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Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv]

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Everard Zullheimer
Premier serviteur d'Ameth en Ambrosia
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Nationalité : Amethien
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MessageSujet: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Lun 10 Avr 2017 - 17:32
Je dois vous avouer que je ne m’attendais pas à avoir eu un tel courrier de la part de L’Impératrice… enfin, non, je comprenais une lettre plutôt qu’une rencontre de visu, mais c’était surtout le sujet qui était surprenant :

Prieur Zullheimer,
Dans un souci d'apprentissage, il sera confié à vos soins et pour la durée punitive d'une semaine, le jeune Onésime de Malterre. Le but avoué est de revenir sur ses manquements en ma présence ainsi qu’à un apprentissage des règles de courtoisie et de bonne éducation liées à un gentilhomme vivant en société. Durant cette période, il vous sera demandé de traiter Monsieur de Malterre comme s’il était votre propre pupille.
Ecrit par ma main
SAI Lilith de Choiseul


Cette lettre m‘avais laissé un brin songeur, je ne comprenais pas pourquoi moi mais bon, qui étais-je pour contrarier les humeurs d’une dame ? Je soupirais profondément sur le coup avant de finalement poser la lettre sur mon bureau et écrire le lendemain matin au jeune homme que je m’attendrai le lendemain matin dans mes appartements pour que nous puissions voir comment organiser le tout. Je lui conseillais aussi de prendre ses affaires car, comme tous mes pupilles, il logerait sous le même toit que moi, dans l’autre chambre. Comme d’habitude ! Je lui avais dit que je l’attendrais après les offices du matin, soit vers environ neuf heures. Voilà qui saurait lui laisser le temps de se préparer un peu, n’est-ce pas ?

Mais même durant cette situation, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que je ne comprenais pas pourquoi moi… ça me donnait un peu l’impression d’être un grand méchant loup, le genre vers qui on emmène les enfants qui ne sont pas sage pour les remettre dans le droit chemin. Et je n’aimais pas cet aspect des choses. Certes, j’étais un homme strict, dur même, peu habitué à la plaisanterie, mais j’étais un homme juste et droit. Et savoir que j’étais la punition de quelqu’un était particulièrement désagréable ! C’était presque aussi arable que de voir un fidèle trahir ses vœux…

Enfin, finalement, mon valet vint me prévenir que mon rendez-vous était arrivé. Je souris, le plus amène possible avant de finalement me lever à l’entrée de mon futur pupille. »

« Bonjour, Premier Serviteur d’Ameth et de Sa Lignée en Ambrosia Everard Zullheimer. Ravi de vous rencontrer. Je vous en prie, entrez. »

Je me contentais de tendre la main, pour respecter les usages.


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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Lun 10 Avr 2017 - 21:16
Ayez des remords, mais pas de regrets.

Etait-il plus heureux avec ses remords qu'avec la peine de n'avoir pas agi? Il avait attiré sur sa tête l'opprobre d'illustres personnages dont l'Impératrice elle-même, Mme Norman Brisendan en second lieu, trop heureuse de pouvoir piailler aussi fort que les perruches de sa brue "Je vous l'avais bien dit: ce jeune homme est un parfait imbécile" à qui voulait l'entendre et à son tuteur en premier lieu.

Son tuteur, parlons-en! Le traître, le félon à la botte de Sa Sérénissime! Deux beaux hypocrites que ces amis là! Ciel, que nous sommes malheureux d'être riches et puissants, allons donc oublier notre douleur en écoutant un opéra! Ils travaillaient, la belle affaire! Combien d'esclaves, combien de mineurs se tuaient tout le jour et n'avaient pas même les moyens ou seulement l'énergie d'écouter une musique agréable? Orgueil des puissants, que votre éclat est donc aveuglant! Quel opportun outrage masque donc votre lucidité, braquant votre conscience vers l'affront au lieu d'éclairer le dérangeant message?

Si seulement le messager, au lieu de foutre le nez de Son Altesse dans les relents putrides de la fange sociétale _ou, disons-le plus crûment, dans la merde_ avait moulé le fond de ses propos dans un cadre joliment formé, sans doute n'eût-il point expérimenté cette semaine sous la houlette d'un amethien.

Un Amethien! Il avait blêmi lorsque le glas de la royale sentence s'était abattu sur lui, pétrifié comme le Don Giovanni agité en contrebas sur la scène. Pas n'importe lequel de surcroît, mais le Premier Serviteur d'Ameth! Trop fier pour demander pardon, il avait suivi le clerc chargé de son expulsion, le port droit et la tête haute à l'instar d'un jeune coq insolent. Il n'en menait pas large pourtant, et avait bien le sentiment d'avoir laissé quelques plumes dans cette querelle, arrachées par les secondes implacables de cette soirée.

Parlez librement: quelle liberté était-ce-ce donc là que celle aux ailes encombrées de goudron, chargée du pesant conformisme et de l'austère rigueur, plaquée au sol par l'antique cérémonial? Il se souviendrait toujours de cette première leçon, et du silence ferait son plus fidèle allié.

Une fois encore, un nouveau tuteur! Décidément, il n'en verrait jamais le bout! Etait-il donc une chaise musicale sur laquelle venaient s'adosser des dignitaires inaptes à faire de lui l'un des leurs? Quelle fantaisie l'avait donc pris?! Se faire fils de noble! Et pourquoi pas Empereur tant qu'à faire?! Empereur des nigauds! Roi des bouffons!

Occupé à dialoguer par lettre interposée avec M. Brisendan une partie de la nuit, puis à ressasser ses doutes et ses appréhensions avant de sombrer dans le sommeil tard dans la nuit _d'autres diraient tôt le matin_ il affichait une mine fatiguée, des yeux rougis et des cernes sombres. Il avait pris ses affaires, comme indiqué dans l'invitation, qu'il trimballait avec le même air enjoué qu'un basset, et tâcha de composer une certaine dignité pour son visage las et blême. Sa mise était des plus sobres et des plus simples: les amethiens n'étaient guère connus pour leur exubérance vestimentaire, pour le peu qu'il en savait, et il préférait éviter de fâcher dès l'abord son nouveau tuteur.

Il entrait finalement au palais, non pour y briller, mais pour redresser ses torts. La splendeur de l'édifice laissa sur son esprit une impression de tristesse et d'amertume, tout en augmentant ses alarmes quant à son avenir auprès du Premier Serviteur d'Ameth. Au moins, n'était-il pas confié à un espion raclusien...

Il se remémorait la fiche que M. Brisendan lui avait fait apprendre sur le personnage, et les écueils à contourner pour éviter de finir taxé d'impiété. L'homme qui lui fit face, une fois parvenu dans ses appartements, semblait pourtant beaucoup moins austère que Mme Norman Brisendan. Prudence, on ne se fie pas à l'habit d'un moine. Il baisa la chevalière, avec tout le respect dont il était capable, effort énorme pour un être conditionné depuis l'enfance à haïr le Protectorat, à l'origine de la vieille disgrâce familiale.

"Bonjour Prieur. Je vous remercie de m'accueillir, et vous présente mes salutations."

Qu'avait bien pu lui raconter Sa Majesté, et quel a priori pouvait-il avoir développé d'ores et déjà à son encontre? Ce n'était plus le sol sous ses pieds, mais un parterre d'oeufs qu'il craignait de briser. Il se montrait d'autant moins loquace que c'était sa langue traîtresse qui l'avait mené dans cette situation. Bien, à quelle sauce serait-il assaisonné?
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Everard Zullheimer
Premier serviteur d'Ameth en Ambrosia
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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Ven 14 Avr 2017 - 22:19
Je regardais donc ce bonhomme dont on m’avait confié la charge pendant une semaine. C’était trop court pour un véritable apprentissage, mais aussi beaucoup trop long pour une simple présentation. Lilith m’en avais fait voir de belles avec cette histoire. Et le pire, c’était que je n’avais pas ce que cela signifiait exactement. Pourquoi moi ? Et pourquoi lui ? Je lui souris avec un brin de curiosité d’usage quand le jeune homme me salua comme il fallait, baisant la chevalière en bon croyant. Voilà, j’étais satisfait par ses manières, alors je l’invitais à s’asseoir sur l’un des deux fauteuils qui se trouvaient sous la fenêtre. Il s’agissait de simples fauteuils de bois au siège d’oseille tressée… c’était amplement suffisant. Je m’asseyais et attendis qu’il fasse de même. Seulement après je pris la parole.

« Bien, sachez avant tout que je ne comprends pas pourquoi cette décision, vous confier à moi… cela m’échappe un peu, n’étant pas meilleur qu’un autre après tout… enfin bon, il y a une chose que je souhaite vous dire avant tout. La rumeur prétend que je ne peux pas mentir, et c’est vrai. J’ai fait vœu devant la Lignée d’Ameth de ne jamais dire que la vérité. Aussi le mensonge me vaudrait-il un parjure, et plus encore, me vaudrait une damnation éternelle, ce que je ne souhaite pas ! Aussi, sachez que je ne pourrais pas plus vous mentir qu’à qui que ce soit d’autres ! »

Mon valet entra et remis à chacun une délicieuse tasse d’un thé Amethien très amer. Une boisson que je buvais le matin, au travail, pour me donner du courage et de la force pour continuer. C’était ^presque aussi efficace qu’une bonne heure de dévotions. Ça me faisait beaucoup de bien ! Peut-être à lui aussi.

« J’admets donc ignorer complètement la raison de ce courrier soudain et cette mise sous tutelle… aussi, puis-je me permettre de vous en demander la raison ? Cela m’éclairerai un peu sur les choses que je dois moi-même faire pour vous durant votre séjour ici. Je n’en aie aucune idée. Une semaine c’est trop court pour mener un beau projet à bien, et c’est bien trop long pour les simples présentations d’usage… qu’avait-elle en tête… je me le demande bien… »

Je tâcherai sans doute de lui demander cela ce soir si je la croisais… je restais donc silencieux et attendait, réfléchissant à ce soir, si cela advenait…

« Alors je vous en prie, parlez-moi un peu de vous, que je statue mieux sur comment organiser notre semaine ! » 


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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Ven 14 Avr 2017 - 23:40
Un intérieur austère. Voilà qui lui convenait parfaitement: quitte à faire pénitence, autant éloigner tout plaisir coupable, fut-ce celui d'un simple confort par trop luxueux. Ses yeux rougis et fatigués n'auraient pu supporter une splendeur égale à celle déployée dans le reste du palais: des murs vides, voilà qui convenait parfaitement pour mieux livrer son esprit à la morosité ou s'y plonger en quête de cohérence et de pensées raisonnables, lui qui craignait d'y voir surgir à nouveau la folie où il était tombé. Ni l'échange de lettres, ni le trajet en compagnie de M. Brisendan jusqu'ici n'avaient pu l'aider à s'en extirper, bien au contraire.

"Voeu de vérité?!"

Il regarda l'Amethien comme s'il se fût trouvé en présence d'un fou, ne concevant pas que l'on puisse se maintenir à une si haute position sans mentir ou dissimuler. Mensonge par omission ou silence salvateur, quelle était la nuance entre ces deux positions? Il se reprit bien vite et plongea ses lèvres dans le breuvage, bien moins mordant que le café offert par les matelots sur le navire où il avait goûté au plaisir d'une petite escapade.

"Pardonnez-moi, c'est un fort beau voeu, que je crains dangereux, puisque c'est ma langue traîtresse qui m'a mené là où je suis." Il réfléchit un instant puis sourit soudain, comme charmé par l'ironie de la chose.
"Voilà pourquoi Sa Majesté m'a confié à vous je suppose: pour m'apprendre à dire la vérité, mais pas de n'importe quelle manière. Je suis cependant trop sot pour qu'une semaine suffise à accomplir ce miracle, et je m'excuse d'ores et déjà de troubler la vôtre par la contrainte d'un tel fardeau."

Il lui fallait rassembler ses idées. Ayant dormi une heure seulement _une heure peuplée de cauchemars, dont le réveil seul lui avait permis de prendre conscience du voyage effectué vers les abysses mystérieuses de son inconscience_ il avait de grandes difficultés à trouver les mots justes: le thé était bienvenu pour le maintenir éveillé, nappant sa gorge d'une amertume risible en comparaison de celle qui tapissait son coeur.

"Que vous dire? Mon nom, vous le connaissez: Onésime de Malterre. 23 ans, séparé pendant fort longtemps de mon père qui entreprit de réparer les manquements de mon éducation lorsqu'il me retrouva par un heureux hasard. Je suis amateur de violoncelle mais ne vous importunerait pas avec cet instrument; par ailleurs, je suis admiratif des chefs-d'oeuvres mécaniques que l'on peut voir au sein d'Ambrosia: je prends en vue de m'améliorer dans ce domaine des leçons avec un honnête artisan aussi muet que je suis loquace en ce moment. Nous dirons qu'il enseigne par la pratique plus que par la théorie."

Il marqua une pause afin de laisser son interlocuteur se familiariser avec ce tableau.

"Ce n'est pas à moi de vous dire que faire, mais malheureusement ce n'est pas dans ces domaines que se situent mes erreurs. Si j'ai offensé Son Altesse et mon tuteur officiel, c'est probablement par ma façon d'exprimer mes vues politiques. Rien n'est plus sujet à querelle que ce thème de conversation."

Pourquoi le proposait-il alors? Sans doute quelque reste de démence formant une traîne pour sa conscience lasse... Ou bien la curiosité de comprendre le fonctionnement du Protectorat ennemi, afin de confronter les idées véhiculées par sa famille à leur sujet.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Dim 16 Avr 2017 - 10:54
Cela sembla le perturber, que j’ai pu faire vœu de vérité. Pourtant… pourtant il n’y avait rien de mal à cela. Je ne mentais jamais, et je disais toujours la vérité. Mais vous oubliez deux choses : il n’y a pas de vérité absolu. Un sceptique dans l’âme ne dira-t-il pas que rien ne prouve que demain le soleil ne se lèverait pas à l’ouest… et au final, je savais particulièrement bien joue sur les mots. Il n’y avait qu’une seule vérité absolue : celle des dieux. Le reste, c’était peanuts ! Je souris, un brin carnassier, avant de finalement étouffer un rire légèrement railleur devant sa réaction.

« La langue n’est- jamais traitresse, mon enfant, seuls les mots le sont. Chaque mot est unique, chaque mot a un sens qui est propre, et aucun n’en vaut un autre, c’est le principe même de la sémantique, non ? Et avec de bons cours de rhétorique, il n’existe rien d’insurmontable. Ce que vous appelez sottise ne serait-elle pas une excuse pour ne pas vous implique dans un potentiel apprentissage ? »

Voilà une bonne question, n’est-ce pas ? Une question juste qui avait un rapport avec ses propos, reprenant ses propos contre lui. Il allait marner, avec moi, et il était hors de question. Ma tutrice m’avait dit un jour que s’il y avait bien une chose à savoir sur l’apprentissage, c’était qu’il n’y avait pas de mauvais élèves qui étaient incapables d’apprendre, mais uniquement des mauvais élèves qui ne voulaient pas appendre. Elle avait comme dicton que quand on voulait quelque chose, on pouvait l’atteindre. Je l’avais bien assimilé, même si je n’étais pas d’accord… La volonté des dieux passait bien souvent au-dessus de notre propre volonté.

Finalement il se présenta rapidement. Très bien, j’en savais plus que je n’en avais besoin. Il aurait donc une partie de son temps pour ses leçons, et le reste serait divisé entre mes leçons, les leçons d’un ou deux autres professeurs et les différents offices de la journée. Et là il prononça des paroles qui eurent pour effet de faire pétiller mes yeux de malice… des vues politiques contre l’empire, voilà qui était intéressant. Alors je me décidais à l’interroger sur le sujet.

« Des vues politiques différentes que celles du pouvoir en place… voilà qui serait presque séditieux… quelle chance que je n’approuve pas en tout point la politique impériale… cela vous surprendrait-il de savoir que mon frère e moi essayions de changer certaines petites choses au sein de l’empire pour le rendre plus conforme à notre vision des choses ? Avons-nous été punis ou disgraciés ? Jamais. Oh et ce n’est pas parce que je suis un ambassadeur et un homme de dieu, bien au contraire, ça ne l’aurait pas arrêtée… »

Je lui souris et finissais le thé que l’on m’offrait avant de regarde son visage plus en détail... ses traits fins étaient presque féminins… c’était presque anormal… mais surtout il avait les traits particulièrement tirés.

« Etiez-vous inquiet de vous présenter à moi ce matin ? Je ne suis pas du genre à mordre. Je suis très exigeant, mais pas plus que je ne le serais avec les autres. Mais bon, parlez-moi un peu de vos vues politiques, que j’essaye de comprendre ce qui a pu vexer son altesse impériale… ensuite je vous expliquerai comment je vais organiser votre semaine en enfer ! »

Une boutade ? Un peu…  


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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Lun 17 Avr 2017 - 18:05
Un voeu de vérité: disait-il la vérité justement en prétendant avoir prononcé un tel serment? Tactique opportune pour recueillir plus facilement des aveux en installant un climat de confiance? L'esprit fatigué du jeune homme soupesait dans la balance instable des tristes conjectures la validité des dires du Prieur. Icelui appelait le témoignage d'un être trop prudent pour se livrer, quelque avenante que fût la figure gravitant devant son regard terne et cerné.

Un voeu de vérité impliquait, selon la conception qu'il se faisait de la chose, de rapporter tels quels les propos récoltés. Lorsque le silence engendre une altération de la compréhension liée à une réalité, n'est-ce pas une forme de mensonge?

"Ce que j'appelle sottise n'est peut-être qu'un moyen de vous éviter de trop hautes attentes à mon égard. Je suivrai ces cours de rhétorique avec grand plaisir: tout imbécile que je sois, je ne le suis pas au point de ne pas saisir une telle chance."

Une chance de s'améliorer, rattrapant ses erreurs et reprenant son ascension vers les sommets: l'homme déplore la chute lorsqu'il ignore comment chuter. Plus que les cimes, il baliserait le chemin de sa descente, y établirait par avance des cordes auxquelles se rattraper.


"cela vous surprendrait-il de savoir que mon frère et moi essayions de changer certaines petites choses au sein de l’empire pour le rendre plus conforme à notre vision des choses ?"
"Ce qui me surprend, c'est que vous me le confiiez."

Une capitale érigée de bûchers, sonnant tout au long du jour de nouveaux offices pour une armée de fidèles trop heureux de brûler l'hérétique, des parfums répugnants de porc grillé embaumant l'atmosphère: étaient-ce là les souhaits du Prieur et de son frère? Connaissait-il d'ailleurs la nature des liens unissant Onésime avec M. Brisendan, ou l'Impératrice avait-elle omis ce "détail" en livrant ses instructions?

Il songea à la Guerre Perdue, au désir des amethiens d'installer la primauté de leur dieu dont la prétendu supériorité semblait leur faire dédaigner tous les autres... Quelle guerre secrète était d'ores et déjà livrée entre les prêtres des différents cultes face à l'envahisseur aux ambitions monothéistes?

Surtout, pourquoi lui confier cela? Sa Majesté avait-elle demandé à Everard de lui transmettre une "révélation", afin d'observer sa réaction subséquente et d'éprouver sa fidélité à l'Empire? A contrario, se ferait-il un nouvel ennemi en évoquant ce témoignage? L'épuisement physique et mental le guettait, pourtant il regrettait d'avoir bu ce thé: le nom du prince consort lui rappelait l'empoisonnement dont ce dernier avait été victime.

"Laquelle de mes opinions a pu irriter Sa Majesté, voilà pour moi une chose bien obscure... Je souhaitais attirer sa compassion sur les femmes arrachées à leurs familles et leurs foyers, incapables pour certaines de divorcer sans se mettre à dos une dynastie puissante à même de contraindre leur avenir. Son Altesse déplorait l'oisiveté d'une bonne part de ces épouses: je lui disais pour ma part que l'ombre recèle bien des mystères, que l'on ignore ce qui se passe réellement au sein de ces demeures, où la femme seconde son mari loin des regards."

Mieux valait commencer par un sujet plus sécurisé, plutôt que de brandir à nouveau l'étendard de l'égalité. D'ailleurs, c'était sur ce thème qu'avait démarré leur dispute, agrémentée de quelques métaphores liées au monde animal et végétal dont son tuteur officiel avait peu goûté le charme vénéneux.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Mer 3 Mai 2017 - 23:13

Rêve, réalité, illusion, mythe… tant de mots pouvaient qualifier un même fait ! Alors du coup, qu’était-ce que la vérité au juste ? Pour ma part je l’interprétais comme étant ne pas mentir, en somme, dire ce que je pensais être la vérité… en effet, avec l’expérience, j’avais appris que la vérité absolue n’existait pas. Jamais ! Tôt ou tard, on me donnerait tort, tôt ou tard, sur un point. Et ce que l’on disait e qui était la vérité aujourd’hui, serait peut-être une grossière erreur plus tard… aussi essayais-je de réaliser mon vœu de la manière la meilleure possible… et en l’occurrence cela se traduisait par une honnêteté dans mes actes et dans mes paroles, ainsi qu’une recherche de véracité chez autrui… j’aurai fait un bon traqueur d’impie, selon mes éducateurs… je n’y croyais pas trop, mais bon ! Je n’en restais pas moins un excellent diplomate !

Un gros problème se présenta quand il parla enfin… encore une fois se qualifier d’imbécile… il allait finir pas me donner envie de le prendre au mot… un imbécile pareil, on ne lui donnait pas de cous, on ne l’introduisait pas en bonne société et on se contentai de le faire travailler. Et il finirait à récurer des casseroles à s’en faire saigner les doigts… et ensuite, sa manière de me répondre… limite dédaigneuse, trouvais-je… je ne demandais que peu de choses e je me contentais aussi de peu de choses…une des choses que je ne voulais pas brader, c’était le respect… en tant qu’homme il avait le même respect que n’importe quel autre fidèle, mais cette manière de réponde, à force, j’avais l’impression d’avoir à faire à un enfant, et non à un homme… seulement, même dans ce cas, je n’aurai su réussir à me montrer aussi indulgent qu’avec un enfant...

« L’ombre recèle en effet bien des mystères… la majeure partie des mystères en fait ! Mais si nous paons sur ce sujet, nous pouvons aussi demander ce qui se passe vraiment dans les monastères Amethiens, dans les guildes clandestines Raclusiennes, dans les oubliettes Eskroises, ou même dans certaines demeures ambrosienne… j’ai toujours été partisan du principe que certains secrets ne sont pas bon à exhumer auprès de tout le monde. Tout un chacun n’est pas forcément prêt à l’entende, après tout. N’est-ce pas ? Toutefois, je pense que nous pouvons éviter de parler de sujets dont ni vous ni moi ne pouvons causer sans avoir davantage d’éléments… ou du moins aucun que nous pouvons dévoiler… vous n’avez pas idée des confidences que l’on nous fait, à nous les prêtres… aussi… Autant ne pas aborder le secret de ces grandes maisons. Juste une chose sur le sujet… vous semblez vous contredire… ou alors vous vous exprimez mal… ou bien, j’ai mal appréhendé vos propos… vous plaignez le sort de ces femmes que l’on contraint à se marier – ce qui, outre le côté blasphématoire d’une telle idée me en avant l’absence de son pendant, nombreux sont les jeunes hommes à être contraints d’épouser telle ou telle personne - mais toutefois, si, comme vous le dites, elles secondent leur époux, leur sort est donc ma foi bien plus enviable que celui d’autres femmes se mariant par amour… oh mais vous êtes sans doute bien placé pour en discuter ! Dissertez donc sur le propos, je vous en prie. »

Je souris avant de reprendre, toujours aussi sur de mon fait.

« Mais du coup, relatez-moi comment vous avez perçu cette discussion, nous allons voir rapidement les sujets que vous avez abordés et nous essayerons de comprendre à quel moment vous avez fauté à ses yeux, et de travailler ce qui vous a mis en défaut, afin que cette erreur, car il ne peut s’agir que de cela, d’une simple erreur, qu’en pensez-vous ? Nous pouvons y consacrer cette matinée, puis nous irons nous recueillir à la chapelle, avant de déjeuner. Qu’en pensez-vous ? »

Un beau programme pour la matinée, non ? Je devrais juste annuler un ou deux rendez-vous… mais bon, c’était sans doute pour ça que j’étais là ce matin, non ?


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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Sam 6 Mai 2017 - 12:42
Loin de concevoir le déplaisir naissant qu'il engendrait chez son interlocuteur, Onésime reçut de plein fouet la sentence, dont il entreprit de décortiquer en silence les diverses informations. Les secrets ne sont pas bons à exhumer auprès de tout le monde: voilà une vérité qu'il aurait été bien aise de se remémorer avant la représentation à l'opéra. Après tout, n'était-il pas un simple nobliau ignorant du monde? Des idées lui venaient au fur et à mesure que le Prieur égrenait le fil de son discours. Pourquoi aller chercher l'information lorsqu'elle peut venir à nous? Il retint un frémissement d'effroi, songeant à la menace que représentait le Protectorat: une armée de fanatiques constituée d'espions en bure. Combien de bûchers, levant leurs bras de feux vers le ciel, avaient envoyé vers la mort des "hérétiques" dont le seul crime était d'être gênant? Une correspondance cela s'invente, une mise en scène cela se monte, des témoins cela se paye...

Devait-il cracher sur cette main tendue, sous prétexte qu'elle était améthienne? La craindre, prompte qu'elle paraissait à jeter sur ses propos le soupçon du blasphème? La saisir? L'ennemi d'hier sera peut-être l'allié de demain... Dans sa situation il n'avait guère le choix. Faux. C'est le genre de conviction propre à nous déresponsabiliser. Soit, il serait donc coupable envers ses ancêtres: lui pardonneraient-ils de préférer sa survie à l'honneur familial?

"Remuer ce passé me cause bien du déplaisir. Vous avez la générosité de me venir en aide, ce dont je vous suis redevable. Vous semblez connaître Son Altesse bien mieux que je n'y parviendrai jamais... Je rougis pourtant de reproduire mes propos. Présomptueux que j'étais, j'aurais dû songer que mes avis et mon expérience sont peu de choses en comparaison du savoir de Sa Majesté! Comment ai-je pu croire qu'elle ignorait la vie de ces pauvres hères?! "Au lieu de juger, apprenez" dit le code de Taren.. Votre Eminence, j'ai péché!"
Se flagellant, il se jeta à genoux.
"Vous savez quelles horreurs sont perpétrées par les confessions reçues... Je ne sais plus où s'arrête la volonté des dieux et où commence celle des hommes. Les pays sont si différents, par leurs moeurs, leur population, leur système... Comment était donc ce monde à l'origine, à quel point les dieux nous ont-ils guidés dans l'histoire? Quelle est la part de l'Innommable dans tout ceci? Mes anciens tuteurs étant raclusiens, ils n'avaient sans doute pas le même point de vue sur cette question."
Il se releva, tournoyant dans la ronde de ses pensées, arpentant le chemin d'idées nouvelles sous un jour qu'il aurait préféré ignorer: le soleil était amethien et l'antique ennemi couronné. Disons-le prosaïquement: il marchait en cercle, peinant à découvrir le mystère caché au centre de ce mandala spirituel.
"Dans la ligue raclusienne, Taren est invoqué pour punir les esclaves coupables, ici les esclaves sont libérés et ce même dieu punit à travers ses juges les esclavagistes. Si je cherche à dépasser cette strate de contradictions, à atteindre un principe unificateur..." Il s'arrêta subitement et tourna son regard vers son interlocuteur, surpris lui-même de le découvrir sous un éclairage impromptu. "Comme je vous envie! Vous avez trouvé en Ameth un guide pour votre vie, placé au-dessus de la cacophonie de l'ensemble et fédérant ses fidèles dans une sainte croisade."

La tristesse entraperçue un instant dans sa prunelle confessait qu'il ne pouvait embrasser cette foi, rejoindre leur cause. Leur morale, leurs atteintes à la liberté lui étaient odieuses à bien des égards: elles s'expliquaient par les pratiques impies, mais ne les engendraient-elles pas également? Un extrême n'appelle-t-il pas un autre extrême afin de rétablir l'équilibre? Il chassa ces échos perturbant l'actuelle partition que représentait le Prieur.

Curieusement, il se sentait rasséréné. Après avoir subi les menaces réitérées de Sander, le mépris de Mme Norman Brisendan, le joug implacable de sa conscience lui reprochant son amour envers un être issu d'une caste abhorrée, cette pièce nue et son hôte l'apaisaient. Loin des mystères brisendien, M. Zullheimer lui apparaissait comme un tableau cohérent. Il ignorait tout des contradictions de cet homme, fort heureusement: il n'était présentement pas en état de décrypter qui que ce fut.

"Votre programme est parfait: le recueillement me fera le plus grand bien; sans doute avez-vous décelé que mon âme en avait besoin. Mes yeux ne supportent plus le luxe et les splendeurs: j'aspire plus que tout à me dépouiller de cet orgueil insensé, je sais que vous m'y aiderez. Ne m'épargnez aucune erreur, je vous en prie, et faîtes passer le mot à mes professeurs, qu'ils soient intraitables. J'imagine que vous les avez déjà choisi pour leur sérieux et leurs compétences... Qu'ils mettent un peu de plomb dans cette cervelle d'oiseau! Regardez cet orgueil à nouveau: je vous demande d'accéder à ma requête alors que vous êtes mieux placé que moi pour élaborer et décider des enseignements les plus profitables."

Il s'était ramolli, avait presque cru que le monde était bienveillant aux côtés d'un être pour lui plein de prévenances. Il ne remercierait jamais assez Sa Majesté de cette semaine salutaire! Le chevalier de Malterre l'avait couvé et protégé au lieu de l'endurcir: à son souvenir, il sentait presque perler des larmes, faiblissait, ne parvenait pas à en vouloir à ce vieil homme trop heureux de retrouver son fils. Il avait une nouvelle famille à présent, pourquoi la dédaignait-il? Avait-il le droit de ternir ce nom d'emprunt sous prétexte qu'il appartenait à un autre? Craignant de le perdre, il n'avait jamais osé ressentir un attachement profond envers son père adoptif et ce patronyme abusivement employé. Le Prieur et l'ascétisme l'aideraient à grandir, tout du moins l'espérait-il.
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Everard Zullheimer
Premier serviteur d'Ameth en Ambrosia
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Nationalité : Amethien
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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Lun 15 Mai 2017 - 18:18
Houlà, houlà, houlà… terrain plus que glissant ! Commencer à accuser les prêtres de passer outre la volonté divine devant un prêtre très haut placé dans la hiérarchie… ça allait devenir gênant pour lui s’il continuait !  Mais bon, allez !  Je souris et restais silencieux, faisant comme si je n’avais rien entendu sur le sujet. C’était préférable. Et de loin. Parler de religion avec un religieux allait être compliqué… en effet, j’avais mon idée sur la question, et les différents codex religieux amethiens étaient très clairs. Taren mandatait les souverains pour appliquer la justice. Et le culte de Taren était là pour prier Taren de continuer dans cette voie, de continuer à permettre au souverain d’incarner la justice suprême. Il n’y avait pas de conception parfaite sur le sujet... je lui souris alors qu’il s’agitait. Il aurait été bienvenue de rester plus calme, enfin, les enfants… oui, il était semblable à) un enfant, sans pensée vraiment aboutie. Je ne voyais chez lui que des questions sans avoir appréhendé une notion forte, celle du divin…

« Le Puissant Souverain est un autre exemple, mais plus parlant. Il montre par son soutien divin à nos quatre pays que chacun a sa conception de la Souveraineté… et Il les accepte toutes. Il n’en met aucune au-dessus des autres… nulle conception n’est parfaite, c’est cela qui rend la vie magnifique ! Le Seigneur Ameth dans sa Grandeur Nous montre un chemin qui est le plus proche de la volonté divine et invite tous les enfants d’Aernia sur cette terre à faire de même. Il ne les y force pas !  Pourtant Il est Dieu ! Mais Il ne force personne à le suivre dans la bonne voie… Les codex qui régisse la foi en Taren, pour revenir à ce que vous disiez sont respectés… mais dans sa grande Sagesse, il a laissé à chacun sa marge d’interprétation… il nous estime assez sages pour faire la part des choses, il ne nous mâche pas le travail. Chacun doit comprendre et redresser ses torts, ses erreurs. Le but final est l’amélioration de tout un chacun ! »

Oui, un bien bel objectif !  Je lui fis signe de se rasseoir, de se réinstaller. Et je continuais dans le domaine des dieux.

« La confession n’est pas réutilisée par un homme de prière, car il n’est qu’un canal entre l’homme et les Dieux. C’est par les prêtres et prêtresses que montent les prières, que l’on se réconcilie après ses fautes. Ou du moins, c’est ainsi que l’on nous apprend les choses… la confession n’est jamais une échappatoire à ses crimes… toute personne doit les assumer. Et être absous par un prêtre ne soulage que l’âme auprès des Dieux, mais en aucun cas un homme vis-à-vis de ses semblables. Aussi n’est-ce pas normal qu’un homme qui se reconnait hérétique finisse au bucher, confession ou non ? Et puis, la confession est un statut particulier… chaque prêtre a un conflit permanent entre garder pour soi et transmettre aux gendarmes quand nécessaires… imaginez que vous soyez un de ces odieux sodomites, adorateurs par nature de Fyel, vous vous régalez de votre duplicité maligne, votre âme noir telle celle de votre maîtresse innommable… il serait normal que lorsque vous m’auriez confessé cela, peut être malgré vous, que j’en parle à mon supérieur hiérarchique, pour que vous soyez conduit sur le bucher devant vos graves fautes contre les dieux !  C’est une manière de vous purifier que de vous offrir le bucher !  Comprenez-vous donc ce que j’essaye de vous dire ? »

Bon, c’était sévère comme vision sans doute, mais elle était une belle manière de voir les choses, en effet, le bucher pour hérésie était une manière de purifier les âmes impures !  La torture avant le buche, par contre, pour les adorateurs de l’innommable, c’était un châtiment ! Je soupirais profondément et je reprenais la parole d’un ton beaucoup plus doux, par rapport à la manière qu’il avait de se considérer.

« Mon enfant reprenez-vous, vous n’êtes pas plus idiot que la majeure partie des gens, vous avez eu une bonne éducation. On vous a appris les sagesses, sans doute… conformez-vous à celle-ci et aux lois divines, et toute votre vie se passera bien. Vos enseignants ne sont pas impitoyables. Ils sont bien comme ils sont, il ne reproche jamais de donner un avis contraire et aiment argumenter, mais il ne supporte ni l’irrespect ni les paroles irréfléchies. Ils vous apprendront davantage à penser avec sagesse et intelligence que des savoirs et des connaissances qui sont à la portée de toute personne capable de lire. Comportez-vous en adulte, et vous serez traité en adulte, comportez-vous en enfant, et vous serez traité en enfant. »

Je lui souris poliment. Je me demandais ce qu’on allait en tirer, de ce jeune homme…


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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Mer 17 Mai 2017 - 0:08
Lui qui peinait à trouver sa place en ce monde, voilà qu'elle lui était désigné, d'une parole divine, la sentence abattue avec un aplomb inébranlable. Impie. Il frémissait presque face à ce mot, signifié  à l'odeur de souffre et de cendre. Impie. Lui qui s'était toujours acquitté de ses prières, lui qui avait toujours vu Victoria la pirate saphique rendre hommage aux divinités marines à bord du vaisseau... Etait-il un impie car quelque part sous ce jeune sein battait le rythme d'un amour conçu envers un autre? Fyel l'avait-il déjà perverti, l'amenant au bord de la déraison à la grâce d'un baiser? Risible! Comment un jeune puceau pouvait-il être adepte de la luxure? Cela ne tenait pas debout: plus rien ne tenait debout. Perdu au milieu des ruines de ce qu'il avait cru son identité, la tentation de rejoindre les rangs désignés lui apparaissait séduisante; dans la balance de son âme cependant, un être s'offusquait de se voir réduit ainsi que ses sentiments à simple sodomite adorateur de la Cabale. La chair n'expliquait pas les tendresses développées au gré des flots, des disputes, des houles de la vie ou des plaisants zéphyrs de leurs confidences. Ross lui-même n'avait rien d'un hérétique sacrifiant de jeunes vierges dans quelque cérémonie macabre...

Pourquoi Everard lui parlait-il de cela? Lui soupçonnait-il de tels penchants, dû à sa mine trop féminine? L'impératrice avait-elle évoqué ses coupables amours? Coupables, et quoi encore?! Coupables d'éveiller son coeur à ce que les dieux avaient probablement créé de plus beau? Pour cela il préférait plaider l'innocence, voir en ce sentiment un don des divinités plutôt qu'une faute ou un péché. Son passé ne favorisait guère la cause du Prieur: d'Euphrosine il tenait le goût du contradictoire, de Victoria l'attrait pour la liberté et la remise en cause des conventions sociales. Le sang de ses ancêtres bouillonnait, rivière de pourpre agitée par le tumulte de l'injustice et de la colère. Il laissa couler l'effervescence et se refit maître de sa pensée et de lui-même.

Il embrassait le point de vue adverse à présent, intimait silence en lui-même à toute idée de contradiction ou de révolte, craignant trop l'outrage de flammes bien réelles capables de réduire en poussière le feu de ses émois naissants. Jetant au bûcher ses nobles idéaux, dépouillé de ses convictions, il s'avançait nu vers des pensées nouvelles, naissance monstrueuse issue d'une maïeutique infernale. Un homme nouveau, combattant pour s'extraire de sa gangue ancienne, qui aurait voulu éprouver le bonheur de pleurer comme un nouveau-né face au désarroi ressenti. Il lui fallait apprendre, voir non plus au travers les jumelles séculaires de sa lignée ou celles de Victoria ce qu'était la pensée amethienne.

"Votre métier est bien difficile. Recueillir les confessions d'un criminel, se trouver pris entre son devoir de silence tout en étant chargé du poids d'un aveu que l'on hésite à transmettre. Comme vous devez frémir d'horreur en écoutant ces crimes! Je ne saurais tenir personnellement un tel rôle et suis impressionné par votre dévotion: venir en aide à une âme en détresse en la purifiant, oeuvrer à son propre bien contre elle-même... Pour ma part je préfère croire à l'amélioration de l'homme, penser que l'on peut racheter ses péchés par une conduite honorable, ainsi que le prescrit Taren, mais je suis un irrésistible idéaliste auquel une vie jeune encore n'eut guère le temps d'ôter la croyance que la bonté sommeille en chacun de nous."

L'homme, un bien curieux animal, capable du pire comme du meilleur. L'impératrice avait offert une chance à Astan de conquérir le pardon impérial, ne s'y employait-il pas depuis plusieurs années à présent? Lui-même en cherchant le moyen d'abolir l'esclavage grâce aux automates ne s'appliquait-il pas à laver le blason de sa conscience chargée de rapts, de vols et d'hémoglobine? Une parole de Myrcéa lui revint en mémoire, comme si l'instant était bien choisi!
"Avant de penser à ce que l'on va mettre dans son sac, il est bon de savoir vers quelle destination on s'envole. Voila ce qu'il dirait. Et juste après… Ambrosia ne s'est pas faites en un seul jour, pas par la volonté d'une unique personne. Peut-être n'est-ce pas un phonographe qu'il vous faut. Et puis ce message doit-il vraiment être délivré par un pantin dans le fond ? Chaque chose à sa finalité, et il arrive fréquemment qu'elles se contredisent."... Et si... Et s'il se trompait complètement?! Si cette libération des esclaves ne passait pas par les automates, mais par d'autres moyens que ses oeillères persistantes ne lui avaient laissé entrevoir? Le monde vacillait, l'emportait dans un tourbillon de conceptions nouvelles... "un carrosse n'est pas une diablerie": une pression commerciale et financière n'aboutirait-elle pas plus vite au but fixé? Il tourna sa prunelle vers son interlocuteur, semblant chercher une lueur dans les ténèbres où se noyait son esprit fatigué.

"Vous avez raison, j'ai acquis des savoirs que mon esprit peine à manier. Les plus brillants rhéteurs transforment des concepts en merveilles, bâtissent des palais aux fondations solides là où je ne parviens qu'à ériger des châteaux de cartes qu'effondre le moindre souffle de vent contraire. Il me faut apprendre, encore et toujours: toute ma vie je noircirai les pages de mes heures d'idées nouvelles; peut-être serai-je capable un beau jour d'en extraire une vérité qui me semble valable..."

Que d'orgueil, pour masquer son ignorance, n'avait-il déployé jusque lors! Une vie cousue de grand vent et de voyages, pigmentée d'interludes musicaux, de théâtre, de philosophie, loin des murs âpres d'une réalité où s'effilochait son insouciance auprès d'une amertume rugueuse. Que toute cette politique lui était donc pénible en comparaison! Il se sentait pourtant trop épris pour vouloir encore fuir, comme cette nuit insensée sur le port.

"Relire les textes sacrés me les fera redécouvrir: il n'y a qu'en maturant une idée encore et encore que je pourrai espérer m'approcher des mystères qu'elle recèle. "Nulle conception n'est parfaite": il m'a manqué l'humilité de le reconnaître, fou que j'étais, alors que seule l'humilité permet un véritable apprentissage. Grâce à vous, je tâcherai de me hisser sur cette première marche de connaissances."

L'avait-il jamais atteint cette première marche? Toute une éducation à refaire, tous ces livres à revoir, comme de vieux souvenirs que les lueurs de sa conscience actuelle débarrasseraient de leurs rides, lui exposant par l'éclairage présent à quel point il s'était mépris à l'époque sur ce qu'il en avait compris. Tant de travail et si peu de temps... Qu'il devait être frustrant pour le Prieur d'entamer cet ouvrage ingrat pour le rendre à un autre au bout d'une courte semaine! Comme il lui semblait généreux de lui allouer ces professeurs, de prendre tant de soin de son apprentissage alors qu'il partirait si prestement! Allons, il n'allait quand même pas s'inquiéter, après tout le sire Zullheimer avait dû s'occuper d'un nombre incalculable de blanc-bec avant lui dont la plupart le surpassaient certainement: il savait adopter le détachement nécessaire en de telles circonstances. Il risquait bien au contraire d'éprouver un inénarrable soulagement lors de sa délivrance d'un tel fardeau.
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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv]
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