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[CLOS]Chimneys of Fire [Onésime]

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Ross Brisendan
Héritier de la Gobelin Bank
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Nationalité : Ambrosien
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Date d'inscription : 27/01/2017
MessageSujet: Re: [CLOS]Chimneys of Fire [Onésime] Sam 25 Fév 2017 - 8:49
En l’absence de son protégé, le maître des lieux avait reporté toute son attention sur sa tâche du moment. Il se trouve cependant que cela n’avait pas suffi. Au retour du Pupille, son tuteur alla dignement s’asseoir à sa table de déjeuner ; la lèvre fendue, il entreprit de se poudrer quelque peu pour tenter de dissimuler cette disgracieuse preuve de ses activités domestiques. Son instructrice échangea quelques passes avec le nouveau venu, puis s’interrompit en criant « Pause ! » - le mot qui les mettait à l’abri, visiblement, et sans lequel le combat se poursuivait jusqu’à épuisement – et accrocha son arme à sa ceinture.

« Les pieds bien à plat. »

Pour l’heure, l’instinct d’enseigner la méthode surpassait l’envie naturelle de mettre une raclée au petit présomptueux. Cela ne durerait peut-être pas, et Ross connaissait assez bien ses professeurs pour savoir que sa mère ne les engagerait pas s’ils ne partageaient pas ses vues sur l’éducation. Il se leva de la table en cherchant des yeux son masque resté à terre. Du coin de l’oeil, il surveillait les deux autres : le professeur tournait comme un chacal affamé autour du jeune homme en plaçant pour ainsi dire chacun de ses muscles moteurs dans la position souhaitée. Il ne tarderait pas à découvrir que les faux mouvements étaient reçus d’une tape, pas toujours adressée à un emplacement très décent du corps.

Ross replaça tout son équipement, par prudence, et s’approcha à pas lents, son arme en avant.

« Darienne ? Pensez-vous que je pourrais… lui donner quelques indications moi-même ? Cela fait partie de mes attributions, en tant que tuteur. »

L’instructrice leva les yeux au ciel, mais recula d’un pas. Elle hésitait entre plusieurs plaisanteries acerbes à lui asséner. Son élève officiel s’interposa physiquement entre elle et leur nouvelle recrue. Il n’avait pas envie de précipiter son contact avec les aspects les plus rigides de son mode de vie ; quelque chose lui disait que ce serait mal vécu. Et après tout, son présent ne devait surtout pas lui rappeler les moments inquiétants d’une première leçon de combat plus brutale que nécessaire. Il préférait qu’Onésime s’en souvienne comme de la clé de leurs escapades loin des cercles protégés du pouvoir – ce qu’elle deviendrait au bout du compte.

« Bien, postez-vous face à moi tous les deux. Le gamin a un essai ; ensuite, j’enchaîne parade et riposte. »

« La riposte dans ma direction, » protesta Ross. « Il n’a pas d’équipement. »

« La faute à qui ? Qui lui a donné les dents sans les écailles ? » ricana l’instructrice en se plaçant face aux deux hommes, prête à recevoir l’assaut. Il aurait été facile de déprécier ses dons pour l’éloquence lyrique, en lui évoquant l’existence de créatures des plus redoutables qui possédaient des dents, sans aucune écaille ; mais ce n’était pas le moment de bavarder. D'ailleurs, elle n'avait pas dit "non" ; si elle l'avait pensé, elle ne s'en serait pas privée. (Ce qui ne garantissait pas non plus qu'elle pensait "oui".)

Le banquier tendit le bras pour indiquer à Onésime l’allonge à obtenir et le mouvement à exécuter. « Tu ne cherches pas à trancher ou à percer, mais à provoquer une onde de choc. Dis-toi que ton adversaire est sur un fil, et... » Il se permit de tapoter la taille de l’instructrice sur le côté, comme il l’aurait fait pour faire tomber un domino. Mais celle-ci n’eut pas une réaction, pas même un sourire. Il faudrait davantage que cela, bien sûr.

« Au bout du compte, ton objectif est de l’avoir au-dessous de toi, parce que ça te permet de frapper le crâne sans découvrir ta garde. » Ross lui démontra un coup à la tête, et toute l’ouverture que cela laissait ; leurs armes n’étaient, après tout, pas beaucoup plus longues que des dagues. « Et tu dois te protéger beaucoup plus. Songe qu’un choc désagréable que tu oublieras aujourd’hui peut se révéler mortel demain, s’il a lésé un organe à ton insu. » Du bout de son arme, il indiqua plusieurs points du thorax et du ventre qui étaient concernés par ce souci en arrière-plan du combat.

L’instructrice avait attendu qu’il termine ; elle se souciait si peu de leur attaque commune qu’elle avait croisé les bras. Elle ne fit aucun commentaire, ce qui prouvait que cette manière… verbale d’enseigner, quoique échouant à l’enthousiasmer, ne valait aucune critique non plus. Puis elle dit simplement :

« Ah, on se tutoie déjà ? »

Si Ross avait été sujet au rougissement, il en aurait eu un accès. Au lieu de cela, il mordilla sa lèvre de l’air d’un homme qui se concentre – ou d’un écolier qui forme sa première cursive. Il raffermit la prise de sa main sur le manche de cuir tressé, fit tourner un instant son poignet comme pour l’assouplir, puis porta un coup en avant, si rapide que son professeur en sursauta, passant en un éclair de la gouaille à la rigueur martiale. Il était passé près d’elle en la touchant à la jambe ; au lieu de chercher à parer, elle en avait profité pour lui asséner un coup à la tête sans risquer la sienne.

Il aurait dû se préparer à l'avance à rouler de côté, pour la déséquilibrer d'autant plus de ce coup manqué... c'était une évidence à les voir faire, mais Ross y songeait trop tard. Le masque avait amorti l’essentiel du choc, mais il recula par réflexe de plusieurs pas, effrayé sur le coup, tout simplement. Paradoxalement, l’instinct de préservation humaine faisait parfois commettre les pires imprudences. Elle bondit à sa suite et enchaîna plusieurs assauts auxquels il fut incapable de riposter ; puis elle reprit sa place.

Son regard d’acier se reporta sur le jeune homme qu’elle attendait de pied ferme : c’était à lui, non à Ross, qu’était destiné ce mouvement. Elle n’enseignait pas par le discours, mais par l’exemple.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Chimneys of Fire [Onésime] Sam 25 Fév 2017 - 14:57
Un sourire jubilatoire se déploya sur ses lèvres, et des étincelles d'excitation vinrent illuminer la nuit noire de sa prunelle tandis que Darienne lui prodiguait ses conseils, circulant autour de lui pour mieux rectifier ses défauts. Tout gamin qu'il paraissait, il se souvenait néanmoins de ses anciennes leçons et remarqua qu'il pourrait utiliser certaines des astuces apprises au combat au couteau. Autant le style martial de ses deux compagnons de jeu était savant et réfléchi, autant le sien tenait des acrobaties de petit singes et de l'improvisation.

L'inquiétude de son tuteur le toucha et le peina: il aurait pu lui épargner ces soucis en lui révélant plus amplement son histoire ancienne. Elle fut cependant bienvenue, rappelant au jeune homme le rôle d'héritier enrubanné qu'il avait à jouer, certes pas celui d'un ancien bandit des mers. Il calma ses ardeurs belliqueuses, enregistra les recommandations exposées par le banquier, fort éloignées de son propre maniement des armes composé de roulades, de coups en traître et de bondissements.

Si cette affaire de tutoiement parut gêner M. Brisendan, elle lui était parfaitement égale; j'ajouterai même que cette familiarité lui évoquait la vie en compagnie de l'équipage dont il regrettait régulièrement la simplicité et la liberté aventureuse. Ses anciens instructeurs ne s'embarrassaient guère de politesses lorsqu'il s'agissait de lui inculquer quelque méthode visant à garantir sa survie.

"Déséquilibrer, et viser la tête tout en surveillant sa garde... si j'ai bien compris."

Darienne illustra magnifiquement ces propos, mettant à mal la superbe de son élève officiel par une offensive, sans doute destinée à leur rappeler à tous deux qui était le vrai maître en ces lieux. Resserrant sa prise autour du manche, Onésime préféra jouer la carte de la prudence, jaugeant l'implacable femme tandis qu'ils se tournaient tous deux autour. Cette dernière envoyait parfois une attaque pour lui signifier qu'il offrait trop le flanc, que le garçon paraît ou esquivait tant bien que mal.

Vite lassée de ce petit jeu, la préceptrice feinta et lors d'un assaut fit mine de découvrir son côté droit. Le pupille y envoya sa badine, mais la dame continuant son mouvement passa dans son dos où elle abattit sa cravache, sans trop de méchanceté mais avec suffisamment de force pour lui laisser un petit souvenir. Une chose étrange se joua alors dans le cerveau du garçon, qui trouva dans ce duel un exutoire à ses humiliations passées: une rage grandissante obscurcit sa lucidité, un désir hargneux de faire payer à son adversaire pour toutes les volées qu'il avait reçues dans son enfance lui intima l'ordre secret d'un vif volte face et d'un plongeon rapidement suivi de la griffure de son arme à l'arrière du genou.

Plus surprise que blessée, Darienne le dévisagea, puis éclata de rire et lança:
"Mais c'est qu'il mordrait le petit chaton!"

Ce fut suffisant pour le ramener à la raison, quoiqu'un peu sonné de se découvrir lui-même si revanchard, l'idée de se retourner contre ses maîtres ne lui ayant jamais effleuré l'esprit durant toutes ces années consacrées à se plier à leurs caprices improbables. Il tirerait de cette expérience bien plus que quelques mouvements de parades et de ripostes: ce voeu de réparation face à l'injustice subie ôtait au conditionnement d'infériorité servile ancré en lui tout bien fondé. Onésime ressentait désormais le besoin de se croire quelque valeur...

"Je crois que nous ne serons pas trop de deux pour vaincre un tel dragon."
lança-t-il avec une grimace amusée à l'adresse de son tuteur. Ces 4 années passées à étudier en fils de bonne famille lui avaient fait perdre une part de cette résistance saupoudrée d'insensibilité physique conférée par toute existence maritime, ce qui l'aidait peu à apprécier le sillage brûlant étalé sur son échine, sans amoindrir cependant sa volonté de continuer la bataille.
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Ross Brisendan
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MessageSujet: Re: [CLOS]Chimneys of Fire [Onésime] Lun 27 Fév 2017 - 10:01
Tout se déroulait à merveille pour l’instant ; Ross avait confiance en la capacité de son instructrice à se contrôler. Elle ressentait les gens plutôt qu’elle ne les observait, et cette captation d’aura immédiate l’aidait à mesurer ses gestes à la hauteur de chaque adversaire. Disons-le, dans l’esprit de Ross, ce jeune homme qui tremblait – et s’évanouissait, aurait pu dire une mauvaise langue – devant une arme ne faisait pas partie des adversaires dangereux. Tout au plus risquait-il d’être envoyé cul par-dessus tête et d’essuyer quelques plaisanteries d’un goût douteux, dont ils riraient en déjeunant. Une progression lente l’attendait, après tout ils avaient le temps devant eux et la vie d’Onésime de Malterre ne semblait pas menacée pour l’instant.

Ross s’était presque laissé distraire par une tasse de café qu’il avait cueillie sur la table, quand l’ambiance changea brusquement. Il était favorablement impressionné par le répondant et les visibles dispositions de l’élève ; son talent d’improvisation lui servirait en bien des circonstances durant son séjour. Mais en s’avérant plus dangereux que prévu, il s’exposait également à un traitement bien plus rude.

En quelques secondes, comme un loup passe d’une humeur joueuse à un combat farouche sur un regard trop électrique, elle avait doublé sa cadence et le sérieux de ses attaques. Ross reposa la tasse sur la table, soudain attentif. Ce garçon ne se rendait peut-être pas compte qu’elle pouvait le blesser. Mais il ne pouvait pas l’avertir. L’attention d’Onésime devait rester fixée sur Darienne, ou il était bon pour un vol plané.

En quelques secondes, ses craintes se concrétisèrent. Les coups s’enchaînèrent si vite qu’il n’eut que le temps de crisper les poings. Rapidement, il les rejoignit en tentant de se replacer dans l’état d’esprit d’un combattant froid et efficace. Il eut quelques secondes à surmonter une envie instinctive de réprimander ces deux inconscients, mais ce n’était pas le moment. Son pensionnaire avait parfaitement raison ; ils ne seraient pas trop de deux pour obtenir un semblant de renversement de la situation – quelques secondes suffiraient pour que Darienne les laisse en paix. Elle était excellente perdante, on pouvait lui reconnaître cette qualité. Il y avait là-dedans un peu de stupeur condescendante et amusée face à un progrès inespéré, mais cela n’ôtait rien à l’avantage que cela représentait.

« Parfait, camarade. Tentons l’aventure. »

Il n’était pas simple de se battre avec un allié à ses côtés. Ross passait plus de temps à l’observer, à calculer ses mouvements, à s’assurer qu’il ne risquait pas de le gêner ou pire, de le blesser involontairement ; et il se dit soudain que si son professeur les laissait s’entraider ainsi, c’était pour lui donner un aperçu d’une manière de combattre qu’il n’avait jamais testée. Elle semblait placide, à peine déstabilisée par les deux fronts qu’elle devait maintenant surveiller et bloquer, mais elle reculait peu à peu, et se trouva bientôt à un mètre ou deux du mur.

Il décida de donner à Darienne une dose de sa propre médecine. Vacillant à la manière d’un faux pas qu’il avait orchestré, il se laissa tomber et se rattrapa au dernier moment. Mais trop rusée pour l’attaquer, son professeur se jeta immédiatement dans la direction d’Onésime ; elle s’attendait à ce que Ross ait besoin d’une ou deux secondes pour reprendre son équilibre. Mais il avait sauté sur ses pieds à l’instant même où elle avait détourné ses yeux, comme un acrobate. Sa cravache manqua Darienne, s’accrocha dans ses cheveux juste derrière sa tête et la déséquilibra à son tour, juste le temps pour Onésime de porter sa propre attaque.

Cela suffisait. Ross la vit sourire et se camper sur ses jambes ; elle en avait eu assez pour le moment. Elle se massa la nuque et les balaya d’un regard dépourvu d’animosité, parce qu’il était dépourvu de crainte : « Deux preux chevaliers contre une faible femme. Vous n’avez pas honte ? »

« Cela vous apprendra à porter les cheveux longs, extravagante que vous êtes. »

La légéreté du ton, la sévérité comique de cette remarque, jetée du ton fébrile d’un effort physique interrompu pour rassembler l’énergie de rire, masquait difficilement la réelle nervosité du banquier. Ses regards couraient de l’un à l’autre des participants au cours. Darienne, ressentant cette dissonance à travers ses propos, retira son casque pour reprendre son souffle, ainsi que pour réaffirmer qu’elle n’était pas une ennemie.

Elle avait oublié le mot « Pause ! » mais Ross n’était pas d’humeur à en profiter. Il se tourna vers son pupille en constatant que toute menace était écartée. En se forçant à sourire, il s’aperçut qu’il rouvrait légèrement la plaie à sa propre lèvre ; ce n’était rien, mais il était toujours agacé que l’on touche à son visage. En revanche, ce vilain coup porté au jeune voyageur le dérangeait toujours.

« T… vous n’avez rien ? Laissez-moi voir. »
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MessageSujet: Re: [CLOS]Chimneys of Fire [Onésime] Lun 27 Fév 2017 - 11:26
La ferveur du combat le prit. Leur escarmouche se transforma, le pas de deux devint pas de trois et les belligérants, modifiant la chorégraphie, rythmèrent différemment cette querelleuse mazurka. Onésime, peu accoutumé aux duels, se régalait de la présence de ce compagnon bienvenu; Darienne, guère impressionnée par cette alliance, y faisait face avec une assurance et un aplomb qui l'honoraient. Hélas pour le jeune homme, de vieux réflexes de ses rixes passées le reprenaient parfois, atténuant considérablement son efficacité tandis qu'il hasardait des assauts trop longs ou trop courts. Il lui fallait apprivoiser cet instrument inconnu dont le manque de maîtrise sonnait comme autant de fausses notes dans leur improbable trio.

Ross, gêné dans son aisance naturelle par la proximité du garçon, était le véritable danger sur la piste de cette redoutable danse. Le maître d'armes sous-estimant la valeur de ses adversaires en fut pour ses frais, ce qui sonna le glas de leur récréation. Le pupille, reprenant son souffle et ses esprits, laissa à son tuteur la primauté de la réponse face au reproche amusé du professeur.

"C'était en tout cas un combat amusant et je suis prêt à réitérer l'expérience quand vous le voudrez! Si vous m'acceptez encore dans vos jeux, bien entendu, je ne voudrais pas m'imposer."

Ce ne serait peut-être pas du goût de son protecteur, manifestement inquiet concernant sa blessure. Onésime prit le parti d'en rire, plutôt heureux du dénouement qu'elle avait provoqué en lui, tranchant le noeud gordien retenant perclus le droit longtemps refusé de s'estimer lui-même.

"Ne vous inquiétez pas, je suis un grand garçon après tout." assura-t-il dans un clin d'oeil lancé à Darienne en écho de ses précédents propos.
"En outre, je préfère combattre sans armure et en assumerai donc les conséquences"

Trop de protections poussait selon lui à l'inconséquence. Son camarade de bord et instructeur avait d'ailleurs magnifiquement illustré une leçon sur l'esquive en lui laissant une vilaine estafilade, gravant dans son corps la mémoire de ce jour ainsi que l'importance de garantir sa survie grâce à la précision de ses gestes, la rapidité de ses mouvements, de bons réflexes et la souplesse de ses membres.

Le jeune homme minorait volontairement l'angoisse de son partenaire de joute, désireux de cacher ses vieilles cicatrices, traits propices à fendre le masque apposé sur cette figure qu'il souhaitait conserver digne face aux caprices du destin. Ripostant par de nouvelles alarmes, il s'enquit de la blessure de son défenseur, tâchant de mieux détourner son attention.

"Comment va votre lèvre? J'espère que nous ne serons pas grondé par Madame votre mère pour avoir abîmé votre visage..."

il frémit, imaginant ce que pourrait devenir sa vie s'il s'attirait les foudres de ce Zeus d'un empire financier. La nécessité de prendre soin de son tuteur lui apparut plus clairement, l'incitant à porter le blâme de cette étourderie.
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Ross Brisendan
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MessageSujet: Re: [CLOS]Chimneys of Fire [Onésime] Lun 27 Fév 2017 - 13:26
Darienne s’était assise en équilibre sur le rebord de la fenêtre, dédaignant le vide auquel elle tournait le dos, et observait de son œil d’aigle le manège de ses deux élèves. Elle n’en pensait pas moins… Son air pincé dissimulait ce qu’elle pensait au juste, mais on entendait presque les rouages s’articuler derrière son regard vif. Ross n’aimait guère cette impression pesante sur sa nuque. Il recula courtoisement devant cette attention aimable de son invité, et fit face à son professeur.

Au-delà des mots qu’il prononça réellement, il y avait une sorte d’avertissement dans la manière dont il lui rendit son regard fixe et grave. Il ne tenait pas à ce qu’elle se permette devant la domesticité des commentaires qui seraient répétés à sa mère ensuite, et monteraient celle-ci contre leur pupille ; il était le pupille de la famille Brisendan dans son ensemble, et devait être mis parfaitement à l’aise, sans qu’aucun soupçon ridicule ne vienne perturber son séjour.

« Darienne, vous viendrez deux fois par jour désormais. »

Sur un signe de tête entendu, l’instructrice entreprit de dénouer les attaches de son pourpoint d’entraînement, un demi-sourire aux lèvres. Elle ne se soumettait pas à l’ordre tacite ; elle se contentait d’y acquiescer. Cette nuance faisait toute la différence entre son rôle et celui d’une employée. La leçon s’achevait plus tôt que prévu, mais non sans rebondissements propres à épuiser agréablement le corps et à échauffer l’esprit ; d’ailleurs, il n’était pas rare que l’entraînement de Ross soit interrompu par un rendez-vous arrivé trop tôt ou une nouvelle de dernière minute à prendre en compte sans délais. Tel était l’inconvénient d’accomplir toutes les activités de la vie courante sur ce qui était avant tout son lieu de travail.

Il attendit que la silhouette, dansante et martiale tout à la fois, quitte leur champ de vision pour aller chercher son chèque à l’accueil, et la suivit des yeux pour s'assurer qu'elle bifurquait bien dans cette direction du couloir. Puis le masque de froideur qu’il avait arboré tout ce temps fondit comme neige au soleil. Il demeurait pourtant dans son attitude quelque chose comme de la réserve. L’évocation de sa mère, même pour le temps d’une plaisanterie fraternelle, demeurait comme un écho sombre dans cette pièce faite pour le divertissement personnel, et il ne semblait pas de force à le chasser lui-même. Il se contenta de passer brièvement la main sur ses lèvres, et de sourire à nouveau, plus prudemment cette fois.

« Je dois vous laisser, il est temps que je reprenne mes activités moins… passionnantes. Je ne saurais trop vous encourager à vous habiller en fonction du climat... »

D’un coup d’oeil à la fenêtre, il s’enquit du climat exact ; depuis la veille à leur rencontre, il n’avait pas mis le nez dehors.

« ...froid et pluvieux. Et à faire un tour dans le quartier. Promenez-vous, faites quelques achats si le coeur vous en dit, écrivez à ceux que vous avez laissés au loin pour les rassurer sur votre installation… si vous vous égarez, tout le monde connaît cette agence et vous l’indiquera sans difficulté. »

Son geste s’acheva sur l’épaule du combattant sans cuirasse ; il y laissa reposer sa main, un brin plus longtemps que ne l’aurait justifiée une simple tape d’encouragement viril à l’issue d’une bonne bagarre. Il aurait voulu céder à sa sensibilité naturelle, s’attendrir par exemple de voir cet inconscient qui avait failli avoir des côtes brisées se soucier de sa minuscule égratignure comme si elle comptait davantage, peut-être taquiner un peu son pupille sur ce point ; il n’osait pas. Pas plus qu’il n’insistait pour vérifier que le coup en traître de Darienne n’avait pas laissé de marques. Cela dit, dans la précaution de ses mouvements, on lisait sans peine que ce petit accident le tracassait toujours, et qu’il se morigénait pour assurer une suite plus salubre au séjour de ce jeune imprudent.

Incapable de réconcilier ses devoirs et ses impulsions, il préféra s’éloigner, après avoir remis à Onésime un bon de la banque qui lui ouvrait l’accès à un petit compte préparé spécialement. D’ailleurs, il croulait sous le travail comme chaque jour de sa vie depuis sa majorité. Ce n’était donc pas une fuite sans but. Il lança en franchissant le seuil, avec un retour de son sourire habituel, comme si la certitude d'échapper à un moment de faiblesse lui rendait enfin son assurance ordinaire :

« Le repas sera servi à midi et demi, sans faute, dans la grande salle de réception. Et... vous pouvez être fier de vous. Vous êtes un redoutable adversaire. »
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[CLOS]Chimneys of Fire [Onésime]

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