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[CLOS]A circonstances lugubres, visées lumineuses. [Mélusine - Aÿmerik]

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Mélusine Duval
Ministre de l'éducation et des pupilles
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MessageSujet: Re: [CLOS]A circonstances lugubres, visées lumineuses. [Mélusine - Aÿmerik] Mer 8 Fév 2017 - 4:29
Efficace, voici le mot qui qualifiait le mieux le Secrétaire de la Ministre de l’Éducation. Mélusine avait une grande confiance en lui, et, bien qu'elle soit sa supérieure, l'avait toujours traité comme un associé. Il y avait cependant une part de mystère concernant sa vie privée, mais Mélusine ne s'en souciait pas, puisqu'il était parfait dans son travail, elle ne lui avait jamais posé de questions trop personnelles. Bien sûr, Mélusine adorant les enfants, connaissait ceux de son Secrétaire, il lui arrivait souvent de leurs offrir des présents pour leurs anniversaires ou autres petites attentions.

- Je crois qu'il est inutile de faire les présentations.

Mélusine offrit un sourire de satisfaction en voyant surgir Aÿmerik suivit de la garde. Tout était en ordre. Elle invita le banquier à s'installer dans la navette, et s'installa à ses côtés. Le trajet était plutôt court, mais un fiacre les attendait en bas pour les conduire à destination.

- Nous allons à l'orphelinat du Ruban Jaune. Je vous aurais bien présenté à chaque orphelinat de la ville, malheureusement le temps joue en notre défaveur.

Il y avait cinq orphelinats dans toute la capitale, et Mélusine avait particulièrement choisi Le Ruban Jaune, car de tous, c'était bien le pire. C'était un bâtiment vétuste, situé au fond d'une impasse sombre dans le quartier nord de la ville. Bien sûr, la Ministre avait déjà fait quelques donations pour améliorer les conditions de vie des orphelins s'y trouvant, mais la rénovation du bâtiment constituait une importante somme d'argent. De plus, elle ne voulait pas emmener le banquier à l'orphelinat White compte tenu des derniers évènements, cela paraissait trop risqué. Non, l'orphelinat qu'elle avait choisi était le meilleur choix possible pour tester Monsieur Brisendan. D'autant qu'il ne devait certainement pas connaître les lieux. Le quartier était proche de la porte nord, quartier commercial ou les prostitués défilaient dans les rues sans vergogne.

La navette s'arrêta et Mélusine conduisit son hôte en direction du fiacre qui les attendait. Elle chuchota un instant avec le cocher, en prenant soin à ce que le banquier ne l'entende pas et s'installa sur la banquette. Lorsqu'enfin tout le monde fut installé, que la garde les suivait, le cocher ne tarda pas à fouetter les chevaux à allure rapide.

- Vous serez certainement plus proche du lieu de votre prochain rendez-vous, Monsieur Brisendan. Cela vous fera gagner un peu de temps que de pas à avoir à reprendre le dirigeable.

Elle lui fit un sourire de politesse et regarda la ville défilée par la fenêtre.

- Il est bon que le personnel de l'orphelinat ainsi que les enfants voient le visage de leur charmant donateur.

Peut être que la bourse que promettait le banquier pourrait servir dans un premier temps à restaurer le bâtiment et à changer quelques meubles. Il restait encore quelques lits inapproprié au confort des enfants, bien qu'ils n'étaient pas tous utilisés, ils le seraient tôt ou tard. Malheureusement, on trouvait encore régulièrement des enfants errant dans les rues de la ville, sans famille et sans le sou, chapardant ce qu'ils pouvaient pour se nourrir. Le quartier commercial était le lieu idéal pour les petits méfaits de ce genre. Soudainement, le fiacre s'arrêta devant ce qui semblait être une pâtisserie et la Ministre s'excusa de cette pause inattendue.

- J'ai juste une petite course à faire avant, l'orphelinat n'est plus très loin, je fais au plus vite.

Elle descendit du fiacre et se dirigea dans l'établissement en laissant les deux hommes en tête à tête. Cela n'était sans doute pas très correct vis à vis de leur hôte, mais après tout, c'était elle la Ministre.
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Ross Brisendan
Héritier de la Gobelin Bank
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Nationalité : Ambrosien
Messages : 577
Date d'inscription : 27/01/2017
MessageSujet: Re: [CLOS]A circonstances lugubres, visées lumineuses. [Mélusine - Aÿmerik] Jeu 9 Fév 2017 - 18:49
En regardant le panorama déployer ses couches successives sous le vol de leur véhicule, jusqu’à ce que les palais à la magnificence moderne soient remplacés par les taudis et les cheminées d’usines, Ross songeait que, contrairement à l’eau des rivières, la fumée montait, rétablissant une forme de justice sociale envers la ville basse ; mais de ces fumées, des cendres retombaient, ce qui contredisait sa première observation avec une tragique ironie.

Il n’aurait pas garanti que les enfants lui trouveraient un visage charmant. Certains ressentiraient de la haine, d’autres de l’incompréhension, d’autres simplement l’attraction d’une bonne aubaine possible, mais la plupart verraient sans doute en lui une proie, d’une manière ou d’une autre. Il ne savait pas y faire avec les enfants. On en manquait, dans les dernières générations de sa famille. Les jeunes étaient trop occupés, ou trop désabusés, pour prendre la peine de procréer. Et ce n’était pas le genre de dynastie où l’on aurait pris la peine de placer sur ses genoux ses neveux des branches éloignées pour l’accoutumer à s’occuper d’un être humain en bas âge.

Il était donc franchement embarrassé lorsqu’un enfant se retrouvait par hasard dans ses bras, généralement lors d’une inauguration ; et son sourire ne cachait absolument pas sa gêne. Il patientait tranquillement en espérant qu’on le lui enlèverait rapidement, sans le réclamer de façon directe, ce qui aurait certainement déplu aux auteurs de ses jours. Il concevait leur importance d’un point de vue objectif, cela dit. Et il se ferait une joie d’en avoir quelques-uns lui-même, le plus tôt possible… histoire d’être débarrassé de ce souci.

Sa songerie suivit son cours, pour s’achever par une question dans son esprit. Que ressentaient les orphelins au moment où ils s’installaient à l’orphelinat ? Etaient-ils tous conscients que c’était pour leur bien ? Il cligna des yeux pour chasser ce doute et se tourna vers la Ministre qui les abandonnait pour un instant. Ross inclina la tête avec un sourire gracieux, et la salua, en réprimant son envie facétieuse de lui tendre la main :

« Faites donc, Madame. Nous autres hommes et bureaucrates avons toujours d’ennuyeux détails à discuter. »

Il ne put s’empêcher de jeter un coup d’oeil à la boutique dans laquelle dame Duval était entrée, et fronça les sourcils. De quoi avait-elle besoin en un pareil endroit ? Il l’imaginait mal grignoter des brioches sorties d’un sac en papier tandis qu’elle lui faisait visiter des installations officielles plus ou moins délabrées. Ce n’était pas dans le style de cette grande dame, même si la fréquentation des enfants avait une fâcheuse tendance à rendre les meilleurs caractères insupportablements familiers. Il haussa les épaules, et se tourna vers son camarade de trajet.

« Eh bien, nous voici abandonnés. Si vous voulez, nous pouvons parler de ces obscurs détails techniques qui ennuieraient tout autre que nous. J’ai les détails de votre compte en tête, notamment, si vous avez la moindre question à ce sujet. »

On ne pouvait pas dire que les finances étaient florissantes, de ce côté-là, mais il y avait des solutions toutes simples pour un pareil cas. Rien qu’en y pensant entre deux conversations, Ross imaginait déjà deux ou trois possibilités qui amélioreraient la qualité de vie et les conditions de travail de cet important serviteur du Ministère, qui faisait un travail si admirable, et avec un tel sérieux. Peut-être à peine trop de sérieux ; mais Ross était conscient d'être un rien trop insouciant quant aux conséquences de ses piques et de ses allusions. A vrai dire, ceux qui le connaissaient avaient depuis longtemps renoncé à tout en décoder, et n'y prêtaient plus guère d'attention. Et les autres apprendraient à en faire autant.
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Aÿmĕrik G. de Rauchechoyr
Secrétaire de la ministre de l'E&P
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Nationalité : Ambro-Eskrois
Messages : 207
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MessageSujet: Re: [CLOS]A circonstances lugubres, visées lumineuses. [Mélusine - Aÿmerik] Sam 11 Fév 2017 - 7:54
Une brume de grisaille enveloppait ces cages de pierre, car les temples de l’administration impériale illustraient à merveille l’image des faux semblants, mensonges et manipulations de privilégier. Ceux-là même s’adonnant à la pire des mascarades, celle d’endosser la foi des pratiquants religieux, qui parfois se révélaient être sincères avec leur âme.

On pourrait croire le vicomte désabusé et n’espérant rien d’une société qu’il croyait perdu dans les ténèbres d’intérêts privés. Mais bien au contraire, ses attentes étaient nombreuses et importants, car il avait fait sien l’attitude d’un monde hiérarchisé, où le modeste aristocrate ambrosien occupait un rang des plus favorables. Pas assez important pour être envié et jalousé, ce qui deviendrait dangereux pour lui et les siens, mais suffisamment bien implanté pour s’offrir une vie des plus agréables.

Certes, à ce moment précis, être assis à côté de militaires aux faciès gardant les traces de conflits ne laissaient guère une impression d’un monde idéal et sans danger. Son port de l’une de ses cannes épées et d’un petit pistolet Francotte démontrait qu’il savait en général mesurer le niveau de dangerosité d’une « petite balade », mais le nombre de soldats attachés à celle-ci lui frit froncer les sourcils. Avait-il sous-estimé les risques pour que le service de protection juge nécessaire toute cette débauche de force ?..

La douceur du décollage effaça rapidement le regard inquiet du secrétaire, il reporta son attention sur le couple ministre-banquier pour constater que tout ce passait bien. Chose dont il n’avait jamais douté, compte-tenu du côté charmeur de serpent de Ross, il le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir que seul l’argent et les honneurs d’une reconnaissance de sa générosité. Détendu sans pour autant paraître familier, chacun des deux V.I.P. en discutant librement tout en jetant de brefs coup d’œil par leur hublot respectif.

Le travail de sape de la maligne Miss Duval avait commencé et il n’y avait aucun doute, elle savait dompter tous les fauves, même ceux qui pourrait égaler son art de la manipulation. L’esquisse de sourire afficha les pensées d’Aÿmĕrik  quant à la chute prochaine des défenses du servant de Timan.

Serait-elle totale ou partielle ?
Seule la suite de ce duel fournirait la réponse, qui n’avait pas vraiment une grande importance aux yeux du vicomte. Trouver des 'financeurs' pour exaucer les projets de la ministre de l’éducation ne sera guère difficile, tant le nombre de riches bourgeois et nobles espérant gagner la grâce de l’impératrice était suffisant pour réaliser les rêves de cette dernière. Car il n’avait échappé à personne que cette vaste campagne d’amélioration des outils d’accueil d’orphelins avait été générée par la volonté de la souveraine de l’empire des vapeurs.

Malgré tout, la seule gêne réelle, qui venait frapper à sa porte, prenait la forme de transport relayant la très confortable navette dirigeable. Les taudis n’avaient pas que leurs orphelinats dont les travaux de réfections tardaient à se mettre en place. Routes et chemins diverses dataient d’un temps où le confort de voyage ne représentait pas la priorité face à la rapidité d’accès et le faible coût de maintenance. Autant dire que le chaotique convoi allait montrer une facette peu glorieuse du secrétaire, plus enclin à soigner son bien-être qu’à défricher des quartiers laissés à l’abandon. Nul n’est parfait, pas même le secrétaire de Mélusine.

Observant leur invité dans cette expédition, le sieur Aÿmĕrik de Rauchechoyr entrevit que ce dernier avait l’esprit ailleurs, comme si le voyage en lui-même ne le dérangeait pas, mais ce qu’il y avait au bout de la route qui faisait germer de pénibles pensées. Sans trop comprendre la nature du malaise, il reporta son attention sur une copie du fameux contrat de Mr Brisendan. Tout semblait correspondre aux ébauches précédemment reçues, seule des ajouts mineurs sur les modalités de versements et le mode de transfert des fonds avaient subit des modifications mineurs. Toutes étant formulées afin que une publicité un brin excessive rappelle la provenance de ces donations. Même la nature de l’emploi de ce qui serait rétribuée était laissée à la décision et la maîtrise du Ministère de l’Education.
Levant légèrement la tête en affichant la grimace d’une bouche en cul de poule signifiant toute l’impression de perplexité vis-à-vis d’une générosité bien grande.

Lorsque le convoi du carrosse et du véhicule transport de troupe s’arrêta au milieu de nulle part. Madame la Ministre de l’Education et des Pupilles avait une petite envie de shopping.
Après de brefs échanges de politesses où tout le monde s’accordait à ce que la patronne ne se lance dans l’une de ses escapades imprévues. Causant un déploiement de force guère discret dans ce quartier peu habitué à y croiser des représentants du pouvoir.

Invité à discuter dont ne sait quoi, les deux hommes se retrouvaient comme des idiots, les yeux écarquillés par cette halte qui ne collait pas vraiment avec le planning chargés des trois protagonistes. Le père de famille commençait à s’imaginer, rentrant si tard qu’il ne verrait pas ses enfants et se voyait déjà assaillit le lendemain par ses héritiers d’un flot de reproches.

Toutefois, l’occasion ainsi fournit par sa supérieure, le fonctionnaire allait pouvoir évoquer un sujet qui les intéressait tous les deux, du moins le pensait-il !..
Gardant un œil sur la divine silhouette s’évanouissant dans les brumes industrielles, il lança une conversation qui leur faudrait finir une autre fois.

<<- Nous n’avons pas beaucoup de temps, mais je voudrais évoquer la possibilité d’une affaire nécessitant un financement, peut-être risqué, mais dont les profits en seraient à la hauteur… ->>

Quelques œillades supplémentaires à l’extérieur de l’hippomobile pour confirmer une absence encore suffisante pour préciser ses projets.

<<- … en vérité, il s’agit d’une connaissance d’une parente éloigné, très difficile d’accès tant son caractère peu social le rende pratiquement injoignable. Toutefois, son génie inventif et créatif pourrait se révéler très profitable pour des investisseurs qui saurait se montrer patient et conciliant… ->>

Le temps imparti s’était semble-t-il écouler, il leurs fallait abréger la conversation ou en changer le sujet.
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Mélusine Duval
Ministre de l'éducation et des pupilles
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MessageSujet: Re: [CLOS]A circonstances lugubres, visées lumineuses. [Mélusine - Aÿmerik] Mar 14 Fév 2017 - 2:03
Mélusine entra dans la pâtisserie et demanda autant de friandises et petits gâteaux que l'on pouvait lui donner pour une roue d'argent, argent que lui avait donné le prieur Zullheimer pour les orphelins et dont elle avait promis de dépenser en gâteries pour les enfants. Elle veilla à ce que la trentaine d'orphelins aient tous la quantité égale de gourmandises, quitte à en mettre un peu plus pour le personnel.

Les gâteaux étaient encore tièdes et elle remercia la boulangère avant de sortir de l'établissement, un sourire aux lèvres et un gros paquet en papier dans les bras. Il était certain que la commerçante avait fait sa plus belle vente de la journée. La Ministre s'installa dans le fiacre et sans aucune gêne posa le paquet sur les genoux du banquier.

- Prenez ceci Monsieur Brisendan. Elle lui fit un sourire malicieux. Évidement, ce sont pour les enfants. Au cas où il se servirait. Ils seront ravis que vous leur distribuiez vous-même ces friandises.

La bonne odeur emplissait déjà le véhicule tandis qu'il continuait sa route jusqu'à l'orphelinat. Mélusine ne pouvait s'empêcher d'imaginer la scène à laquelle son secrétaire et elle allaient assister. Dès que les enfants auront aperçu le banquier avec un sac de la pâtisserie, ils accourront autour de lui comme des vautours en tendant leurs petites mains. Cela pouvait déstabiliser la première fois de se faire entourer par autant d'enfants qui n'ont pas souvent l'occasion de manger des gourmandises.  

Leur arrivée à l'orphelinat du Ruban Jaune se fit rapidement, et Mélusine prit les devant. Dans la ruelle, le temps semblait s'être arrêté et les gens observait qui allait sortir de ce convoi imprévu. La directrice fut d'ailleurs très étonnée de voir ainsi débarqué autant de monde dans son établissement, bien qu'elle ait l'habitude de voir de temps en temps la Ministre arriver sans prévenir. Madame Mangin leur fit aimablement un tour des lieux avant de les conduire dans la salle où se trouvait les enfants.

- Voyez Monsieur Brisendan, il y a encore tant de choses à faire ici, la toiture a grandement besoin d'être refaite, et le bâtiment est assez mal isolé. Cela nécessite des travaux coûteux, mais grâce à votre générosité nous allons pouvoir améliorer tout cela.

La Ministre désignait les murs et les installations qui étaient prévues. Elle voulait que le banquier se rende compte que son argent serait tout à fait bien dépensé dans cet établissement. Bien sûr il y avait déjà eu des améliorations quant aux conditions de vie des enfants et l'on pouvait apercevoir des meubles et des affaires récentes, mais le plus gros de l'aménagement concernait les locaux.

La directrice poussa une porte et Mélusine passa la première. C'était une large salle où les orphelins s'occupaient entre eux à jouer, ou bien à lire et à écrire pour ceux qui étaient à l'école. La Ministre se souvenait d'une salle comme celle-ci dans son enfance qui était un lieu libre où chacun s'occupait calmement lorsqu'il faisait trop froid dehors. Les orphelins se retournèrent tous vers les invités en saluant poliment. Cependant une petite voix se fit entendre au fond de la salle.

- Mélusine !

A petits pas pressés, une jeune fille d'à peine 6 ans accourut et se précipita sur la Ministre pour la serrer dans ses bras. Mélusine eu un tendre sourire en la saluant, caressant délicatement sa chevelure. La directrice gronda la jeune orpheline d'être aussi familière avec la Ministre mais Mélusine lui fit signe que cela ne la dérangeait pas.

- T'en as trouvé un, dis, t'en as trouvé un ?

Mélusine sortit alors de son manteau un petit moulin à vent de papier cuivré et s'accroupit à hauteur de la jeune fille pour le lui donner.

- Oui Annie, voilà ce que tu m'as demandé. Et sais-tu d'où il vient ? Des jardins du Palais impérial.

La petite fille pris l'objet délicatement comme si c'était la plus merveilleuse chose qu'elle n'ait vu, et souffla dessus. Ces petits yeux brillaient de bonheur en regardant les pâles tourner. Elle remercia vivement la Ministre et retourna s'occuper dans un coin sans jeter un œil sur les autres personnes présentes. La Ministre se redressa et fit brièvement les présentations.

- Les enfants, voici Monsieur Brisendan, notre nouveau bienfaiteur. Ne soyez pas timide, approchez, Monsieur Brisendan vous a apporté quelques friandises.

Aussitôt, les orphelins vinrent s'aggluter autour du banquier en tendant leurs mains, et en se poussant entre eux pour essayer d'avoir la friandise le premier. Mélusine eut un sourire et se recula pour admirer le spectacle. Elle s'approcha doucement de son Secrétaire en lui chuchotant tout bas sans quitter des yeux le banquier.

- Alors Aÿmerik, dites-moi, que pensez-vous de notre cher banquier ?
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Ross Brisendan
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MessageSujet: Re: [CLOS]A circonstances lugubres, visées lumineuses. [Mélusine - Aÿmerik] Mar 14 Fév 2017 - 13:05
Il était toujours plaisant de voir les autres manifester leur inconfort ; Ross y éprouvait un mesquin soulagement du sien propre. D’une, il n’était pas fou, les petites fantaisies étaient véritablement une chose inhabituelle chez leur Ministre, la réaction du secrétaire le lui confirmait. Et de deux, il y avait quelque chose de comique à s’extraire un instant de la situation pour la considérer avec un certain recul, comme un spectacle.

D’ailleurs, l’attention visible de son interlocuteur, qui restait acérée et ne perdait aucun instant à guetter le retour de son employeuse, maintenait ce spectacle vivant tandis qu’il lui confiait une requête terriblement sibylline. Ross de mauvaise humeur aurait pu simplement faire mine de n’y entendre goutte, voire y répondre en employant des mots qui mettraient son vis à vis plus mal à l’aise encore, une fois que la Ministre serait revenue. Mais il était d’excellente humeur, et peu disposé au sadisme. La perspective d’une énigme à déchiffrer lui agréa donc fort.

« Les financements risqués sont un art que nous pratiquons tous avec grand plaisir, comme d’autres pratiquent la chasse aux fauves, » remarqua-t-il avant toute chose. « Oublions le risque. Vous me donnerez des détails sur ce que vous appelez un génie créatif ; j’aimerais savoir dans quelle branche se situe exactement la création. »

Il vit la brume s’ouvrir comme un rideau à une dizaine de mètres, et révéler le retour d’une silhouette encombrée. Allons, ne pouvait-elle envoyer ses gens se charger de telles provisions ? Elle allait tacher sa robe ! L’espace d’un instant, une petite grimace désapprobatrice pinça les lèvres du banquier, qui se reprit et conclut avec un sourire aimable, de circonstances, celui qu’on arbore lorsqu’on règle des détails anodins dans un échange dépourvu de cordialité personnelle… un sourire qui signifie : de grâce, Madame, ne nous demandez pas de quoi nous parlions, vous vous ennuieriez à mourir en nous écoutant.

« Je suis un homme d’avenir, c’est pourquoi je suis ici en ce jour. Vous m’enverrez les détails techniques en pli privé : il me sera remis en mains propres par mon secrétariat. Je vous promets d’y réfléchir. »

En regagnant l’habitacle, Mélusine attira immédiatement leurs regards, non par son élégance ou l’importance supérieure de sa fonction, mais par les étranges amas qui emplissaient ses bras gracieux. Cela sentait le sucre et le gras. Les yeux de Ross se détournèrent brièvement vers l’extérieur, comme s’il cherchait à échapper à ce spectacle qui, adjoint au mouvement régulier du véhicule, l’indisposait légèrement. Il tira de sa poche un mouchoir teinté de parfum qu’il porta à son visage un instant, puis comprit qu’il allait devoir se charger lui-même de ce paquet ; la voix de dame Duval n’admettait pas d’objection, quoiqu’elle ait le sourire.

« Moi-même... » répéta-t-il en s’efforçant d’effacer de son visage toute trace de ce qu’il ressentait en se chargeant les bras. « Quelle charmante idée. » Un automate n’aurait pas été plus raide.

Une fois dans le bâtiment, il put se concentrer sur des sujets plus propres à éveiller sa réflexion stratégique, à motiver des avis sérieux ; il gardait les yeux levés pour observer les toitures et les murailles, tout en avançant à petits pas pour éviter d’écraser un être de taille réduite grouillant autour de ses souliers. Il faillit grimacer de nouveau en sentant, lors d’une station immobile prolongée, que l’on jouait avec ses lacets. Ces enfants étaient terriblement désorganisés ; ils grimpaient sur la ministre comme si elle était leur vieille tante. S’il s’était permis une telle chose autrefois… Mais c’étaient des enfants, ce qu’il n’avait jamais vraiment été, aussi loin qu’il s’en souvienne en tout cas. L’espace de quelques minutes, il se promit solennellement de ne jamais en avoir. Les ordres de ses parents reprendraient le dessus plus tard ; pour l’heure, il était libre de se bercer d’illusions.

Il lui semblait que, s’il baissait les yeux pour examiner cette marée de zombies qui s’accrochait à ses basques, il ferait une crise de panique.

« Je suis ravi que mon intervention ait un impact si immédiat et si nécessaire, » assura-t-il d’un ton professionnel. « J’apprécierai grandement de voir le résultat des travaux… si votre secrétariat a l’amabilité de m’en envoyer des clichés, » ajouta-t-il comme pour signaler, très poliment, qu’il passait un moment affreux. En général, il se souciait peu d’être mal compris par des gens qui ne savaient pas lire entre les lignes. En cette seconde, il aurait donné cher pour que ce ne soit pas le cas. Mais à son grand désespoir, dame Duval trouva le moment bien choisi pour donner le signal de la curée. Dès qu’elle prononça les mots magiques, la petite foule se précipita pour l’entourer ; il eut nettement l’impression que certains essayaient de grimper sur les autres pour l’atteindre.

« Les enfants, il y en a bien assez pour vous tous. Veuillez vous calmer, je vous prie. Sinon, il me sera impossible de savoir exactement combien j’en donne à chacun, et certains d’entre vous seront lésés. Ce n’est pas ce que nous voulons, n’est-ce pas ? »

Sa seule chance, songeait-il, était de rester parfaitement calme… comme s’il se trouvait face à un chien de garde particulièrement agressif, prêt à lui dévorer les mains. Il leva un premier gâteau et l’agita comme un prix : « Le premier qui ne saute pas, ne crie pas et n’agite pas les mains aura celui-ci. Ensuite, il devra passer derrière moi et aller s’asseoir gentiment pour le manger. Si je n’ai pas à me plaindre de son comportement, il en aura un autre quand il aura fini. D’accord ? »

Certains avaient du mal avec des instructions aussi précises ; d’autres, plus opportunistes ou plus attentifs, se figèrent immédiatement. Il ne doutait pas que ce serait à ceux-là qu’il ferait la plus forte impression. C’est donc avec un sourire affectueux et une petite tape amicale sur la tête qu’il leur octroya leur dû. Peu à peu, leurs camarades commencèrent à les imiter. Ce n’était pas vraiment un succès ; le bruit et l’agitation étaient toujours omniprésents, et il sentait monter un mal de crâne qui le suivrait sans doute hors de l’établissement.

Mais il observait, au niveau d’un certain nombre d’enfants, une ronde régulière qui se mettait en place : s’immobiliser devant lui, souvent en se tenant les mains pour contrôler leur enthousiasme, prendre le gâteau, filer derrière lui et manger en hâte, puis le contourner et revenir se placer devant lui. Les autres, il pouvait en faire abstraction ; ceux-là, il arrivait à les apprécier. Il finit par nommer l’une d’eux « associée », et lui remit les gâteaux à distribuer ; elle avait beaucoup plus d’autorité que lui, du haut de ses huit ans – à moins qu’elle soit plus âgée mais très mal nourrie. Elle semblait trouver une grande fierté dans cette fonction.

« Chère Ministre, pouvez-vous me dire le nom de cette prometteuse jeune personne ? » demanda-t-il en se tournant vers l’organisatrice de ce joyeux chaos.
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