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Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt]

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Ross Brisendan
Héritier de la Gobelin Bank
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Nationalité : Ambrosien
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Date d'inscription : 27/01/2017
MessageSujet: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Mer 1 Fév 2017 - 11:08
Il était dix heures du matin lorsque l’on avertit Ross Brisendan de l’arrivée de la gendarmerie. Il s’attendait à quelques agents venus relever l’état de la scène et faire un rapport ; mais il apprit soudain que leur chef en personne venait prendre les choses en mains. Et ce monsieur arrivait à l’instant.

Fronçant un sourcil, il fit signe au maçon de reprendre le travail, et sortit de derrière le pan de mur où il examinait avec lui quelque détail de toute première importante, en s’époussetant les vêtements, quelque peu couverts de poussière. De toutes parts, les artisans assermentés s’activaient à remettre en état l’entrée dévastée. Les travaux avançaient bien ; d’ici une heure au plus, les clients pourraient à nouveau accéder aux guichets comme si de rien n’était.

Cette fourmilière imperturbable s’écartait sur son chemin avec le naturel de l’eau qui se fend devant la proue, sans qu’il ait à manifester le moindre signe d’autorité. Il avait même l’air soucieux, pas tout à fait là. Lorsqu’il sortit du bâtiment endommagé, l’odeur de fumée le prit aux poumons et il monta à ses lèvres un mouchoir parfumé.

Désignée d'après le nom de la place Wolter où elle s'élevait, c'était une petite agence coquette, décorée aux armes de la dynastie, récemment construite dans le voisinage du Casino et du Moulin Rouge en extension de l'agence principale un peu plus lointaine, pour favoriser les échanges dans ce quartier toujours en ébullition - une initiative de Roslin lui-même, d'où sa présence immédiate lors de l'alerte ; elle aurait dû être parfaitement en sécurité, et d'ailleurs, son personnel chargé de cette question était entré en action en un tournemain, mettant en fuite les assaillants... En rangs d'oignons, les gardes attendaient d'ailleurs le moment où ils feraient leur déposition sur les détails de l'attaque. Deux d'entre eux, blessés légèrement, étaient pansés et affichaient un visage de marbre. La blessure était davantage morale que physique.

On déplorait un disparu, pris en otage pour garantir la fuite des malfaiteurs.

En effet, le commandant de gendarmerie n’avait pas perdu de temps, et se présentait déjà sur les lieux, visiblement prêt – comme toujours, aurait-on envie de dire – à prendre en mains la traque des responsables, quels qu’ils soient. Ross rangea son mouchoir dans la pochette de son veston brodé, et lui tendit la main, avec le léger embarras de celui qui accueille un invité d’un certain standing dans un appartement en profond désordre, dont il n’est pas l’origine.

Il ne ressentait pas exactement le soulagement du bon citoyen désemparé qui voit l’État voler à son secours ; l’homme lui inspirait des impressions nettement plus complexes. Loyal à n’en pas douter, mais d’autant plus prêt à mordre tel un limier qui ne reconnaît qu’un maître, et traite le restant des mortels comme autant de potentiels ennemis.

Ross lui accordait une totale confiance pour ce qui était du professionnel et une totale méfiance pour ce qui était du personnel. Il y avait des années maintenant qu’à se croiser à la Cour, ils dansaient cette danse de l’écureuil et du cobra, sans avoir réellement rien de concret à se reprocher. Cette attitude ambiguë perça dans sa voix lorsqu’il salua son visiteur :
« Ne vous inquiétez surtout pas pour moi, j’ai une excellente assurance. »

Les pensées du jeune banquier couraient plus vite que sa langue, et au moment même où il prononçait ces mots, il s’était déjà projeté dans une fantaisie malicieuse, qui lui fit ajouter ceux qui suivent :
« Je ne dis pas ça pour vous inspirer des soupçons à mon égard, bien sûr. »

Inutile de chercher à influencer cela. Il ne faisait cette plaisanterie que par acquis de conscience. Fatalement, le sire Kobalt le soupçonnerait ; tout comme il reconnaîtrait son innocence, sans excuses ni rancunes, lorsqu’il aurait rassemblé suffisamment de preuves. Tss, cet homme était d’un rigoureux… il ne devait pas se détendre bien souvent.
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Samuel Kobalt
Commandant général de la gendarmerie
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Jeu 2 Fév 2017 - 14:59
Les forces de l'ordre pourraient se concentrer sur l'enquête encadrant la mort d'Elrich Zullheimer, dont les circonstances étaient encore loin d'être élucidées. Mais, sans surprise, la vie criminelle n'était pas moins active, et il fallait bien réagir en conséquence. On pourrait s'étonner qu'un braquage de banque entraînât la présence du commandant général en personne, dans le climat actuel ; au reste, le concerné ne considérait pas qu'il y eût quelque hiérarchie dans le crime, et il lui était bien naturel de venir enquêter à l'agence Wolter, puisqu'il en avait l'occasion.

Si aucun mort ne semblait être à déplorer, le braquage avait eu des dommages collatéraux, tant financiers, matériaux que humains. On avait déclaré au commandant Kobalt, une disparation ainsi que plusieurs blessés. C'est une silhouette sèche, habillée de façon sobre mais élégante, qui s'était présentée à l'entrée de l'agence. Les prunelles du policier étaient aussi sombres que son signalement et lui apportaient des faux airs d'oiseau de proie. Son regard était acéré, mais ce n'était pas là la seule raison qui aurait pu nous pousser à le comparer à un prédateur.

Kobalt serra la main tendue par Brisendan, sans se faire prier. Il n'était pas homme à négliger les marques de courtoisie – quand bien même elles pouvaient l'ennuyer – ni à manquer à son devoir, par partialité. Cela était heureux, car il émettait plusieurs réserves à l'égard de ce banquier, auquel il reconnaissait plusieurs qualités, mais qui, dans l'ensemble, le mettait mal à l'aise. Il n'était que trop familier et fantasque. Imaginez comme un tourbillon de couleurs pouvait être importun, pour quelqu'un qui avait l'habitude de juger le monde, avec une vision relativement binaire, faite de noir et de blanc. Ces deux hommes étaient contraires, du moins le pensait-il. Or, ce qui l'incitait à se montrer d'autant plus froid, voire méfiant, paraissait divertir son hôte. Il n'était pas fréquent de tirer davantage du commandant, qu'une simple crispation des mâchoires, pour autant, il se doutait que Brisendan ne perdrait pas une occasion de se faire remarquer... Ils allaient plus ou moins devoir former une équipe...

L'opinion du commandant pouvait paraître quelque peu superficielle, mais en vérité, il n'éprouvait point le besoin de comprendre davantage ses interlocuteurs, ni celui de les estimer. Lorsqu'il était dans l'exercice de ses fonctions, la société n'était plus qu'un vaste rouage mécanique, où chaque pièce devait être à sa place, ou y retourner.

Comme on peut l'imaginer après une entrée en matière aussi chaleureuse, Kobalt ne fut guère réceptif à la remarque humoristique de son interlocuteur. Il préféra passer outre la première, tout en ne pouvant s'empêcher de froncer les sourcils, à la seconde. Il n'en fallait certes guère plus pour éveiller ses soupçons. Il ne pensait pas Brisendan stupide au point de se trahir par jeu, mais il n'en notait pas moins la provocation.

▬ Ils ne vous ont pas volé votre sens de l'humour, remarqua-t-il.

La réplique pouvait paraître ironique, reflétant une légère déception de la part de son émetteur, pourtant, Kobalt semblait désespérément neutre. Brisendan n'était ni le premier, ni le dernier, à tenter de le dérider ou de le faire réagir, d'une façon ou d'une autre. Bien sûr, en y mettant les moyens, il était probablement dans ses cordes de parvenir à ses fins. Sans attendre, Samuel fit le tour de la pièce principale, son regard s'attardant ici et là.

▬ Vous pouvez m'en dire plus sur l'attaque, sur l'otage et sur les pertes matérielles ? demanda-t-il, sans plus tourner autour du pot.


"Il était stoïque, sérieux, austère ; rêveur triste ; humble et hautain comme les fanatiques. Son regard était une vrille. Cela était froid et cela perçait. Toute sa vie tenait dans ces deux mots : veiller et surveiller. Il avait introduit la ligne droite dans ce qu'il y a de plus tortueux au monde ; il avait la conscience de son utilité, la religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre. Malheur à qui tombait sous sa main !"
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Ross Brisendan
Héritier de la Gobelin Bank
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Jeu 2 Fév 2017 - 17:26
Le maçon congédié par son illustre client était resté en arrière plan ; son regard attaché sur le banquier avait quelque chose d’indéchiffrable, mais d’intense. Il attendait une décision. Les autres travailleurs s’étaient machinalement écartés pour laisser cet homme sombre aux airs d’inspecteur du travail prendre l’ampleur des dégâts tels quels. Une large lézarde dévoilait encore à quel point l’édifice avait été fragilisé. Pour l’heure, on s’efforçait surtout de parer au plus pressé, de rendre l’entrée présentable afin de rassurer la clientèle, ainsi que la population voisine en ébullition. L’explosion s’était entendue de fort loin, malgré l’animation du quartier, ou peut-être justement relayée par cette vie économique brillante et sociable.

Discrètement, Ross Brisendan fit signe à l’employé de s’éloigner, en lui faisait les gros yeux. Ce n’était pas-du-tout le moment ! Il prit ensuite les choses dans l’ordre, tel un guide touristique guindé faisant faire à quelques spirites férus de vieilles bâtisses le tour du propriétaire. Malgré lui, on sentait sans difficulté qu’il contrôlait à peine l’envie de renchérir sur le thème de l’humour. La situation en elle-même n’avait rien d’amusant. Il fallait donc bien compenser ! Il avait parfois envie de crier au tout venant : cet humour déplacé est la perruque de mon sang-froid. Mais au fond, il était bien content que l’on s’y trompe, et préférait encore être légèrement agacé d’être jugé à demi-mesure que d’être redouté et de devoir fournir des efforts stratégiques supplémentaires.

« La devise de ma noble mais rustique mère est : vaut mieux en rire qu’en pleurer, » lança-t-il en se dirigeant vers la colonne neuve qui soutenait le chapiteau de l’entrée. « Mais rien que pour vous, je vais faire un effort. Voici donc la partie la plus touchée. Une machine infernale quelconque a été appliquée au marbre de la colonne, et a provoqué un effondrement semblable à la chute d’un immeuble que l’on abat, d’après les témoins. »

Il décrivit ensuite avec tous les détails souhaitables la façon dont, la porte de métal ainsi abattue, un groupe de quatre malfaiteurs avait surgi du nuage de poussière, porteur de masques de cuir clouté, à lunettes cerclées de cuivre apparemment, qui semblaient leur permettre de se déplacer dans ce chaos sans coup férir. L’un d’eux, quelque force de la nature, avait renversé au passage les derniers débris de la colonne sur un garde qui tentait de les arrêter. - Le dit garde se tenait bravement au garde-à-vous, prêt à répondre aux questions, malgré son épaule enveloppée de bandages. - Un autre avait mis en joue les quelques clients présents ; c’était loin d’être une heure d’affluence, heureusement.

Les deux complices restants s’étaient attelés à réclamer que l’on remette une somme « maximum », avaient-ils dit assez maladroitement (Ross leva le sourcil en haussant ses regards au ciel : il y aurait eu des manières tellement plus fleuries de l’exprimer… une belle occasion gâchée), l’un menaçant verbalement et physiquement le guichetier, l’autre tenant les sacs. Pour finir, le plan prévu pour de telles attaques s’étant mis en place, les quatre hommes (on supposait toutefois que ce soient des hommes) furent en danger d’être capturés. Ils le comprirent à temps, et battirent la retraite en ouvrant le feu, par dépit sans doute, sur les vitraux qui entouraient la verrière de fer forgé qui formait voûte au plafond ; une fois encore, leur Hercule tint en respect presque à mains nues les gardes qui tentaient de freiner leur fuite.

L’un des hommes qui n’avaient pas parlé à voix haute s’empara finalement du portier (paralysé par la terreur, selon les témoignages, et que Ross ne soupçonnait pas d’être complice, eu égard à ses excellents états de service depuis deux ans déjà). En maintenant cet homme sous leur coupe, sous peine de l’égorger séance tenante, les quatre bandits avaient sauté dans une voiture à l’arrêt, que l’on était venu garer là durant l’attaque ; eux-mêmes s’étaient approchés à pied, sans attirer l’attention. On supposait donc qu’ils avaient mis leurs masques au dernier moment, et qu’il était possible de trouver dans les rues voisines des témoins qui auraient aperçu leurs visages. Deux membres du personnel étaient justement en train d’interroger les passants dans les environs proches de l’agence.

« Et là, je suppose que c’est le moment où vous me demandez si j’ai des ennemis. J’ai envie de vous répondre en tant que co-directeur de la Gobelin Bank, auquel cas la réponse est : tout le monde et personne. Enfin, pas vous, espérons-le, » rit-il avant de désigner les dommages au plafond. « Mais l’attention portée à la destruction de mon buste, qui n’était pourtant pas facile à atteindre, me fait dire qu’il y a peut-être là-dessous quelque chose de plus personnel. »
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Samuel Kobalt
Commandant général de la gendarmerie
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Jeu 16 Fév 2017 - 19:39
Le regard du gendarme voguait d'un endroit à l'autre de la pièce, de façon méthodique. Aucune vague, ni aucun assaut – ne serait-ce qu'infirme – d'émotion ne venait troubler le calme plat de ses yeux bruns. Il fallait espérer que Kobalt n'était que trop inspiré par ses premières observations, pour prendre en compte le facteur humain, ou encore, qu'il n'était que trop habitué à visiter ce genre de lieux sinistrés. Malheureusement, sa réputation le précédait.

Samuel suivit Ross à travers les dédales de cette banque qui avait été victime d'un assaut. Le responsable des lieux lui faisait l'effet de n'être que très peu affecté par les événements, ou du moins, pas assez. S'il était louable de ne pas être de la caste des gens matérialistes, il fallait avouer que cette attitude était – au pire – suspecte, et – au mieux – exaspérante. Hélas, Kobalt se doutait qu'il devait s'attendre à un nouveau... numéro, à chaque fois qu'il croisait la route de Brisendan. Pour l'heure, le banquier n'avait rien fait de foncièrement excentrique, mais c'était déjà suffisant pour un esprit aussi terre-à-terre que celui du gendarme.

Il laissa son guide débiter quelque proverbe, certes peu réceptif, dans la mesure où il n'était amateur ni de larmes, ni de sourires, du moins à priori. Ceux qui se voulaient inébranlables avaient cette faiblesse de laisser présager qu'ils tentaient de cacher je ne sais quel secret ; faute de dire sensiblerie ; derrière une attitude marmoréenne qui frôlait parfois le mécanique, ou l'excès. Naturellement, tel masque ne pouvait être constamment endossé. Restait à savoir, quand, et en quelles mesures, le métronome derrière l'uniforme de police se permettait enfin de battre pleinement et de s'extérioriser. La plèbe, surtout à Ambrosia, n'avait pas besoin de masque pour avancer à visage couvert. Cela était valable pour les ténébreux, comme pour ceux que d'aucuns affublaient du titre de « bouffon ».

« Voici donc la partie la plus touchée. Une machine infernale quelconque a été appliquée au marbre de la colonne, et a provoqué un effondrement semblable à la chute d’un immeuble que l’on abat, d’après les témoins. » dit Ross, en désignant les débris les plus « spectaculaires ».

▬ Où étiez-vous au moment des faits ? demanda-t-il simplement, rebondissant sur ses derniers mots, sans quitter ladite colonne des yeux.

Il écouta, avec tout autant d'attention, le reste du récit de Ross. Les voleurs semblaient être au nombre de quatre. Au vu de leur description, cela ne lui rappelait pas particulièrement un gang, ou un autre. Les questions sans réponse étaient encore légion. Il n'était pas sans se demander si le « cerveau » du casse était venu lui-même sur place, ou s'il avait agi à distance, et ce, dans quel but. N'étaient-ils attirés que par l'appât du gain, ou en voulaient-ils particulièrement à cet endroit, à Ross Brisendan ?

Le gendarme ne manqua pas de regarder quelques indices de plus près, sans prendre le risque de les gâter. Il posa en outre quelques questions au garde, saluant le fait qu'il restait ici, à sa disposition, malgré la blessure qui le faisait souffrir. Au vu de ce qu'il avait entendu, le gang savait ce qu'il faisait, et n'en était probablement pas à son coup d'essai, encore que, ils avaient commis quelques maladresses. D'ailleurs, le gang était forcément constitué de plus de quatre membres, si les braqueurs avaient été conduits ici, puis emportés à des lieues de la banque.

Le gendarme tiqua légèrement lorsqu'il apprit que des membres du personnel interrogeaient les environs de la banque. Si la démarche était astucieuse, ou plutôt nécessaire, ce n'était pas à eux de le faire.

▬ Là, vous empiétez sur le travail de la police, commenta-t-il.

« Et là, je suppose que c’est le moment où vous me demandez si j’ai des ennemis. J’ai envie de vous répondre en tant que co-directeur de la Gobelin Bank, auquel cas la réponse est : tout le monde et personne. Enfin, pas vous, espérons-le. Mais l’attention portée à la destruction de mon buste, qui n’était pourtant pas facile à atteindre, me fait dire qu’il y a peut-être là-dessous quelque chose de plus personnel. » conclut Ross.

Le commandant ne lâchait plus son interlocuteur des yeux, absorbé par ses paroles, autant que par ses propres pensées. Passer en revue les ambrosiens, ou gens de passage, qui avaient besoin d'argent, qui avaient été en conflit avec Ross, plus ou moins récemment, ou qui avaient pu agir de la sorte, pour une raison ou une autre ; ne serait pas une mince affaire. Il passa outre la plaisanterie de Ross, au risque de passer pour l'homme le plus imperméable et ennuyeux au monde, mais parut davantage intéressé par sa remarque finale. Certes, Kobalt appréciait les esprits aiguisés et observateurs, qui savaient tirer des conclusions efficaces. Pour résumer, Ross devinait que quelqu'un avait pu cibler spécifiquement sa banque, mais était bien incapable de donner quelques noms. « Tout le monde et personne », il était difficile de faire plus vaste.

▬ Vous gardez une trace de tous vos clients et de leurs opérations, j'imagine. J'aimerais y avoir accès. Vous êtes... sûr qu'aucun nom ne vous vient à l'esprit ? Quelqu'un à qui la banque aurait pu refuser un prêt, par exemple ? Quelqu'un que vous auriez offensé, d'une façon ou d'une autre... Quelqu'un... qui aurait du mal à supporter votre tempérament...

Le gendarme s'interrompit, sans détourner son regard de Ross. Même s'il avait parlé de la plus neutre et monocorde des façons, il sous-entendait que certains pouvaient avoir du mal à respecter Brisendan, à cause de son attitude, de son excentricité, ou même de certaines... rumeurs. Le gendarme ne semblait pas juger ces gens, en bien, comme en mal, mais il n'était lui-même pas connu pour être l'esprit le plus ouvert qui fût. Au reste, rien ne l'empêcherait de mener cette enquête,  avec la rigueur qu'on lui connaissait.


"Il était stoïque, sérieux, austère ; rêveur triste ; humble et hautain comme les fanatiques. Son regard était une vrille. Cela était froid et cela perçait. Toute sa vie tenait dans ces deux mots : veiller et surveiller. Il avait introduit la ligne droite dans ce qu'il y a de plus tortueux au monde ; il avait la conscience de son utilité, la religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre. Malheur à qui tombait sous sa main !"
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Ross Brisendan
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Sam 18 Fév 2017 - 0:04
Il y avait quelque chose de très flou, et de très clair à la fois, dans la façon de s'exprimer pour laquelle avait opté Samuel Kobalt. Le banquier ne s'attendait pas à ce que leurs légers différends arrivent sur le tapis si rapidement, alors qu'il n'avait encore rien fait pour cela, distrait qu'il était par les événements ; il manquait à tous ses devoirs, mais c'était presque une invitation que lui tendait le sévère personnage. Une réponse lui tendait les bras : il y a des gens de mon tempérament qui a-dorent les messieurs sévères dans votre genre. Dans les bons établissements, vous pourriez avoir un succès fou. Mais ça ne se faisait pas, bien sûr, de parler ainsi à quelqu'un qui venait simplement faire son devoir et rendre service... Avec un petit sourire résigné, Ross éteignit donc l'étincelle de malice qui dansait dans son regard clair, et répliqua simplement :

« Mon cher monsieur, sachez que ma femme supporte mon tempérament. Si elle y arrive, d'autres devraient aussi... Bon, j’avoue qu’elle y a grand intérêt. »

Il faisait en même temps allusion, sciemment, aux sens que pouvaient revêtir ce mot de « tempérament » selon les a prioris de la personne qui le prononçait, et à l’insignifiance de tels travers, quels qu’ils soient, en regard de l’apport financier qu’il représentait littéralement pour tout son entourage proche. Personne n’avait vraiment à se plaindre de lui ou intérêt à l’empêcher de travailler. Il faisait de l’esprit, mais s’il était si soulagé de voir un homme du métier prendre l’affaire en charge, c’est que très honnêtement, il ne voyait pas. Prendre soin de se ménager des appuis partout d’où pouvait venir un tel coup, c’était une partie de son travail.

Il aperçut alors un personnage lunaire, très blond, porteur d’un monocle doré qui scintillait sur son visage comme un signal, et attiffé selon la fantaisie de son employeur, dans une tenue qui évoquait davantage ces valets extravagants des jeux de cartes anciens qu’un véritable secrétaire. Car telle était sa fonction. La poitrine creuse d’un phtisique et les joues pâles d’un fiévreux complétaient cet épouvantail vêtu avec un luxe tapageur et vacillant d’une santé fragile. Visiblement atteint de quelque affection sévère, il ne s’en tenait pas moins très digne et très droit, comme il semblait considérer que sa fonction l’exigeait. Ross lui fit signe d’approcher ; il semblait avoir attendu qu’il les rejoigne. En se tournant vers le chef de la gendarmerie, il annonça :

« J’étais avec ce monsieur au moment des faits, je lui ai demandé de rédiger un témoignage officiel à cet effet pour vous faire gagner du temps. »

En s’approchant avec déférence, le secrétaire tira de sa veste une liasse de documents qu’il tenait un peu trop fermement, comme s’il craignait de les laisser tomber. Il avait le blanc de l’oeil un peu rouge. En prenant la liasse pour la tendre à Samuel Kobalt, Ross eut un mouvement comme pour passer sa main sur celle de son employé, dans un geste de réconfort. Celui-ci s’écarta avec un rapide signe de tête, et se posta contre le mur voisin où il prit appui, les mains croisées, dans ce qui aurait pu être une posture d’attente disciplinée, ou de repos. Ross reporta son entière attention sur son interlocuteur officiel, en feignant un sourire joyeux tandis qu’il lui remettait les documents :

« Parce que je sais que vous adorez les petits papiers. »

Il avait chaud, maintenant. Une légère hypocondrie déclenchait chez lui quelques symptômes mimétiques lorsqu’il se trouvait face aux personnes qu’il savait atteintes. Il sortit et déplia un éventail, dont il se rafraîchit un instant le visage, à petits coups nerveux. Un battement de cils, et il n’y paraissait plus. D'ailleurs, quelque chose attirait son attention. Un groupe de quatre hommes s'avançait vers la banque.

« Si vous voulez bien me tenir cela… Merci. » Il lança plutôt qu’il ne tendit l’éventail au gendarme, intérieurement amusé à la perspective de le voir disposer de ce petit objet charmant, plutôt conçu pour une demoiselle en bas âge que pour un homme mûr au faciès de marbre. Il avait pour philosophie de distribuer les objets indépendamment des caractéristiques physiques de son entourage ; il avait observé que d’intéressantes surprises en résultaient généralement, et cela seul en soi valait la peine de tenter l’expérience. Au fond, la seule véritable petite fille à ses yeux était la personne qui faisait la moue, pleurnichait ou protestait son dédain face à une requête parfaitement raisonnable : porter un vêtement… se chausser… goûter à une boisson…

Il y avait du mouvement dans l’entrée. Les employés qu’il avait envoyés interroger le voisinage étaient de retour, et attendaient, en observant les deux figures d’autorité en leur présence, qu’on leur demande leur rapport. Ross désigna d'un geste libéral et muet, qui tenait beaucoup de la révérence, l'ensemble de la pièce : les maçons qui travaillaient dans leur coin, et tous les autres observateurs du drame. La scène appartenait à la gendarmerie. Il n'aurait surtout pas voulu empiéter davantage sur son travail. En revanche, il comptait bien le suivre partout où il se rendrait, et laisser traîner son oreille.
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Samuel Kobalt
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Sam 4 Mar 2017 - 16:03
Il y avait des hommes que l'on imaginait à la fois trop professionnels et droits, pour faire preuve de préjugés, dans l'exercice de leurs fonctions. Pourtant, le commandant Kobalt lui-même avait ses failles. Sa vision manichéenne de la société n'en faisait pas le plus juste des agents de l'ordre d'Ambrosia, sans compter que des préjugés, plus implicites et plus difficiles à démasquer, venaient obstruer sa clairvoyance, à son insu. Objectivement, il ne pouvait rien reprocher à Ross. Dans les faits, et plus inconsciemment qu'on se le figurait, ce genres de personnages prenaient le risque de l'extraire de sa zone de confort. Heureusement, quand certains étaient aussi sérieux que Samuel, et n'appréciaient guère qu'on sortît du paysage social traditionnel, tout peint de noir et de blanc ; d'autres savaient apprécier ces différences, voire s'en amuser.

Il fronça légèrement les sourcils lorsque Ross rappela qu'il était marié, et que, selon toute vraisemblance, sa femme n'avait pas à se plaindre de lui. Faire des sous-entendus grivois à ce gendarme-là, c'était aussi décalé que d'espérer avoir une conversation tout à fait honnête, avec une personne de la cour. Ross s'y était risqué, sans émouvoir le commandant toutefois. Samuel Kobalt était après tout d'une patience et d'une froideur (faute de pouvoir dire flegmatisme) à toute épreuve. Si cela rendait service à plus d'un plaisantin, d'autres trouvaient cela profondément frustrant, tant ils aimeraient le voir réagir... ou vivre, tout simplement.

▬ Cette précision sur votre... mariage ne répond pas à ma question initiale, répondit-il du tac au tac, désespérément obsédé par son objectif (ou ennuyé par ces traits d'esprits et ces joutes verbales, qui avaient pourtant le mérite d'enjoliver la plupart des conversations).

D'une certaine façon, cette absence éternelle de réaction avait le mérite de le rendre insondable, à sa manière. Ross signala alors à l'un de ses employés de les rejoindre. Samuel observait ce nouveau-venu avec le regard qui lui était caractéristique : sans être fondamentalement juge, il était scrutateur et franc. De toute évidence, cet homme était l'alibi de Ross, si tant est qu'il eût besoin d'un alibi, puisqu'il était la victime de cette attaque. Bien sûr, certains étaient capables d'engendrer eux-mêmes de telles mascarades, mais quel aurait été l'intérêt de Ross ? Serait-ce la première étape d'un plan qui, sur le long terme, en manipulerait plus d'un ? Souhaitait-il simplement se donner en spectacle ? Cette dernière hypothèse n'aurait pas étonné Samuel, mais même s'il ne le portait pas dans son cœur, il n'avait pas envie de le soupçonner.

▬ Je constate que vous redoutez que l'on vous croit impliqué dans cette affaire, remarqua-t-il. Je souhaitais simplement m'assurer que vous n'aviez pu être témoin d'aucun autre détail révélateur, ou que vous n'aviez pas pu être la cible directe de ce vol, qui n'aurait été alors qu'un prétexte.

Ces bonnes paroles dites, sur une intonation au reste assez neutre, Samuel reçut et vérifia le papier dont Ross lui avait parlé, en même temps qu'une remarque dont il se serait passé. Même s'il n'en laissait rien paraître, il avait à cœur d'observer le petit manège, très discret, entre Ross et son employé. Leur relation semblait spéciale, et cet homme, au bout du rouleau. Pour autant, il était difficile de savoir si cela avait quoi que ce soit à voir avec l'affaire en cours. Pourquoi Ross chercherait-il à lui cacher quelque chose ? Certes, il semblait peu ému par tout ce qui arrivait, pour paraître aussi détaché et taquin. En temps normal, Samuel aurait tout bonnement ignoré la remarque, mais un je ne sais quoi l'incita à entrer momentanément dans le jeu de Ross.

▬ Je vous remercie, mais ce n'est pas pour autant que vous entrerez dans mes petits papiers, répondit-il.

Il avait esquissé un sourire bref, concis, comme si ses muscles faciaux n'étaient pas habitués à agir de la sorte, même pour soutenir un sarcasme. Son regard alla de... l'éventail que Ross venait de sortir, à la direction qu'empruntaient les yeux du banquier. Des hommes approchaient de l'entrée de la banque... Samuel crispa plus brutalement la mâchoire, tandis que Ross lui confiait l'éventail, tant à cause de la nature de l'objet, que de la façon dont il le lui avait donné. Il n'était certainement pas l'un de ses serviteurs efféminés ! La réaction de Samuel fut la plus violente qu'il eut, jusqu'à présent, même si tout cela s'était joué le temps d'un regard, et d'une expression fugace. Il posa « l'objet de tous ses tourments » sur le premier meuble venu, avant de suivre Ross. Malheureusement, celui-ci n'obtiendrait pas plus de réaction, pour le moment. Tâchant de se détourner des petits numéros de Brisendan, probablement moins innocents qu'il n'y semblait ; Samuel se focalisa sur les individus qui venaient d'interroger les passants entourant la banque.

▬ Je vous écoute, dit-il fermement, puisqu'ils ne semblaient attendre que son feu vert.


"Il était stoïque, sérieux, austère ; rêveur triste ; humble et hautain comme les fanatiques. Son regard était une vrille. Cela était froid et cela perçait. Toute sa vie tenait dans ces deux mots : veiller et surveiller. Il avait introduit la ligne droite dans ce qu'il y a de plus tortueux au monde ; il avait la conscience de son utilité, la religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre. Malheur à qui tombait sous sa main !"
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Ross Brisendan
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Dim 5 Mar 2017 - 22:44
L’essentiel de la déposition que pouvait faire Ross se trouvait résumé dans les documents qu’avait remis son secrétaire. Il ne doutait pas qu’un quelconque gratte-papier des bureaux de Kobalt les passerait au peigne fin, sans en négliger un seul détail. Bien sûr qu’il voulait éviter les soupçons : après tout, il était en un sens la personne qui allait bénéficier de cet épisode tristement violent, à travers le remboursement que lui verserait son assurance, qui était royale. N’importe quelle personne qui ne le connaîtrait pas pour son intégrité envers les services impériaux l’aurait mis sur les premiers rangs de la liste des suspects. Il ne se sentait pourtant pas menacé. L’enquête serait menée avec l’assiduîté habituelle, il n’en doutait pas.

Il était aisé de considérer Samuel Kobalt comme une machine inexorable, mais par hasard, celui-ci choisit justement cet instant pour démontrer au gérant des lieux qu’il n’était pas le seul à pouvoir façonner des piques et lancer des flèches du Parthe. Sur le moment, Ross eut besoin d’un instant pour réaliser qu’il venait d’entendre une plaisanterie. Alors qu’il s’apprêtait à quitter les lieux, bavardant déjà avec le maçon qui l’entretenait de l’avancement des travaux à l’arrivée de Kobalt, il virevolta sur ses talons et arbora un sourire radieux. Il était ravi de constater que l’homme de justice ne souffrait pas de cette triste affliction qui consiste à ne pouvoir comprendre, ni exercer, l’humour. Cela ne pouvait manquer à ceux qui ne savaient pas ce qu’ils rataient ; mais il était néanmoins satisfait d’apprendre que le gendarme n’était pas du nombre. Il ne souhaitait jamais le malheur de personne.

« Mon cher Armik, allez nous chercher de quoi boire à la réouverture de l’agence. Et à la bonne humeur. »

Tandis que les hommes de l’agence décrivaient à Kobalt les quatre tristes personnages qui avaient pris d’assaut la bâtisse – une brute, un gringalet bien coiffé, un encapuchonné aux airs frileux et une sorte de bateleur à l’accent marqué – Ross aidait discrètement son secrétaire à servir une boisson pétillante de grand luxe tirée de son bureau. (Les déclarations des employés, présentées en désordre, peignaient le tableau confus que leur avaient transmis les gens du quartier, plus ou moins certains de leurs témoignages ; mais l’ensemble évoquait une bande rodée aux opérations éclair, dépourvue d’hésitations ou de craintes, et sûre d’elle jusque dans sa retraite précipitée.) Tout en faisant mine de papillonner, le banquier assurait en fait la plus grande partie des gestes, notamment ceux qui nécessitaient une certaine précision. Son employé avait la main qui tremblait. Il accepta néanmoins une flûte du breuvage, son regard plutôt grave que festif tandis que Ross faisait la distribution, et insistait pour que le chef de la gendarmerie se joigne à leur toast.

Timan avait cette tendance à exiger de ses suivants qu’ils fêtent dignement les moindres succès ; d’une part les succès eux-mêmes étaient un tribut à sa vénération, d’autre part les dépenses pour les fêter lui étaient plaisantes. Il faut dire que Ross n’était pas seulement attiré par ce culte en raison de ses racines ; sa personnalité y trouvait aussi son compte.

Dans la file des employés venus témoigner, l’un d’eux, plus âgé que les autres, le suivait des yeux avec une sorte de désapprobation imperceptible dans son regard, mais attendait visiblement son départ pour en toucher le moindre mot. Cela ne saurait tarder. Tandis que les paravents mis en place par l’équipe de réparation étaient repliés pour livrer l’accès aux clients, révélant des panneaux moins intimidants du type « attention, peinture fraîche », le secrétaire parut arriver à la limite de ses forces ; loin de l’avoir remis sur pied, l’alcool avait achevé de l’épuiser. Il demanda la permission de se retirer, fait assez extraordinaire pour que son patron s’excuse aimablement en vidant son verre, et s’éloigne à sa suite. Son index désigna d’un large geste une porte ouverte non loin d’eux sur une salle vide, où se trouvaient simplement un bureau, trois chaises, et des placards débordants de dossiers tout au long des murs.

« Je mets ce bureau à votre disposition, mon cher Kobalt. N’hésitez pas à y convoquer ou à en chasser qui bon vous semble, sans vous soucier de notre bonne marche. Nous mettons un point d’honneur à fonctionner en toutes circonstances. »

A ce propos, il perdit quant à lui son sourire de circonstance en les quittant – un instant avant de se tourner ; en temps normal, il aurait attendu d’être de dos et invisible des autres, mais il avait cette fois négligé ces finitions de détail. Il y avait un édifice à sauvegarder, en priorité. Les employés se regardèrent, et se rangèrent en file devant le bureau vide qu’il avait désigné du doigt avant de disparaître, attendant d’y être appelés ensemble ou séparément. Tout naturellement, l’ancien avait pris la première place et ses camarades la lui avaient laissée. C’était un vieux briscard qu’on avait toujours vu au service de la famille, il avait la confiance de la mère de Ross avant d’avoir la sienne, au point qu’on en avait jasé à l’époque.

Il n’y avait dans son regard, qui suivait le départ chancelant du secrétaire malade, aucune sollicitude visible ; on y décelait même une pointe d’ironie. Puis il reporta sur Kobalt un regard qui avait quelque chose d’entendu, un regard de patience mise à rude épreuve. Ce n’était pas facile tous les jours de travailler au service d’un pareil énergumène ; et il ne doutait pas que cet homme sévère, que semblaient horripiler les fautes de caractère de son patron, le comprenait sur ce point et partageait ses vues.

« Je peux vous renseigner sur le type qu’ils ont enlevé, si vous voulez, monsieur, » suggéra-t-il en désignant d’un coup d’oeil le bureau où il pourrait enfin s’exprimer librement.
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Samuel Kobalt
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Mer 22 Mar 2017 - 13:18
En découvrant le sourire affiché par Ross, une expression relativement ineffable parcourut le regard de Kobalt. Il n'était pas de ceux qui avaient quelque réaction épidermique quand ils voyaient quelqu'un heureux, n'en déplaise aux médisants. Pour autant, il n'appréciait guère les gens de la cour, et tous leurs artifices, tous leurs jeux de langue, souvent plus malhonnêtes que simplement plaisantins ; et envisager qu'il ait pu participer à ce jeu, même quelques secondes, ne le contentait pas. Une telle rigidité de l'esprit ne pouvait que s'accompagner d'une proportion nulle d'indulgence, y compris envers soi-même. En somme, le commandant regagna aussi rapidement son sérieux, qu'il ne l'avait perdu.

Fort heureusement – du moins pour Samuel – l'exercice de ses fonctions l'empêchait de trop méditer sur ses propres sentiments, et encore moins sur ceux d'autrui. Il écoutait avec une attention presque religieuse les portraits qu'on lui dressait des malfrats. Plus leurs silhouettes se dessinaient, plus il lui semblait qu'elles ne lui étaient peut-être pas tout à fait inconnues, mais il lui faudrait fouiller ses dossiers, avant d'affirmer quoi que ce soit.

Parallèlement à l'enquête, il ne perdait que rarement Ross de vue, toujours interpellé par son insouciance, surtout parce que celui qui semblait être son bras-droit, paraissait si nerveux, par-dessus tout.

« Je mets ce bureau à votre disposition, mon cher Kobalt. N’hésitez pas à y convoquer ou à en chasser qui bon vous semble, sans vous soucier de notre bonne marche. Nous mettons un point d’honneur à fonctionner en toutes circonstances. » dit alors Ross.

▬ Très bien, répondit-il, en revenant à sa hauteur. Mais pour vous, c'est « commandant », rectifia-t-il, peu réceptif à la familiarité qu'employait Ross avec lui.

Il était plus que probable que Ross se montrât aussi chaleureux avec chacune de ses relations cordiales. D'ailleurs, qu'en était-il avec ses rivaux, si du moins, il en avait ? Mais Samuel était d'une grande rigueur avec chacun, et ne ferait aucune exception, encore moins pour un homme de la sorte.

Ledit commandant pénétra le bureau désigné par Ross, qui venait finalement de s'éloigner. Il commença alors les recherches, avec la procédure habituelle, rehaussée par sa propre expérience.

Peu de temps s'était écoulé lorsqu'un autre homme vint le trouver. Kobalt ne manqua pas ce « soulagement », faute d'un meilleur terme, presque imperceptible, qu'il avait dans le regard ; comme s'il attendait de lui parler depuis un moment. En ce cas, qu'attendait-il donc ? Samuel balaya machinalement les environs du regard. Ross était hors de vue.

▬ Je vous écoute, répondit-il simplement.

Samuel n'était guère du genre à tourner autour du pot, ou à ajouter quelque fioriture, pour se montrer encourageant. Pourtant, son regard l'était.


"Il était stoïque, sérieux, austère ; rêveur triste ; humble et hautain comme les fanatiques. Son regard était une vrille. Cela était froid et cela perçait. Toute sa vie tenait dans ces deux mots : veiller et surveiller. Il avait introduit la ligne droite dans ce qu'il y a de plus tortueux au monde ; il avait la conscience de son utilité, la religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre. Malheur à qui tombait sous sa main !"
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Ross Brisendan
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Mer 22 Mar 2017 - 16:51
Le vieil homme au complet-veston anthracite jouait avec la pointe de sa moustache respectable, comme pour réunir ses pensées en un fil cohérent, et les présenter avec concision. Il était inutile de lui faire miroiter l’importance ou la gravité de sa déposition. Il en rappela d’ailleurs une clause bien particulière, dès qu’il fut sûr qu’aucune oreille extérieure ne pouvait capter leurs propos :

« Ce que j’ai à vous dire sera et doit rester strictement confidentiel. »

Dans une pièce voisine, un petit groupe entourait le directeur, dans l’attente de ce que dirait le médecin convoqué un peu plus tôt ; il avait examiné les différents blessés et les clients choqués par l’assaut, mais se trouvait à présent face à un cas un peu plus complexe, qui le déstabilisait. Il ne savait pas quoi faire. Personne ne savait quoi faire. On regardait le directeur, mais il était le plus perdu de tous, au point qu’il ne songeait même pas à le cacher.

Ignorant de ce développement de dernière minute, le vieil homme qui confiait son témoignage au commandant Kobalt s’était entretemps résolu à jouer cartes sur tables ; dans une telle situation de crise, les habituels principes de secret familial du clan Brisendan ne tenaient plus. Encore un peu, et il y aurait des morts au plus haut niveau de la direction ! Il ne pouvait pas se rendre complice d’une déchéance aussi ridicule. Son allégeance allait à la bonne marche de la Gobelin Bank avant d’aller à une personne ou une autre en particulier, et chaque Brisendan qui occupait la hiérarchie au-dessus de lui le comprendrait à merveille, en y réfléchissant un instant.

« Cette attaque n’avait pas pour but de dérober une quelconque somme d’argent. Ce qui me fait dire que les coupables étaient mus par un paiement antérieur, ou par un motif plus sacré. Car ce sont les mœurs dissolues de notre vénéré directeur qui ont provoqué ce chaos. »

Il convenait de s’expliquer clairement sur ce point. Du pouce, le vieil homme désigna la direction où s’étaient éloignés les deux précédents protagonistes. Il s’était montré tout aussi cavalier sur leur passage, dans son attitude en tout cas, en s’écartant pour éviter d’entrer en contact physique avec le secrétaire en question, comme si ce dernier menaçait de lui transmettre quelque honteuse contagion. Dans ce mouvement, il dégagea sans y songer un certain pendentif religieux, de facture récente, qui brilla dans le creux de son col.

« Vous aurez remarqué que l’employé qui occupait l’accueil, le dénommé Armik, n’en menait pas large. Pas juste par faiblesse d’âme : parce quil arce que c’était lui la cible. J’ai tout vu. Le petit jeune l’a braqué et a trouvé moyen de le manquer ; mais l’impact l’a fait tomber, et c’est à ce moment-là qu’ils ont battu en retraite : ils pensaient avoir réussi leur coup. »

La prononciation de ses mots en révélait beaucoup sur son point de vue général ; le « petit jeune » en question lui avait visiblement fait par sa carrure une défavorable impression. C’était presque au point qu’il semblait déçu en évoquant l’échec absurde de ce tir à bout portant, qui n’avait laissé sur la peau du secrétaire maudit qu’une fine écorchure, de celles que laisse une balle en frôlant la peau. Il était évidemment porté à sous-estimer les personnes du sexe fort qui échouaient à manifester une suffisante maîtrise de leur posture, de leurs élans et de leurs actes.

A cet instant, le téléphone placé sur le bureau sonna. Tout naturellement, l’employé porta le combiné à son oreille et écouta un bref message, avant de s’adresser au commandant de gendarmerie :

« L’homme pris en otage a été relâché. Il est en vie, miraculeusement. Il fait dire que les criminels ont disparu par une bouche d’égoût du Bas Niveau, le laissant pieds et poings liés. »

Une sorte de garde-à-vous, qui reflétait à la fois l'attente des ordres et la fin de sa déposition, trahit sans équivoque l'ancien poste de garde de sécurité qu'avait employé le vénérable personnage. Il était certain qu'un otage remis en liberté sain et sauf, pas même ligoté ou enfermé, dénotait d'une grande hardiesse et d'une certitude de pouvoir échapper sans peine. Mais peut-être la gendarmerie disposait-elle en pareil cas d'armes dont les simples criminels ne se doutaient point.
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Samuel Kobalt
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MessageSujet: Re: Cambriolage à l'agence Wolter [Sire Kobalt] Lun 22 Mai 2017 - 18:24
Le visage impassible du commandant paraissait être gravé dans le marbre. Pourtant, son attention redoubla lorsque le vieil homme mentionna le caractère confidentiel de la déclaration qu'il avait à lui faire. Un autre aurait sans doute jubilé face à une histoire qui aurait pu le propulser dans l'enquête, voire dans la rumeur sordide de la société médisante, mais il n'était pas de ce rang-là. Il n'appréciait pas les mœurs de Ross, et il pouvait difficilement le supporter, pour autant, il ne le méprisait pas, et il ne lui viendrait pas à l'idée de calomnier un citoyen honnête. Il n'entendait pas non plus chercher un tuyau, de derrière les fagots, pour dégrader sa réputation. Kobalt était désespérément objectif et droit. Aussi gardait-il à l'esprit que les employés de Brisendan avaient peut-être une dent contre lui, du moins pour certains. Il n'allait naturellement pas jusqu'à se méfier de ce vieil homme, qui semblait tout aussi droit. Aussi l'encouragea-t-il à reprendre la parole, d'un bref hochement de la tête, et ce malgré l'étrange ambiance qui régnait autour d'eux.

Son interlocuteur finit par expliquer que les criminels n'en avaient pas après l'argent de cette banque, mais plus vraisemblablement après les mœurs de son directeur. Samuel comprenait cette désapprobation du rythme de vie de Ross, pour autant, le préjugé ne justifiait pas le crime.

A vrai dire, rien ne justifiait le crime.

Son regard se fit plus sombre. Il ne chercha pas à interrompre cet homme qui lui parlait avec bonne volonté. Il avait hâte d'en savoir davantage. En somme, l'un des employés – celui qui s'appelait Armik – avait été particulièrement visé. Samuel avait une idée des raisons qui les avaient poussés à s'en prendre à lui, sans vouloir les imaginer. Il n'échappait pas au commandant que cet homme qui lui parlait semblait trouver cet assaut moins condamnable, en raison de ses causes.

Il aurait pu le lui faire remarquer, mais ils furent interrompus par un coup de téléphone. Une lueur vive et fugace traversa le regard brun du policier, lorsqu'il obtint de nouvelles informations. Il se contenta de remercier cet homme, rapidement, avant de retrouver l'endroit où se tenait Ross.  

▬ Nous avons une piste, il faut que je la suive. L'otage a été libéré, dit-il simplement.

Il esquissa un geste pour s'en aller, mais il préféra jauger Ross du regard, un instant. Alors, il agit plus par intégrité que par acquis de conscience.

▬ Je ne suis pas sûr que tous vos employés déplorent ce qui est arrivé.

Bien sûr, à Ambrosia, tous les employés, ou presque, fantasmaient à l'idée de voir leur supérieur hiérarchique dans l'embarras ; mais il lui semblait que la haine, ici présente, était assez alarmante pour que certains se félicitassent de cet accident, et Ross devait en être informé. Certainement était-il au courant, mais jamais aucune piqûre de rappel n'avait fait de mal.


"Il était stoïque, sérieux, austère ; rêveur triste ; humble et hautain comme les fanatiques. Son regard était une vrille. Cela était froid et cela perçait. Toute sa vie tenait dans ces deux mots : veiller et surveiller. Il avait introduit la ligne droite dans ce qu'il y a de plus tortueux au monde ; il avait la conscience de son utilité, la religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre. Malheur à qui tombait sous sa main !"
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