Les Chroniques d'AmbrosiaConnexion

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Sujet: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Mar 12 Fév 2019 - 18:13
L’air lui semblait soudainement irrespirable. Chaud, humide, lourd. L’atmosphère toute entière semblait venir écraser un peu plus ses frêles épaules. Daphnée avait les yeux posés sur l’horizon, sur son avenir qui semblait tout autant incertain qu’il l’avait été par le passé. L’étoile du Nord, pourtant, n’avait su se résoudre à laisser sa beauté prisonnière de la glace des terres qui l’avaient vue grandir. La fragilité de son corps n’était là que pour mieux dissimuler la force de son esprit, drapé dans des tissus plus légers qu’à l’accoutumé. Elle avait troqué les fourrures de cette terre d’hiver pour mieux s’habiller à la mode de la Cour, osant malgré tout une nuance azurée sur le bustier de sa robe, enserré d’une ceinture de cuir marron. Son jupon, lui, était immaculé, à l’image de ses cheveux et de sa peau d’albâtre. Elle tenait une ombrelle blanche de ses mains gantées de dentelle. Ses parents avaient tout fait pour lui trouver une nouvelle garde-robe adaptée à la vie de la capitale et qui ne laisserait en rien paraître ses origines plus modestes dans un palais où les convoitises étaient l’essence même.

Depuis le pont du navire sur lequel elle se trouvait, elle admirait ce nouveau monde qui s’offrait à elle, ces nouvelles terres qu’elle ne connaissait que dans un souvenir trop fragile. Voilà six ans qu’elle avait quitté Ambrosia et son statut de pupille, regagnant alors Virindrige pour l’un de ces nombreux mariages qui n’eut pas lieu, se consolant dans celui de son cousin d’Argos. Pourtant, si la première fois, elle avait été inquiète de ce qu’elle pourrait trouver ici, elle sentait cette fois-ci une véritable boule dans son ventre. Elle allait d’ici peu de temps rencontrer son fiancé. Son nouveau fiancé. Le septième. Si les Dieux s’étaient amusés avec elle au début, elle avait fini par trouver tout ceci bien cruel et par adresser, dans ses prières, des suppliques pour que cessent enfin ses tourments. Pourtant, elle craignait pour la vie de celui qui, peut-être s’estimait comme être l’heureux élu, quand elle ne voyait en lui que la prochaine victime d’une malédiction qu’on semblait lui avoir jeté. Quand ses parents lui avaient annoncé la nouvelle, elle avait explosé. Son père lui avait pourtant promis que, plus jamais, il n’essaierait de la marier. Que plus jamais, il n’exposerait quelqu’un à un danger qui semblait incontrôlable autant qu’incontrôlé et qui l’accusait un peu plus chaque jour d’être soit maudite, soit véritable meurtrière des plus aguerries. En Ligue Raclusienne, une comptine chantée par les enfants reprenait l’échec de sa vie sentimentale quand les plus âgés se souvenaient avec questionnement qu’elle n’avait accompli ses classes… Cela cachait-il quelque chose ? Avait-elle mis cela à profit pour mieux devenir un assassin de choix ?

Poussant un long soupir, elle essaya de se détacher de ceci, de ce qui se trouvait maintenant derrière elle. Son père avait alors expliqué à l’unique enfant de son sang que ce mariage devait avoir lieu, qu’il assurait à Virindrige une place de choix, que cela permettrait aux Samabartel de faire connaître leur nom par-delà les neiges de ce Nord qui leur appartenait. Alors, malgré sa lutte, elle s’était retrouvée à bord de ce navire, espérant presque qu’il coule, qu’elle n’atteigne jamais la capitale. Mais, hélas, cent fois hélas, cela ne s’était guère produit et le navire finit même par jeter l’ancre, s’amarrant à quai. Un homme vint alors lui indiquer qu’elle pouvait dès à présent mettre pied à terre. Guidée par la main de ce serviteur, elle marcha sur la longue palissade de bois avant d’enfin, toucher le sol. Et soudain, ses yeux ne cherchèrent plus que l’homme qui lui était destiné. Son père lui avait dit qu’il s’agissait d’un homme d’âge mûr, sans jamais lui préciser ce dernier. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’il s’agissait de l’oncle de l’Impératrice. Daphnée allait devenir la tante par alliance d’une femme plus âgée qu’elle et cela la mettait plus mal à l’aise encore. Pourtant, les yeux plissés, elle ne remarqua personne qui semblait correspondre à la description qu’on lui avait annoncé. Tout ce qu’elle vit fut un cortège d’hommes en uniforme. L’un d’eux, d’ailleurs, s’avançait vers elle. « Mademoiselle Samabartel ? Soyez la bienvenue à Ambrosia. » Il s’inclina avec respect, Daphnée tenant son ombrelle sans décrocher le moindre mot. Il dut remarquer son interrogation dans ses pupilles céruléennes car il s’empressa de reprendre. « Monsieur l’Envers vous fait savoir qu’il est navré de ne pas pouvoir vous accueillir personnellement, mais il a été retenu au palais par une affaire urgente. Nous sommes chargés de vous escorter jusqu’à lui. » Prenant une profonde inspiration, Daphnée parvint à sourire légèrement, hochant la tête, murmurant pour elle-même. « Au moins, nul accident de carrosse ne saurait arriver… »

Montant dans la voiture qui lui était destinée, elle rangea son ombrelle, la déposant à ses côtés. Machinalement, elle vint jouer avec le médaillon qu’elle portait, pierre de lune aux nombreux reflets auréolée d’argent. Les angoisses reprenaient le dessus et tandis qu’ils chargeaient le carrosse des quelques malles représentant ses affaires, elle songeait encore et encore à ce qu’elle allait bien pouvoir dire à cet homme dont elle ignorait tout si ce n’était le statut. Combien de femme la jalouseraient ? Comment saurait-elle survivre à la Cour, elle qui manquait cruellement d’éducation pour ce genre d’endroits où le moindre faux pas ne semblait guère permis ? Combinées à la chaleur, toutes ces pensées lui donnèrent le vertige et elle fut soudainement bien heureuse d’être assise. La voiture finit par avancer, la conduisant à travers les rues de la capitale de vapeur. Elle n’osait regarder par la fenêtre du fiacre, la curiosité des gens devant certainement déjà se poser sur ce carrosse frappé de l’emblème de la famille royale. L’Etoile du Nord ne saurait plus jamais demeurer dans la discrétion en ces lieux, ce fut soudainement une certitude. Poussant un long soupir, elle réalisa la lassitude qui l’habitait, elle qui n’avait fait que soupirer et appréhender ces instants. Nemrod l’Envers ne s’était guère rendu en personne sur les quais pour l’accueillir, et, aussi occupé pouvait-il être, elle ne pouvait voir en cet acte manqué qu’un désintéressement des plus complets pour sa personne.

Combien de temps leur fallut-il pour arriver jusqu’à la demeure impériale ? Elle ne sut guère, noyée dans ses pensées, mais quand la porte s’ouvrit, elle plissa les yeux avant de se saisir de la main de ce garde qui l’avait déjà si courtoisement accueillie. « Je vous prie de bien vouloir me suivre, mademoiselle. » A pas mesuré, elle s’exécuta, ses yeux se ravissant de la découverte d’un lieu aussi insolite. Jamais encore elle n’était entrée dans le palais de cette manière. Suivant le garde à travers les couloirs et les escaliers, elle croisa certains membres de la Cour qui murmurèrent doucement sur son passage. Pinçant les lèvres, elle se contenta de relever doucement le menton, poursuivant sa route. Mais à chaque pas, son cœur semblait battre plus fort contre sa poitrine, l’air semblait lui manquer un peu plus dans ses poumons. Le garde finit par s’arrêter devant une large porte, lui adressant un regard comme pour s’assurer qu’elle était bien là. Puis, de son poing, il vint frapper le battant, forçant Daphnée à se mettre en apnée.


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Mar 12 Fév 2019 - 23:17
Vous n’étiez pas homme à vous trouver coquet. Bien au contraire ! Vous étiez homme à vous foutre de ce que les autres voyaient chez vous. De toute façon, vous en saviez plus sur eux qu’eux-mêmes. Le confesseur de votre nièce, c’était sans doute la seule personne qui vous avait en partie échapper et cela remettait en branle toutes ces histoires. Vous commenciez à douter de votre propre réseau d’information et vous aviez commencé la lourde tâche de le renforcer… mais ce n’était pas simple, car avec cette trahison, vous aviez l’impression que vos pions n’étaient plus complètement fiables. Et il allait falloir commencer par écrémer. Seulement, ce n’était pas facile, cela demandait un travail colossal. Et du coup, c’était la combientième ? Deuxième ? Troisième nuit blanche de suite que vous passiez ? Vous n’étiez pas un gros dormeur, clairement, mais vous étiez vieux. Plus que vous ne le voudriez… et dans cette optique vous aviez besoin de repos.
Et il y avait cette histoire de mariage. Vous en compreniez bien tous les intérêts. Pour cause, vous aviez aidé votre nièce à choisir la bonne « cible » d’une telle offre. Mais vous n’étiez pas réellement à l’aise. Celle que vous deviez épouser avait un an de moins que Constance, votre propre fille. D’un autre côté, vous aviez bien couché à plusieurs reprises jusque là avec votre pupille, mais vous aviez caché ça à votre propre conscience sous le masque de l’apprentissage, d’autant que c’était elle qui avait initié cela ! Enfin bref. Avec ce mariage, vous seriez sans doute vu comme un satyre par votre propre épouse, alors bon… vous restâtes à rêvasser un instant avant de finalement soupirer. Le navire amenant en Ambrosia votre fiancée devait être en train d’accoster. Vous ne descendriez pas. Pas que ce ne soit pas possible, mais vous aviez encore bon nombre de choses à faire extrêmement urgentes, d’une part, et d’autre part, vous doutiez que des présentations en bonnes et dues formes soient une bonne idée dans un fiacre ou au port. Et puis, cela séait beaucoup mieux à votre rang.

Vous retournâtes à vos occupations diverses, plein d‘entrain, ou du moins, davantage préoccupé qu’auparavant. Votre fiancée ou future fiancée passait, hélas pour elle, un peu au second rang/. Toutefois, vous saviez que tout serait prêt dans le petit salon en temps et en heures. Parce que vous aviez de domestiques efficaces. Vous restâtes donc dans vos papiers, à essayer de faire le tri, depuis votre bureau secret, seule communication libre étant un micro permettant d’entendre si quelqu’un se décidait à frapper à la porte. Vous aviez forcé le jeune Gael à se laver pour passer une vraie livrée de valet toute propre. Ce garnement était utile, et surtout, il faisait gamin alors qu’il avait passé la vingtaine. Ce n’était pas sans être un gros avantage pour livrer des missives un peu sensibles. Autre point fort, il ne savait pas lire. Et en conséquence, il était le messager parfait. Incapable d’espionner pour quelqu’un d’autre. De plus, vous le teniez en laisse plus efficacement qu’avec un serment, vous saviez qu’il tenait à votre pupille et vis versa, pour avoir grandi ensemble… Le parfait mélange, en fait, quand on prenait le temps d’y réfléchir ! Vous aviez peu de monde aussi fiable, à part constance, votre nièce et quelques espions de longue date… quoique, eux, encore, ne soient pas au-dessus de tout soupçon… personne ne l’était, dans le fond. C’était pour cela que le Sang de Neiman existait.
Mais c’était une autre histoire. L’empire, toujours l’empire, et vous entendîtes les coups frappés à la porte d’entrée de vos appartements, suivit des bruits de pas précipités de Gael vers ladite porte… il était temps que vous y alliez… vous regardâtes les piles de document, un rien désespéré… il y avait tant de travail…

*
*   *

Une tête rousse passa l’embrasure de la porte d’entrée des appartements du comte Nemrod l’Envers. Un corps suivi ; tout en jambes et en bras, dégingandé, un air constamment fripon sur le visage, quand bien même il essayait d’être sérieux. Il s’inclina comme devant une princesse, bien que ce fut gauchement, presque caricatural. Puis, il pria la jeune femme de le suivre, que monsieur le comte n’allait pas trop tarder. La prononciation était exagérée, c’était comme s’il se forçait à articuler. Parce qu’il était bien élevé, pour le moment, il ne dévisagea pas la jeune femme, mais il aurait sans doute eu la bave aux lèvres devant sa beauté, sinon… il la conduisit dans un petit salon où personne n’était. Il la pria de prendre ses aises et lui dit que le comte n’allait pas tarder et qu’il l’attendait derrière la porte en cas de besoin, puis il se retira sans plus de cérémonie.

*
*   *

Gael venait à peine de sortir de la pièce que vous arriviez. Vous aviez renoncé à votre canne pour paraitre plus droit. Mais vous aviez une raideur dans les reins, à cause de ce trop long temps passé à travailler assis, mais cela ne se verrat probablement pas. Vous étiez habillé chic, pour faire bonne impression et si vos yeux étaient ornés de jolis cernes marquant votre manque de sommeil, vous n’en restiez pas moins plutôt fringant, il fallait le reconnaitre. Tenue noire, fils d’argent, une parfaite harmonie avec votre barbe plus que grisonnante. Il ne vous manquait que le chapeau, mais pas de chapeau à l’intérieur, voyons !
Au fond, la canne aurait peut-être été une bonne idée, vous aviez un peu mal… mais bon, tant pis. Trop tard. Vous fîtes signe à Gael d’aller chercher la petite table roulante comprenant une collation et de vous rapporter votre canne, au cas où. Vous inspirâtes un grand coup, posâtes la main sur la poignée de la porte, et l’actionnâtes pour entrer dans la pièce.
Celle-ci était sobre, ou du moins, autant que pouvaient l’être les pièces de tels appartements, avec les beaux fauteuils, les tapis, les tapisseries. Et au milieu, une princesse était assise. Oui, une princesse. Il n’y avait pas d’autres manières de la qualifier qu’ainsi. C’était une belle jeune femme, pleine de charme, mais disposant surtout d’une prestance naturelle assez impressionnante, d’autant plus qu’elle n’en était sans doute ni consciente ni maitresse… vous vous inclinâtes une première fois une fois la porte refermée.

« Mademoiselle Samabartel, je vous prie d’excuser de vous avoir fait patienter et de vous avoir fait venir ici. Il me semblait plus cohérent de prendre le temps de nous rencontrer dans un lieu propice… »

Vous vous approchâtes, comblant la distance entre vous pour que vous lui fassiez un baisemain ainsi qu’un compliment sincère.

« En vous voyant le soleil pâlit. J’ose espérer que je ne suis point trop éloigné de l’image que vous vous faisiez de moi… »

Vous ne pouviez dire que cela avant de reculer et vous installer, dans un fauteuil, suffisamment près pour pouvoir échanger, sans pour autant être trop proches. De toute façon, bientôt, une servante, suivie de Gael, entra, et déposé sur un guéridon un plat en argent de loukoums et servit deux tasses d’un thé fumant aux notes florales particulièrement marquées. Gael déposa la canne auprès de vous et ils sortirent tous les deux. Vous reprîtes alors la parole.

« Je me suis permis de faire préparer ceci pour vous. J’ai cru comprendre que vous aimiez ces friandises. J’espère que vous avez fait bon voyage ? »

Une jeune fille entra, et se glissa dans un coin, à la vue de tous mais assez discrètement. Vous sourîtes. Vos consignes n’étaient pas restées lettres mortes. Maintenant, vous aviez tous les éléments. Vous présenteriez cette jeune fille plus tard. Mais en tant que gentilhomme, vous aviez bien sur prévu un chaperon pour cette rencontre, voir pour elle si elle n’en avait pas emmené avec elle depuis sa ville natale.


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Lun 18 Fév 2019 - 1:45
Elle se tenait droite, le menton doucement relevée, prête à faire face à son destin. D’un regard adressait au garde, elle l’interrogea sur les raisons d’une attente aussi longue devant cette porte qui demeurait close. Et visiblement, il allait lui répondre quelque chose quand le battant s’ouvrit, laissant paraître un visage aux traits enfantins, suivi de prêt par sa carrure assez frêle. Un enfant ? Elle ne sut réellement car, dans l’allure qu’il se donnait, bien droite, quasi militaire, il y avait l’obéissance et la discipline. Elle fut presque gênée quand il s’inclina bien bas devant elle, trop bas peut être pour demeurer respectueux. Pourtant, quand il prit la parole, lui demandant de le suivre, lui assurant que le Conte ne tarderait pas, elle baissa ses pupilles océanes vers le sol. Déçue ? Elle l’était de plus en plus, chaque couloir, chaque porte semblant l’éloigner plus encore de celui qu’elle était censée rencontrer plutôt que l’ne approcher. Sa patience s’érodait peu à peu et bientôt, elle risquait de se transformer en autre chose. Abandonnant le garde, elle suivit ce jeune homme aussi étrange que bien franc dans ses manières. Dans un silence de plomb, il la mena jusqu’à un petit salon, l’invitant à prendre place sur la banquette couverte de velours, à prendre ses aises. Puis, lui assurant demeurer à sa disposition, il la laissa seule.

Daphnée poussa un profond soupir, mélange de lassitude et d’ennui. Le Conte. Comment devait-elle l’appeler ? Votre Majesté, à cause du Sang Impérial qui coulait dans ses veines ? Monsieur, tout simplement ? Mon Seigneur ? Elle n’était guère habituée à tout cela et l’étiquette serait l’une des premières choses à laquelle et devrait s’exercer si elle ne souhaitait guère devenir la risée de la Cour toute entière. Assise, les mains jointes sur ses genoux, elle regardait tout autour d’elle ce décor insolite qui l’entourait. Au moins, elle pouvait se créer de beaux souvenirs. Et si elle lui sembla durer de longues minutes, l’attente ne fut pas aussi terrible qu’elle lui semblait avoir été annoncée. D’un bruit familier, la poignée de la porte s’actionna, forçant l’attention de la Raclusienne à se poser sur la porte, ses cheveux d’argents, lâchés, suivant délicatement le mouvement imposé par sa tête.

Il s’agit d’un homme d’un certain âge. A l’annonce de ces mots, elle s’était imaginé devoir faire face à un homme ayant entre quarante-cinq et cinquante ans. Pourtant, quand son regard céruléen se posa sur celui qui venait de faire son entrée, elle se sentit trahie par sa propre famille. Dans un élan de politesse, elle s’était levée, par respect, faisant face à celui qu’elle identifia rapidement comme son hôte et son fiancé. Et tandis qu’il fermait la porte, elle le dévisagea. Vieux, il l’était sans détour possible. Sa chevelure poivre et sel ainsi que sa barbe trahissait les ans qu’il avait parcouru. Bien qu’il se tînt droit, elle devina la rigidité de ses gestes, de ses mouvements. Pourtant, il portait des vêtements dignes du rang qu’on lui avait vendu, l’affiliant sans hésitation à la famille gouvernante du royaume de Vapeur. Lui faisant face, il s’inclina alors, la saluant avec respect. Elle resta, un instant, figée, incapable de bouger, simplement de le regarder faire avec un millier de questions et de doutes qui s’entrechoquaient dans ses pensées. Il s’excusa de la manière dont les choses s’étaient faite et elle pinça délicatement les lèvres avant de sourire. A son tour, elle s’inclina dans une révérence qu’elle maintint un instant. « Monsieur, vous n’avez guère à vous excuser, mon accueil fut bon et agréable. » Léger mensonge qu’elle dissimula sans peine sous un sourire.

Séparant la distance entre eux, il vint se saisir de sa main, la portant à ses lèvres, la forçant à relever vers lui un regard gêné. Au compliment qu’il lui adressa, elle rosit doucement, presque surprise d’être toujours si aisément capable de plaire d’un regard, elle la beauté froide venant des neiges qui semblaient éternelles. Et à sa remarque sur les attentes, elle sourit doucement, tâchant de garder son regard au contact du sien. « Je ne m’étais guère attendue à une quelconque image de vous, préférant cette rencontre plutôt qu’aux fruits de ma grande imagination… » Puis, il recula, prenant place dans un fauteuil qui se tenait à côté de la banquette où Daphnée se laissa à nouveau tomber. Malgré les sourires et les regards, elle était véritablement décontenancée. L’homme qu’elle devait épouser avait, au bas mot, le double de son âge, elle qui n’était pas des plus jeunes. De plus, il y avait toute cette conduite à tenir, ce protocole à respecter dont elle ne semblait rien connaître. L’Etoile du Nord n’était pas à sa place et la sensibilité qui l’habitait menaçait de prendre le dessus tandis que, dans ses pensées, se récitait cette comptine qui s’était faite sur son compte, se demandant alors de quoi pourrait bien mourir ce septième fiancé ? Empoisonné dans un complot sinistre ? Pourquoi songeait-elle à cela ?

Elle sursauta quand la porte s’ouvrit à nouveau sur le jeune garçon qui l’avait conduit ici, ainsi qu’une jeune fille. Ensemble, ils déposèrent de quoi contenter leurs estomacs et la jeune femme fut surprise de constater la présence de ses friandises préférées. Pourtant, alors qu’ils quittaient la pièce, elle sentit le malaise se créer à nouveau. Elle n’aspirait pas vraiment à rester seule avec cet homme et regretta l’absence d’une quelconque présence en ces lieux pour veiller sur elle. Aussi, quand il parla, ce fut encore dans la gêne qu’elle répondit. « Ce sont mes préférées… Mes parents s’évertuaient à me trouver les meilleures afin de me contenter. Je vous remercie de cette attention, monsieur… Puis-je vous appeler ainsi ? Monsieur ? Ou est-ce insultant pour vous ? Si tel est le cas, je vous prie de bien vouloir m’excuser, je l’ignorais… » Avouer son manque de culture sur le sujet était autant courageux que preuve de faiblesse, mais elle ne souhaitait guère se montrer mal polie, au contraire. N’était-elle pas là pour l’impressionner ?

Au moment où elle allait répondre à son interrogation, une autre jeune femme fit son entrée, lui permettant de détendre légèrement le haut de son corps, ses épaules retombant doucement sans lui ôter cet air royal. Posant son regard sur ses mains, elle agita ses doigts sur la dentelle qui les couvrait. Si elle devait manger et prendre le thé, mieux valait éviter de les abîmer. Se faisant, elle lui répondit. « Le voyage fut bon, je vous en remercie. Infiniment long, l’envie d’arriver et de vous rencontrer inquiétant ma patience, mais elle a su survivre à cette épreuve. Il est rare pour moi de voyager seule mais ainsi mes parents ont-ils estimé les choses nécessaires. » A quoi bon faire un déplacement si couteux si, à la fin, nul mariage n’avait lieu ?


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Mer 6 Mar 2019 - 8:33
Vous ne saviez pas pourquoi, mais vous saviez qu’elle devait être déçue après tout, quelle femme aussi jeune et belle voudrait qu’un vieux croulant dont le genou, les jours de pluie, partait en vrille… autant être réaliste ! Vous restâtes silencieux et vous attendîtes un peu, histoire de voir comment les choses allaient se passer. Vous verriez bien, mais vous escomptiez au moins bien vous entendre avec celle qui allait partager vos vieux jours. Vous la plaigniez un peu. Elle qui devait avoir envie de vivre… voilà qui allait saper ses chances. Enfin bon, au moins pouvait-elle espérer se remarier d’ici dix à vingt ans tout au plus. Elle serait encore belle et à l’âge où la sagesse commence à illuminer les traits leur offrant autant de charme que de beauté.  Vous verriez bien comment cela se passerait…
Vous sourîtes néanmoins comme si vous ne vous doutiez pas de cela et que vous preniez ses propos pour argent comptant… parce que vous étiez presque diplomate…

« Je vous remercie pour votre compréhension, mais je tâcherai de vous éviter le déplaisir de m’attendre autant que faire se peut. Les affaire de l’Etat n’excusent pas tout… »

Ou si, elles excusaient tout. Vous l’aviez compris pour y avoir été trop souvent confronté. C’était un impératif dû à votre position au sein de ce gouvernement. Et avec les remaniements à envisager, les choses étaient fort compliquées... vous restâtes silencieux un instant, alors qu’elle vous expliquait qu’elle n’avait pas eu d’attentes… vous n’y croyiez pas vraiment, en fait…cela vous semblait exagéré. Tout le monde en avait, et sans doute elle aussi, malgré ses dires. Alors vous préfériez prendre les devants…

« Quand bien même ! Je puis comprendre que vous soyez un peu déçue, de vous retrouver promise à être compagne de la vieillesse d’un homme… Non, je vous en prie, ne niez rien en la matière, je le devine. Et je ne pourrais vous en vouloir. Si les rôles étaient inversés, j’aurais moi aussi été un peu déçu… mais ne vous en faites pas, je ne suis pas homme à me montrer contraignant ou quoique ce soit du genre. Je ne m’attends pas à ce que vous m’aimiez, et je ne vous demande pas forcément d’essayer. Tout ce que je puis vous demander, c’est de faire un peu semblant d’être en harmonie en public, je ferais de même. Veuillez excuser les manières un peu trop directes d’un vieux soldat… mais je gage qu’entre nous il sera bien plus aisé que de faire des circonvolutions dans la peur de nous vexer ou de se heurter à l’autre, qu’en pensez-vous ? »

Vous sourîtes en la voyant se servir une des friandises et vous confirmer qu’il s’agissait de ses préférées. Voilà qui était heureux. Vous ne pouvez-vous empêcher de vous dire qu’il était bien de la voir un peu satisfaite. Bien qu’il s’agisse de quelque chose de fort léger, juste des pâtisseries, rien de plus… par contre, vous ne deviez sans doute pas vous permettre de vous mettre dans le rôle du père avec cette historie de friandises… peut-être en ne lui en offrant que rarement et non pas juste pour lui plaire ? D’autant que vous n’étiez pas sûr que sa beauté n’en pâtirait pas avec trente livres de plus dans les hanches à cause de ce genre de gourmandises… enfin bref. Vous sourîtes face à sa gêne concernant la manière de m’appeler.

« A dire vrai, vous pouvez m’appeler comme vous le sentez, nous allons apprendre à nous connaitre et nous allons passer un certain temps ensemble, aussi, si vous désirez m’appeler monsieur, rien ne s’y oppose, et certainement pas l’éventuelle idée d’une insulte, ce n’en est pas une. Par contre, vous me feriez un immense plaisir, quand vous vous sentirez prête à le faire, en m’appelant par mon prénom, Nemrod. Mais faites comme vous le sentez… c’est à vous de voir ! Vous n’êtes forcée à rien. »

Exactement forcée à rien, sauf à se marier avec un vieux bonhomme à l’humeur régulièrement changeante et souvent grincheuse… voilà comment on pouvait présenter les choses de la manière la plus juste possible… vous regardâtes la jeune femme avant de finalement opiner du chef à ses propos. Oui, vous compreniez parfaitement bien pourquoi les parents n’avaient pas daigné faire le déplacement.

« Je suppose que c’est de bonne guerre, n’est-ce pas ? Après tout, pourquoi se donner la peine ? Je suis vieux et je suis en passe d’être un énième fiancé décédé si on croit aux malédictions. Je comprends qu’ils ne fassent pas le déplacement. Et à votre avantage, ce mariage n’aura peut-être pas le temps d’avoir lieu… mais pour être honnête, je crois qu’il sera maintenu et qu’il aura lieu dans les règles de l’art. un mariage princier à n’en pas douter. Enfin, nous verrons bien ! Qui sait, peut-être que les précédentes morts n’étaient que pour vous guider vers ce mariage ? La volonté des Dieux est impénétrable, quoiqu’en disent les prêtres… »

Oui, voilà, vous pensiez avoir aplani le sujet. A tort peut être….

« Mais je parle, je parle, et je suis sur qu’il y a autant de questions dans votre tête que de feuilles sur un arbre, n’est-ce pas ? Et si je le puis, je suis prêt à répondre à chacune d’elle… »


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Dim 10 Mar 2019 - 16:57
Un masque demeurait posé sur ses traits, dissimulant au mieux ses émotions, lissant les légers rictus ou mimiques qui pouvaient trahir ses pensées les plus profondes. L’Etoile du Nord gardait les lèvres fermées, légèrement pincées dès lors qu’il prenait la parole. Sa voix était grave et, bien que marquée elle aussi par son âge, détonnait avec l’idée qu’elle avait pu s’en faire quand elle l’avait vu entrer. Et lui ? Que pouvait-il penser d’elle ? Si jeune, si fragile de cette apparence délicate et soignée ? Redoutait-il ce que les murmures avaient vendu sur son sort ? Maudite. Daphnée avait fini par le croire, craignant pour le prochain homme qui devait l’épouser, ayant espéré que son père comprenne que ce n’était pas le mariage qui l’effrayait mais plutôt ce sort triste et dur qui attendait son prétendant. La mort était omniprésente dès lors qu’elle marchait dans une pièce et elle craignait déjà les néfastes conséquences de sa simple présence entre ces murs.

Il comprenait sa déception, autant qu’elle essayait e la dissimuler. Daphnée baissa légèrement le regard, s’en voulant d’avoir su transparaître cette impression. Et pourtant, il se montrait compatissant, allant jusqu’à comparer les choses si la situation avait été inversée, ce qui la fit doucement sourire. Je ne m’attends pas à ce que vous m’aimiez. Elle non plus, n’avait plus d’ambition de ce point de vue. Les fiançailles s’étaient enchaînées et toujours, elle avait appris à ne pas s’impliquer émotionnellement dans les choses, craignant souffrir par la suite comme elle avait dû le faire lors de son premier engagement. La peine l’avait dévorée toute entière, jeune enfant encore insouciante rattrapée par un drame terrible. Mais, comme il le demandait, elle pourrait aisément s’en tenir à une cordialité relative en présence du reste du monde. Elle pourrait se tenir à ses côtés, sa main accrochée à son bras. Elle saurait sourire au reste du monde pour mieux leur faire croire un bonheur qui ne serait que superficiel. Car comment pourrait-elle seulement être heureuse, sans affection, plongée dans les faux-semblants, devant jongler avec une cour qui s’annonçait cruelle ? Daphnée sut dès lors que son bonheur passerait après tout ça. Après les affaires d’états et après le bon vouloir de Nemrod L’Envers, tout aussi attentionné pouvait-il être. « Je… Je me contenterai de faire au mieux, mais si c’est ce que vous attendez de moi, monsieur, je me plierai volontiers à votre volonté. »

Croquant dans le loukoum, prenant garde à ne pas mettre de sucre glace partout, elle laissa le goût sucré de la petite pâtisserie venir adoucir sa peine, souriant un peu plus franchement, touchée qu’il ait eu ce geste autant qu’attristé par tous les souvenirs qu’il ramenait en elle. Reprenant la parole, il lui offrit un élément de réponse, soulignant qu’il n’était nullement insulté par cette appellation qu’elle lui donnait et elle en fut profondément soulagée. En revanche, il la surprit en soulignant qu’il espérait la voir l’appeler par son prénom, à l’avenir. Relevant son regard océan sur lui, elle cilla un instant, essayant de voir s’il était sérieux. « Eh bien… Je vous promets que j’essaierais. » Elle eut un léger sourire, se demandant seulement si elle y parviendrait un jour. Il était vrai que, dans l’intimité, elle n’aurait peut-être d’autre choix que d’agir de la sorte mais, en attendant, elle aimait la distance que la politesse forçait entre eux.

Puis, il en revint aux propos qu’elle avait eu concernant sa solitude dans cette traversée. C’est de bonne guerre. Et à nouveau, elle baissa les yeux, sur ses mains qu’elle avait joint sur ses genoux, pinçant délicatement les lèvres. Face à ses propos, elle se sentit terriblement mal à l’aise. Il savait tout. Tout de ce qui se murmurait sur son passage et en jouait presque quand elle réalisait à quel point tout ceci lui faisait de la peine, du mal. Être la cause de la mort de quelqu’un, de façon directe ou non, était une charge bien trop lourde pour ses frêles épaules et pourtant… Pourtant, elle avait un compteur qui ne pouvait que faire pâlir de jalousie certains assassins. Ce mariage n’aura peut être pas le temps d’avoir lieu. Ses dents ses serrèrent tandis qu’elle sentit un frisson venir chatouiller sa nuque dissimulée par sa chevelure blanche. Mais rapidement, il balaya tout cela en affirmant qu’elle ferait mieux d’oublier cette pensée, que leurs Noces seraient célébrées dans les règles de l’art, le rang de l’Homme offrant à la modeste Daphnée l’opportunité de briller le temps d’une journée. Il remettait tout ceci entre les mains des Dieux et, au fond d’elle, la jeune femme pria Kay pour qu’il lui accorde raison.

Et finalement, lui rendant la parole, elle lui adressa un sourire gêné. Des questions, à vrai dire, elle n’en avait que peu, bien que la plus grosse était aussi évidente que le nez au milieu de la figure. « Quand le mariage aura-t-il lieu ? » Elle avait relevé le regard sur lui, plus franc, trahissant la détermination qui restait enfouie sous toute cette crainte. « Mes parents n’ont aucune excuse concernant leur absence et je ne les excuserai guère de cette dernière, qu’importe les raisons qui les ont convaincu d’un tel choix. » Elle leur en voulait, à vrai dire, de l’avoir abandonnée à son sort dans une contrée si éloignée. Se rendant compte de l’agressivité palpable dans ses propos, elle se dandina légèrement sur l’assises, comme souhaitant réajuster le tissu qui posait déjà très bien. Un léger soupir lui échappa avant qu’un sourire attristé ne se pose sur ses lèvres. « Vos propos, concernant mon passé, sont… Différents de ce que les autres peuvent dire. N’avez-vous pas peur de ce qu’il pourrait vous arriver ? Après tout, j’ai déjà su venir à bout d’un homme plus âgé… »


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Jeu 14 Mar 2019 - 14:32
Vous aimiez regarder les traits de votre fiancée. Elle ressemblait à une statue que chaque artiste aurait damné pour pouvoir sculpter. Cela vous rappelait que, plus jeune, il y avait une éternité de cela, votre nourrice vous racontait cette histoire, celle du Prince d’Orgueil, un prince ambrosien qui, il y avait plus d’une centaine d’année avant ma naissance avait été un extraordinaire sculpteur, mais qui était tombé amoureux de sa propre sculpture, comme des centaines d’autres administrateurs tant la statue frôlait la perfection humaine. De désespoir devant cette femme qu’il ne pouvait aimer, le prince s’était crevé les yeux et avant abattu une masse sur sa statue jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’une fine poudre au sol… une des plus grandes pertes de l’art. Mais vous supposiez volontiers qu’elle pouvait-être rien de plus qu’une légende… c’était intéressant Vous lui sourîtes alors qu’elle semblait comprendre ce que vous lui présentiez, même si vous ne lui dressiez pas le portrait le plus joyeux de son avenir. Et sincèrement, vous en étiez navré. Mais vous ne voyiez pas le but de lui mentir ouvertement. Elle l’aurait découvert tôt ou tard et c’aurait été pire ! Aussi, vous pouviez lui dresser un portrait rapide de sa future situation. Et vous saviez que ce serait tout sauf un mariage idéal pour une jeune fille comme elle.
Et encore, elle ne savait pas que vous aviez une fille – naturelle, certes – plus âgée qu’elle. Ce genre d’information, ça allait l’achever, sans doute… donc vous la gardiez pour vous. De toute façon, personne n’était au courant, donc inutile de lui en parler. Vous soupirâtes légèrement devant sa déception compréhensible. Mais qu’aurait-il fallu faire d’autre ?

« Ne vous pliez pas à ma volonté. Vous n’êtes ni une poupée, ni un jouet, encore moins un pantin. Et si ce mariage doit avoir lieu, alors je préfèrerais que nous tâchions de trouver une sorte d’équilibre entre vous et moi, si cela vous convient. Sans cela… je crains que nous ne soyons tous les deux particulièrement malheureux, ne pensez-vous pas ? »

Oui, voilà… certes, en ce siècle, personne n’aurait daigné une épouse obéissante et docile vis-à-vis de son mari. Mais autour de vous gravitaient bon nombre de femmes… et aucune n’était de cet acabit. Alors pourquoi en auriez-vous voulu tout autant ? Vous lui sourîtes en espérant qu’elle comprendrait ce genre de détails. Vous la soupçonniez d’être bien loin d’être une imbécile. C’était même tout le contraire, quand on y pensait… Vous lui sourîtes doucement tendre même. Vous aviez essayé de lui faire comprendre que vous ne la forciez à rien, ou du moins, à rien de plus que le minimum attendu de deux époux. Vous n’aviez aucune intention de la voir se rendre malheureuse à se forcer plus que de raisons. Après tout, un couple allait dans les deux sens, n’est-ce pas ?

Vous aviez peut-être trop insisté sur son sort précédent, car vous l’aviez senti se refermer un peu, mais c’étaient des choses qui méritaient d’être abordées, Après tout, il en allait de votre vie… vous restâtes un moment sans rien dire, un peu gêné. Foutu vieux soldat qui ne savait pas quand l’ouvrir et quand la fermer. Si ça pouvait la rassurer, vous aviez un palmarès de morts bien plus étendu que le sien. Mais il n’y avait aucune gloire dans la mort. Tout au plus pouvait-on en rire pour essayer de dédramatiser. Vous étiez un vieux soldat qui avait trop vécu – ou du moins qui avait plus que sa part de tragédies – elle une personne qui n’avait pas eu le temps de vivre mais les avait déjà vécues… vous la plaigniez clairement… vous restâtes en silence avant de finalement attendre de voir si elle avait des questions. Vous auriez d’ailleurs pensé qu’elle en aurait plus. Ce qui n’était pas le cas… vous supposiez que les premiers pas étaient dans les premières questions, et que le reste viendrait plus tard… après tout, vous aviez a priori un certain temps avec elle, aujourd’hui ou plus tard…

« Ma foi je ne saurai dire quand le mariage aura lieu précisément. Je suppose que cela attendra que son Altesse l’Impératrice ait choisi son futur époux pour que les choses avancent pleinement… Mais à n’en pas douté que quand elle aura fait son choix, nos épousailles auront rapidement lieu ! »

Vous restates ensuite silencieux, ne la détrompant pas sur ses parents. Elle avait bien évidemment raison. Mais ils restaient ses parents, et vous auriez eu toutes les peines du monde à ne pas travailler le jour du mariage de votre fille si elle avait vécu, alors bon… vous ne pouviez vous empêcher d’être compréhensif, ou du moins de l’être un tant soit peu… vous restâtes silencieux avant de finalement li prendre la main. Vous trembliez un peu. Sa question touchait un point sensible.

« Ma chère, rendez-vous compte. J’ai passé la soixantaine, j’ai dit adieu à mes parents, à mon frère cadet – dieux merci j’ai encore ma petite sœur adorée – et j’ai même dit adieu à ma femme, et à notre enfant. Alors dites-moi, qu’est-ce que j’aurai à craindre ? Ma nièce est compétente, mon neveu est en bonne voie de le devenir s’il veut bien faire des efforts, l’empire est prospère… ma chère, je n’ai rien à craindre. Je pourrais m’éteindre demain sans moindre autre regret que celui de conforter votre malchance. Et je vous avouerai même que parfois, j’aimerai m’endormir et ne pas me réveiller. Il m’arrive de le désirer. Mais cela n’arrive pas, vous savez pourquoi ? Parce que la mort est, pardonnez ces mots abrupts d’un vieux militaire, une foutue garce et me refuserait ce plaisir. Alors vos déboires passés ne m’empêcheront pas de dormir, croyez-le. Et j’y survivrais parce que la mort n’est pas encore pour moi, semble-t-il… et quand bien même elle viendrait, je l’accueillerai comme une vieille amie, tout simplement. »

Vous soupirâtes bruyamment.

« Pathétique, n’est-ce pas ? »

Un sourire pour masquer et tout allait bien.


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] Jeu 14 Mar 2019 - 23:06
Ne vous pliez pas à ma volonté. Qu’il le souligne vint l’interpeler. Haussant légèrement ses sourcils parfaitement dessinés, Daphnée l’observa, méfiante autant qu’intriguée. Les hommes de ce monde se plaisaient à se montrer supérieur. Sa mère, elle-même, bien que tendrement amoureuse de son père, avait été éduquée dans la docilité pure et simple dès lors qu’un homme se trouvait dans la même pièce qu’elle. Plusieurs fois, elle avait désapprouvé les fiancés de sa fille, ne pouvant pourtant pas le mentionner, l’exprimer sous peine de se faire réprimander. Les femmes n’étaient nées que pour servir d’attribut à ces messieurs, que pour leur permettre de se sentir plus forts, plus puissants. Pour leur obtenir une descendance. Et pourtant, d’une phrase, celui qui avait refusé le trône renversait l’un des a priori les plus ancrés en elle.

Elle l’écouta tandis qu’il argumentait la chose, soulignant qu’elle n’était ni une poupée, ni son jouet. Instinctivement, elle baisa doucement le regard, à la fois honteuse qu’il puisse penser qu’elle voyait les choses ainsi, et décontenancée par une telle réaction. Alors qu’il lui parlait d’équilibre, elle ne savait plus si elle devait se montrer reconnaissante ou se méfier. Après tout, elle ne le connaissait pas et ne pouvait anticiper les choses quand cédant d’abord à la bonté de ses paroles pour mieux découvrir ensuite s’il ne se jouait pas de lui. Abordant leur bonheur et la possibilité de celui-ci, elle releva ses pupilles océanes vers lui, un mince sourire venant prendre place sur ses lèvres. « C’est… C’est très honorable de votre part, monsieur. Tous mes fiancés n’ont pas eu cette délicatesse et je ne peux qu’être reconnaissante de cette place que vous souhaitez m’accorder. » Et pour le coup, elle le pensait. L’Etoile du Nord nourrissait des rêves et finir bridée par un homme ne faisait pas partie de ceux-ci.

Achevant la petite pâtisserie qu’elle tenait de ses doigts délicats, elle en vint à l’interroger sur la date probable de leur union. Il n’avait pas plus de réponse à lui offrir, malheureusement, la décision appartenant avant tout à celle qui régirait leurs vies dès ce jour. La blonde déglutit avec difficulté, ayant bien du mal à retenir sa déception. Elle aurait préféré savoir, avoir une date à laquelle se fier, comme un appel vers son futur, une idée fixe de ce jour où elle devrait à nouveau se draper de noir plutôt que de blanc. Elle se contenta de hocher doucement la tête, soupirant doucement, détournant à nouveau le regard, celui-ci se posant sur la jeune femme qui les honorait tous deux de sa simple présence, observant l’entrevue sans bouger, essayant de se faire oublier. Les propos de Daphnée en revinrent à cette interrogation morbide qu’elle ne cessait plus de se poser. Avait-il peur ? Bien des hommes avaient renoncé en apprenant son passé, cette réputation maudite qu’on lui offrait.

Et alors, alors qu’elle ne s’y attendait pas le moins du monde, il vint lui prendre la main. Elle esquissa un mouvement de recul, le retenant suffisamment pour ne pas rompre ce contact, pinçant doucement les lèvres. Il l’avait prise de court et jamais elle n’aurait pu imaginer qu’il vienne agir de la sorte. Reprenant la parole, il capta entièrement son attention, la forçant à relever ses yeux pour mieux les plonger dans les siens. Vieux, il l’était. Et visiblement, sa vie avait été riche en toutes sorte d’émotions diverses. Et aujourd’hui, il semblait presque résigné. Daphnée en était presque terrifiée de constater que celui qu’elle allait devoir épouser pouvait, un matin, ne plus être de ce monde. Instinctivement, elle posa son autre main sur la sienne tandis qu’il se jugeait lui-même pathétique. « Non. Ça ne l’est pas. » La douceur de ses doigts vint effleurer la rudesse de sa main. Tant d’années les séparaient et elle ne faisait que le constater plus encore lorsqu’il semblait être prêt à défier la mort. « C’est courageux. Et sage. » Un léger sourire, plus sincère, prit place sur son visage, son regard se faisant respectueux tandis que celui qui se surnommait lui-même le Vieux Soldat se tenait toujours à ses côtés. « N’en voulez pas trop à cette mort de tarder à vous prendre… Je lui en voudrais de me faire veuve avant l’heure… Pour la septième fois. » Même si, au fond d’elle, elle était doucement persuadée que cela arriverait.

Désireuse de parler de chose plus légère, elle s’essaya à la découverte de l’autre. « Visiblement, j’ai bien peu de secret pour vous, étant donné que vous avez su trouver dès notre première rencontre quelle douceur saurait calmer mes doutes… Mais je crains ne rien savoir de vous si ce n’est ce que le monde vous connait… Qu’aimez-vous, monsieur L’Envers ? »


Sujet: Re: L'Etoile brille-t-elle encore au milieu des Ombres ? [Nemrod] 
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