Nemrod L'Envers
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Nemrod L'Envers
Maître espion
le Jeu 30 Juil 2020 - 18:52
Ce matin déjà vous vous sentiez quelque peu faible. Oh, pas vraiment malade, mais un peu patraque. Et généralement, dans ce genre de cas, vous preniez une médication et vous alliez travailler. C’était aussi simple que cela. Jamais une seule fois vous aviez été empêché de travailler et vous aviez pris la décision de faire comme ça. Vous aviez toujours fait comme ça. Autant être moins efficace plutôt que pas efficace du tout. C’était ainsi que vous voyiez les choses. Mais peut être aviez-vous tort ?  Certainement pas. Votre travail était trop important.
Vous aviez commencé à travailler comme n’importe qui, mais quelque chose s’était passé. Vous étiez ressorti pour aller manger un morceau. Mais vous vous étiez effondré dans votre petite salon. Et quand vous étiez revenu à vous, vous étiez dans votre lit, en chemise de nuit et aux vues de la lumière, vous aviez été inconscient une bonne partie de la journée. La nuit était tombée. Une personne était présente dans la pièce, dans un fauteuil, une ouverture pliée sur les genoux.
Daphnée Samabartel ne dormait pas, et elle vous observait.
A côté d’elle un plateau était recouvert d’un drap. Un repas sans doute. Innommable votre tête vous faisait un mal de chien. Vous toussâtes bruyamment, recrachant vois poumons avant de finalement réussir à vous reprendre.

« Daphnée ? Mais que faites-vous là ? »

Vous aviez les mains qui tremblaient quelque peu quand vous commençâtes à vous redresser pour vous lever. Vous grognâtes et vous commençâtes, malgré la douleur qui vous vrillait les temps à vous rapprocher du bord du lit. Il y avait une montagne de travail qui vous attendait. Vous ne pouviez pas vous arrêter… c’était sans doute trop pour vos force, vous deviez avoir les traits tirés et sans doute que vos jambes ne vous porteraient pas. Mais vous n’aviez pas vraiment le choix.

« Aidez-moi à me lever ! Il faut que j’aille travailler… »


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Daphnée Samabartel
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Daphnée Samabartel
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le Lun 3 Aoû 2020 - 0:51
La journée était belle. Un sourire illuminait, même, le visage de celle que l’on surnommait la Dame au Glas. Elle avait su accepter un rendez-vous matinal pour mieux se lancer dans une partie de croquet avec quelques dames de cour, une première pour elle. Lilith n’était pas là, Emily non plus. Elle devait agir et parler par elle-même, en se montrant digne du rang qui serait bientôt le sien. Riant suite au coup mal dirigé d’une de ses concurrentes, elle se dirigea à son tour vers la boule de bois qui était la sienne, plaçant son maillet dans une direction suffisamment bonne pour mieux frapper. Passant dans l’arceau sans même l’effleurer, elle prit une avance considérable et le geste fut applaudit par les autres joueuses qui vinrent la féliciter d’une telle précision. A dire vrai, elle se découvrait de nouveaux talents, ne pratiquant ce jeu que depuis peu. Vêtue d’une robe bleu ciel, elle avait su attacher ses cheveux dans un chignon simple et bas, dégageant son visage, la mettant plus en valeur encore. La simplicité grâcieuse et élégante de la royauté, en somme.

Si son adaptation à la Capitale avait pris du temps, elle commençait enfin à oser prendre de nouvelles marques, quitter son cocon de verre pour mieux se mettre en danger ou, du moins, dans des situations qui lui semblaient exceptionnelles. Nemrod avait aidé à cela. Suite à leur conversation, lors de la soirée où il avait pourtant prévu de l’emmener au théâtre, ils avaient su discuter plus amplement, ouvrant la possibilité à de nouvelles rencontres, plus fréquentes. Jouant du passage dérobé qu’il avait su lui montrer, elle le retrouvait de manière régulière dans l’obscurité d’une pièce où il œuvrait aux affaires d’Etat, où il tirait l’ensemble des ficelles de ce monde. Et elle était la bouffée d’air frais dans une journée lourde de travail, conversant avec lui sur diverses choses, se voyant ravie quand il lui proposait une lecture plus qu’une autre. Peu à peu, les fiancés se découvraient et ce que Daphnée pouvait enfin entrevoir la surprenait autant qu’elle ne se sentait pas mal à l’aise. Elle appréciait même ces instants volés à ces intrigues qu’il menait. Enfin, elle découvrait l’homme qui se cachait derrière le fier soldat.

Quittant ses pensées quand on lui indiqua que c’était à elle de jouer à nouveau, elle s’avança à nouveau sur la pelouse. Armant son maillet, elle aiguilla la chose pour mieux frapper la balle. Un seul coup et elle pouvait remporter la partie s’il était finement joué. Elle pouvait y arriver. Elle le savait. 2cartant l’objet de frappe de sa balle, elle se concentra sur la trajectoire, donnant de la vitesse dans son mouvement… « Mademoiselle Samabartel ! » Surprise, elle frappa la balle de côté, l’envoyant presque à l’opposé de l’endroit désiré. Pinçant les lèvres, elle retint un soupir d’agacement, relevant ses pupilles océanes vers le malotru qui venait de lui faire perdre sa partie. Un page. Une jeune page qu’elle connaissait pour l’avoir déjà vu dans les appartements de Nemrod. Haussant les sourcils, elle fut étonnée de le voir arriver au pas de course. Qu’y avait-il donc de si urgent ? Essoufflé, il s’arrêta à un bon mètre d’elle, reprenant péniblement sa respiration sans même offrir une inclination de son buste. Avait-il oublié où était sa place ? « Mademoiselle, c’est monsieur l’Envers… » Par Aernia, pouvait-il reprendre son air plus vite ? Fronçant ses délicats sourcils, elle l’observa avec inquiétude. Son air était grave, sérieux. Il n’y avait nul jeu dans ses traits. « Eh bien quoi, faut-il que vous me l’écriviez ? » Elle était de nature patiente, mais les circonstances la poussait à être à fleur de peau. Elle sentait que quelque chose de grave s’était passé. « Il est tombé, mademoiselle. » Et son sang se glaça.

Il est tombé. Cela ne pouvait signifier qu’une chose. Morbide. Nemrod l’Envers était mort. Et son rôle dans tout ceci n’était certainement plus à prouver. Toutes les présentes avaient entendu l’annonce solennelle et quelques exclamations se firent entendre, suivies par des murmures. La Dame au Glas. Pétrifiée, Daphnée était incapable de bouger ou même de penser. Comment cela avait-il pu arriver ? Pourquoi maintenant ? Parce qu’elle commençait à s’épanouir, était-ce cela ? Comme les Dieux étaient injustes… Aussi pâle puisse-t-elle être, elle blêmit. Et au fond d’elle, ce n’était pas de la satisfaction qu’elle ressentit face à cette nouvelle, ni même du soulagement. Non, Daphnée était effondrée. Effondrée de découvrir qu’elle avait emporté un homme dans la mort, là où régnaient déjà bien trop de cadavres. Elle était une meurtrière. Peut-être devait-elle se cacher dans une grotte au sommet d’une montagne, là où elle ne saurait nuire à personne ? Enfin, de l’air revint dans ses poumons, douloureux courant frais qui la ramena à la vie. « Où… ? » Elle ne pensait plus. Elle voulait juste fuir. « Il est dans ses appartements… » L’information était suffisante. Laissant choir le maillet, elle attrapa d’une main le jupon de sa robe pour le soulever et entama, à son tour, une course folle.

Quiconque la voyait passer s’interrogeait à la fois de son air bouleversé que de cette course qui lui coûtait énormément sur le plan physique. Et finalement, après quelques escalades dans les escaliers du palais, elle déboucha sur les appartements de l’Oncle de sa Majesté. Du monde se trouvait là. Lilith. Nicolas. Elle reconnut leurs visages autant qu’elle cherchait celui qui la mettait dans tous ces émois. Pourtant, les deux neveux de son fiancé surent stopper sa course et lui offrir des nouvelles qu’elle n’aurait cru entendre. Un malaise. Le docteur s’était ainsi prononcé. Eprouvée autant que décoiffée, Daphnée réclama une version des faits. On avait trouvé Nemrod à terre dans ses appartements et il n’avait su se réveiller. Le médecin se prononçait pour un surmenage certain. Des dispositions furent prises pour relayer les obligations de l’homme d’Etat et chacun s’effaça un à un. De son côté, voyant aucune autre utilité à sa présence ailleurs et n’étant pas en mesure d’affronter quiconque, elle demanda la permission de le veiller, chose qui lui fut accordée sans résistance. Le médecin, pourtant, insista sur le fait que du repos était nécessaire à l’homme et qu’elle devait le faire appeler à l’instant même où le maître Espion se réveillerait. Elle acquiesça et, bientôt, Daphnée se retrouva seule.

Déglutissant avec difficulté, elle avait poussé le battant de la porte de cette chambre qu’elle ne connaissait pas encore, se glissant à l’intérieur. La pièce était large, décorée dans le même goût que le salon annexe et, en son centre, trônait un lit majestueux. Nemrod dormait comme un ours en plein hiver. S’approchant prudemment de la couche, elle s’assit au pied de celle-ci, observant le sommeil juste et profond de son fiancé. Elle resta là de nombreuses minutes, prononçant quelques mots à voix basse, invoquant la clémence d’Aernia et son pardon. Elle ne comprenait pas ce qu’elle faisait de mal, mais cet homme ne pouvait souffrir ses péchés. Les mots de Leonie lui revinrent en mémoire et, pour la première fois, elle offrit raison à la Marzac. Devait-elle rompre ses fiançailles pour mieux lui permettre de survivre ? Cela en valait-il le déshonneur ?

S’animant dans les appartements, elle ne quitta jamais vraiment la chambre, approchant un fauteuil non loin de celui-ci pour mieux le surveiller. Dès que des mouvements étaient esquissés chez l’homme, elle se redressait, cherchant à savoir s’il se réveillait. Mais toujours, à poing fermés, il dormait. La journée s’avança et Daphnée s’oublia. Manger n’était plus une priorité, sans qu’elle ne puisse expliquer pourquoi. On lui amena deux plateaux, un pour elle, un pour lui. Elle fit renvoyer le sien, insistant sur son manque de faim. Au lieu de cela, elle fit venir le livre qu’elle était en train de parcourir en ce moment, parcourant les mots sans les comprendre véritablement. Alors que le soleil déclinait, on vint lui allumer quelques bougies, lumière douceâtre dans la pénombre. Daphnée était éprouvée. Les émotions avaient été difficiles à gérer et, bien qu’elle eût réussi à ne pas pleurer, la boule qui se trouvait dans son estomac n’était pas désireuse de la quitter.

Et finalement, le petit miracle. Dans quelques mouvements, Nemrod émergea, forçant Daphnée à poser l’ouvrage sur ses genoux, l’observant tandis qu’il quittait les bras des Dieux pour s’en revenir au monde des vivants. Elle sourit doucement tandis qu’il croisait son regard et, là, à cet instant précis, elle ressentit le soulagement. Il est vivant. Il toussa péniblement, la poussant à se redresser, prête à lui venir en aide au besoin. Mais il n’en eut guère besoin et bientôt, la surprise passa sur son visage. Que faites-vous là ? Elle eut envie de lui répondre qu’il s’agissait là d’une sacrée histoire, mais n’en eut pas le temps. Non, le bougre était d’ores et déjà décidé à se montrer revêche et, déjà, il cherchait à se redresser. Sans qu’elle ne puisse comprendre pourquoi ou comment, il parvint à arriver jusqu’au bord du lit, la poussant à se lever sans même prêter attention à ce qu’elle avait sur les jambes, l’ouvrage tombant au sol dans un bruit mat. Cillant un instant devant sa demande, elle déglutit avec difficulté, comprenant qu’elle allait devoir lui tenir tête. Pour la première fois. « Votre travail le plus urgent à su être délégué à qui de droit pour vous accorder le repos qui vous est nécessaire et ordonné par votre médecin. Il a formulé clairement que vous deviez rester allonger pour aujourd’hui alors il est hors de question pour moi de vous aider… » Tournant les talons, elle se dirigea vers la porte pour mieux alpaguer une servante et l’informer du réveil de son Altesse. Cette dernière acquiesça, sachant qu’elle devait dès lors se mettre en quête du médecin impérial.

S’en retournant vers le maître Espion, elle ne fut pas surprise de constater qu’il ne s’était pas couché, au contraire. Était-il en train d’essayer de se lever seul ? L’angoisse la parcourut à nouveau et, d’un pas déterminé, elle s’avança vers lui pour mieux poser une main sur son épaule. « S’il vous plaît, nemrod. Vous vous êtes effondré dans la matinée, c’est un signe qui ne trompe pas. Vous devez vous reposer. » Elle essayait de rester douce mais, s’il la forçait, elle tâcherait de ne plus tant mâcher ses mots.


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Nemrod L'Envers
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Nemrod L'Envers
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le Sam 5 Sep 2020 - 17:15
Vous ne pouviez pas vous sentir faible. C’était impossible, à vos yeux, que les choses se passent « bien » si vous restiez au lit. Vous n’aviez pas un manque de confiance en vos subordonnés, mais vous n’aviez pas non plus une confiance aveugle. Et en conséquence, vous deviez retourner à votre poste. D’autant que certaines décisions ne seraient pas prises sans vous. Vous le saviez. Donc vous deviez vous lever et aller travailler. Et puis merde, vous n’aviez jamais été obligé de garder le lit. Alors ce n’était pas aujourd’hui vous alliez commencer ! Toutefois, la fermeté de votre fiancée quant au fait que vous restiez alité vous stupéfia. Vous lui faîtes un regard chargé de reproches. Mais vous ne dites rien.

« Très bien. je vais me débrouiller. »

Vous vous assites au bord du lit et vous commençâtes à vous lever. Ou du moins vous essayâtes en vous appuyant sur la tête de lit, puis, sur votre table de nuit. Mais rien à faire, les jambes ne supportaient pas votre poids. Foutredieu de merde. Vous vous forçâtes à réessayer. Elle posa une main sur votre épaule. Vous levâtes votre regard sur ses traits doux et tendre. S’était-elle inquiétée ? Sans doute pas. Enfin bref, ce n’était pas le moment de penser à ce genre de détails.

« Il ne me plait pas. Je n’ai jamais eu besoin de m’arrêter de bosser pour faire plaisir à un médecin je ne vais pas commencer maintenant. Il me faut juste un peu de temps pour me lever, c’est tout. Cachez donc votre déception de me voir toujours respirer. Alors, vous m’aidez ou vous voulez finir le travail avec un oreiller ou un traversin ? »

Vous n’étiez pas vraiment dans une optique positive sur votre situation. et ce côté négatif vous avait fait dire des choses que vous ne vouliez pas. Mais c’était « trop tard » pour revenir en arrière. Vous ne vous excusâtes pas cependant. Vous étiez odieux, mais cela vous faisait du bien. parce que vous saviez que rester couché serait plus prudent. Mais vous refusiez de le faire, parce que vous aviez une mission. Une mission pour laquelle vous vous faisiez vieux mais quand même.

« Alors, allez-vous m’aider ou pas ? Que je sache s’il est nécessaire que j’appelle en criant si nécessaire ? Je suis sûr que si un valet ou un garde m’entend il m’aidera, lui. Ou est-ce qu’il faut que j’attende le mariage pour avoir droit à votre soutien ? »

Notons que même si vous l’aviez voulu, vous n’auriez pas pu crier. Mais rien ne vous empêchait d’essayer ! 


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Daphnée Samabartel
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le Jeu 17 Sep 2020 - 0:18
Nemrod. Son prénom avait fini par se faire un chemin à travers ses lèvres. Il lui fallut plusieurs secondes pour remarquer qu’elle s’était permise cela quand, auparavant, elle ne pouvait que le désigner par son rang ou son nom quand ce n’était pas les deux mis ensemble. Elle cilla une première fois, désarçonnée par sa propre audace, par ce mur qu’elle avait sut placer entre eux pour se protéger et qui venait de se fissurer violemment. Et pourtant, lui ne sembla pas même le remarquer, mauvais bougre qu’il était. Elle se montrait bienveillante, de bonnes grâces et ne cherchait pas à le brusquer quand lui préféra lui offrir une douche glaciale.

Votre déception. Les mots eurent l’effet d’une lame brûlant venant faire fondre son crâne et sa matière grise. Il lui aurait asséné un coup qu’elle se serait trouvée tout autant sonnée par la violence de son propos. Sa main avait quitté son épaule pour mieux s’offrir un peu de répit avec un mouvement de recul, mécanisme de défense instinctif devant l’attaque frontale que son fiancé venait de formuler. Comme elle aurait préféré être déçu. Comme tout ceci aurait été plus simple. Daphnée était choquée, outrée qu’il puisse recourir à d’aussi basses méthodes. Le reste de ses paroles lui parut lointain mais, à la réflexion, mieux aurait-il fallu qu’elle se fasse sourde à ses dires. Meurtrière. Il n’avait pas prononcé ce mot mais ce fut celui qui vint marteler l’esprit de la blonde quand il vint sous-entendre qu’elle ferait mieux de s’empresser de finir le travail que la fatigue et l’âge avaient commencé. Ce fut à ce moment que Daphnée se rendit compte qu’elle ne respirait plus, qu’elle retenait son souffle autant qu’elle cherchait à retenir ses émotions. Et au moment où l’air glissa hors de ses poumons, il en fut de même pour l’ensemble de ses pensées, venant achever le mur si judicieusement construit pour se protéger.

C’en était trop. A cet instant, ce fut comme une révélation. Elle ne pouvait pas. Le poids était bien trop lourd à porter et le fardeau qu’elle se traînait suffisait à lui-même. Elle n’avait nul besoin d’un homme aigri pour lui rappeler de quelle nature était son existence. Néfaste. Mais de quel droit pouvait-il se permettre de la traiter d’assassin ? De quel droit pouvait-il mieux la détruire plutôt que de l’aider à surmonter ses propres craintes ? Aucun. Une petite voix intérieure chercha à lui faire entendre qu’il avait raison mais elle fut emportée dans le torrent de son ire. Et c’est certainement pour cela que rancœur et colère prirent le dessus. Ne lui avait-il pas réclamé du mordant ? Ne la voyait-il pas comme la coquille vide qu’elle avait cherché à demeurer ? Ça non plus, elle ne pouvait plus le supporter. Ça non plus, elle ne voulait plus l’accepter.

A peine avait-il achevé sa phrase sur leur mariage à venir que, machinalement, elle lui jeta sa main à la figure dans une gifle qui n’avait plus rien de délicat. Le souffle court, Daphnée sentait glisser dans ses veines le doux poison de la remontrance, cette rébellion qu’elle avait bien trop fait taire pendant des années. Il serait celui qui affronterait la tempête puisqu’il l’avait demandé. « Ma… Déception ? » Elle serrait les dents. Son timbre de voix avait changé, vibrant, quand la hauteur même de la production de ses cordes vocales avaient gagnée une demi-octave. « Croyez-vous un instant que je serais demeurée à vos côtés toute la journée durant si j’avais éprouvé la moindre déception ? Croyez-vous que je me serais engagée auprès de votre nièce pour vous veiller et la faire quérir si un moindre changement devait arriver sur votre état ? Non. Pourtant, j’ai l’habitude de cette situation, me direz-vous… D’ailleurs, d’ordinaire, je serais en train de faire préparer mes bagages pour un retour en Raclus aussi prestement que possible. » Elle eut un sourire mauvais avant de se laisser aller dans le fauteuil qu’elle avait si longuement occupé. Son corps tout entier tremblait. Elle mourrait d’envie de lui asséner gifle sur gifle mais cela ne ferait que la soulager un temps, avant de lui offrir des remords.

« J’aurais préféré ressentir cette foutue déception. J’aurais préféré avoir envie de veiller un mort plutôt qu’un malade. Seulement, puisque vous semblez plus à même de comprendre mes émotions, expliquez-moi donc pourquoi je n’ai rien ressenti d’autre qu’une peur paralysante au moment même où l’on m’a appris votre état d’inconscience ? Pourquoi ai-je accouru à votre chevet ? Pourquoi ai-je espéré vous voir ouvrir les yeux dès que votre corps esquissait un mouvement ? Allez-y ! Quelle est votre analyse de tout ceci ? N’êtes-vous pas trop déçu à votre tour de réaliser que, finalement, je ne souhaite pas vous voir en peine ? » Elle soufflait autant qu’elle le pouvait, l’impression de vertiges se faisant sentir. Elle ne serait pas assise, peut-être serait-elle tombée. Quelle importance, finalement ? Fermant un instant les yeux, elle chercha l’air autant qu’elle chercha le calme dans son esprit. Et ses mots, sur un ton plus posé, ne se firent pas attendre. « Je ne peux faire cela… Je ne peux vous épouser. » Laissant apparaître à nouveau ses pupilles océanes, elle les plaqua dans le regard d’airain de Nemrod. « Je me fous joyeusement de ce que pensera le monde entier, de ce que la Ligue pourra me faire pour un tel outrage. Je refuse d’être à nouveau vue comme une meurtrière, surtout celle d’un homme aussi éminent que vous. » Et celle d’un homme à qui je tiens plus que je ne l’admettrais jamais. Un frisson avait su parcourir son échine à cette pensée. C’était à prévoir autant qu’à craindre. Les conversations, les instants partagés, qu’ils soient bons ou mauvais, tout ceci avait contribué à forcer Daphnée à ressentir des choses à l’égard du Maitre espion. De l’agacement, de la rage, de la compassion, de la curiosité… De l’affection. Elle ne lui avait jamais dit comme il lui était plaisant de se retrouver à l’abri des regards, dans son antre, là où seules quelques bougies laissaient passer le jour. Leurs discussions, parfois, étaient bien creuses, mais la simple présence et l’effort pour celle-ci avait fini par la toucher. L’un comme l’autre s’étaient prêtés à ce jeu de s’intéresser à l’autre et Daphnée avait fini par croiser l’ombre d’un homme attachant sous ses airs de rustre. Se découvrir capable de le tuer parce que les Dieux avaient la volonté de lui jouer elle ne savait combien de tour lui fendait le cœur. Et c'était tout autant pour lui que pour elle qu'elle devait prendre cette décision.

Poussant un long soupir, elle se remit sur ses pieds. « Allongez-vous. Si vous le refusez, je serais vraiment tentée d’attraper un de ces oreillers pour vous empêcher de hurler après vos gardes. Et si vous pensez être capable de me faire plier, sachez qu’un homme bourru et mal luné n’est rien à côté de ce que les Raclusiens seront tentés de me faire dès lors que nos fiançailles seront annulées de mon fait. » Son père, le premier, irait la traquer au bout du monde pour mieux la punir d’un tel affront.


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