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[CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer)

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Mélusine Duval
Ministre de l'éducation et des pupilles
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MessageSujet: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Mer 1 Fév 2017 - 17:14
Mélusine sortait tout juste de son entrevue avec l'Impératrice. Elle récupéra son manteau, mais avant de quitter le Palais, elle décida de faire un petit détour par les jardins. Elle avait besoin de prendre l'air. Sa gorge était nouée et son estomac était tout retourné.

Il n'y avait encore personne dans les jardins du palais en ce matin-là, et la pluie fine qui tombait devait certainement décourager les gens à mettre le nez dehors. Mélusine s'avança dans une des allées du jardin en rabattant sa capuche. Une mèche de cheveux se détacha de son chignon et virevoltait devant son visage. Elle observa pensivement les arbustes et les fleurs trempées. Tandis qu'elle marchait calmement, elle prenait de grandes respirations. Les gouttes d'eau ruisselaient sur son visage.

L'horrible découverte de l'orphelinat l'avait touché. Elle pensait à ces pauvres enfants sans famille, qui avaient perdu la vie sans que personne ne le sache ou ne se soucie de leurs sorts. Elle avait l'impression d'avoir échouer quant au fait de les protéger. Et ce sentiment de culpabilité la tenaillait. Tout le monde devait pleurer le Prince Consort, mais bien que cela attristait Mélusine, elle était malgré tout beaucoup plus touchée par le sort des enfants.

Quelque chose attira l’œil de la Ministre, un objet brillant dans le jardin. Elle s'approcha doucement d'un pot de fleur et y aperçut un petit moulin à vent en papier brillant cuivré. Le léger vent du matin le faisait tournoyer. Mélusine se pencha et le l'ôta délicatement de la terre, comme si elle cueillait une fleur fragile. Elle le porta devant ses yeux, et resta un moment à observer l'objet qui tournait. Sa gorge se dénoua doucement, et dans un moment de calme, elle pleura en silence. Les larmes coulaient le long de ses joues, se mêlant aux gouttes d'eau qui tombaient. Cela lui fit du bien de se laisser aller, pour une fois, sans que personne ne la voit.

Il lui arrivait encore parfois, bien que cela se fasse de moins en moins, d'avoir des petits coups de déprime, seule dans sa chambre. Elle se laissait pleurer puis se ressaisissait en se maudissant d'être faible. Plus le temps passait, plus la solitude la pesait. Elle n'était bien qu'au travail lorsqu'elle était entourée de gens, mais une fois le soir et lorsqu'elle rentrait dans sa maison vide, personne ne l'attendait plus. Les rires de sont fils avaient disparu et la voix grave de son mari lui demandant le menu du soir semblait comme un souvenir lointain.

Elle était si totalement plongée dans ses pensées en fixant l'objet qu'elle tenait dans ses mains, qu'elle n'entendit pas les pas d'une personne qui s'approchait derrière elle...
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Everard Zullheimer
Premier serviteur d'Ameth en Ambrosia
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Jeu 2 Fév 2017 - 1:10
Comment osait-on le traiter de la sorte ! Pure encore, comment osait-elle lui faire cela ? Quelle abominable garce !  Oui, c’était l’impératrice !  Oui, c’était une femme à la fois belle et puissante, mais comment osait-elle me faire virer de la chapelle manu militari, le forçant à mettre fin à un vœu sacré ? Quelle abominable mégère, quelle … non, il valait mieux cesser là où j’allais devenir plus que vulgaire… tout ça parce que le médecin trouvait anormal que je ne prenne ni nourriture, ni repos avant les obsèques !  Qu’est-ce que connaissait cet imbécile imbu de sa propre science comme autant de suffisance mal placée de ce que je pouvais ou ne pouvais pas faire, ce que je devais et ne devais pas faire. D’ici à l’enterrement, il était prévu que je jeun et que je veille le corps de mon frère, c’était mon devoir, car son épouse – enfin, désormais sa veuve -  ne pouvait pas le permettre étant donné sa position. C’était la loi divine, la loi à laquelle j’étais voué sur ma vie et même au-delà…

J’avais envoyé bouler le médecin de la cour en lui disant que s’il ne désirait pas un bon coup de bâton de prière en travers des oreilles, il avait intérêt à me laisser en prière. Mais non, il ne semblait pas pouvoir, pas vouloir, l’accepter. Bien au contraire, il était plutôt du genre à insister davantage et quand je l’avais mis à la porte de la chapelle qui était lui avais-je dû rappeler, un lieu de recueillement et de prière et non un temple de la science voué à ses élucubrations, et que mon jeun ne saurait souffrir une quelconque rupture. Voilà qui était clair, non ? Et voilà que cet imbécile était allé directement trouvé la reine pour lui dire qu’il fallait que je mange et que je me repose… et cette garce imbécile avait été tout juste bonne à acquiescer sans comprendre, sans accepter que je puisse m’expliquer et on m’avait foutu dehors comme un malpropre. Un garde de chaque côté, une main ferme sur chaque épaule. Et ne pouvant troubler le sommeil du mort je n’avais eu d’autre choix – particulièrement malgré moi, soyez en sur – que de céder et de me laisser reconduire à la sortie de la chapelle, et on menaça même de m’enfermer dans mes appartements comme un gosse si je refusais de m’alimenter et de prendre un peu de repos. Devant mon refus d’en entendre parler, on avait dû me reconduire à mes appartements et poster deux gardes devant la porte. Immédiatement, j’étais allé voir si je pouvais passer par le passage secret pour sortir. Il avait été verrouillé, elle avait pris la peine de le verrouiller… salope finie. Oui, il n’y avait pas d’autre moyen, j’allais devoir céder… aussi restais-je un moment dans mes appartements, pour faires ablutions matinales alors que le palais s’éveillait. Oui, il était l’aube passée d’à peine quelques heures. Et une fine pluie tombait sur Ambrosia. Temps parfait considérant mon humeur…

Je pris le temps pour m’habiller en conséquence, entre la pluie et le deuil, aussi s’agissait-il d’une bure blanche cintrée et faussement attachée sur le devant par des agrafes noires et resserrée autour de la taille par une simple bande e tissu noire et une boucle d’acier ornée d’un cheval. Sur le cœur, un corbeau en vol, noir de jais était présent. Pourquoi pas uniquement du blanc ? Tout simplement parce que selon moi et selon mon ancien supérieur direct, le premier abbé de platine, toute mort s’accompagnait de vie, et toute vie s’accompagnait de mort. Il fallait que je rappelle cela par ma propre tenue. D’où les petites traces de noir Puis, je jetais sur mes épaules la seule couleur intemporelle de mon ordre :  le violet, une cape de violet, une pèlerine imperméable et qu’importe le fait que ce soit un peu criard, une belle couleur, un violet sombre tellement sombre qu’on aurait pu penser à un noir aux reflets de violet. Rares étaient ces capes, le Protectorat ne les confiait pas à n’importe qui…

Je priais un certain temps, me préparant à endurer la pénitence d’un vœu non respecter et enfin, quand je me sentis prêt, plusieurs heures après mon arrivée en mes appartements davantage mal gré que bon gré, je chaussais e de légères bottes sur des chausses dissimulées sous la bure et je me décidais à sortir. En ouvrant la porte je tombais sur les gardes, toujours en faction. Je leur demandais leur nom. Aucune réponse. Très bien, leur lançais-je, faute des noms, ils s’appelleraient Jetsam et Flotsam. Ils ne semblèrent pas aimer mais qui étaient-ils pour me contrarier davantage. Je les assurais que je me reposerai après et que j’allais m’alimenter. Je souhaitais juste marcher un peu dans les jardins. Ils me jetèrent un regard noir et me suivirent à distance respectueuse… très bien, je n’allais donc pas avoir la paix avant d’avoir obéis à toutes les exigences. Et bien soit, alors direction la pluie dehors histoire d’ennuyer un peu mes « geôliers » …

Alors c’est sous la fine pluie que je sortais et que je me rendais en direction des magnifiques jardins du palais, couverts de fleurs de toutes les saisons, offrant donc une partie de jardin au moins fleurie par saison, j’appréciais son calme pour m’y évader un peu, parfois pour prier, et certains coins étaient intéressants,  et d’autres assez « crapuleux » il fallait le reconnaitre… je souris un brin méchant aux gardes avant de finalement me diriger vers l’intérieur des jardins afin de pouvoir casser les pieds à mes deux gardes chiourmes. Et je verrais bien. Je marchais en silence, un peu dans mes pensées, un peu dans mes prières silencieuses quand enfin j’aperçu quelqu’un. Une personne seule sous la pluie, sans doute une femme, à la silhouette de dos. Je me permettais d’approcher et de tousser un peu fort pour qu’elle me remarque, par politesse. Puis je prenais la parole, d’un ton doux et posé.

« Ma dame ? Puis-je vous demander si vous allez bien ? A rester ainsi, immobile, sous la pluie, vous aller attraper froid… il faut soit avoir un problème, soit être un serviteur des Dieux pour rester comme cela sous la pluie… »

Je ne ris pas à ma blague qui m’aurait bien fait rire dans d’autres circonstances.
Dans d’autres circonstances, j’aurai sans doute porté un intérêt moins maternel à la personne qui se tenait à quelques pas de moi, puis je défaisais l’épingle d’argent qui maintenait ma pèlerine attachée à mes épaules pour la poser sur ses épaules Cela faisait manteau sur manteau, mais le sien semblait bien plus trempé que le mien. Ce fut alors que je la reconnus, ne m’empêchant pourtant pas de finir mon geste – qui n’alla toutefois pas jusqu’à fermer la pèlerine sur ses épaules, pour des questions de décence et de contacts physiques.

« Oh, je vous prie d’accepter mes excuses. De dos je ne vous avais pas reconnue, Ministre Duval … »
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Mélusine Duval
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Jeu 2 Fév 2017 - 5:08
Mélusine fut tiré de ses songes par un toussotement derrière elle. Quelqu'un approchait et il n'était pas question que cette personne la voit ainsi. Dans un geste rapide, elle essuya ses larmes du bout des doigts et essaya de se reprendre. Elle entendit une voix masculine, une voix qu'elle avait déjà entendu mais qu'elle n'arrivait pas à remettre. Elle ne se retourna pas pour autant mais se redressa, tout en gardant le moulin à vent dans une main.

Au moment où la pèlerine toucha ses épaules, un frisson la parcouru et elle se retourna précipitamment pour voir de qui il s'agissait. En voyant ce visage devant elle, elle eu un sursaut avec un petit cri involontaire ainsi qu'un geste de recul. Elrich ?! Non ce n'était pas possible... Un court instant Mélusine regarda l'homme comme s'il était un fantôme, puis elle se reprit en comprenant que ce n'était pas le Prince Consort mais bien son frère qu'elle avait devant elle. D'habitude, elle avait plutôt du mal à les distinguer, mais elle n'y arrivait que par leurs vêtements. Mais puisqu'Elrich était mort, il n'y avait plus aucun doute. Elle se trouva stupide.

- Je... euh.. excusez-moi... Elle n'arrivait pas à s'exprimer correctement sous le coup de la surprise. Elle prit une petite respiration et fit un sourire poli.

- Pardonnez-moi, Monsieur Zullheimer, je pensais être seule, j'avais... juste besoin de prendre un peu l'air.

Elle essayait de faire bonne figure, comme à son habitude, mais ses yeux rougis la trahissait. Aussitôt elle reprit son air sérieux, et se souvint des bonnes manières.

- Toutes mes sincères condoléances...

Elle baissa les yeux et s'aperçut qu'elle tenait toujours dans une main le moulin à vent et se sentit tout à coup très bête. Everard devait s'en doute se poser la question du pourquoi la Ministre de l'Education avait cet objet en main. Cela manquait cruellement de sérieux... Mélusine ne se débina pourtant pas et lui posa une question plutôt saugrenue.

- Est-ce que quelqu'un du Palais s'offusquerait si je prenais ce joli moulin à vent ? Elle s'arrêta un instant en mesurant ces dernières paroles tout en regardant Everard. Oh … Euh... C'est pour une petite orpheline qui les adore...

Mélusine lui fit à nouveau un sourire poli malgré qu'elle semblait toujours troublé. La situation lui semblait ridicule, alors que Monsieur Zullheimer venait de perdre son frère, et qu'il se fichait sans doute pas mal d'un moulin à vent...
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Jeu 2 Fév 2017 - 14:42
Aurai-je agi différemment si j’avais su que la personne était la ministre Duval ? Certainement pas. Mais peut être me serais-je davantage attardé sur les politesses avant de lui poser ma pèlerine sur ses épaules. Dans tous les cas, il fallait qu’elle se couvre pour ne pas tomber malade. Si jamais, moi, je tombais malade, ce serait une forme de pénitence, et je l’accepterai de très bon cœur !  Ce serait un bon châtiment… je lui souris tristement avant de faire une très légère révérence… après tout, c’était une personne importante, n’est-ce pas ? Et il fallait donc qu’elle se montre en forme pour son travail. Moi, entre le manque de sommeil, le jeun, et le chagrin, si je tombais un peu malade, ça passerait crème… je prenais sur moi pour sourire, pour être aimable. Je n’en avais pas envie. Tout simplement. Enfin bon, il fallait que je sois plein de bonnes intentions, malgré le décès de mon frère.

« Prieur Zullheimer… »

J’avais un titre et j’appartenais à ce genre de personnes pour qui ça avait de l’importance, une grande importance. Je comptais que mes interlocuteurs l’utilisent. C’était la marque de mon vœu, de mon désir de servir toute ma vie le Dieu Ameth et la lignée. Tout simplement. J’étais ici dans ma fonction, et elle avait de l’importance. Comme pour tous les prêtres, non ? Certes, nous étions très minoritaires, mais ce n’était pas une raison pour ne pas m’appeler Prieur, ou premier serviteur…

« Je vous remercie profondément… hélas, nous ne pouvons pas nous permettre de rester à pleurer n’est-ce pas ? Nous devons nous intéresser aux affaires publiques, vous à vos décrets, à vos écoles, et moi à mes ouailles… nous n’avons pas le choix. Hélas… »

Sa question était une bonne question, même si, soyons honnêtes, j’avais d’autres choses à penser que de savoir si elle pouvait prendre le petit moulin a un vent… je ne savais pas quoi penser… en effet, je me demandais qui ça pouvait être précisément, la personne à qui demander. Alors je haussais les épaules, détaché un peu de cela. Je doutais que quelqu’un s’offusque et au pire, un dédommagement en roues sonnantes et trébuchantes règlerait le problème… enfin bon, qu’elle l’emporte son petit jouet pour enfant…

« Prenez-le et si quelqu’un râle, une ou deux roues d’argent suffiront à régler le problème, je pense ! Vous verrez bien ! Et il sera nettement plus utile entre les mains d’un enfant riant aux éclats en jouant avec qu’ici planté pour tenir compagnie à une plante en pot… »

Je ne la touchais pas, alors que je lui parlais et finalement je lui désignais un petit porche, un petit auvent qui nous offrirais un abri temporaire, l’invitant à m’accompagner jusque-là bas. Pour discuter un peu au sec… et de toute manière, me sentant peu diplomate en ce temps de deuil, je lui lançais.

« Vous semblez un peu bouleversée… désirez-vous en parler ? Après tout, ce qui se dit peut rester complètement secret par le droit sacré du silence de la confession. Je suis un homme de prière voué aux Dieux après tout… et il vaut mieux discuter au sec, non ? »


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Mélusine Duval
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Ven 3 Fév 2017 - 3:02
Mélusine se mordit la lèvre inférieure. Elle avait été tellement troublé qu'elle en avait presque oublié à qui elle parlait. Certes, elle n'avait pas eu l'occasion si souvent de parler seul à seul avec Everard, même jamais de ce qu'elle s'en souvenait. Ils n'échangeaient en général que des mots de politesse lors de cérémonies ou toutes autres réunions en présence de sa Majesté et de certains Ministres. Elle avait même eu plus l'occasion de parler à son frère qu'à lui.

- Je suis confuse, Prieur Zullheimer.

La Ministre savait qu'il avait raison. Oublier la peine dans le travail, c'était bien ce qu'elle faisait depuis quelques années. Mais n'avait-on vraiment pas le choix ? Les choix pour Mélusine s'étaient imposés pourtant naturellement, elle n'aurait jamais pensé étant plus jeune qu'elle deviendrait Ministre de l'Education et des Pupilles. Elle n'aurait jamais cru perdre tout ce qu'elle désirait.

- Oui, bien sûr, vous avez parfaitement raison.

Mélusine plaça précieusement le moulin à vent dans une grande poche intérieure de son manteau, en s'assurant de ne pas l’abîmer. La petite orpheline à qui elle faisait référence n'était pas un fruit de son imagination, c'était une petite fille adorable qui avait une grande fascination pour ce genre d'objet. Mélusine parvenait parfois à la rencontrer lors de visites dans l'orphelinat où elle se trouvait, l'enfant lui disait souvent qu'elle voulait devenir inventrice lorsqu'elle serait grande. Ah, les rêves de jeunesse, comme cela lui semblait si loin...

- Elle va être ravie, je vous remercie.  

Mélusine hocha la tête, il était vrai que la pluie ne cessait pas, et qu'il valait mieux aller se mettre dans un endroit abrité. Elle accompagna donc Everard jusqu'au porche qu'il lui indiquait. Sur place, elle retira des épaules la pèlerine et la lui tendit en le remerciant. Elle ôta sa capuche et remit la mèche de cheveux rebelle derrière son oreille.

Les confessions n'étaient pas du tout le fort de Mélusine. Elle gardait toujours tout pour elle, jusqu'à ce que tout éclate dans un lieu où généralement elle se trouvait seule. Se livrer, même à un prêtre, elle n'y arrivait pas. L'histoire des pauvres orphelins retrouvés morts, elle ne préférait pas en parler, même si cela allait tôt ou tard se savoir. Elle devait rapidement démêler cette affaire avant qu'il n'y ait d'autres victimes.

- Je suis juste un peu... troublée, cette triste disparition me rappelle également de mauvais souvenirs. Mais je vais bien, rassurez-vous.

Elle faisait allusion à la mort du Prince Consort, même si elle mentait sur le fait que ça la touchait beaucoup. Oui, cela l'avait touché, mais pas autant que la mort des enfants. Évidement, la perte de l'époux de sa Majesté lui avait rappelé la mort de son propre époux et de son fils, et la douleur que cela lui avait provoqué.

- Et comment vous portez-vous Prieur Zullheimer ? Vous devez avoir beaucoup à faire, je ne veux pas vous faire perdre votre temps.

Changer de sujet de conversation, voilà la meilleure solution pour ne pas attirer plus l'attention sur elle. Encore qu'elle se demandait ce qu'il pouvait faire de si bon matin dans les jardins du palais.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Ven 3 Fév 2017 - 3:54
Je n’avais jamais eu beaucoup de temps pour parler avec la ministre Duval, et nous n’échangions souvent guère plus que des politesses, voir un ou deux avis lors des rares réunions où Elrich me demandait de se présenter à sa place, pour le représenter… oui, cela faisait de bien maigres rencontres. Toutefois, cette belle femme mure et moi n’avions guère pu éprouver le besoin de passer plus de temps l’un en compagnie de l’autre, nous semblions n’avoir ni passions, ni buts communs de prime abord, et vu qu’elle ne jouait pas tant que cela au jeu des courtisans, je ne voyais pas le mal à la laisser en paix dans son coin. Mais là, aujourd’hui, maintenant, je ne savais pas… j’avais envie de compagnie, et parler à Jetsam et Flotsam ne semblait pas vraiment possible… sauf pour les vilipender, les fustiger de nouveau bien sur… et à bien y réfléchir, avec leur regard mauvais, leur teint un peu cireux, on aurait bel bien cru qu’ils avaient des têtes d’anguille… Bref, en tout cas maintenant nous étions à l’abri.

« Ce n’est rien, ce n’est rien… Mais à force de penser à mon frère comme le prince consort, les gens oublient que je suis un serviteur des dieux… c’en serait presque vexant par moment, ne pensez-vous pas, madame la ministre ? Enfin, ce n’est pas comme si c’était vraiment grave, c’est juste une poussée d’égo peut être un peu mal placé… »

Nouveau sourire. Mais étrangement, ils ne montent jamais jusqu’à mes yeux ou presque, qui restaient tristes. Qui ne l’aurait pas été dans ces conditions…enfin, il fallait faire contre mauvaise fortune bon cœur, n’est-ce pas ? Je restais silencieux un moment alors qu’elle me remerciait comme si j’étais à l’origine de ce don du petit moulin à vent… mais en fait, en un sens, je lui avais donné une forme d’autorisation en lui expliquant que dans le pire des cas elle n’aurait qu’à verser quelques roues pour que ce soit oublié…

« Elle ? Pourrais-je avoir le nom de la petite merveille qui aura le droit à un si joli présent ? Et allez-vous le donner en personne ? Parce que je ne voudrais pas faire de jaloux... »

Je refusais de récupérer ma pèlerine tout de suite et je cherchais au sein d’une poche de ma bure pour en sortir une rame d’argent sur un cordon de cuir que je lui tendais, sans doute se demandait-elle ce que je voulais dire par là, mais elle devait avoir sa petite idée n’est-ce pas ? Ce n’était pas parce que pour moi, la religion, le culte d’Ameth était strict que je ne devais pas me relâcher, que je ne savais pas ou ne voulais pas me montrer généreux.

« Pour les autres. Pour de bonnes friandises. »

Si elle ne la prenait pas, je poserais sur le petit banc la rame d’argent pour montrer que c’était non négociable, enfin seulement j’expliquais mon geste concernant le manteau.

« Vous êtes bien plus trempée que moi, et la pluie ne semble pas décidée à cesser, vous n’avez qu’à le garder pour le moment, je n’en ai nul besoin, ma foi me réchauffe et le feu de mon cœur garde mon âme au sec… vous n’aurez qu’à faire renvoyer mon manteau dans mes appartements, une fois au sec, chez vous. C’est ce qu’il y a de mieux à faire je suis sur… et puis, je ne vous laisse pas vraiment le choix… »

Une manière polie de lui dire que je refuserai le manteau. Non, presque un ordre en fait… mais qui s’en soucierait ? Je m’assis finalement, invitant ma compagne d’un moment à faire de même avant de l’écouter parler de la troublante disparu… il n’y avait rien de troublant, c’était un meurtre, tout simplement… oui, j’avais à faire, notamment préparer l’oraison funèbre. Mais pour cela j’attendais les consignes…

« Quelle belle manière que de me congédier, ma Dame, mais voyez-vous, je compte m’imposer encore un peu à vous. Que diriez-vous d’une légère collation chaude devant une belle petite flambée… nous pourrions un peu deviser tout en nous réchauffant et en nous séchant… et si vous n’êtes pas trop guindée je suis sûr que nous trouverons un coin de table pour cela aux cuisines. Ils doivent être en train de ^préparer le déjeuner sans doute… »

Je ricanais doucement avant d‘ajouter, sur un ton très doux, venant délicatement effleurer – à peine – une de ses mains.

« Et puis, je ne me sentirais pas très fier de vous laisser dans cet état émotionnel… vous sembliez si bouleversée… allons, faites-moi ce plaisir et venez boire une infusion en ma compagnie... et comme ça vous serez témoin que j’accepte de m’alimenter… Sa Majesté m’interdit de veiller mon frère tant que je ne me serais pas alimenté et reposer… comme si un jeune et une veille étaient incompréhensibles et incompatibles… m’accorderiez-vous cette faveur ? »


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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Ven 3 Fév 2017 - 6:48
Mélusine observait le prieur en se demandant si quelque part, il n'était pas intérieurement soulagé de la mort de son frère. Il était vrai qu'il avait une importance capitale à Ambrosia, et que le fait d'être son frère jumeau devait déjà poser quelques soucis. Quelque chose semblait clocher dans son attitude. Un meurtre par empoisonnement... Et si... Non Mélusine ne pouvait pas en faire une déduction aussi rapide, c'était insensé. D'autant plus que c'était un homme de religion. Elle ne voyait pas en quoi la mort d'Elrich pouvait être profitable à Everard, si ce n'est que l'un avait plus d'importance aux yeux de tous que l'autre. Elle ne sut que répondre au prieur, elle lui fit simplement un sourire poli.

- Annie. Oui, je pense que je lui donnerais en personne. C'est une petite fille de 6 ans adorable, qui se fait surprotéger par les autres pensionnaires, comme s'ils étaient ses grands frères et sœurs. Je ne pense pas que cela fera des jaloux, elle prête volontiers ses affaires.

Mélusine plia la pèlerine par dessus son bras et semblait étonné du geste d'Everard. Elle voulu refuser mais il avait l'air d'insister. Il était compliqué de donner de l'argent ainsi aux enfants de l'orphelinat, aussi se disait-elle qu'elle achèterait quelques gâteries sur le chemin, lorsqu'elle s'y rendrait.

- Je vous remercie. Les enfants seront ravis.

Elle aurait aimé qu'un homme de sa condition aille lui-même voir les enfants, mais ce n'était pas le moment et puis, la Ministre avait aussi un peu peur que le prieur leur fasse un cours sur le culte d'Ameth, alors que ce n'était pas l'endroit pour cela.

Non il ne lui laissait pas le choix pour la pèlerine, ni pour le reste d'ailleurs. Elle n'insista pas et le remercia. Elle prit place à côté de lui. Elle qui ne voulait pas trop s'attarder et qui comptait se remettre vite au travail, voilà que le prieur lui demandait un peu de compagnie. Comment pouvait-elle refuser ? Elle aurait pu pourtant lui dire qu'elle avait un rendez-vous, ou bien beaucoup de travail et ainsi échapper à cela. Mais elle se dit qu'il venait tout juste de perdre un être cher, et puis, une tasse de thé ne lui ferait sans doute pas de mal. Elle ne fit aucun geste quand il vint effleurer sa main, sans doute se sentait-elle un peu en confiance avec un homme religieux. Mais pourtant, elle se tenait tout de même sur ses gardes, comme à son habitude lorsqu'elle se trouvait seule en compagnie masculine. Il n'y avait qu'avec Aÿmerik, son Secrétaire qu'elle connaissait depuis longtemps et qui avait toute sa confiance, qu'elle ne mettait pas autant de barrière. Mais à bien y réfléchir, il y avait également Richard...

- Très bien, c'est d'accord. Mais je ne vais pas non plus trop m'attarder, comprenez que j'ai du travail au Ministère.

Pour mettre les choses au point tout de suite. Elle n'avait pas non plus toute la journée, et son Secrétaire se demanderait où elle était passée.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Ven 3 Fév 2017 - 8:15
Voilà qui ferait donc bien plaisir à Annie, ce petit moulin à vent... et puis comme ça je lui avais donné de l’argent pour acheter des friandises pour les enfants. Bien que certains orphelinats fassent exception, dans beaucoup, c’était la guerre entre les enfants, et chacun se ruait pour voler la nouveauté aux autres, tout simplement… alors comme ça, tout le monde en aurait pour soi… pas de jalousies, pas d’histoires, et des sourires sur tous les minois. Et avec une rame d’argent il y avait largement de quoi leur acheter les meilleures pâtisseries de la ville. Ça allait leur changer de leur quotidien. Je souris, le sourire montant aux yeux cette fois-ci. Pour une fois. Et en plus j’avais trouvé une agréable remplaçante à Jetsam et Flotsam… Que demander de plus ? Je restais assis en silence un moment. J’espérais sincèrement qu’elle accepterait. Congédier les deux gardes-chiourmes serait mieux pour eux comme pour moi... ils m’ennuyaient avec leur regard venimeux… salopards. J’en toucherai un mot durant une quelconque visite à la salle de garde. D’ici là je pense que j’allais les laisser tranquille pour qu’ils me rendent la pareille.

Enfin, finalement, elle accepta, parfait. Je me relevais d’un geste du banc de pierre en opinant du chef. Voilà qui était clair et tout à fait acceptable. Je pensais pouvoir m’en accommoder fort bien. Et au moins il y aurait un témoin que j’avais mangé. Pour le sommeil… non. Non, je ne lui demanderai pas de se compromettre par sa simple présence. Je pris alors la parole pour surenchérir.

« Oh, oui, bien sûr, je comprends, une boisson chaude, une ou deux mignardises, voilà qui compensera un peu ce triste temps morose… bien que la pluie aille bien avec les circonstances actuelles. »

Je lui proposais mon bras galamment, pour lui proposer de le saisir comme d’un rien. Le minimum de la courtoisie et de la galanterie, rien de plus, vous vous en doutez bien. Il n’y avait nulle arrière-pensée. Mais puisque nous allions de concert vers les cuisines du palais, cela me semblait bien approprié… et puis quand bien même, une proximité avec une aussi jolie femme… c’était flatteur pour moi, non ? En tout cas, une bonne chose de sure : si je me souciais de ce genre de détail, c’était que je n’avais pas complètement perdu tout goût de la vie suite à la mort de celui dont j’étais l’ombre… je retins une remarque sur le fait que nous puissions faire jaser. Je n’en avais cure, et j’osais espérer qu’elle non plus.

« Puis-je vous proposer mon bras, Dame Duval ? En tout bien tout honneur, cela va sans dire… »

Mais cela se disait quand même, juste au cas où. Par précaution, pourrions-nous dire ! Je lui souris plus chaleureusement alors que nous marchions d’un pas ni trop rapide, ni trop lent… c’était parfait. Et même si nous nous mouillions, nous étions au bon rythme pour deviser en paix.

« Alors, ma Dame, quelles tristes pensées ont bien pu obscurcir votre esprit au point d’oublier que vous étiez sous la pluie. Oh, je sais, je suis affreusement désolé si je vous offense en vous posant ce genre de question, mais je ne peux m’empêcher de ne pas aimer l’air triste qui balafre votre visage… rien ne vous oblige à répondre, mais si vous voulez, nous pourrions échanger des secrets, ainsi que les inquiétudes… il y en a une qui justement m’inquiète un brin… mais bon, rentrons boire quelque chose de chaud, nous verrons cela plus tard… »

Je lui souris avant de repartir sur un ton un peu plus léger mais sincère.

« Vous savez, je trouve ça dommage que vous et moi n’ayons jamais fait plus amples connaissances, je trouve ça élitiste et arrogant de ma part. Après tout, chacun à notre manière nous nous occupons de l’avenir du peuple ambrosien, non ? »

Enfin, nous passâmes les portes pour rentrer dans le hall avant de nous diriger vers les sous-sols, vers les cuisines…

« Avez-vous déjà mangé sur le pouce en cuisine ? Après si cela vous choque, nous pouvons aussi rebrousser chemin, mon petit salon vous est ouvert si vous le désirez… »


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Mélusine Duval
Ministre de l'éducation et des pupilles
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Ven 3 Fév 2017 - 20:29
Mélusine eu un petit air d'étonnement quant à sa proposition. Cela n'était pas coutume pour elle ne prendre le bras d'une personne qu'elle connaissait à peine. Elle ne se rappelait plus la dernière fois qu'elle avait pris le bras d'un homme. Avec une petite hésitation, elle tendit sa main et la passa sous celui d'Everard. Un léger frisson parcouru son échine. Elle avait encore du mal à toucher les gens, et à ce qu'on la touche aussi.

Elle jeta rapidement un coup d’œil aux alentours pour s'assurer que personne ne les voyait. Après tout, ils ne faisaient rien de mal. Mais cependant elle évitait son regard, et restait droite et concentré sur ce qu'il lui disait. Il était bien curieux, pour un religieux.

- Oh et bien... Le fait que le palais soit en deuil, cela me rappelle égoïstement ceux que j'ai perdu et la douleur que cela provoque dans ces cas-là...

Évidement, le prieur devait être au courant que la Ministre avait perdu son fils il y a 3 ans, puis un an après son mari. Surtout qu'Alexandre était encore le Ministre de l'Education à l'époque. Elle ne dit rien de plus, mais ne souhaitait pas à nouveau entrer dans les sujets douloureux. La douleur, elle l'a portait pourtant toujours en elle, comme une cicatrice.

Elle lui rendit son sourire.

- Il est vrai que nous ne connaissons peu, alors que cela fait des années que nous travaillons pour le bien du peuple. Disons que nos emplois du temps ne permettent pas toujours de se parler.

Mélusine observait les endroits où l'emmenait le prieur et surtout regardait si quelqu'un les apercevait. Les ragots ne la touchait pourtant pas, tant que cela ne touchait pas son travail ou la mémoire de sa famille disparue.

Elle eut à nouveau un sourire. Bien sûr qu'elle avait déjà mangé en cuisine, et même dans des endroits bien pires. Everard ne devait pas savoir qu'elle avait été une petite orpheline avec sa sœur, mangeant parfois des choses peu ragoutantes. Ce passé-là, très peu de gens le connaissait. Et pourtant c'était un passé qui avait forgé son caractère. Mais elle trouvait plutôt étrange que le prieur emmène directement une Ministre en cuisine sans lui proposer d'abord le salon. Se cachait-il de quelqu'un ?

- Cela ne me choque nullement, prieur Zullheimer. Mais ceci dit, vous allez me donner du travail en plus. Elle le regarda avec un petit sourire malicieux. Je vais devoir faire un rapport à sa Majesté sur tout ce que vous allez manger.

Une petite taquinerie qui n'était pas pourtant du genre de Mélusine, mais cela prouvait qu'elle commençait tout juste à entrer en confiance.
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Everard Zullheimer
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MessageSujet: Re: [CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer) Ven 3 Fév 2017 - 22:23
Il fallait reconnaitre que bien qu’elle ne semble pas des plus à l’aise, elle était d’excellente compagnie ! Et son côté très guindé, presque inaccessible, s’effaçait bien vite une fois qu’on avait pu commencer à parler un peu avec elle. La dame de glace se déridait un peu et ses paroles devenaient davantage chaleureuses, tout comme son ton et son sourire, même si sourire aujourd’hui n’aurait pas été des meilleurs augures, trop facile de percevoir un sourire comme un triomphe. Néanmoins elle semblait, je ne savais pas pourquoi mais elle encourageait aussi à lui sourire aimablement… mais je me rembrunis quand je l’entendis parler de ce qu’évoquait le plais en deuil. Je comprenais… je murmurais plus pour moi que pour elle sur un ton un peu désespéré…

« Alors ça reste toujours aussi vif malgré le temps… »

J’eus malgré moi un frisson en pensa nt à cette terrible idée. Oui, terrible, tristement terrible. La douleur ne s’en allait pas, qu’on le veuille ou non, c’était donc ainsi. Ou du moins cela l’avait été pour elle et cela pourrait donc l’être pour moi… j’inspirais profondément pour me donner un peu de la force qui me manquait et je tirais le reste d’une courte prière adressée à la Lignée. Je continuais à marcher à ses côtés, la main délicate posée sur mon bras, nous descendions lentement vers ses entrailles, vers les cuisines et déjà nous avions quelques odeurs de nourriture qui montaient jusqu’à nous. J’avais faim, c’était évident. Mais le jeune ne m’autorisait pas à manger comme je le désirais. J’en avais fait le vœu, et je devais donc le rompre. J’avais préparé ce moment, mais ça ne le rendait pas plus agréable ni plus facile à accepter…

« Oui, vous êtes une femme très occupée et mes ouailles m’appellent en presque permanence un peu partout en Ambrosia… le devoir sacré du premier serviteur, du prieur… et le reste du temps, c’est de la maudite paperasse à signer, à rédiger… »

Oui, il y avait aussi l’entretien des réseaux de renseignement, les pigeons à envoyer et à aller chercher, par exemple. Mais ça je ne comptais pas lui en parler… cela ne la regardais en rien, toutefois, il fallait reconnaitre que c’étaient les taches les moins fastidieuses sans doute, ne demandant que peu de préparation… en tout cas nous continuâmes à descendre pour rejoindre les cuisines. Puisque cela ne la dérangeait pas. J’aimais l’activité bourdonnante des lieux, comme une ruche où tout le monde avait toujours quelque chose à faire… Toutefois ? en nous voyant, une jeune fille de cuisine qui ne devait pas avoir douze ans se précipita vers nous, nous demandant ce que nous désirions avant de s’excuser de ses manières peu courtoises. Pour être à sa hauteur, je posais un genou à terre.

« Oh ne t’ennuies pas, nous venons juste profiter de boissons chaudes et de quoi nous restaurer sommairement quelques tranches de pain noir avec un peu de beurre suffiront amplement… mais avant, peux-tu nous trouver un coin où nous asseoir, s’il te plait ! »

La petite fille opina du chef avec un sourire aux dents déjà abimées alors qu’elle rangeait dans sa poche la roue d’argent donnée par moi-même et dégagea une partie de table et un banc pour que nous puissions nous y asseoir tranquillement côte à côte. Puis elle partit en slalomant pour nous chercher de quoi nous sustenter convenablement. Puis je me retournais vers ma comparse d’un moment pour lui dire sur un ton chaleureux.

« Alors, est-ce bon ? Avez-vous pu prendre en note le menu ou dois-je vous le dicter ? »

Moi aussi je me mettais à la taquiner gentiment, faisant comme si elle était là pour jouer les secrétaires avant de redevenir sérieux quand on nous servi deux tasses d’une infusion aux couleurs chaudes et ambrées… comme ça avait l’air appétissant D’autant qu’en plus, je parvenais à sentir une légère dose d’épices là-dedans… parfait ! Je reprenais la parole.

« Parfois, même pour un véritable repas, j’aime venir ici et voir tout le monde s’activer. Les dieux pourraient nous maudire, le sol se mettre à trembler ou la mer débordée qu’il y aurait toujours cette activité bourdonnante ici. Et avec tous ces racontars, ces ragots, ces rumeurs ; Tout ou presque transite par ici, au final… en bref, c’est l’u des plus merveilleux endroits de ce palais, à mon avis, ne pensez-vous pas ? »

Je me tournais pour manquer de prendre le lourd plateau dans l’estomac, une dizaine de tranches généreusement beurrée et saupoudrée de sel trônaient, ainsi que deux petites tourtes individuelles encore fumantes… nul doute que la gamine les avait chapardés quelque part dans la cuisine, mais je la remerciais d’un sourire avant de finalement m’adresser de nouveau à Dame Duval.

« Je vous remercie de me tenir compagnie, je me doute que vous ayez beaucoup de travail au ministère, mais les visages chaleureux et les âmes qui connaissent la souffrance que je ressens sont choses rares… je parierais pourtant que vous en faites partie. »


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[CLOS] Quand la peine vous ronge (Everard Zullheimer)

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