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Souvenirs d'enfance / recueil / (SOLO)

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MessageSujet: Souvenirs d'enfance / recueil / (SOLO) Mar 28 Mar 2017 - 21:30
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CHAPITRE I : LA MORSURE


La lumière rouge de ce soir d'été était descendue sur lentement sur les toits. La ville saturée grouillait comme une fourmilière dans un brouhaha assourdissant. Thémis, une ville aux deux visages, si intimement mêlés qu'on ne savait plus vraiment dire où s'arrêtaient les fastes pour sombrer dans la crasse. Une odeur de la teinture, d'épice et de fumée flottait dans l'air, presque écœurante de vivacité. Les pavés luisaient encore de l'ondée qui s'était abattue un plus tôt dans l'après midi. Alors que la vie touchait à sa fin, les oiseaux de nuit s'éveillaient difficilement, encore au prise avec les démons de la veille.

Derrière les hauts murs bardés de verres tranchants, à l'abri des mains envieuses, prospérait un veste jardin luxuriant, peuplée de plantes aux formes exotiques. L'entrée de ce monde était vaillamment gardée par une immense porte de métal rugueux, lourde comme une montagne, froide comme la glace en hivers, brulant comme les forges sous les rayons du soleil. Les dalles étaient de craie, serpentaient entre les bosquets de fleurs savamment entretenus jusqu'à l'imposante et massive demeure qui s'épanouissait ici, inébranlable et prospère, depuis des siècles.

L'entrée principale était réservée à une élite, à ce que cette maison avait élevé de mieux, dans la tradition et les rêves brisés. Pour cet enfant là en revanche il n'y avait ni cortège, ni cérémonie. Du moins, était-ce d'une toute autre nature. La petite porte noire, usée et recluse dans un coin sombre d'une misérable ruelle, telle était sa compagne la plus fidèle.

- Je l'ai trouvé madame.

- Qu'avez-vous encore fait Constantin ?

Mais seul le silence répondit à cette question rêche et stérile. Le bureau de Seraphine Van Pelt était à l'image même de la femme qui l'occupait, grand, lumineux, ordonné, d'une propreté maladive. Sous cet éclairage les grands rideaux de velours bleus dessinaient bien des ombres cependant. Pas de vie, pas d'ornementations ou de fantaisies superflues pour adoucir des angles en apparence si raffinés. Face au bureau d'ébène lustré se tenait un garçonnet d'environ 12 ans, pas encore assez grand pour faire des choix, déjà trop pour s'y soumettre sagement. Telle était sa nature, rebelle, indomptable, pleine d'une morgue sans véritable limite que les punitions aussi sévère fussent-elles ne parvenaient à raisonner. Sur ses lèvres closes s'étira un sourire alors qu'il relevait des yeux sombre et luisant vers sa mère.  

De son costume de bonne facture il ne restait que le contour. Comme son visage encore juvénile, ses vêtements étaient souillés d'une substance poisseuse, milles giclées carmin, un filet de sang tiède et poisseux glissant sur son menton. Ses iris brillaient ne laissant point faillir l'insolence qui les hantait depuis qu'il était en âge de marcher. Constantin, elle était bien la seule à l'appeler ainsi hormis les domestiques. Une mère froide, un fils turbulent, cela prenait si facilement un air de guerre officieuse.

- Qu'a t-il fait pour se trouver dans cet état ? Avec qui s'est-il encore battu, demanda-t-elle finalement au valet, sachant pertinemment qu'elle n'obtiendrait rien de l'enfant peu importait la rudesse de son regard inquisiteur sur ses traits effrontés.  

- Il a aidé des enfants des rues à voler un honnête commerçant de la rue des teinturiers en faisant diversion, madame. Le marchand s'en est rendu compte, il a voulu les chasser. Mais il lui a sauté à la gorge et l'a mordu, madame.  

Force était de constater qu'une fierté mal placée ornait à présent ce visage crasseux qui refusait de s'abaisser devant le courroux maternel à l'évocation des exploits de l'après-midi. Un démon, voila ce qu'il était, sauvage et belliqueux, une mauvaise graine qu'aucun coup de bâton, qu'aucune privation n'arrivait à faire entrer dans le rang. Ce comportement causait du tord à sa mère et il en jubilait sans doute. Seraphine contourna le bureau lentement.

- Qui était le commerçant ?

- Johannes Dietrich, madame.

Une certaine hésitation avait précédé cette révélation mais personne n'était en mesure de contester celle qui deviendrait sous peu la représentante officielle de cette cité. Si d'ordinaire Seraphine ne s'abaissait jamais à lever elle-même la main sur sa descendance l'excès de colère qui remonta alors le long de sa colonne vertébrale fût aussi brusque qu'incontrôlable. D'un revers haineux de la main elle gratifia son petit dernier d'une unique gifle, d'une brutalités et d'une précision sans commune mesure. Ses doigts couvert de bagues s'agrippèrent à la chair tendre de la joue alors que l'enfant, surpris par ce geste n'eut pas le temps d'amorcer de repli. Cela l'ébranla, lui arracha même un cri de stupeur plus encore que de douleur.

- Combien de temps encore vous obstinerez vous à me tourmenter ? Si je ne vous avez pas porté pendant neuf mois, je pourrais affirmer que vous n'êtes qu'un être envoyé par l'innommable. Cela suffit. Ceci est la dernière fois que vous me causerez du tord. M'entendez-vous Constantin ? Si je ne peux vous dresser, d'autres s'en chargeront.

Ces paroles n'étaient plus un avertissement, ni même une menace. Derrière l'accent aussi tranchant que glacial bouillonnait une rage palpable. Seraphine savait encore et toujours se tenir, même si ses limites venaient à l'instant de se briser. Implacable, elle détourna son attention de son fils qui frottait sa chair meurtrie pour fixer le domestique.

- Préparez ses baguages. C'est la dernière nuit qu'il passera dans cette maison jusqu'à ce qu'on lui ai extrait ses viles penchants. Vous savez quoi faire de lui en entendant qu'il nous quitte.

- Sorcière, siffla Kostia entre ses dents.

- Dehors maintenant, puisque que j'ai cette affaire à régler.

C'était loin d'être le premier arrangement, la première fois qu'elle devrait se délester d'un peu d'argent pour étouffer cette affaire dans l’œuf. Cette femme avait de la ressource et un don pour la diplomatie, elle l'avait déjà mainte fois prouvé par le passé. Le temps n'était plus venu de trouver un terrain d'entente, elle devait rapidement éloigner cet enfant avant qu'il ne lui coute la place qu'elle convoitait depuis si longtemps. Le garder à l’œil n'avait pas était une stratégie payante, l'éloigner de Thémis et l'envoyer séjourner dans un internat était l'unique solution qui lui restait. Au moins aurait elle la paix quelques temps, suffisamment pour se faire élire.

Le domestique n'avait pas eu à trainer son jeune maitre hors de la pièce, ni à le contraindre par la force à se tenir tranquille alors qu'il lui administrait une énième punition. Kostia était orgueilleux, jamais il ne suppliait qu'on l'épargna, comme si les souffrances qu'on lui infligeait en traitement était un trophée de guerre. Le battre ou le consigner sans nourriture, il s'y soumettait, retenant ses pleurs et ses gémissements de douleur autant qu'il le pouvait. La satisfaction de sa mère et de ses ainées auraient été trop grande s'il avait montré de la faiblesse dans ces moments là.

Ce jour là, il avait enduré une fois de plus, tout en sachant pertinemment que ce n'était pas un adieu définitif avec ses bourreaux. Le pensionnat était loin de lui faire peur à l'heure actuelle. Il y avait trop de colère en lui pour penser à s'en remettre à un lendemain aussi brumeux. Seul ses camarades de jeu des ruelles lui manquerait, mais certainement pas cette prison et ces geôliers aux visages délicats drapés dans des habits des plus fines soieries.

Roulé en boule dans un coin de sa chambre, là où on l'avait enfermé à double tour, il insultait ce corps meurtrie. Le goût métallique encore présent sur sa langue lui rappelait la morsure violente de l'existence. Il savait que son sort était envié, mais seul dans l'obscurité, des barricades à ses fenêtres, le garçon peinait à trouver une autre place, trouver un but, trouver ce qu'on appelait simplement liberté. Aucun livre, aucun son, aucun parfum ne parvenait à adoucir la conscience d'être née ici, entre ses murs, une fatalité dont il devait pourtant se montrer digne. On pouvait les escalader, s'enfuir mais toujours une main implacable s'abattait sur ses épaules pour le ramener à cet endroit. Plus on le forçait, plus il prenait conscience qu'aucun d'entre eux n'avait le choix, et chacun souffrait d'une façon ou d'une autre. Cela, il ne pouvait l'accepter.

Un grincement puis quelques coups discrets transpercèrent le silence.

- Kostia ? Est-ce que tu vas bien ?

Ce timbre joliment aiguë, étouffé par le bois et la peinture crème appartenait à un autre monde. S'il ne la haïssait pas, sa divine douceur et son inquiétude le blessait autant qu'elle le rebutait. Il n'avait ni besoin de sa pitié, ni de ses sourires. Kostia grogna sans bouger d'un millimètre. Le moindre mouvement s'apparentait à une torture après la correction qu'il avait reçu. Que pouvait-elle pour lui de toute façon ? Cette tendre créature était bien trop sage et respectueuse pour oser intervenir. En cela, elle l'irritait passablement. Trop lumineuse, trop brillante, trop… Alexandra était tout ce qu'il n'était pas, tout ce qu'il fuyait. Marcher dans ses pas n'était que s'enfoncer dans une bataille perdue d'avance. Désappointant et sans intérêt.

- S'il te plait, réponds moi. Tu vas partir dès demain, le veux-tu ? Tu devrais te montrer coopératif pour une fois. Tu verras, tu n'auras plus à subir cela. Je t'en prie.

- Va t'en, laisse-moi en paix, cracha-t-il finalement.

Ce serait la dernière voix amicale qu'il entendrait durant les 2 années à venir. Il l'ignorait encore, et qu'importait au fond ce qu'il allait advenir de lui. Il serait loin et cela ne pouvait pas être pire, en théorie. Il ne trouva cependant pas le sommeil, bien que la fatigue et la faim le tiraillèrent durant les heures les plus sombres. Il ne pouvait changer, il ne voulait pas changer même s'il devait se condamner ainsi. La lumière du jour revenait toujours, pour une minute ou une heure, un espoir, un instant de liberté que cet enfant pouvait chaparder et trop chèrement payer.

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