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[CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter

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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Ven 14 Avr 2017 - 19:11
Sous un toit de glycine, installée la mine préoccupée, j’observe les jardins. Sur la table à mon flanc, moi posée sur une chaise, une lettre de Raclus s’imprègne de colère. Il y a deux jours, un bateau d’esclave s’est fait prendre sur la mer Ambrosienne dans les frontières même de l’Empire. Sous l’autorité interdisant le commerce tel que celui-là,le bateau a été sais, les esclaves graciés ce matin, obtenant papiers de l’Empire et une somme d’argent pour parvenir à subsister. A eux de prendre leur liberté en main. Raclus est mécontente, cela chamboulera notre entente, mais face au colosse que nous sommes, fumant sa vapeur, je doute qu’elle ne fasse plus. Pour les calmer, je paierais peut-être les sommes, mais j’en doute.

--Votre grâce ? –Sortie de ma pensée par la voix de Baptiste, je me retourne, observant à son flanc un jeune homme aux traits graciles. –Monsieur de Malterre est là.

Silencieuse un instant, dans la solitude de cet instant, j’hoche la tête et me redresse, les chiens intimant un même mouvement pour me suivre. D’une tenue élégante, pourtant masculine, je porte sur les hanches un costume commun aux Messieurs, pour autant arranger afin qu’il porte des traces féminines un serre taille gilet, un jabot, une veste, la chevelure est coiffée d’une tresse bien serrée, partant du plus haut du crâne.

--Il n’a pas été informé que l’heure a été repoussé majesté.
-Ce n’est pas grave Baptiste, nous discuterons…dites à Madame l’oie de venir un peu en avance si elle le désire, mais elle me paraissait souffrante, si elle ne se sent pas bien, qu’elle reste allongée.
-Je ferais de mon mieux pour la convaincre votre majesté, si tant est que cela soit possible.

Une expression amusée, complice à ses dires, cours un instant sur mes lèvres. Pupilles posées sur Onésime, je lui tends ma main, le laissant ainsi faire les révérences d’usage. Suis-je fâchée contre ce jeune homme ? Je ne sais pas trop. Je ne le considère en tous les cas pas comme un Ambrosien, j’ignore ce que ses années d’absences ont fait mais elles n’ont en rien forgé une âme Ambrosienne, bien ou mal, si c’est ainsi que les Dieux l’ont voulu, je ne saurais dire. Pour autant, je concède aisément que je l’ai fais venir plus tot, ayant demandé à son tuteur de semaine de le laisser ainsi venir. Non sans quelques arrangements entre nous.

-Bonjour Monsieur de Malterre, le plaisir de vous revoir est entier. Votre semaine se passe agréablement ? Everard n’est pas un monstre, il a plus de rigueur que beaucoup voilà tout. Comme vous le constater, j’étais à ne rien faire. Souriais-je avec grâce. Je plaisante… Le rassurais-je pourtant. Je taquine un peu votre humeur, ne soyez pas fâché, j’estime que nous sommes dans des confidences qui nous permettent d’être un peu plus léger. Etes vous inquiet d’être là ?

Il pourrait, ainsi emmener sur une terrasse plus calme, au loin des courtisans agités, il y a les chiens qui pourraient l’égorger, les gardes impériales aux entrées qui observent en notre direction et le silence d’un automne clément. Dans les histoires, ainsi meurt en secret et disparaissent, les protagonistes dont il est nécessaire d’effacer l’existence. Mais ce n’est que pour ajouter un peu d’angoisse que je vous écris ceci. Je n’ai pas très faim et je ne pense guère le dévorer, à moins qu’il ne cherche seul à se placer dans la gueule des rouages.



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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Ven 14 Avr 2017 - 20:17
Un costume noir pour une figure pâle comme celle d'un mort. Le chagrin disait mieux qu'aucun sonnet l'emprise qu'il avait sur cette jeune âme, arrachée aux bras aimants dont sa folie avait repoussé l'étreinte. Un jeune fou, oui; sous les conseils d'Everard il s'était tourné vers les divinités: fermant les yeux, il y découvrait l'image hallucinée de l'homme haï et adoré, et n'osait prononcer à voix haute la prière de peur que n'échoue sur ses lèvres le nom de son dieu. Les traits légèrement creusés, deux halo bleu s'étendant sous ses prunelles noires, il s'avançait entre les murs invisibles qu'érigeait autour de lui son esprit dérangé, hanté par le souvenir d'une missive en particulier; sa démarche était parfois hésitante, tant il lui semblait que le sol se dérobait sous ses pieds.

Il parvint à hauteur de l'impératrice et s'acquitta des salutations de rigueur, dompté par la promesse de retrouvailles, bousculé dans ses convictions par ses entretiens récents. Le regard qu'il posa sur cette silhouette majestueuse trahit sa fatigue et ses tourments un fugitif instant, puis il se souvint de son devoir.
"Votre Altesse, est trop indulgente. Ma semaine est instructive, je vous remercie de vous en soucier." Il inspira, prit son courage et continua sur sa lancée.
"Je suis bien sot, mais pas au point de pouvoir chasser toute inquiétude. Je sais que je n'en ai pas le droit, et pourtant je vous le demande: permettez-moi de déposer à vos pieds mes excuses. Plus que l'Impératrice, j'ai outragé l'amie d'un être cher: j'ignorais à quel point il vous devait sa survie." Il parlait avec ce coeur malhabile, rongé d'amertume et de remord, courtisan maladroit qui ne savait pas se montrer servile.
"Un jour, peut-être m'offrirez-vous le bonheur de racheter ma faute. D'ici là, usez de moi comme bon vous semblera."

Que lui importait la vie, maintenant que le visage aimé flottait irréel dans le cadre des tableaux? Nulle servitude dans sa proposition: bien au contraire, il s'agissait d'une faveur égoïste destinée à redorer son blason. S'il avait su que son aïeul parti à Themis s'y employait également, demandant pour son fils la main d'Alexandra Van Pelt, sans doute se fût-il effondré comme un vulgaire pantin aux fils soudainement coupés. Il ignorait encore quel ange cachait cette silhouette chétive de jeune femme aux jambes amputées à laquelle il serait bientôt fiancé.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Ven 14 Avr 2017 - 20:53
Je regarde la silhouette éperdue. Si j’avais le cœur disposé aux charmes romantiques, j’aurais en toute vérité, pu deviner pourquoi une allure si pâle. Dois-je demander à Everard ce qu’il se passe ?Je doute que le prieur soit cruel, ni ne contraigne l’enfant à un jeûn, alors une maladie le saisit ? J’observe ses traits blancs et sa mine flétrit, il m’échappe les élans du cœur, je n’ai jamais été romantique. Je n’en ai pas le temps. Pragmatique, sincère, sans fard, je prononce un je t’aime comme une simple chose et encore, je ne le fais qu’en de rares occasions je déteste bien les démonstrations.

Pauvre Hélène, pensent les plus tendre…non ?

-Je n’use pas des gens jeune homme.

Lâchais-je calmement, sans animosité, lui faisant signe de prendre place alors que je contourne la table, prenant le temps de réinstaller, je trouve aisément le paquet de petit cigare dont je porte un bâton aux lèvres. La cruelle habitude ne me lâche point.

-Avant de présenter vos excuses, pensez-vous que ce soit seulement l’amie que vous avez fâchée jeune homme ? Quoi que…fâchée est un mot assez fort, vous m’avez simplement manquer de respect, décidé que je ne faisais rien et insinuer que j’étais haut perchée,ignorant les ombres de ce monde. En ignorant qui je suis, dans l’intimité, intimité qui s’ouvrait à vous pour le découvrir, vous m’avez blessé. Comme je pourrais vous blesser en exposant des choses que je prends pour acquises et qui ne seraient pas vraies. Un silence. Quoi qu’il en soit, j’ai aussi appris à ne pas me chagriner des ignorants, personne ne détient l’absolu vérité. C’est un fait, mais j’aimerais comprendre pourquoi exposer tant de colère ? Vouliez-vous seulement blesser votre tuteur ? Un oui me suffira, je ne me mêle en rien des élans de cœur, les hystéries de l’amour me sont une chose effrayantes, mais je les concèdes dans le privé du duo. Voyez vous je crois que vous êtes en colère contre quelque chose, effectivement, ce qui est  un droit absolu. Mais ne pas en faire part à votre interlocuteur rend le débat stérile. Et vous devenez offensant. Alors, avant de me présenter vos excuses,tenter de m’expliquer, que je puis concéder à vous pardonner…

Ainsi les choses dites, je suis disposée à accepter ses excuses, cela permettra probablement de lui faire gagner quelques pas sur le rachat de sa faute. Les discussions colériques m’exaspèrent, mes ministres le savent, s’offusquer, agiter par la passion, est une chose, mais je ne conçois guère que les esprits s’échauffent comme des soupapes inutilement en surchauffe.

Je tends le paquet à son encontre.

-Si cela vous détends, ne vous gênez pas. Si vous n’aimez pas, ne vous forcez pas, votre mine est déjà bien faible, ne vous rendez pas plus malade.



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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Ven 14 Avr 2017 - 22:26
Une maladie l'avait certes saisi, de deux mains d'ébène désormais mues loin de son regard tour à tour enflammé et morose. Une nouvelle remontrance vint augmenter son abattement sans qu'il consentît à le faire paraître: ne devait-il s'échapper que des sornettes de ces lèvres juvéniles? Un sourire ténu étira sa bouche, son regard se fit lointain, déployant dans la campagne le théâtre illusoire pour mieux y rejouer la scène passée. Souviens-toi, Onésime, de soupeser chaque mot...

"Je suis un ignorant, vous l'avez fort bien dit. Ma langue s'évertue sans doute à me desservir et si je devais réitérer quelque maladresse au cours de cet entretien, j'espère qu'elles ne seront pas de nature à vous peiner."
Installés tous deux à cette table, il se sentait absurde, son esprit perturbé cherchant en vain une logique à sa situation.
"Votre Altesse, pour ce malentendu je suis en faute: j'aurais dû mieux m'exprimer. Jamais je n'ai voulu vous taxer d'oisiveté." Il soupira, comme désespéré de réussir à transmettre correctement sa pensée.
"Ma colère s'est forgée dans la ligue raclusienne où je passai ma première année en tant que pupille... M. Brisendan connaît la nature de mon courroux: l'excita-t-il à dessein? Peu importe, je suis coupable de m'y être livré. Vous parlant de l'ombre, j'avais le coeur serré de songer à ces hommes, ces femmes et ces enfants réduits en esclavage, oubliant sans doute la différence existant entre la populace ambrosienne et la masse raclusienne destinée aux chaînes."

Il cessa là son discours, l'esprit chagrin charriant dans sa mémoire ces douloureux souvenirs, sa conscience vacillant tandis qu'il entrevoyait un gouffre empli de démons et de dangers guettant ses imprudentes confidences. Il refusa la cigarette, peu adepte de ce genre de poison, luttant contre l'étrange céphalée installée par le manque de repos dans son cerveau. En avait-il déjà trop dit? Pas assez? Que l'Innommable emporte donc sa faiblesse! Tant de mal... il avait tant de mal à réfléchir et à rassembler ses pensées, soumis à ce régime de torpeur et de cauchemars, naviguant du regret à l'espoir, grisé d'ambition puis terrassé par le remord.

Sa prunelle vitreuse semblait frappée de débilité, inapte à goûter la quiétude et la beauté de ce paysage savamment taillé. Les chiens auraient pu lui sauter à la gorge que sa cervelle émoussée n'eût pu défendre ce corps frêle contre la gueule canine. Quelle ironie de songer que ces animaux étaient plus en faveur: il s'était offusqué de leur être comparé, mais ne jouissaient-il pas d'une existence agréable, confiés à une maîtresse pour eux pleine d'égards?

Voilà qu'il déraillait à nouveau. Devenait-il jaloux de ces bêtes?! Quel sortilège lui avait-on lancé?! Maudit banquier! Il cligna des yeux, tâchant de rester concentré sur leur discussion agrippant son regard aux branches des ifs centenaires, ce regard qui se dérobait, traversait les choses faute de pouvoir les saisir, faute surtout de n'y point trouver la silhouette du fantôme peuplant ses rêves. Il le chassa une fois encore, lutta pour le fixer sur l'ombre dansante de sa majestueuse interlocutrice auprès de laquelle il devait se racheter. Se racheter... pourquoi déjà? Pour son égoïste bien-être? De quoi était-il coupable après tout? Non, éloignons ces idées dangereuses! Inutile de placer sa tête sur le billot alors qu'il lui suffisait de fuir si le poids de sa nouvelle condition lui pesait trop.

Fuir comme un lâche?! Non, encore non, rien de bon ne sortait de toute cette lassitude. Pas une seule opinion valable. Plus rien ne l'était de toute façon. Il ignorait pourquoi il s'échinait autant à vouloir faire amende honorable: faute d'autres perspectives, il se tenait à cette solution. Pour le reste, il se laissait porter par le présent, trop harassé pour mettre en place encore une vaillante stratégie, épuisant par ailleurs ses ressources à masquer auprès d'Everard la rancune entretenue envers le Protectorat et son peuple fanatisé. 7 jours à tenir la barre. Tiens bon matelot...
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Ven 14 Avr 2017 - 23:31
-A vrai dire Monsieur de Malterre plus je passe de temps en votre compagnie, plus vous m’êtes un mystère.

Ce n’est pas un compliment, encore moins une bonne chose. Je devrais demander à mon oncle d’enqueter un peu plus sur lui, de trouver quelques renseignements à son encontre, de retracer sa vie peut-être, je ne sais pas trop.

-J’ignore de quelle manière, je dois réagir à vos malheurs, j’ignore même comment je dois vous considérez. Un jeune homme passionné qui souhaite défendre des gens esclaves, et de ce point de vue, je suis de votre côté. Un jeune homme qui réve de révolution et de cracher aux visages des hauts dirigeants ce qu’il leur reproche, les amassant dans les mêmes bagages. Un amoureux triste, qui cherche à se faire voir de l’autre, gesticulant avec une telle force qu’il s’en épuise un peu trop. Ou bien tout ça à la fois. Non vraiment, vous m’êtes un mystère.

La fumée sortant de mes lèvres, je m’installe dans le fauteuil,dévisageant le jeune homme, imposant ainsi un silence, il serait de bon temps que de la compagnie nous vienne, mais je doute que cela soit. Ainsi je prends le temps de l’observer, sans dédain ni supériorité, simplement de le regarder, avant d’aposer dans le cendrier, les vestiges du petit cigare.

-Enfant disparus, retrouvailles avec l’ancêtre je ne vous note rien d’Ambrosien, bien ou mal, peu importe. J’ignore les années qui vous compose, pupille de raclusien, ils ont jeté sur vous des suspicions lors de départ précipité. Première rencontre, nous voilà bien moins avancés. Et nous sommes là maintenant. Que vous soyez révolté de cet esclavage est un fait, je le suis tout autant. Je ne me bats jamais assez contre et je ne ferais jamais assez pour lutter contre.

Je soupire,massant mon front et prenant les papiers devant moi pour les lui passer.

-Hommes femmes et enfants destinées à la vente, vous pensez qu’il me plait de détourner le regard ? Non. C’est un fait parmi tant d’autre, de la subtilité de politique, le navire était sur les eaux ambrosienne, nous avons fait jouer ce détail pour saisir le navire. Mais je ne peux pas toujours faire ça. Raclus s’irrite. Pensez-vous que je ne conçois pas chaque défaut de ce monde ? j’ai été élevé pour les voir, les manipuler et les manier avec une délicatesse extrême. Je ne peux pas faire plier le monde…mais je peux essayer de l’influencer. C’est le seul but de mon existence. Et vous, quel est le vôtre du coup ?



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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Sam 15 Avr 2017 - 3:05
Comment avait-elle pu détecter ses penchants révolutionnaires? Il souriait: à qui exactement? Il semblait planer loin au-dessus de ce temps et de ce lieu. Monsieur de Malterre... à qui parlez-vous, Majesté? Oh pardon, à moi-même? En êtes-vous bien certaine? Révolutionnaire, luttant contre l'esclavage, amoureux agité? Certes, il l'était, quel que fut son nom. Malgré cela, ils devisaient autour de cette table comme deux commères.

"Quand vous influencez le monde, il peut devenir noir ou blanc. Lorsque je m'y emploie, il ne change guère de couleur." Il partit d'un éclat de rire, se raillant lui-même. Elle luttait contre l'esclavage? Soit. Cela n'ôtait en rien la cour des miracles de ses rues, ni l'intérêt qu'elle aurait eu à encourager en sous-main Raclus à perpétuer cette pratique ancestrale. Formée à voir les défauts du monde: lesquels? Sous quel prisme? A quelles influences était-elle soumise dans ces jugements souverains?
"Bien sûr que la ligue raclusienne s'irrite: c'est tout leur système qui repose sur le dos de ces pauvres hères." Trop de faux-semblants, mais il ne les lui reprocherait plus. M. Brisendan ou l'impératrice, aucun d'entre eux ne semblait en capacité d'entendre, attaché aux bénéfices de leur fonction, désireux de trouver quelque utilité au sacrifice de leur existence au nom du devoir. A l'opposé, peut-être déplorait-il son incapacité à exprimer correctement ses idées ou à les rallier à sa cause.

Chaque camp avait trop souffert, trop oeuvré pour un idéal, séparé par une barrière sociale qu'ils ne parvenaient à franchir. Il lui manquait le vécu intime du pouvoir; il manquait à ses interlocuteur l'expérience de la misère. Quelle conclusion monstrueuse enfanterait ce dialogue improbable?

"Le premier mystère de l'humain se trouve en lui-même: au fond, qu'importe l'interlocuteur, la question consiste à savoir qui je suis. De cela découle toutes mes réactions, mes désirs, mes entraves... J'ai interrogé le monde: je n'y ai rien trouvé. Il est trop riche, et j'ignore comment le sonder convenablement. Il me faudra donc m'étudier moi-même, aussi désagréable que me soit ce labeur."

Il avait tout recouvert d'un voile irréel, incapable d'accepter le non-sens de cette vie, réfugié dans sa folie comme l'enfant dans les bras de sa mère depuis cette nuit funeste parsemée des chants de l'hérétique d'opéra. Saurait-il un jour tolérer les discordances de cet univers aberrant? Accueillir ou rejeter les esquifs et les mains tendues, il avait le choix... Qu'était cette femme? Ennemie ou alliée, malgré les menaces agitées de son passé mouvementé? Peut-être un mélange des deux, ainsi que d'autres nuances dont il peinait à saisir les teintes dans cette douceur automnale parée de déraison.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Lun 17 Avr 2017 - 9:38
L’œillade perce, elle le fixe. Il s’agite, il rit. Une raillerie à son encontre. Des propos sans optimisme. Voilà un jeune homme qui croit un peu trop au chose simple. Mon influence sur le monde ne me permet pas de faire devenir blanc ou noir, je peux l’inciter vers une couleur, mais si je porte pas le gris de milles nuance, rien ne se fait. Ainsi est Ambrosia, un nuancier immense de gris. Je le fixe.

Je voudrais que Nemrod ait déjà les informations demandées, alors que je me demande réellement qui est ce jeune homme face à moi. Je détourne les pupilles pour observer mes doigts tenir le cigare et glisser sur le rebord du cendrier, l’extrémité rougissante afin de faire choir la cendre, dans les brumes de vapeur de tabac, lèvres scellées un instant, je finis par souffler.

-C’est une jolie façon de me dire, soit merde, soit je ne sais pas,Monsieur de Malterre. Au fond les hommes savent pertinemment qui ils sont, c’est ce qui agitent leurs mots, leur but. J’ai remarqué que vous n’aimez pas répondre à mes questions, vous préférez détourner, par un ensemble de mots lourds, joliment assortis, pompeux, philosophiques, les réponses que je m’enquiert de demander. Vos occupations ? Je balaye l’air d’un geste de la main. Vos buts ? Qui vous êtes….L’autre soir vous étiez un porte étendard défendant je ne sais quoi, ou qui face à nous. Ce jour vous êtes….une esquisse triste et cernée, vous agitez vos épaules d’un rire en vous faisant défaitiste, comme décidé que rien ne changerait. Je me doute bien que vous tenez vos mots…bien entendu

Je pousse un soupir, il essaye de me forcer à une danse et je n’apprécie guère cela, me faisant tourner et tourner pour empêcher mes sens de tenir leur équilibre, j’en ai connu des valseurs et je déteste qu’on me force la main. Alors, quoi ? Je ne sais trop, nous verrons bien.

Impériale dans la stature, entourée des volutes de fumée du cigare, un dragon ne sera probablement moins impressionnant. Je ne veux pas dévorer Onésime de Malterre, mais je voudrais le cerner, le comprendre, l'envisager, pour le moment il est un morceau de papier tant froissé que si je veux saisir toute son écriture, je dois prendre soin en le dépliant, sinon je le déchirerais et ne pourrais découvrir ce que cache les mots qui sont écris dessus.



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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Lun 17 Avr 2017 - 18:50
Il réalisa trop tard qu'il s'était trahi. L'impératrice n'avait aucun intérêt à lui montrer ce genre de papiers, dont il mettait en doute l'authenticité. Avait-elle reçu des informations sur son passé, ou n'était-ce qu'un jeu cruel destiné à entrevoir ses réactions? D'où tirait-elle ses renseignements? Oh, comme il aurait le coeur brisé s'il devait soupçonner l'être cher! Pourquoi ce dernier irait-il si loin dans sa comédie, combattant jusqu'à sa propre mère, s'il n'éprouvait pas un amour sincère? Non, il se refusait à envisager un tel monstre sous les traits affables de l'aimé. D'où venaient donc les alarmes impériales? Le piège se refermait autour de lui et il ne voyait nulle échappatoire.

"Les hommes se leurrent en prétendant se connaître." Son ton, sec et froid, aurait presque pu sembler cassant. "Il y a de cela quelques semaines, j'étais tout autre. Demain, je ne serai à nouveau plus moi-même, modifié par la rythmique de l'inaltérable pendule et des épreuves tissées par ses aiguilles circulaires, tout en étant conforme au passé dont je suis issu." Sa voix vibrait d'un sentiment difficile à identifier. Regrettait-il le cocon amoureux l'engluant dans cette métamorphose insensée? Non, il était déjà trop atteint pour pleurer derrière la soie tissée de folie, de remords et d'espoirs.

Un regard, presque celui d'un chat à l'affût, pour cette noble dame qui la première avait entamé la danse. Il lui avait déjà trop répondu, quand elle le condamnait de séquestrer derrière ses lèvres les aveux attendus! Elle avait les réponses sous les yeux et lui reprochait de ne savoir les lire: de ses occupations, la philosophie faisait justement partie...

"Vos amies sont singulièrement occupées, Majesté."
Si ces nobles dames n'avaient pas même le temps pour un goûter, pourquoi l'Impératrice à l'agenda chargé s'imposait-elle un tête-à-tête avec un insolent damoiseau considéré comme pétri d'archaïsme et de préjugés?
"Je regrette qu'elles ne soient point déjà parmi nous pour mieux vous faire oublier ma présence... J'ai le sentiment de vous chagriner."
Un soupir, trahissant sa déception de ne pouvoir partager les liens d'amitiés si doux unissant son interlocutrice et le banquier. Bien sûr, elle interprèterait ses paroles autrement, y verrait là un désir de se soustraire à l'examen dont il était manifestement l'objet d'étude: il n'avait pas l'exclusivité de la méfiance.

"Je n'en aurai peut-être plus jamais l'occasion, aussi permettez-moi de vous adresser un compliment sincère: j'admire votre création."
Les automates. En asservissant le métal, l'impératrice avait libéré bien des hommes d'un fardeau pénible. Pourtant, loin d'être alliés ils deviendraient certainement ennemis: l'Empire avait trop intérêt à conserver ses secrets et son avance pour libérer les esclaves raclusiens par ce biais. Existait-il seulement un terrain d'entente? Pouvaient-ils enrayer la misère par un autre moyen, déchargeant l'humain d'un labeur répétitif et aliénant pour le promettre à un destin luxuriant? Il ne savait plus, il était trop fatigué... La silhouette s'avançant vers eux, dansant sur l'herbe était-elle réelle d'ailleurs? En ce moment, tout paysage transmis par sa rétine avait le goût des songes.
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Elena Spina
Herboriste
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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Jeu 11 Mai 2017 - 19:53
Elena avançait à pas rapide dans les couloirs du Palais impérial. Elle avait été conviée, à sa grande surprise, à un goûter avec l’Impératrice en personne. Malheureusement un imprévu l’avait retenue. Une dame en séjour à la Cour avait ressenti de puissantes contractions. Pourtant, le terme n’était pas prévu avant encore trois semaines, d’après ce qu’elle lui avait dit ! Il était heureux qu’une personne présente ait pensé à la faire appeler. Elle était arrivée à temps et avait pu tout arranger. Parce que, non seulement il était trop tôt, mais en plus le bébé n’était pas correctement placé. La future maman avait souffert… Même si Elena lui avait fait servir une potion apaisant les douleurs, les contractions étaient puissantes, et la pression qu’elle avait dû utiliser pour faire bouger l’enfant l’avait fait hurler de douleur. Enfin, au final, tout allait pour le mieux. Pour ce qu’elle en savait, l’enfant – un petit garçon – semblait en bonne santé, et la mère, bien qu’épuisée, allait s’en remettre. C’était le principal.

Une fois la petite famille en sécurité, elle avait enfin pu s’éclipser. Mais après l’épreuve qu’avait été cet accouchement, elle avait grand besoin de prendre un bain. Elle avait lavé le sang sur ses bras, la sueur qui recouvrait son corps. Puis, il lui avait fallu se sécher et se changer… Et à présent elle avançait en courant presque, pour rejoindre le salon dans lequel le gouter se donnait. Tout en espérant que l’Impératrice ne serait pas trop en colère à son égard pour ce contretemps.

Quand enfin elle parvint à destination, elle inspira profondément pour essayer de récupérer une apparence posée et calme. Elle se présenta alors aux gardes qui veillaient l’entrée de la pièce et l’un d’eux ouvrit la porte pour la présenter aux personnes présentes, dont l’Impératrice. Timidement, elle s’approcha puis fit une profonde révérence.

- « Votre Altesse, je vous présente mes excuses pour ce retard. Un accouchement m’a retenue… »

Elena se tourna alors vers l’autre personne présente. Laquelle… Elle ne connaissait absolument pas.

- « Monsieur… » Elle fit une nouvelle révérence, plus légère cette fois, et attendit qu’il se présente à elle. Puis, elle se tourna à nouveau vers l’Impératrice.

- « Votre invitation, Majesté, m’a honorée. Allez-vous m… Bien ? » Encore un peu et Elena trahissait la faiblesse de l’Impératrice, dans la chapelle, l’autre nuit. Heureusement qu’elle s’était reprise à temps.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter Ven 12 Mai 2017 - 21:30
Le regard est sombre sur le jeune homme, le silence s’impose, je n’ai pas répondu à son compliment, au contraire, je me tais. Je déteste ne pas savoir qui est une personne et je ne saurais dire qui est Onésime de Malterre, ce n’est pas une bonne chose, je suis méfiante. Joue-t-il la comédie ? Comment peut-on se retrouver dans ces états si différents en quelques secondes, agités puis calme, presque fou et pourtant bien vivant.

On ne va pas me dire que des tendresses d’à peine un mois se transforme en maladie d’amour, si l’idée m’effleure, je n’en comprends pas la logique. Affabulation de romantique qui veulent se perdre dans des déraisons parce qu’ils en ont le temps. A moins qu’il ne s’agisse que de maladie de jeunesse dont j’ignore les logiques tout autant. Je suis sévère, je le sais tout à fait. Je ne me moques pas pourtant, je ne parviens pas à comprendre! POurquoi cet air de déterré, cet oeil presque fou, cet air abattu....

Fort heureusement pour le jeune homme, la foule de dame débute son arrivée, interrompant notre duo. Je me redresse de ma chaise, pour m’éloigner du pupille, un serviteur s’empresse de ranger les papiers qui traîne et l’apparition de Elena me fait sourire. J’ai prévu de faire d’elle ma dame de compagnie, elle l’ignore bien entendu ainsi que tout le reste de la cour, je lui en parlerais tout à l’heure.

-Mademoiselle Spina, votre retard est tout pardonné pour l’arrivée d’une vie nouvelle !

Je laisse Onésime le soin de se présenter et de répondre à Elena alors que j’ai moi-même saluer la demoiselle d’un hochement de tête.

-Sous vos conseils de bonne augure, je me sens bien mieux Mademoiselle Spina. Voilà plus d’un mois que l’histoire de la chapelle a eu lieu, le temps passe rapidement, trop, il en arrive des choses d’ailleurs. Monsieur de Malterre partage un point commun avec vous, à peu près, il est sous le tutorat du Prieur Zullheimer pour la semaine. Peut-être que vous pourriez partager votre expérience…

Un sourire aimable, les dames semblent arriver. Madame de Montpesan parvient dans les premières, dame mariée, épouse et mère, gradée de l’armée, se présente sous le port de l’uniforme impériale avec élégance, le regard dur, l’âge mûr, elle fait partie d’un florilège de six dames, en plus de Elena et d’une petite dernière qui ne saurait qu’éclairer au mieux ce gouter de sa lumière.



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[CLOS]Quand une lionne convie un damoiseau pour le goûter

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