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 :: L'histoire Ambrosienne :: Palais impérial :: Jardins et extérieurs

[CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul]

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MessageSujet: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Mar 31 Jan 2017 - 15:26
L’annonce du drame avait plongé la banque toute entière dans l’affliction. Les uns songeaient à l’impact sur l’autorité du trône, les autres, aux répercutions forcément néfastes sur les investissements et le cours de la bourse, d’autres encore aux clients qui en seraient touchés par ricochet et dont les comptes se réduiraient. Le conseil d’administration se réunit en urgence ; entre ses parents, Ross avait le sentiment d’être le seul à se demander ce qui pouvait agiter, en cet instant, le cœur de la jeune veuve ainsi jetée d’un statut, lumineux et plein de promesses, à un autre, sombre et plein de dangers.

Il avait apporté sa contribution aux débats dans la plus extrême fébrilité, infiniment mal à l’aise alors qu’il lui semblait voir sous ses yeux sa mère se transformer en une machine à écrire cliquetante, et son père en un coffre aux ressorts claquants ; leurs mots ne parvenaient plus jusqu’à son esprit, et se changeaient en une rumeur confuse et mécanique, tant leurs discours n’avaient plus rien d’humain. Bientôt ils parviendraient à communiquer uniquement par chiffres. Il croyait assister à une évolution de l’espèce humaine vers un nouveau stade, tout entier fait de glace et de métal.

Chose étrange, lui-même ne souffrait jamais de ce froid contact. Sans doute une invulnérabilité développée dès l’enfance, voire innée, et qui lui avait permis de ne pas devenir désespéré, rebelle ou fou avant l’âge. Néanmoins, sa préoccupation pour l’état moral de l’impératrice l’animait, si l’on peut dire, de sentiments par procuration. Il n’avait donc qu’une hâte : s’extraire du carcan domestique et gagner le palais, pour retrouver le dialogue des simples mortels, et deviser de ces importantes questions : humeur, pulsions et sentiments. C’était la différence principale entre Ross Brisendan et ses augustes géniteurs. Là où ceux-ci peinaient à discerner les pensées des autres, et professaient à cet égard une parfaite indifférence, lui éprouvait les mêmes difficultés, mais luttait pour recouvrer par l’intellect une compréhension partielle de ces phénomènes.

Cela dit, il n’eut pas plus tôt franchi les grilles du palais qu’il se sentit gagné par une certaine déception, proche de l’affliction. Le garde personnel qui l’accompagnait en qualité de laquais avait témoigné au fil du trajet davantage de noblesse, dans son anxiété pour l’impératrice esseulée et frappée de si près, que n’en montrèrent les premiers dignitaires que Ross croisa à son arrivée. Ceux-ci murmuraient à la façon des parieurs près d’un combat de coq, lorsqu’ils voient jaillir le sang. Peu enclin à leur tenir la jambe, il les esquiva en se composant le masque d’un jeune homme sensible perturbé par un drame national ; il savait y faire, c’était devenu un art. Non, songeait-on en le voyant, il n’est pas en état de bavarder. C’est à peine s’il sait encore mettre un pied devant l’autre. Alors, discuter stratégie…

De quelle stratégie parlaient-ils, ce n’était que trop clair. Lilith de Choiseul était une adversaire déconcentrée sur une immense partie d’échecs. Chacun cherchait la meilleure ouverture pour tirer profit de cet état nerveux inopiné. Qui songeait à présenter son fils - « Vous aurez besoin de bons serviteurs à vos côtés pour surmonter une telle épreuve » -, qui à obtenir une charge - « Vous n’aurez pas à vous soucier de nos frontières navales avec moi à la tête de notre flotte... » Toutes ces réflexions présentaient la même indécence nauséabonde ; la question qui se posait à chacun était : comment les présenter sans que cela se voie trop. Aussi, on faisait appel à ses alliés, on gênait ses opposants.

Ross parvint enfin en vue de celle que tous les regards cherchaient. Il se figea. Observateur avant toute chose, il ne songea pas même à attirer l’attention sur sa personne ; il faut dire que, parmi les corbeaux d’un noir de jais qui gravitaient autour de la personne impériale, il dénotait comme à son ordinaire par les reflets de son habit, et par les détails qui l’égayaient comme accidentellement : ici une boutonnière assortie à ses yeux dorés, là des manchettes brodées dont le revers révélait au moindre mouvement des dessous étincelants. Et c’était sa tenue de deuil. Quiconque le connaissait sous ses atours habituels ne pouvait en douter ; il était même choquant de le rencontrer porteur de si peu de couleurs. Cela dit, il demeurait aussi visible qu’une grenouille venimeuse dans l’ombre verte des jungles.

Il n’avait pas même songé au compliment à composer. Quand le regard clair se posa sur lui, il lança ce qui lui passa par l’esprit, en esquissant un salut :

« Je suis venu aussi vite que possible. Ma bien-aimée impératrice… je vous en conjure, dites-moi ce que je puis faire pour vous. »
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Jeu 2 Fév 2017 - 15:23
Ils se pressent, ils s’écrasent, ils m’épuisent…
La foule des partisans aux larmes de verre qu’ils veulent faire passer pour du Crystal. Ils me répugnent, tel est le mot, je ne devrais pas faire preuve de mépris, mais au fond de moi, j’en éprouve. Aucun d’eux n’a de réel larme, les amis de Elrich, je les connais, ils sont venus au matin, avant qu’il ne soit important d’être vu, ils ne m’ont pas adressé de mots dégoulinant de flatterie, ils ont simplement tenu mes mains et proposer une prière avant de repartir. Et dans cette vague de menteur, se détache des exceptions pour qui je souris avec sincérité, partageant réellement ma peine.

Très vite lassée des prétendants mal dissimulés, déjà à l’affut de la bonne parole, je me maintiens pourtant, enveloppée dans un corsage blanc immaculé couvrant toutes chaires jusqu’au cou et d’un jupon d’un violine presque noire, ma couturière s’est empressée d’arranger une création pour tenir le respect du deuil Amétien. La coiffure complexe est encore la seule preuve de mes excès à l’habitude plus visible, à qui sait regarder peut observer dans ma chevelure, la parure d’un engrenage brisé, comme je le suis. Mais je doute que les courtisans sachent observer.

Au final, c’est l’esprit ailleurs que je réceptionne les pleurs, les larmes, désirant me retrouver seule auprès de mon époux, mais ne pouvant l’être. Dans le salon du rez-de chaussée, mon esprit se détache, ils viennent, parlent et je les laisses envahir l’univers du palais, comme désireuse de les rendre invisible, un détachement lent, mais qui se fait, jusqu’à ce qu’un point de couleur, dans un univers noir, ne vienne à mon secours.

De cet homme proche de son âge, j’ai toujours gardé de l’amitié, éduqué presque ensembles dans les années de pupillage, comme on peut le dire avec affection, il est de ce qu’on appelle un ami et étrangement, un symbole à son tour, d’un Empire tout entier. Le sien est financier, le mien est mondiale.
Le regard attiré par l’éclat il se pose, un sourire simple sur les traits s’éveillent à sa vue, éclairant la pâleur de ma peau, me poussant à me redresser de mon siège, pour tendre ma main vers lui, délaissant certainement abruptement l’oiseau croassant à mon oreille. Je prends sa main, nullement comme s’il était un serviteur, mais comme un ami, un vrai, je serre ses doigts avec les miens avec une affection tendre.

-Pitié, mon ami, offrez-moi un instant de répit.

Nul doute qu’il accorderait ma demande, joignant mes mots aux mouvements, je nous entraîne, les chiens danois à ma suite suivant d’une patte mollassonne, encore sonnés par les discours usant des gens d’apparat.
Prenant le bras de Ross Brisendan, je fends la foule en sa compagnie, direction des jardins encore humide de la pluie matinale, un serviteur accourt pour poser sur mes épaules une capeline chaude, qui coupera le vent de l’endroit. Le laissant faire, le voilà qu’il disparait aussi vite.

-Allons à mes jardins, nous serons épiés peut-être, mais nous pourrons parler sans ombrages.

Nous aurions pu le faire ici aussi, mais je n’ai pas envie d’être dérangée, pas quand un ambrosien sincère venait d’arriver…


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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Jeu 2 Fév 2017 - 20:19
Comme à chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un et démarrait une conversation, Ross prit quelques instants pour détailler les petits signes par lesquels l’autre personne communiquait avant même de prendre la parole.

Il avait quelques détails sur le drame, mais pas suffisamment. C'était inconfortable : le faux pas le guettait en tous lieux. Or, tout impair était à proscrire ; non parce que c’était à une impératrice qu’il parlait, mais parce qu’elle était en deuil. N’importe quel être, si endurci soit-il par les responsabilités et la dureté de la vie, avait le cuir moins solide en pareil cas ; sans avoir eu à déplorer trop de décès dans sa propre famille, où les vieux s’obstinaient souvent à vivre bien après qu’on se soit lassé de leur présence, il était bien conscient de cet état d’écorché vif où la mort des proches jette les enfants de l’humanité.

Comme cela lui arrivait parfois en parlant avec cette amie d’enfance, devant laquelle l’étiquette elle-même lui ordonnait d’abattre toutes ses murailles habituelles, il se prit à se sentir étrangement jaloux. Elle arborait la dignité gracieuse de sa fonction, bien que l’assaut général lui fût naturellement pénible ; pas une faille ne se dessinait sur le front de guerre serein qu’elle opposait à ceux qui se déclaraient ses serviteurs. Elle ressentait pleinement le coup du destin qui venait de s’abattre sur sa personne et sa maison ; et avec cela, elle gardait la face.

Quand il était tout à fait honnête avec lui-même, Ross se reconnaissait incapable d’afficher ces deux capacités à la fois, dans une même heure de chagrin. S’il se montrait fort, ce serait aussi en se montrant dissimulateur. D’ailleurs, l’alternative inverse ne lui était pas vraiment permise. Il ne se souvenait pas d’avoir reçu un jour dans sa vie un coup semblable, aussi déstabilisant. Il était encore jeune, et cela viendrait sans doute. Serait-il ébranlé ? Il le découvrirait bien assez tôt. Pour la première fois depuis l’annonce terrible, il se prit à s’imaginer dans la situation de Lilith de Choiseul. La mort de Miranda, sa fidèle quoique distante épouse. C’était difficile à imaginer, à vrai dire impossible. Pourtant, il était loin de lui être attaché.

Mais il s’agissait avant tout de parer au plus pressé. Importunée par les sollicitudes quelque peu mielleuses de l’aristocratie, son impératrice avait requis de lui un service concret. Rien de plus facile que de lui octroyer cela, s’il suffisait d’un peu de paix pour la rasséréner, du moins en partie. Le front soucieux, le regard attentif, pareil à quelque prince charmant au chevet de sa douce amie souffrante, il l’accompagna donc à l’écart de la foule, en adoptant le langage corporel d’un envoyé confidentiel qui vient apporter une nouvelle d’importance. Dans ce vaste manège réglé par un éternel ballet de relations et de postures, cela leur suffirait pour qu’on leur accorde un moment de conversation.

Par ailleurs, on était habitué à voir le jeune banquier en faveur lorsqu’il prenait la peine de la réclamer ; sans doute parce qu’il ne le faisait que dans les circonstances où sa présence était effectivement recherchée.

« Nous avons tous deux coutume d’être épiés, » sourit-il faiblement en se dirigeant vers les massifs aux parfums consolateurs. « Tel est le loyer que nous versons aux Dieux en échange de nos beaux appartements et de nos tenues sublimes. »

Chaque phrase que prononçait Brisendan lui rappelait que le prince consort venait de succomber ; les appartements seraient vides et froids à présent, les tenues noires et ternes… Il cherchait désespérément une manière de détourner ses pensées, et n’y parvenait pas, prisonnier d’un labyrinthe où il était venu se perdre volontairement, afin que Lilith n’y erre point seule. Mais à présent qu'il s'y trouvait... à quoi serait-il bon ?

« Je présume, » commença-t-il prudemment, « que vous n’avez aucune envie de vous lancer dans une énième description de ces faits tragiques. A moins que cela ne vous fasse du bien d’en parler, naturellement. » Pour un homme si habitué à contrôler son environnement et ses propres actions, l’embarras du banquier eût pu paraître comique, en d’autres circonstances.
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Ven 3 Fév 2017 - 22:20
L’air quoi que frais me rend immédiatement une force certaine. Le vent soufflé semble venir des mains d’Aernia pour soutenir mon courage et dans ce signe de ma déesse, je peux souffler un instant. La cour voilà tout ce que j’ai toujours connu, il parait que certaines gens ne vivent pas du soir au matin avec des étrangers, qu’ils ne grandissent pas en se faufilant entre des jupons excessifs mais à la mode, en se faisant rappeler à l’ordre par un majordome dépassé, déjà vieux, mais qui l’est bien plus encore aujourd’hui.

Je ne les envie pas.
Je serais perdue sans ce monde…

Reprenant une couleur rosée sur mes pommettes et me tenant au bras de Ross, je prends son bras comme celui d’un ami, un ami tendre et très cher dont les paroles plus que vraies à l’instant m’arrache un sourire doux, pourtant triste, mais vraie. Je ferme un instant les yeux, sous le vent agréable mais frais de l’automne, me demandant alors pour combien de temps, encore, les choses seraient si…étouffantes.
Toujours ? cela n’irait qu’en s’empirant, quand les prétendant se déclareraient, feraient leur cour et tout ce qui va avec. Je n’aurais pas perdu l’enfant, jamais je n’aurais eu à vivre le calvaire de cette fausse séduction. J’ai préféré encore le mariage arrangé, qui ne fut pas si horrible que peuvent l’être certain.

-Je n’en sais rien Ross à vrai dire, je me sens amputée d’une partie de moi, un morceau de ma chair ue l’on m’a arraché et qui ne cicatrisera jamais vraiment. J’aimerais pouvoir vous dire, comment cela s’est passé et je n’ai que l’image d’un couperet tombant net devant mes yeux dans un bruit assourdissant…

Et encore je ne suis pas certaine de retranscrire parfaitement ce que j’ai ressenti, l’annonce tombant comme le glas sur mon cœur et enfermant mon esprit dans un étau de dignité tenue contre tout. Absolument tout.
Mon regard parait se perdre dans un lointain se situant ailleurs, enlacée à des souvenirs de cette nuit funeste, mon sang se glace encore aux paroles sans douceur de l’annonciateur autant effaré par la nouvelle qu’incapable de savoir comment l’annoncer.

-Avez-vous déjà eu connu cette sensation terrible, d’être seule au milieu d’une foule de milles personne ?

Demandais-je en marchant, glissant sur l’allée métallique d’un chemin de rose noire, tenant mon jupon volage pour qu’il ne prenne à une branche de rosier.

-C’est exactement ce que j’ai ressenti. Seule dans une foule qui me regarde, la pupille juchée sur mes moindres actions, pourtant Aernia sait que j’en ai l’habitude, mais ce-jours là, alors qu’à l’accoutumée je peux voir un sourire de mon époux, il n’y a plus rien eu, si ce n’est le vide, l’absolue sensation de vide.

Je me sens ainsi, vide, dépourvue de notre force qui m’animait en compagnie d’Elrich, bien entendu, je saurais retrouver ma force solitaire, elle prend déjà aisance dans mon être, mais elle regarde avec désespoir, la place qu’il y a en trop ainsi laissé.




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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Ven 3 Fév 2017 - 23:04
La houle devint un tissu de murmures en arrière-plan. Les murmures, voilà qui ne les avait jamais inquiétés outre mesure ; habitude du financier par dynastie, qui consistait à tracer à longueur de temps des axes de riposte, des dialogues imaginaires, pour se tirer des plus terribles difficultés. Bien sûr, la mort frappait tout le monde, tôt ou tard, dans ses amours ou dans sa chair, mais elle n’en était que plus prévisible. En cet instant même, tout en écoutant l’impératrice, Ross se projetait dans sa situation ; il s’entraînait. Chaque seconde était un exercice mental, chaque ciel un œil fixé sur ses efforts incessants. Il travaillait sa propre endurance face aux agressions possibles du réel ; s’il éprouvait un jour ce qu’elle éprouvait maintenant, il faudrait qu’il y soit préparé, endurci, froid.

« J’en viens à songer que nous sommes mieux préparés que le commun des mortels à la brûlure de la solitude, mais bien moins à celle de l’impuissance totale, » acheva-t-il à voix haute, au terme de ces étranges pensées. « Vous, moi, et tous ceux qui sont nés avec sur leurs épaules le poids d’un empire. C’est cela qui nous fait souffrir en pareil cas : habituellement, nous pouvons toujours faire quelque chose. Mais face à la mort, nous devenons nous-mêmes les simples mortels que nous avons toujours été. »

Lorsqu’il avait pris ses fonctions aux côtés de ses parents en qualité de co-directeur, il avait passé un véritable entretien d’embauche ; on lui avait à cette occasion demandé de présenter ses défauts et ses qualités. Il avait commencé chacune des deux listes par le même terme : analytique. Il allait trop loin dans l’analyse, quel que soit le sujet ; il ne laissait aucune idée, aucune supposition au hasard, même si cette réflexion avait lieu dans l’espace d’un battement de cil. Et en cette seconde, face au chagrin brutal qui frappait une amie et une tête régnante, il ne pouvait produire que cette réaction : analyser la signification de cette irruption dans la vie, qui était une irruption de l’absurde.

Comme pour s’en excuser, il se permit un geste qu’il évitait ordinairement lorsqu’il se trouvait face à sa souveraine, qui plus est dans un espace public et surveillé : il lui caressa la joue brièvement. Un geste qu’il avait eue un jour, dans leur enfance, avant de prononcer les mêmes paroles, qui les avaient fait souvent rire depuis :
« En tout cas… je vous promets de ne pas vous demander en mariage. »

Ioan Lemonk jouait en ville ; c’était un bon serviteur de l’Empire de façon générale, en apportant à la population les rêves dont elle avait besoin pour pouvoir continuer à travailler, à endurer, à fonctionner ; et en pareil cas, son écriture poétique, éthérée, souvent sombre, pouvait aider une femme en deuil à trouver un écho à ses pensées, à son désespoir. Un désespoir qui trouve ailleurs des échos n’est plus un abîme en soi. Mais cette mélancolique distraction était ce qu’aurait conseillé Ross à une autre personne ayant perdu un être cher. Proposer cet exutoire à la femme qu’il avait auprès de lui aurait sonné comme une insulte. Les mots qu’elle avait besoin de placer sur cet événement n’étaient pas des mots de philosophie. Les sensations qu’elle avait besoin d’apprivoiser n’étaient pas de celles que la musique peut sortir de l’engourdissement du choc.

Après un sourire fugace au souvenir de leurs alliances enfantines, il reprit son sérieux : voilà ce qui pourrait aider Lilith à se relever et à tenir bon. Les mots de la vérité. La sensation de tenir le responsable dans sa poigne et d’exercer la justice. Un simple représentant de la banque nationale semblait bien éloigné de ces considérations légales ; pourtant, l'argent augmentait fatalement l'efficacité de toute opération de recherche. L'efficacité de presque tout, lorsqu'on écoutait Ross. C'était son second défaut dans la liste. Sa mention avait fort étonné les autres banquiers qui le recevaient parmi leur groupe : à leurs yeux, il s'agissait plutôt d'une qualité.

« Vous allez découvrir qui a fait ça. Notre banque s’engage à soutenir l’effort de police à la hauteur des fonds nécessaires. Vous étiez peut-être visée ; ou vous l’êtes peut-être à présent. Allez en guerre, et quelle que soit l’amertume de votre victoire, elle sera remportée au nom de votre époux. »

Un oiseau se permettait de chanter dans les branches, parfaitement indifférent à leur présence. Ross n'en prenait pas ombrage. Il avait appris que ces chants étaient en réalité des cris de rage, adressés aux congénères voisins, afin de les empêcher de venir détruire le nid. C'était la musique appropriée à leur triste situation. Puis il songea que c'était peut-être leur présence justement qui occasionnait cette explosion de sa part. Cette idée qui inversait sa perspective lui fit soudain songer aux motifs possibles de l'assassin. Lui, que défendait-il ? Eux, qu'avaient-ils menacé, peut-être même sans s'en apercevoir ? Il était beaucoup trop tôt pour poser de telles questions, surtout à la jeune veuve.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Ven 10 Fév 2017 - 22:29
-Comme vous avez raison…je pourrais faire trouver les coupables, leur promettre une justice équitable et voir leur mort en souriant, que je ne changerais rien. Il serait toujours étendus et sans vie et froid…

A ces mots, une boule rend ma voix rauque, mes pupilles observant l’horizon, je ne veux pas pleurer, mais à mes pensées toquent la vie du corps, ce torse qui ne dresse plus, ce regard qui ne sourit plus. Comme Rosse a raison, que sommes-nous face à la mort, rien, nous sommes seulement là, à faire les jeux des empires et sous ce poids nous ne sommes que des mortels. Les mots de Ross me touchent, et je resserre dans un sourire triste mon emprise sur sa main, marchant à travers les jardins pour parvenir à un coin reculé mais pas invisible.

Le visage tourné vers lui, je souris tristement, et ce contact rapide, je ferme un instant le regard, de dos au monde, je me permets un sourire sincère mais triste. L’alliance d’enfant qui savent qu’un jour, ils seraient aux commandes d’une dynastie si forte, si puissante, qu’il leur faudrait aussi des amis, au moins un, un ami précieux, rare, loin des courtisans…

Rouvrant les prunelles félines de mon regard, je l’observe, j’aimerais déposer un baiser sur son front, marquer ma tendresse toute innocente à son encontre, mais je ne me le permets ce geste, seulement à cause des intrus.

-Voilà la plus belle des promesses que l’on ne m’a jamais faites.

Répétais-je comme à l’enfance, mais n’ayant en aucun cas ce sourire espiègle. L’esprit emporté par une brise soudaine, je redresse le regard vers l’arbre où l’oiseau chante, observant l’animal aux plumes sombres conter quelques choses dans son langage solitaire.

-Pour le moment tout est si flou, un poison, voilà tout ce que nous avons et rien de plus. Personne ne revendiquant, quoi que ce soit, il(s) se terre(nt). Mais je plains les coupables quand ils seront découverts. Mes yeux reviennent sur mon ami, et je détaille Ross. Je savais que je pouvais compter sur vous, mais, j’ignore les agissements, le pourquoi, le comment, mais peut-être que s’ils veulent me faire tomber, ils essaieront de faire tomber mes alliés. Faites attention à votre femme, je m’inquiète peut-être, ma douleur me pousse probablement à des peines, mais les empires se soutiennent quand ils sont amis. Vous êtes un empire, et vous m’êtes fidèles…

Je délire probablement sous le chagrin et ma main se portait à mon front, je souris avec peine. Il faut certainement que je me ressaisisse, pourquoi serait-il dans une quelconque visée, une quelconque souffrance, mais j’ai le droit de me soucier, quand on ignore tant de chose…

-Pardonnez-moi, depuis qu’Elrich m’a quitté, je me laisse gagner par des peurs imbéciles. Il n’est pas dans ma nature d’être ainsi et je ne veux pas être ainsi. Mais je me mets à penser à tant de chose. Oh Ross…nous sommes un empire et nous détruiront ceux qui veulent nous défaire. Parce que nous les obligeons à la paix et c’est cela qui doit les effrayer.

C’est ce que je représente, la contrainte à la paix, l’obligation et cela est une chose que des hommes, des femmes, peuvent encore avoir du mal à supporter, mais jamais je ne les laisserais victorieux. Je suis peut-être utopiste comme l’était Mérimin, mais c’est notre volonté a améliorer le monde qui fait d’Ambrosia ce quelle est.


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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Lun 20 Fév 2017 - 23:25
Les craintes de l’Impératrice étaient un présent des plus touchants, néanmoins Ross ne pouvait les prendre au sérieux : point d’irrespect à cela, simplement il en aurait été moins efficace dans son travail, et d’ailleurs la mort de son épouse ne l’aurait certainement pas empêché de travailler. Il aurait confié à son fidèle secrétaire la recherche d’une autre candidate à la production de ses héritiers, ou d’ailleurs sa mère s’en serait chargée ; elle avait probablement prévu un plan de secours en pareil cas tragique. On pouvait lui faire confiance pour élaborer des stratégies à tiroirs, inutiles la plupart du temps, juste au cas où. Toute la famille la taquinait mais aussi l’admirait pour cela.

« Ils se sont eux-mêmes détruits le jour où ils ont fait le choix de s’en prendre à nous, ma Reine. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi. Vous et moi, nous sommes de simples pétales de fleurs... » Il passa le bout des doigts sur la surface satinée d’une rose qui tremblait dans un souffle de vent. « Bien sûr, il est possible à un être méchant de nous arracher. Mais qu’il empoigne la branche à mains nues, le massif à bras le corps... »

Ces mots, qu’il n’acheva pas, virent fleurir un sourire, de ces rares sourires menaçants, impitoyables, qui transformaient par moments le visage juvénile de l’héritier en un masque impassible qui aurait pu être celui de la Mort elle-même. Il imaginait parfois avec un certain amusement ce qui arriverait à quiconque parviendrait à l’abattre. D’ailleurs, il se rappelait les longues années durant lesquelles toute sa famille était restée mobilisée, sur le simple soupçon que quelques maladies suspectes aient été causées, justement, par un empoisonneur. Il ne savait pas s’il devait parler de cet épisode à Lilith. Elle semblait plutôt rapide à s’inquiéter ; il valait mieux qu’il la concentre sur des objectifs qui lui rendraient un peu de force, que sur de vieux scénarios d’angoisse qui n’avaient sans doute aucun rapport avec sa propre affaire.

Cela dit, une chose ne manquait jamais de la faire sourire : les rumeurs ridicules de la cour. Il cueillit la fleur avec laquelle il jouait, et la tendit à son interlocutrice en amorçant un léger salut galant. Il pouvait presque entendre les observateurs s’offusquer au bout de la promenade, derrière leurs éventails et leurs mouchoirs brodés. C’était une plaisanterie bien amère en pareilles circonstances, d’autant que les poisons étaient plus souvent qu’à leur tour tirés d’essences de fleurs ; mais tout valait mieux que de se laisser gagner par l’accablement.

« Disons simplement », reprit-il en demeurant très évasif, « que les poisons sont les armes des femmes jalouses, des courtisans frustrés, et des commanditaires haut placés. Rien de flamboyant, aucun risque, une longue attente, le plaisir sadique de la distillation et du double jeu... Les révolutionnaires, les adversaires militaires et les populations mécontentes sont d’ordinaire plus bruyants, plus assumés. Plus respectables. »

Après tout, elle aurait pu le soupçonner lui-même. Quoi de mieux qu’un ami de longue date pour mener une vengeance élaborée ? Mais il faisait confiance à la police du royaume pour passer au peigne fin l'ensemble de ses possessions et de ses locaux, et il comptait justement sur cette assiduité pour le disculper à la perfection. En tout cas aux yeux de son illustre clientèle ; il ne craignait pas que les craintes bien naturelles de son amie n'altère la confiance dont elle l'honorait. Il en aurait été le premier surpris.

Soudain, il aperçut une araignée qui sortait des pétales de la fleur, et menaçait de se promener de ci de là - jusque sur la main de Lilith, peut-être. Il la cueillit sur le bout de son index, et la considéra avec une curiosité soucieuse. Quelle araignée humaine, autrement plus diabolique, pouvait errer dans leur sillage en cet instant même... Il sourit à Lilith, et reposa la petite créature noire sur une feuille d'un buisson voisin. Il avait rarement l'occasion de rasséréner une jeune femme par l'exemple de son sang-froid. A vrai dire, il aurait préféré n'avoir jamais à jouer ce rôle. Il le gênait aux entournures. Pourvu que cette terrible aventure se solde rapidement par une lumineuse revanche.
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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Mar 28 Fév 2017 - 18:34
Je suis fatiguée, un épuisement mental plus que physique, poussant mes pensées vers des raisonnements effrayés. Cela ne me ressemble pas, on me dira que ce sont les hormones de la grossesse et je voudrais bien le croire. Car je n’ai jamais été aussi à fleur de peau que ces jours, un rien m’emporte, un rien me blesse, il est à noté que l’enfantement est une chose merveilleuse pour les poètes, mais j’ai aimé les sensations que j’avais, aujourd’hui, les résidus me semblent tragiques, comme des morceaux de verre sur lesquelles je continue à marcher.

Observant Ross parler et porter ce sourire à ses lèvres me fait sourire aussi. Mon ami est de ceux que l’on sous estime quand on s’arrête aux premiers regards, un original n’est jamais bien méchant non ? Mais sous ses couleurs, son attitude,il est de ceux qui mordent jusqu’à la mort l’ennemi idiot, comme je peux mordre.
Prenant la fleur entre l’index et le pouce, je lui souris, entendant pourtant déjà les rumeurs foisonnantes de la cour. Nul doute que demain on viendrait à rapporter que l’héritier de la Gobelin faisait déjà sa place, peut-être certains murmuraient au divorce pour la réunion de deux Empires et un fourmillement incohérent grossirait futilement. Il s’éteindrait probablement, mais il aura fait une petite course fugace sur bien des lèvres. Je les entends déjà de là, je les connais par cœur.

–Vous marquez un point Ross…de toutes évidences, je devrais peut-être retirer de mes soupçons l’Eskrois rebelle dont les espions me rapportent les gestes. D’un ton de confidence, je réfléchis un peu. Mais je ne sais pas, le poison est une arme conviviale, on le distille, on peut même l’administrer lors d’un banquet. Je note pour autant, qu’ils ont refusé la discrétion, il est mort rapidement, ça devait être fatale. Un coup porté. Mais il reste une question de pourquoi !

Pourquoi avoir fait cela, pourquoi ne pas revendiquer ? Est-ce pour instaurer un climat de peur ? Un climat effrayant, une sorte de période sombre à la capitale ? Je ne sais pas.

Pensive, sans soupçon à l’égard de Ross Brisendan ou de sa famille entière, l’araignée me tire de ma pensée et alors qu’il s’en saisit, je ne peux m’empêcher de souffler.

–Ne la tuez pas… Une sorte de phrase échappée sur l’instant, comme s’il allait le faire, je le regarde emmener la demoiselle insecte plus loin, ou le damoiseau, et je souris. Merci mon ami. Non que je sois effrayée par une araignée, en vérité, point du tout. Pour revenir à mes soupçons, le pays Eskrois s’agite plus que la ligue Raclusienne qui aurait toutes les raisons d’avoir préparé ce coup-là. La cité de Thémis…le fait que le Protectorat ait pu placer son héritier, ce genre de chose. Mais ce sont des suppositions et je ne suis pas celle qui résout les affaires. Pour autant je ne peux m’empêcher d’y penser.

Non, je ne sais pas m’arrêter, je pourrais citer milles ennemis,mais je ne peux oublier les plusgrandes affaires, la ligue serait idiote de faire cela, mais l’on a jamais demandé à personne de l’être en vérité, alors quoi ? Alors nous en sommes là, à se demander qui…voilà tout.


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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Mar 28 Fév 2017 - 20:01
A présent, Ross revenait dans sa sphère de prédilection : celle où il pouvait se permettre de quelque peu ironiser, beaucoup étaler sa science, et suivre un débat complexe en entraînant ses interlocuteurs avec lui. Il y avait là-dedans une bonne dose de rempart émotionnel, et c’était justement de quoi ils avaient besoin, en cet instant de fragilisation intérieur et extérieure. Il ne pouvait qu’encourager Lilith à se plonger dans ces controverses de logique froide et d’empathie à but criminologiste. Certes, elle n’aurait pas à passer les menottes ou à jouer le rôle du bourreau, mais son jugement était souverain et les suspects, puis les coupables, seraient présentés à ses regards, en sa double qualité de veuve blessée et de reine justicière.

Il leva l’index à la façon d’un professeur, modifiant un rien son accent pour cette bonne cause, et se lança dans un couplet qu’il tirait tout droit des leçons familiales :

« En termes de finances, deux forces influencent l’absence de réaction individuelle – je dis individuelle parce que, pour les groupes, c’est différent – d’une part, l’intérêt à l’avenir que cette inaction peut déclencher ; et d’autre part, la peur des conséquences qu’une action pourrait amener. »

Tout en parlant, il s’était emparé d’une branche à deux antennes, l’une portant un fruit encore rouge et brillant, l’autre un fruit noir et desséché, prêt à tomber. La première symbolisait bien sûr les intérêts possibles, l’autre, les risques. Il montra d’abord le fruit, et laissa descendre son index jusqu’à l’endroit où les deux embranchements se réunissaient : l’absence d’action. La disparition du coupable de ce grand exploit sinistre. Puis il fit de même en partant du fruit noir.

« Soit nous avons affaire à quelqu’un qui aime rester dans l’ombre, et tout ce que cela implique ; soit à quelqu’un qui n’aimerait pas incarner ce rôle en pleine lumière. Cette crainte est si puissante qu’il n’a pas même mis en scène de faux aveux d’une quelconque faction adverse, imaginaire par exemple. Il reste aussi la possibilité d’une revendication tardive, soigneusement retardée pour ménager un quelconque effet… mais j’ai du mal à croire que ce soit si bien ficelé pour l’amour de l’art, voyez-vous, il y a dans cette mise à mort une absence totale de classe qui m’indique l’individu purement fonctionnel, dénué de toute velléité théâtrale. »

Cette seule formule réveilla en lui l’envie d’extraversion que seules de si tristes circonstances pouvaient maîtriser, et il eut un petit mouvement léger pour jeter la branche par-dessus son épaule.

« Non, si notre inconnu aime à rester dans l’ombre, il s’intéresse peut-être au spectacle de notre Cour en train de s’entredéchirer, de sombrer dans la paranoïa, de raidir ses relations diplomatiques. Si c’est la seconde option… Une vengeance. Une mesquinerie. Un jeu cruel, personnel. A votre égard peut-être. Vous savez de quoi sont capables certains de nos éternels offensés. »

Par ces derniers mots, il voulait dire « vieilles familles », mais s’il se permettait cette ironie en partie auto-caricaturale par le passé, il avait appris à l’épargner à sa chère épouse… qui ne prenait que trop à coeur la dignité de ce statut. Une éternelle offensée, en somme. Il aurait pu la taquiner à l’infini sur ce point, si seulement elle avait été sensible à la taquinerie. Ah… il aurait peut-être dû épouser Lilith après tout. Non, il l’aimait trop pour cela. Et puis il serait peut-être mort en ce jour.

Comme si cette nouvelle réflexion à son sujet conjurait son spectre devant eux, Dame Miranda tourna brusquement le coin d’un bosquet et se porta à leur rencontre, son regard exclusivement porté sur sa souveraine ; la façon qu’elle avait d’ignorer son époux indiquait, dans le subtil langage de l’étiquette, qu’elle avait surpris ses derniers propos, et fort bien interprété ce qu’ils signifiaient réellement. Et elle désapprouvait tout à fait. Ce n’était certainement pas le moment d’adresser à la jeune veuve des plaisanteries aussi douteuses.

« Votre Grâce… Qu’il me soit permis de déposer mes plus humbles et sincères condoléances à vos pieds... » murmura-t-elle dans un souffle, son visage pâle légèrement rougi, en s’inclinant dans une révérence qui mêlait les pétales à demi flétris du sol aux dentelles de ses jupons blancs. Elle avait certainement couru, et ses beaux yeux clairs étaient rougis eux aussi.

Ross la laissa à terre le temps que justifiait cette même étiquette, puis lui prit la main pour la relever. Il s’était toujours montré infiniment correct avec elle ; il n’était pas de ces époux qui considèrent que leur moitié doit s’ériger tout naturellement en réceptacle de leurs humeurs passagères. Cependant, il n’appréciait guère cette interruption, aussi lourdaude sur le plan intellectuel qu’elle était gracieuse et douce sur le plan physique.

« Miranda. Nous parlions politique et finances. »
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Lilith de Choiseul
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MessageSujet: Re: [CLOS]Prunelles félines sous les roses noires [Lilith de Choiseul] Jeu 9 Mar 2017 - 23:39
J’aurais aimé plus d’élément, plus d’évidence, mais je suis loin de ces choses là, je ne peux qu’émettre des hypothèses, exposés des soupçons, et n’être certaine de rien. Si Aernia pouvait au moins venir murmurer à mon oreille des noms pour m’éveiller l’esprit, mais c’est blasphémer que d’espérer que ma déesse soit aussi clémente pour apaiser mon corps. Le chemin des hommes est fait pour être tourmenté, à eux de sortir plus fort, car c’est en vainquant les obstacles que l’on bat l’Innommable, fervent opposant de tout…

Observant et écoutant les paroles et les gestes de Ross, je fronce les sourcils. Les intérêts et les risques. Mais qui aurait intérêt ? J’imagine une longue liste,les jeux de politique sont ce qu’ils sont, ils sont terribles, mais ils font battre le cœur du monde.

- Vous avez raison mon ami, ce manque de revendication est étrange, il y a une absence que je ne comprends pas. Se revendiquer peut entraîner cependant des répercutions, on ne cherche pas à faire semblant de mettre sur le dos d’un autre. La crainte du risque, le manque de théatralité…où ce n’est que le premier coup sur l’échiquier.

Un sourire m’échappe sous les gestes de Ross, ce mouvement de branche par-dessus son épaule, j’ai la sensation qu’il se retient d’être plus lui-même et cela me désole tout autant que j’apprécie sa tenue. Il est un fiable ami en plus d’être un serviteur de la couronne.

-Je ne le sais que trop bien. Mais vous avez peut-être raison, un homme qui veut se jouer du monde de cour, pour ses propres idées, ses propres envies, mais cela peut-être tellement de monde…tant de vexés, montant sur leur grand chevaux, de petits esprits offensés pour rien, qui s’estiment pourtant dans leur juste droit, comme si le monde allait se plier à eux !

Il y en a toujours, tout le temps de ces gens-là, hélas. Ils composent le monde, ils se pensent tant au dessus, que tout leur est du comme une évidence que les yeux des autres ne voient pas.

-Tous ceux qui ont présenté leurs enfants, toutes les familles illustrent, tant et tant de monde. Et nous sommes sous leurs regards mon…

Surprise par la vue d’une chevelure flamboyante, je ne peux finir ma phrase, observant la créature se pressée sans que je comprenne le pourquoi de sa venue et son interruption dans mon entretien.. Ni ce qu’elle faisait là. Mais elle arrive en courant ou presque et je regarde en direction de Ross d’un air intrigué. Bien qu’ayant pris l’habitude des rares interventions de sa dame, je ne me suis toujours pas habituée à ce genre d’interruption.

-Je vous le permets Madame Brisendan et je vous en remercie.-Je regarde Ross l’aider à se redresser et les mains réunies devant moi, je souris à la dame. –Que pouvons-nous faire pour vous ? Vous semblez avoir couru, une affaire de toute importance à partager avec nous ?

Un beau sourire sur les lèvres, je suppose qu’il y a quelque chose d’important pour la voir ainsi arriver, j’espère qu’elle n’est point jalouse de mon temps avec Ross, mais elle doit être habituée de notre entente, si ce n’est pas le cas, j’en suis fort navrée.


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