, condamnée à garder pour elle seule le parfum de sa jeunesse? L'homme est pécheur autant que la femme est pécheresse. J'en ai d'ailleurs connu une qui vous aurait plu assurément: célibataire saphique, pirate et amatrice d'opéra. Imaginez un peu le tableau! Je vous le dépeindrai avec joie lors de ce salon auquel vous avez l'immense générosité de me convier."

On le prenait pour un petit nobliau archaïque et conservateur, soit. Il préférait cela à l'éclosion au grand jour de son passé reclus derrière un sceau de silence, tout en leur montrant à quel point il était éloigné de leurs préoccupations de dictateurs éclairés. Il sourit et adressa un signe de tête qui se voulait une révérence à l'égard de Sa Majesté dont il appréciait le mordant, bien loin des ronds de jambes auquel son tuteur l'avait initié. Pauvre tuteur, il n'en menait pas large... Il lui jeta un regard où dansait un éclat cavalier en un tourbillon d'émotions mêlées sur le parquet de sa prunelle noire. Il y valsait une affection coupable entraînée au bras du reproche, sous la figure du juge implacable tenant en son âme une auguste mercuriale: c'était l'amour qui, à traits placides, était assassiné. Il s'évertuait à se faire haïr car il se haïssait d'aimer.

"Deux générations, ou autant que vous voudrez, Monsieur. Ces mariages arrangés, d'ores et déjà examinés par Madame votre mère pour votre futur enfant, prouvent bien que vous travaillez à conserver ce rôle de justicier dans les mains déjà détentrices de l'épée. Vous vendez mes services à votre illustre amie: comme elle l'a fort bien dit, je prends le parti du serviteur."

Ross comprendrait ou se refuserait à décrypter cette nouvelle énigme. "Une basse vengeance" venant d'un vil suppôt. Le riche financier lui avait demandé de croire en ses sentiments et en lui-même: sa foi ébranlée par les révélations récentes fracassait avec un plaisir revanchard et cruel les idoles au pied de l'autel où gisait le cadavre encore fumant d'une mémoire sacrifiée dans de macabres haruspices.

"J'irai plus loin encore: les dignitaires ne brillent que par la présence de cette foule anonyme tapie dans l'obscurité de leurs couloirs. Si chacun saisissait la lumière, qui s'occuperait de réparer vos égouts? Les immondices déborderaient et Ambrosia ne serait plus qu'un cloaque puant habité par des artistes et des explorateurs trop Grands pour s'abaisser à ramasser les ordures. Les chanteurs rutilent mais ne s'occupent guère du décor présent sur la scène...Allons, soyons fous, applaudissons les machinistes quand le rideau tombera!" Lança-t-il comme s'il se moquait de lui-même, imitant son modèle aimant à laisser percer quelques vérités derrière un lambris d'humour; faire croire finalement que l'on raille ce qui nous tient le plus à coeur, telle serait sa tactique du moment.


Servir la couronne ou servir un maître, quelle différence? Il avait suffisamment goûté à la servilité pour désirer s'en passer. Oeuvrer dans l'ombre à de plus grands desseins, certes, mais pas pour un empire. Il lui faudrait revoir Madame Di Brescia afin de lui proposer un fructueux accord.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Sam 8 Avr 2017 - 19:09
Je ne doute que peu souvent de Ross Brisendan, depuis l’enfance, nous avons une amitié facile, profonde, complice, parfois agrémentée de quelques aléas, mais jamais de bouderie. Les bouderies nous les laissons volontiers, plus adultes et plus sensés que ceux qui aiment se fâcher. Il me jure sur son honneur que nous pouvons parler devant le jeune homme.
Mais devant le jeune homme nous ne pouvons pas parler.

Il y a des choses simples dans la vie, on jauge une personne à sa retenue, à sa façon d’être, à sa manière de se tenir ou de s’exprimer par des gestes inconscients. Dans le cas ici présent, j’ai sans pincette aucune veillée à ce qu’Onésime de Malterre s’’exprime, il arrive parfois que les enfants disparus n’aiment rien de ce qu’ils auraient pu apprendre, des années de disparition, loin de l’Empire, c’est un étranger. Il n’est pas de souffle Ambrosien, voilà. Cela me déchire le cœur pour son aïeul mais il n’a rien de ce monde, mal ou bien, j’en serais juge bien plus tard. Pour le moment, j’ai quelques ondes de méfiances à son encontre parce qu’il est Onésime.
Ses idées je ne les désapprouve pas, il est libre de penser, libre d’objecter, libre de me parler, ainsi lui ai-je accordé la chose, il marque un point. Mais il en perd d’autres, tirant sur l’honneur de l’ami, et son amant à ce que je comprends bien, insinuant bien des choses, et préférant milles fois sous-entendre toute la contrainte que nous semblons imposer, Ross et moi-même au monde.

-Voyons Monsieur Brisendan, nous sommes des oisifs qui s’agitent parfois pour faire croire que nous travaillons, mais le but unique de nos prestations est d’assurer que l’archaïsme de nos systèmes restent tel qu’il est, ainsi que Monsieur Onésime de Malterre le pense. Il ne faudrait point le contrarier. J’ignore mes sujets selon les sous entendu de Monsieur votre pupille, je me vautre dans la lumière et à la fin de ce spectacle j’ignorais tous ceux qui n’ont pas chanté sur scène et qui ont pourtant contribué à la beauté de ce spectacle. Car j’ai les yeux seulement pour la lumière et j’ignore ceux dans l’ombre.

Je reste d’une élégance impériale, le jeune homme prétends tant de chose, croit tant de chose, la conscience de ne pas exister est une chose qu’il comprends ? Je n’en sais rien. Lilith, la mortelle Lilith n’a existé que peu souvent, elle s’est permise d’être avec Hélène et puis a abandonné le poste, elle s’est sentie parfois là en compagnie d’Elrich, et elle s’octroie de respirer quand elle joue de ses rouages.
Mais la seule qui existe vraiment est la représentante dans la lumière, celle qui n’a absolument pas conscience selon de malterre des personnes agissant dans l’ombre. Et pourtant. Ma lutte la plus fervente est de leur donner toute la possibilité pour exister, je ne fais probablement pas assez, ni les bourses, ni les améliorations de santé, ni tout ce qui permet d’offrir un monde un tant soit peu meilleur. C’est que jene fais pas assez. Mais je ne ferais jamais assez pour les membres de l’Empire, les de Choiseuls rêvent trop de vouloir faire plus, c’est une terrible maladie que celle-ci.

-Vous savez ce que l’on dit d’ailleurs? Il est aisé de critiquer une société hors n’est pas pupille qui veut.   Parler librement mais insulter. Il y a une tenure légère entre les deux non ?

Ma main se redresse d’un signe, un garde, derrière s’agite.

-Monsieur de Malterre se sent mal. Il ne peut assister à la fin de la représentation. Veuillez le faire raccompagner à son domicile et veiller à ce qu’il y attende son tuteur. Monsieur Brisendan reste, en tant que responsable du jeune homme, c’est à lui de réparer les injures à peine voilée émise par son pupille, nous allons en converser et comme nous sommes un système archaïque, je crois que c’est le fouet qui est de rigueur pour le responsable. Je vous remercie.
-Bien votre majesté.

Et si les chanteurs chantent, personne ne rate la sortie du jeune homme car il sortira, de grès ou de force, et le clerc qui n’en a pas l’air aura tôt fait de le maitriser. Parler du fouet pour Ross est une manière de faire prendre conscience à Onésime de la responsabilité qu’il a aussi d’être un pupille, il fait punir Ross. Mais Ross ne sera pas fouetté, le pupille l’ignore, voilà qu va le faire réfléchir, je l'espère.

Je fixe la scène.

-Sur votre honneur mon ami. Sur votre honneur.

Lâchais-je sans le regarder.

-Vous avez peu de chance que je laisse ainsi passer cela, toute amitié avons-nous, vous savez que vous êtes un tuteur et ce jeune homme est votre responsabilité. Il ignore la différence entre parler librement et porter insulte. Il vous a insulté, il m’a insulté, je me foutrais bien volontiers des avis d’un petit noble dont le mouchoir est encore empli de lait, bourré de privilège se faisant partisan des serviteurs alors qu’il ne sait pas lui-même la chose. Mais dans quel merdier vous êtes vous fourrez en vous attachant à une créature de la sorte, vos élans de cœur détourne votre raison Monsieur ! J’inspire, pour reprendre mon calme. Vous ne serez plus son tuteur pour une semaine entière, c’est fort peu cher payé, je le confie au main du Prieur Zullheimer, je vous interdit un seul contact jusqu’au délai écroué en tête à tête, vous l’amènerez demain matin par vous-même.

Je n’ai eu que le nom de Everard en tête, une semaine est fort peu chère payée, je devrais prévenir le prieur du coup. Je déglutis et chasse la pensée, je suis fâchée mais pas entièrement contre Ross, pas réellement. Je finis par soupirer.

-Apprenez lui à parler librement sans insulter à mot couvert. Je ne peux laisser passer les mots insinuants que j’ignore mon peuple, je sers mon peuple avant toutes choses, et ça, je le défendrais jusqu’à ma mort.

J’ai renoncé à Hélène et je renoncerais encore à bien d’autre chose pour mes sujets. Pour préserver la liberté de cette capitale, pour ne pas voir les mortels assujettis à des guerres fratricides....mais si certain parle ainsi, c'est bien certainement que tout est à faire encore.


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Sam 8 Avr 2017 - 23:07
Sous l’avalanche d’insanités qui ne faisait que se perpétuer de minute en minute, Ross vaincu s’inclina vers la balustrade, y croisa les bras et y appuya sa tête ; du moins son menton, tandis que son regard se perdait dans les artifices grandiloquents de la scène en contrebas, mais s’ils n’avaient pas été observés, il y aurait appuyé son front et cherché une voie d’évasion, même incomplète, illusoire et momentanée. Il n’y avait simplement rien à faire. Aucune façon d’implorer la grâce de ce juge aux allures de jeune héros tragique. Aucune raison d’insister davantage… faites tout haut l’orgueilleux et l’amer, mais tout bas, dites-moi simplement que vous ne m’aimez pas.

Et aucune explication qu’il voie à tout ce chaos, à tout cet acharnement, ou qu’il accepte de voir. Une seule explication qu’il n’acceptait pas, mais qui dansait devant les yeux de son esprit. Les allusions incessantes du jeune homme tournaient autour d’un fait en particulier, son hostilité autour d’une arène où il prenait parti pour un troisième personnage aux contours de fantôme. Il n’était pas difficile d’en identifier le visage, à y jeter un seul regard. Cependant, quelques secondes encore, Ross résista à cette tentation. Puis il céda, et la colère entrevue plus tôt à l’état d’étincelles fugitives reprit dans un grondement de foyer de machine. De vieux rouages s’actionnèrent malgré lui, éveillant sous les voûtes métalliques des grincements trop semblables à des cris.

Ainsi donc, ce jeune fou trouvait amusant de s’imaginer de telles choses… qu’il était le seul à se faire du souci, à regretter, à éprouver de la compassion, d’autres sentiments peut-être, pour cette figure de serviteur tout sauf métaphorique. Que son tuteur n’était qu’un traître, un insensible, un coeur de marbre, ou plutôt de métal. Qu’il était ce que sa conscience lui reprochait d’être, regardant cette affaire, au mot près ; et il se trouve justement que regardant cette affaire il emmerdait royalement sa conscience. Il savait quelle décision il avait prise la première fois, et pourquoi ; comme il savait pourquoi il invitait Onésime ce soir. Il savait pourquoi il enrageait. Que ce soit ou non une bonne chose n’entrait même pas en considération. Ces actes-là n’avaient pas à être motivés, justifiés ou pesés à l’aune de tel ou tel principe.

Le regard qu’il jeta sur le coupable tandis que leur souveraine lui infligeait une remontrance bien sentie disait toute la part qu’il prenait lui-même dans ce ressentiment. C’était un regard qu’il ne jetait généralement que sur les détails vestimentaires de très mauvais goût, très déplaisants à son œil sensible, comme à son acceptation de l’esthétique en termes de bienveillance à l’égard des regards d’autrui. Il avait épuisé sa patience et ne souhaitait plus qu’une chose : voir ce jeune monsieur si insolent passer une nuit dans les affres, tandis que lui-même se soucierait de la fierté blessée de cette grande dame, qu’il avait exposée au venin sans même en être conscient. Ce fut à peine s’il le salua d’un signe de tête et d’un « A demain, monsieur » ; il était catastrophé, mortifié que l’on s’obstine ainsi à s’arracher à lui comme s’il était le dernier des lépreux, et d’autant plus reconnaissant à la souveraine offensée de le conserver à ses côtés au lieu de le chasser dans la même disgrâce.

« Si au terme de la période en question vous daignez me le confier à nouveau, je m’attacherai surtout à lui apprendre à ne pas se tromper de colère. C’est son plus grave défaut, alors que sa colère est justement ce qui serait le plus utile à cet Empire… Voyez ce qu’il fait de nous, qui servons sa cause maîtresse, et songez à ce qu’il pourrait faire d’un véritable ennemi. » Le regret lui mordit le coeur et l’arrêta ; il ne put s’empêcher de jeter son regard en direction de cette tête rousse dans la salle dont ils auraient pu si aisément sonder les intentions, son pupille eût-il été plus conciliant.

« Lorsqu’il parle de serviteur, je crains bien qu’il ne pense à Monsieur Chesterfield en particulier. J’aurais dû m’en soucier davantage, quand j’ai su qu’il l’avait croisé. Il croit que c'est cet homme que je punis en lui retirant ma compagnie. J'avoue avoir évité d'aborder avec lui ce douloureux sujet, et en tant que tuteur, c'était impardonnable. »

Une explication n’était pas une excuse, néanmoins il lui semblait devoir à son amie quelques éclaircissements quant à l’origine exacte du coup. Son propre attrait pour ce que sa mère aurait regroupé sous le nom de « mauvaises fréquentations » n’en paraissait que plus coupable ; mais concernant Lilith, il savait son opinion plus nuancée.

« Mais cela ne justifie rien. Il était indigne d’un gentilhomme de vous prendre à parti aussi grossièrement dans l’unique but de me provoquer, moi qui étais sa cible. J’aurais dû quitter cette loge depuis bien longtemps déjà, mais je me berçais de l’illusion que son étrange courroux serait vite adouci par vos grâces et celles de la musique. »

De toutes les croyances évoquées ce soir, c’était probablement la plus idéaliste, et il en reconnaissait à présent la naïveté, avec une humilité qui le faisait peu à peu descendre du piédestal de sa fureur glacée. En d’autres circonstances, il en aurait même souri. Ce n’était pas dans ses capacités pour le moment.

« Toutefois, je vous implore de le voir ainsi : ses insultes n’étaient que bouquets de roses noires, qu’il me jetait au visage faute de savoir m’en offrir. Cela, je vous l'affirme sur mon honneur ; et s'il me fait mentir, il m'en rendra raison, c'est une promesse solennelle. Il ne s’en rend pas compte lui-même, lui qui se rêve si indépendant, et ignore encore beaucoup des penchants mêmes qui l’agitent. A quel ami d’ailleurs pourrait-il s’en confier ? Je vous avais et vous m’aviez, souvenez-vous. Quant à lui, seul dans un monde où il ne se reconnaît pas, il trouve plaisant de se jeter dans des gouffres, pour le malin plaisir de voir si je m’y jetterai à sa suite. »

Mais contrairement à celui dont il invoquait si maladroitement la défense, Onésime du moins ne lui préférait pas le gouffre : au contraire, c’était lui qu’il y cherchait. Ross ne pouvait développer cela pour l’instant. Il en était aussi anxieux que charmé et aussi choqué que rassuré, ce qui le plaçait en situation fort inconfortable, d’autant que le sujet n’était absolument pas une de ces confidences amicales et légères sur la nature de tendres sentiments éprouvés. Il ne pouvait réclamer le pardon de l’impératrice pour ce qui venait de se produire ; quant à lui, il pardonnait déjà tout.

Lorsqu’il se tut, sa voix n’était restée qu’un murmure, sec et vibrant, encore courroucé mais discret comme la tombe. Il s’aperçut que son regard tombait dans le vide comme la foudre sur le pécheur ; quant à savoir quelle silhouette il se représentait là, il n’en était pas certain lui-même. Rien ne serait dédit de ce qui s’était dit ce soir, rien ne serait oublié, pourtant la confiance irradiait des moindres détails de sa posture. Confiance en son propos, confiance en sa reine, confiance en l’avenir même qui semblait lui adresser d’espiègles grimaces, et confiance malgré tout en cet adversaire insolite.

Il s’aperçut ensuite que nombre de spectateurs étaient debout dans les loges voisines. Non que la scène qui se déroulait parmi les occupants de la loge impériale eût attiré leur attention plus que de raison ; tous étaient suspendus aux dernières notes lancées par l’orchestre, qui venaient de basculer dans un profond silence, empreint d’une telle gravité que le coeur du dignitaire s’en serra, au-delà même des chocs qu’il venait d’endurer. Ses yeux se fermèrent un instant. Toute la salle retenait son souffle avec lui. Et à sa grande surprise, il n’éprouvait le besoin de prendre la main de personne. S’il tendit la sienne à la femme assise à ses côtés, ce fut dans une offre de paix et de réconfort, par simple envie de la soutenir, après les rudes attaques qu’elle venait de subir.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Ven 14 Avr 2017 - 15:04
-A votre humble avis, pourquoi vous l’ai-je confié Monsieur Brisendan ? Le jeune de Malterre est un enfant retrouvé, précédemment abandonné par ses tuteurs de raclus. Je pensais qu’il consoliderait des années de séparation avec son empire natal, en votre compagnie. Vous savez que l’on ne met pas, par habitude, deux natifs ensembles dans les affaires du temps du tutorat. Pour autant l’exception fut faîtes. Et de ce fait habile, je le confiais au plus fidèle de l’empire après moi. Il vous reviendra au terme de cette semaine, et il ne tiendra qu’à vous de découvrir pourquoi tant de colère, pourquoi tant de hargne à son monde natal, pourquoi tant de reproche à notre cité. Et quoi que vous puissiez découvrir, je ne doute pas que vous saurez m’en faire part.

Imperturbable, observant les frasques de la scène, désormais le jeune de Malterre me parait hostile à l’empire, furieux, peut-être nous reproche-t-il ces années d’éloignement, ce que je pourrais aisément comprendre. Pourtant, je ne puis laisser passer le comportement acharné. Je hausse un sourcil en me tournant vers Ross, que vient faire Chesterfield là dedans ?
Voilà que le corbeau malingre jette ses plumes dans la réalité.

-Je ne saisis pas réellement ce que cela vient faire ici, ni toutes les subtilités de votre histoire à ce sujet, il faut avouer que je ne comprends en rien que l’on puisse s’arrêter à un homme disgracié comme lui. Puis-je avoir quelques éclaircissements ?

Non sérieusement, je ne sais pas trop. Bien entendu je n’ai pas l’esprit attardé aux subtilités d’un jeune homme sensible aux élans de cœur. Je ne comprends point ce que vient foutre Astan ici, et peut-être que je ne connais pas tout. J’ai quelques connaissances des histoires de Ross Brisendan mais je ne puis forcément tout saisir, ou bien, ne nous confions pas toujours autant qu’on ne pourrait le croire.

Je secoue la tête, je ne sais si je me suis retrouvée soudainement au milieu d’une querelle amoureuse, chose que j’exècrerais plus encore que le reste, ou bien dans des reproches à peine dissimulés, ou je ne sais quoi encore. D’un peu de silence, je fais grace à la loge, haussant les yeux au ciel un instant avat de me raviser et c’est d’une main que je saisis la sienne, avec amitié et silence.

-Nous verrons ce qu’il en sera.

Ainsi lui confiais-je que nous verrons bien,quoi qu’il se passe, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se trame et si Onésime de Malterre n’a été qu’un amoureux en colère, voilà qui me parait tout à fait indélicat. J’ai pour principe d’haïr les oppositions sentimentales, ce manque de pudeur est une chose détestable,à mon sens seul. Je ne crains pas l’amour, je le vis dans l’intimité, est-ce un mal ? Chacun fait ce qui lui plait bien entendu, mais en aucun cas je n’ai besoin que l’on m’impose ces choses délicates.

Une conclusion à tout cela ? D’une manière oui, mais j’ai envie que rester avec mon ami avant tout. Et cette chagrine situation s’estompe,la paix s’impose, comme toujours. Entre nous, il n’y a que de cela, nous travaillons ensembles pour le monde.

-Profitons de la fin du spectacle, je vous retiendrais un peu après.

Décidais-je de lui souffler pour admirer la fin de la représentation…

***

Applaudissements d’une foule de spectateur, les chanteurs s’inclinent et font face, avec un sourire sur les lèvres, je me redresse, les chiens devant, il va nous falloir traverser l’opéra, mais avec les gardes, nous aurons la paix nécessaire. Toute fois avant de sortir de la loge, je me penche à son oreille.

-Je souhaiterais que vous vous rapprochiez de votre belle-sœur et que vous en appreniez plus sur elle. Je ne puis décemment faire prendre partie à l’Empire d’un clan ou d’un autre, mais j’entends me tenir au courant des affaires les plus silencieuses.


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Lun 17 Avr 2017 - 12:07
Les sentences, les promesses, tombaient comme des gouttes de plomb dans une mer d’huile, où elles s’enfonçaient lentement ; lorsqu’elles touchaient le fond, de longues répercussions venaient troubler la surface, mais les profondeurs opaques conservaient le secret de l’amplitude réelle du choc reçu. De nombreux aspects de Ross Brisendan avaient été démasqués et, au lieu d’être acceptés tels quels, avaient été remis en question avec une violence rare qui le laissait presque… quelle horreur… presque nu.

Sa gêne d’avoir fait un mauvais calcul tenait à sa fonction de courtisan et de directeur de banque ; elle n’était que très superficielle. Parfois, il fallait faire acte d’audace pour faire progresser une situation rapidement, et il ne doutait pas que ce serait le cas au terme de la semaine de séparation imposée. Ils auraient pu se tourner autour pendant des années comme deux fantômes insaisissables ; il était coutumier de l’exercice et l’appréciait, lorsque la personne qui lui donnait la réplique s’y attachait également ; mais cette fois, il n’avait pas ressenti ce plaisir d’artiste et s’était donc lancé directement, trop directement sans doute, à l’assaut des cimes. Son compagnon s’était mal conduit, sa souveraine avait reçu des piques inexcusables, lui-même avait été incapable de prévoir et d’apaiser la crise ; mais tout cela n’était qu’une première aventure, qui serait suivie de bien d’autres et sans doute de revirements profonds. Non, cela ne l’inquiétait pas autant que les bouleversements douloureux qui empêchaient son coeur de battre ainsi qu’à l’ordinaire.

Les sentences, les promesses… Des coups d’épée dans l’eau, mais qui éveillaient peu à peu le monstre sommeillant au fond. S’il n’avait pas eu à ses côtés une véritable amie, plus stable et forte à ses côtés que n’importe quel homme qu’il ait connu, ce monstre aurait déjà gagné la surface et montré sa vilaine tête blême. En l’état actuel des choses, Ross demeurait en position d’observateur, encore incrédule et presque fasciné, contemplant l’étendue des dégâts et l’étrange couleur de cet océan doré, si imperturbable jusqu’alors. Il était pourtant un si bon garçon, si sage et conciliant, si appliqué et dévoué, le fils parfait, le gendre idéal, le mari rêvé, bientôt le père le plus attentionné qui se puisse imaginer ; il cultivait si passionnément ses qualités humaines, le charme qui amenait les sourires sur les visages et dans les regards, la curiosité qui ne laissait personne isolé, la prévoyance qui évitait les drames – non, pas celui-ci. Tout ce qu’il pouvait faire, dans ce cas, était rejeté. Tout ce qu’il pouvait imaginer se perdait dans le néant. Tout ce qu’il avait construit n’était que poussière.

Il existait au monde des êtres pour lesquels ce qu’il avait construit ne serait jamais que poussière. Cette pensée était vertigineuse. Il avait jusqu’alors méconnu leur existence, qui aurait faussé toutes ses équations ; et voilà que l’un d’entre eux lui était extraordinairement cher, tout en lui apparaissant gratuitement cruel. Ce n’était pas gratuit, songeait-il en perdant son regard sur les déplacements erratiques des démons au long de la scène, où des rubans de soie translucide et rougeoyante figuraient la montée des flammes autour du héros condamné. C’était le cri commun de ces êtres qui réclamaient à leur tour d’exister à ses yeux, d’être compris dans ses calculs cosmiques, cri poussé à travers une seule bouche qui renonçait à ses baisers pour s’en faire le porte-parole. Il ressentait envers Onésime une profonde communauté dans l’élévation de leurs rêves respectifs, en même temps que le déchirement affreux de percevoir à quel point ces rêves, s’ils continuaient chacun à tirer la situation dans le sens qui lui convenait, s’éloigneraient l’un de l’autre jusqu’à se faire ennemis.

Les sentences étaient prononcées par des êtres de chair et de sang. Les promesses, de même. Tous ces êtres étaient différents et ne pourraient peut-être jamais pleinement se comprendre ; tous étaient faillibles, et tous étaient persuadés de poursuivre la vérité.

Voilà ce qui le soutenait dans l’affection qui le liait à la grande dame offensée dont il partageait la compagnie. Cette affection était au-delà des vérités affirmées et des buts poursuivis. C’était le seul instinct qu’il puisse éprouver pur et sans entraves. La seule richesse qu’il pouvait offrir quel que soit son destin politique. La seule vérité qui surpasse le clair-obscur de toutes les autres, car elle existait par elle-même, fût-elle ou non affichée, fût-elle ou non réciproque. Il s’accrocha à ce brin de lumière, et remonta de l’océan des doutes pied à pied, en laissant la musique tonitruante s’imposer dans son esprit troublé comme une nouvelle source d’ordre et de perspective. Dialoguer des causes réelles de l’impatience d’Onésime à son égard restait au-dessus de ses forces ; il se contenta d’apprécier la mise en scène, qui mettait réellement en valeur les derniers moments de l’opéra comme il estimait que ce devrait être toujours le cas, et la voix des interprètes.

Il était temps de regagner la vie réelle, et il ne pouvait décemment le faire après avoir été fragilisé à la fois par une conversation à coeur ouvert au sujet d’un ministre disgracié, et par le désastre qui s’était joué sous ses yeux. Il lui fallait du moins conserver son attitude sur l’un de ces points, et Lilith le connaissait beaucoup trop bien pour qu’un échange sur ce premier sujet tourne autrement qu’à la confession pure et simple. Mais elle n’aurait aucun mal à extorquer ces informations du principal concerné ; ce serait d’ailleurs plus logique, et plus efficace. Ross n’avait à cet égard que des conjectures. En revanche, concernant sa propre mission – cerner les intentions des personnes qui partageaient son cercle de connaissances et ne se méfiaient pas de lui – il se sentait parfaitement apte à converser sans avoir besoin d’éluder quoi que ce soit.

« Je me dois bien sûr de célébrer avec ces dames l’annonce officielle de la future naissance à notre souveraine, ainsi que les projets qui sont faits concernant les alliances matrimoniales à venir ; » Ross leva les yeux au plafond malgré lui à cette pensée, mais le fait est que tout cela nécessitait une réunion diplomatique entre les principaux concernés, comme toute transaction entre familles puissantes ; « et il se peut que de si doux sujets de conversation rendent mon épouse et ma belle-sœur plus ouvertes que d’ordinaire à me faire leurs confidences. Je m’occupe de cela dès demain. A vrai dire, je voudrais que ce soit déjà fait. »

Il n’allait tout de même pas faire mine de trouver cette perspective agréable ; Lilith se serait moquée de lui. Néanmoins, le respect avec lequel il laissa le passage à l'impératrice témoignait de sa reconnaissance de se voir confier une mission, n'importe laquelle, après la maladresse sans nom dont il venait de faire preuve.
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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Lun 17 Avr 2017 - 14:40
J’ai confiance en Ross, et je ne pense pas qu’il ait la déraison de se faire tourner la tête par Onésime, pour autant, je suis inquiète. Qui ne le serait pas dans le climat actuel des choses, je ne crois pas que le pupille soit là pour déstabiliser la Gobelin. Mais je n’en omet pas la pensée, j’écrirais une missive à mon oncle pour en savoir plus sur lui, peut-être sera-t-il un meilleur moyen pour découvrir quelque chose. Je n’en sais rien. Nul doute que l’on peut croire que je veuille protéger Ross, je ne sais si on peut ainsi qualifier la chose, il y a du vrai…

Quoi qu’il en soit mes suspicions à l’encontre du jeune homme se forme, je me méfie des discours de révolutionnaire,bien que je ne comprenne guère quelle révolution ils souhaitent. Nous verrons. De ce fait, après le spectacle, après ma requête, je me permets de prendre le bras de Ross s’il me le propose, bien entendu et je m’avance doucement dans l’Opéra, entourés par les gardes nous restons le centre des attentions.

-Je suis heureuse pour vous Ross, vous le savez n’est-ce pas ? Lui confiais—je tendrement. Il n’y aura jamais père plus doux que vous, veillez sur cet enfant avec toute la bienveillance dont vous savez faire preuve, il se doit d’être la créature la plus importante de votre existence désormais. Croyez-moi…

Une pudeur s’affiche sur mes traits, une tristesse se voile de  cette draperie, je voudrais lui conseiller, même s’il n’aime pas la proximité de son épouse, de faire attention, de veiller à cette grossesse, de prendre soin de l’enfant sans défense dans le ventre de sa mère. Je sais ou du moins je suppose qu’il est plus soulagé d’avoir fait le nécessaire pour la suite, dans une obligation formelle qui l’a étouffé, mais il y a une créature minuscule qui a besoin de lui.

Je sais, je puis ainsi surprendre à me pencher autant sur cela, moi qui clame haut et fort que je n’aime pas montrer mes craintes, mes peurs ou autres, mais il s’agit de Ross, pas de n’importe qui…et  je sais qu’en sa compagnie je ne serais point contrainte de supporter trop d’attention compatissante, trop d’excès.

-Même dans le ventre d’une mère ils ne sont point à l’abri.

Les mots ne viennent pas plus, j’aimerais lui confier,dans cette foule qui nous regarde et qui ne peut rien deviner de nos propos de confidences, mais j’en suis incapable. Cela me blesse encore et me blessera probablement toujours, d’avoir tant faillis à protéger la créature que j’aurais du sur le plus veiller. Mon propre enfant.


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MessageSujet: Re: [CLOS]The most radical thing to do [PV Lilith et Onésime] Lun 17 Avr 2017 - 16:36
Les mouvements de la foule autour d'eux rappelaient les volutes des eaux qui s'enroulaient autour des piles du pont, tout en les évitant, repoussées par leur force. Ross ne se sentait pas totalement en sécurité. Au même instant, l'impératrice évoqua cette idée de sécurité, en parlant de l'enfant à naître, des enfants à naître en général, comme si elle faisait allusion à quelque chose dont il n'aurait pas eu connaissance. Il s'apprêtait à répliquer en plaisantant qu'il ferait un père bien plus convenable pour un futur artiste, ou à la rigueur un diplomate, que pour quelques amazone guerrière adepte de mécanique ; mais la manière sincère et mélancolique dont Lilith avait parlé le ramena à d'autres considérations.

En sécurité...

"Ils ne l'ont jamais été et ils ne le seront jamais. Nous ne le serons jamais."

Ils pouvaient vouloir, mais ils ne pouvaient pas promettre. Cette certitude ne le lâchait plus, elle avait pris le dessus sur toutes ses autres pensées. Pourtant, il gardait à l'esprit le cap qu'il comptait bel et bien suivre, et tout, dans ce cap, impliquait ses responsabilités envers son enfant. Il fallait développer l'emprise de la banque sur les territoires les plus lointains, établir des stratégies attractives pour valoriser les nouvelles agences auprès des usagers qui n'en auraient pas l'habitude, fidéliser les clients les plus riches en créant des systèmes qui manquaient dans leur secteur : sécuriser leurs marchandises, sponsoriser leurs cérémonies... Il fallait maintenir les traités déjà signés tout en préparant les prochains sans vexer personne, se faire des amis partout et trouver un moyen d'acheter les ennemis, jouer son personnage durant quelques années, une décennie encore, pour n'intimider personne... Il y avait tant à faire que la nécessité de contempler d'autres réalités ne le frappait pas immédiatement. Mais celle-ci le hantait. Ils pouvaient faire de leur mieux, cela ne changerait rien. Dans son cas, c'était un sujet de terreur. Mais dans le cas de Lilith, il considérait que ce pouvait être presque réconfortant. Il connaissait sa philosophie pragmatique. Il poursuivit donc :

"Nous ne pouvons rien faire pour la sécurité de qui que ce soit ; nous sommes pris entre la volonté des dieux et celle des êtres que nous aimons. Nous ne pouvons que regarder."

Sans qu'ils aient échangé d'information précise, il sentait parfaitement que les mots de Lilith n'avaient pas été des mots en l'air. Intellectuellement, il était incertain : les circonstances de ce qu'elle évoquait, les personnes impliquées ; mais sentimentalement, il percevait qu'elle évoquait un drame comme son épouse en craindrait encore pendant bien plus de neuf mois ; il pressentait qu'elle en était personnellement affectée, ce qui lui pinçait le coeur à travers toutes les autres tempêtes qui l'agitaient ; et il devinait ce qu'une femme pouvait éprouver à se figurer de telles choses, ou pire, à les vivre. Il était bien enchanté d'en être exempté à vie, d'ailleurs. Mais Lilith faisait partie des personnes pour lesquelles il aurait donné son bonheur, même si elle avait dû n'en rien savoir, ne serait-ce que pour l'entendre rire au loin de ce bonheur auquel il aurait renoncé. Mais c'était impossible. Comme il avait tenté de l'exprimer, les dieux faisaient leur office ; eux n'étaient que des témoins impuissants.

"Nous ne sommes pas coupables. Nous ne sommes pas des dieux. Notre volonté, c'est tout ce que nous avons, c'est tout ce que nous sommes."

Ils n'iraient pas loin ainsi ; impossible pour lui de prendre place dans le même transport que l'impératrice alors qu'il avait ces tâches importantes à préparer, et qu'elle comptait sur lui. Mais ne comptait-elle pas sur lui pour autre chose ? Ce qu'elle lui intimait au nom de l'enfant à naître, ne le lui intimait-elle pas au nom des enfants qu'ils avaient été tous deux, et au nom des autres ? Il avait envie de lui donner, du moins, un faible espoir. C'était sa volonté.

"Dès que cet enfant sera né, ma volonté est de le placer dans vos bras, et de lui dire : vous êtes désormais l'héritier, ou l'héritière, de ma famille ; et voici votre premier héritage : voici une bonne fée à laquelle vous devrez toujours faire confiance."

Jadis, il lui avait déclaré que, s'ils étaient en présence de grandes personnes qui ne seraient pas contentes de les voir s'embrasser même amicalement, il emploierait un geste pour lui signifier qu'il en avait eu l'intention, et ce serait "presque pareil". En souvenir de ce petit jeu d'autrefois, il passa son index replié devant son visage et y déposa brièvement ses lèvres, comme s'il s'était pincé la seconde phalange et tentait d'en adoucir la brûlure. Trop de tristesse avait gravité entre eux ce soir, malgré leur glorieux environnement musical et les grands titres flamboyants qui seraient révélés le lendemain à la presse. Cela ne devait pas durer trop longtemps. Ils avaient autre chose à partager, et ils ignoraient combien de temps leur serait dévolu pour cela.
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