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Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv]

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Everard Zullheimer
Premier serviteur d'Ameth en Ambrosia
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Nationalité : Amethien
Messages : 996
Date d'inscription : 14/04/2016
MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Jeu 18 Mai 2017 - 19:38
Bon, il était quand même très bavard, et malheureusement, beaucoup de ses propos ressemblaient à du vent, une petite perte de temps, alors pourquoi ne pas changer les choses au juste ? oui, débattre avec lui, mais il ne pouvait pas tout comprendre, certaines explications n’étaient tout simplement pas faites pour le tout le monde. C’était aussi notre rôle ici, en ce monde. Il revenait aux prêtres de simplifier les choses pour le commun, il était nécessaire de ne pas dire certaines choses et d’un dire d’autres, c’était une forme de vérité, c’était la vérité populaire. Ils étaient faits pour certaines choses, mais d’autres non. Les vérités divines n’étaient pas toutes parfaites pour le profane. Les vérités divines étaient réservées aux prêtres, en toute logique. Enfin bon, qu’importe. De toute façon, il ne fallait donc pas s’attendre à ce qu’un profane puisse comprendre tout cela.

« Je ne me souviens pas que Taren, sur conseil de notre Seigneur tout puissant, ait donné une telle maxime. Toute faute, tout pêché doit être purgé avant que la moindre nouvelle chance soit accordée. Si on tue un homme, ce n’est pas parce que l’on soigne des malades pendant les dix ans qui suivent que l’on se rachète. Et à ma connaissance, les codex de Taren ne prennent pas en compte l’idéalisme, mais les faits, le réalisme. Et cela n’a rien à voir avec la bonté. Les intentions ne sont jamais que ce qu’elles sont. Des intentions. Les faits seuls restent. »

Oui, voilà une vérité. Et ce n’était pas un blanc bec qui avait lu deux pages d’un manuel pour enfants qui allait m’apprendre ce que disaient les dieux. Je lui souris, comme à un enfant, puisqu’au final, s’en était un ! Il ne connaissait sans doute pas grand-chose à la vie, il ne connaissait pas grand-chose au monde, mais il jouait les grandiloquents…. Et du coup, je ne serai pas tendre…

« Vous êtes trop jeune… vous n’avez sans doute pas encore la maturité nécessaire pour comprendre vraiment ce que vous cherchez. Mais je ne vous le reproche pas. Loin de là ! C’est beau d’avoir des idées, c’est très beau ! Il faut juste que vous gagnez en âge et sagesse. Apprenez beaucoup de choses. C’est bien, mais comprenez autant que vous apprenez ! Les textes sacrés, sont d’ailleurs souvent obscures, pour forcer à la réflexion pour atteindre la compréhension. Enfin bon, attendons pour cela, nous avons du pain sur la planche et il serait bon de prier ! »

Je me levais et lui fis signe de me suivre vers une petite pièce au fond de l’endroit où nous étions pour entrer dans mon boudoir, où nous pouvions prier. La salle était nue et le sol de carrelage des plus sobres. Seuls ornements, un guéridon avec une bassine d’eau claire et pure, et juste, contre le mur, la statue d’un cheval noir cabré. Prenant à l’entrée une boite de cette formidable invention d’il y a un deux ans appelée allumettes, j’en utilisais une pour allumer les onze cierges qui se trouvaient dans la salle, avant de venir s’agenouiller devant le cheval cabré représentant Ameth. Le silence commença. 


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MessageSujet: Re: Clos | Dialectique, politique, et pupillage[Pv] Sam 27 Mai 2017 - 17:55
Ainsi Taren laissait une marge d'interprétation et le Prieur lui reprochait de s'en saisir. Que devait-il faire: contenir sa pensée dans la sphère réduite autorisée par les dieux alors qu'elle demandait si souvent à s'élancer au-delà, confrontant ces dogmes avec la réalité? Se contenter du voile, de ce trompe-l'oeil qu'on lui reprochait de vouloir soulever ou transpercer? Conserver les oeillères mises en place par des préceptes formatant les esprits? Non. Il s'opposait à la digne Eminence dans le secret de son âme.

"Pourtant les faits n'ont pas d'existence propre: ils sont soumis à l'interprétation de qui les considère. Dès lors qu'une conscience pose un regard sur un objet, elle y appose un jugement: laid, beau, mince, gros, grand, petit, cruel, généreux ne sont que des affaires de conception. Voilà pourquoi la plèbe et la noblesse peinent à se comprendre: leur vision du monde est trop différente."

Des fous avaient cru que les dieux uniformiseraient tout cela et créeraient un liant pour la population endoctrinée. Mais en mêlant à cet ingrédient de la crainte et la menace du bûcher, il se créait une opposition, une hétérogénéisation du mélange: pourquoi assortir de violence une idée si elle est légitime? Une violence métamorphe, prenant au besoin l'une ou l'autre forme: morale, financière, physique... Rien n'arrêtait le pouvoir en place afin de justifier sa posture. Les dirigeants autant que les prêtres avaient tout intérêt à maintenir ce système; y sacrifiant leur vie comment auraient-ils pu tolérer sa remise en cause? L'impératrice se consolait peut-être en croyant oeuvrer pour le bonheur des peuples, mais le peuple était-il réellement heureux au sein de cette pyramide? La méritocratie serait-elle jamais accessible pour de pauvres hères dénués d'une véritable éducation? Les plus riches avaient les moyens de former l'entendement de leur descendance, alors que l'ouvrier et le travailleur ne pouvaient guère se permettre de perdre une paire de bras utile et lui payer une scolarité par dessus le marché! Monsieur Brisendan lui opposerait l'existence des bourses d'études: une nouvelle hypocrisie du système. Regardez, ceux qui le veulent peuvent s'en sortir! Si la masse besogneuse abandonnait la mine pour l'université, qui extrairait le précieux minerai? Les automates, on en revenait toujours là. Il tournait en rond autour de cette idée alors même qu'il avait cru pouvoir l'abandonner, esclave perpétuel d'une conception du monde bien éloignée de celle qu'en avaient les dirigeants et qu'il ne voulait parjurer sous l'éclat trompeur d'une existence confortable.

Il suivit le Prieur dans le boudoir transformé en salle de prières; s'il s'agenouilla, ce fut devant Aernia et non devant Ameth: quel monde voulez-vous? demandait-il à la déesse. Oui, les textes sacrés étaient obscurs, aiguisant les intelligences des "élus" alors même qu'ils égaraient la masse croupissant dans une obscure ignorance. Les symboles qui y étaient cachés n'étaient décryptés que par les prêtres et les alchimistes: où comptaient-ils guider la population? La volonté des prêtres était-elle vraiment celle des dieux? Pourquoi des divinités aussi puissantes auraient-elles eu besoin de la bouche d'êtres de chairs pour s'exprimer? Le clergé n'exprimait jamais lui-même qu'une interprétation. Les dieux résidaient dans leurs coeurs, dans leurs rêves, non dans des sermons blafards d'érudits reclus dans leurs monastères! L'ascèse ne devait mener qu'à une meilleure compréhension de soi-même et de son rapport au monde selon le pupille, ce qui le plaçait nécessairement en opposant au Protectorat qui entendait bien dicter la conduite et les moeurs des individus. Ironie du sort, il se retrouvait pourtant à prier devant ce cheval cabré qu'enfourchaient les amethiens, utilisant ce Dieu pour légitimer leur cause. Brillant: créer un dieu pour les besoins d'une idéologie... Mais si celui-ci avait été créé, alors qu'en était-il des autres?

L'idée était aussi effarante que séduisante. Il ne pouvait la saisir pour le moment, de peur que le Prieur ne la lui découvre peut-être entre les mains: il la confina derrière une porte, l'enfouit au fond de sa psyché tout en se promettant d'y revenir lors d'un temps plus doux, en compagnie d'une philosophe clémente, si jamais il avait le bonheur de recroiser Mme DI Brescia un jour.
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